Ampère
réservée aux personnes marquantes de la ville et aux étrangers. Ce n’est pas, je dois le dire, sans une certaine répugnance que j’assiste à ces pompeuses cérémonies de l’Eglise catholique. Comme les juifs de Rome , qui n’aiment pas à passer sous l’arc de Titus, parce qu’il leur rappelle la destruction de leur nationalité, en marchant sous ces dais et ces bannières, sous ces brillantes décorations de théâtre dressées sur le chemin des processions , en considérant ces images dorées, tous ces objets matériels offerts à la vénération populaire, je
songe involontairement que ce superbe étalage *■ cache les ruines de la véritable Église du Christ. Tout ne me rappelle-t-il pas, d’ailleurs,
que je suis ici dans « le pays qui a autrefois
infligé aux saints un cruel trépas, et qui maintenant enseigne à trafiquer de leurs membres dispersés? »
Lorsque j’arrivai près de l’autel, le sang miraculeux de saint Janvier venait d’être tiré du sanctuaire secret où il est précieusement con-
servé. Un prêtre offrait la relique aux regards des assistants. Elle était renfermée dans une boîte en cristal surmontée d’une couronne d’or. La transparence de cette boîte laisse voir deux
fioles. L’une est vide, son contenu ayant été emporté à Madrid par Charles III ; dans l’autre est une matière opaque à laquelle la liquéfaction donne l’apparence du sang. Une riche balustrade sépare le prêtre des spectateurs,
qui sont pour la plupart des femmes du peuple
vêtues d’étoffes aux vives couleurs. Leurs traits expriment, ou une stupide indifférence, ou un • fanatisme grossier. Quelques-unes versent des larmes de contrition et d’attendrissement, et poussent des soupirs enflammés. Distraites par le moindre incident de leurs véhémentes aspirations, ces parentes de saint Janvier ressemblent à un acteur interrompu qui reprend tout à coup sa tirade et la physionomie de son rôle. C’est un spectacle à la fois singulier et inquiétant que cette agitation tumultueuse suspendue seulement par les mouvements du prêtre. Ce-
lui-ci, tantôt approche la relique des lèvres et des fronts de ces énergumènes, tantôt la présente aux dévots introduits dans l’enceinte
réservée, faveur qui excite le mécontentement du peuple lorsqu’elle s’applique à des étrangers.. Les Napolitains sont convaincus que la présence de ces curieux peut porter préjudice • à l’accomplissement du miracle ; ils sont d’au- • • -
tant plus fondés à le croire, que ceux-ci, sans ' . . égard pour des susceptibilités bien naturelles, se permettent parfois des conversations et des . gestes qui blessent les convenances. .
Quelques heures se sont écoulées sans que le miracle se soit produit; le peuple commence , à murmurer ; puis, des murmures, il passe aux cris, et enfin aux hurlements et aux injures, au milieu desquels on distingue ces exprèssions de prière et de menace : San Gennaro,
' ■ io credo / Bell a testa, facia gialla ! J Mais ,
malgré ces procédés violents, ordinairemen.t efficaces, rien ne bougeant encore, les prêtres entonnent une litanie à laquelle le peuple ré- '
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pond avec une ferveur incroyable. Ces prières
frénétiques, succédant aux imprécations déses- r • ‘ . • *;
pérées de tout à l’heure, offraient une saisis- ’• !V
santé image de la mobile vivacité des impres-
sions chez ce peuple à la fois indolent et
enthousiaste, calme comme les eaux de son
golfe ou terrible dans ses excès comme les tor-
rents de lave qui dévastent ses campagnes.
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Saint Janvier tient bon; les prêtres s’aper- ' y -
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çoivent qu’il faut recourir, pour vaincre son
sont transportés processionnellement au maîtreautel, sur lequel ils- doivent être placés en regard l’un de l’autre. Pendant la marche du cortège, des femmes tendent leurs enfants vers la sainte ampoule, des hommes versent des larmes de contrition, des infirmes se traînent
sur son passage, et des vieillards pleurent en tremblant. Autour de l’autel se déploient toutes
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les .richesses de l’Église. Les yeux sont éblouis .
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