‹ Naples et les napolitainsChapitre 17 sur 28 · VJ -K · texte numérisé non relu

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des nobles, la police avait eu soin d’interdire au public l’entrée du temple.

Lorsque je me présentai à la porte, un aide

des cérémonies m’interpella: Siete Inglese o

F rance se ? — France se , répondis-je; sans quoi la porte restait close. Il est vrai qu’il y avait une ressource — la clef d’argent — triste expédient, surtout à l’entrée d’une église, et auquel je n’ai recours qu’à la dernière extrémité. Pour

faire Usage de la séduction , il faut supposer,

chez l’homme qu’on veut séduire, un certain degré de dépravation morale trop commun en Italie, mais sur lequel on essaye de se faire illusion par respect pour sa propre dignité. Cette question : Siete Inglese? pour le dire en passant, indique qu’il est des cérémonies religieuses dont on tâche d’exclure les Anglais à cause de leur attitude souvent peu respectueuse. C’est ce qui a failli me faire fermer l’entrée de Saint-Ferdinand et me priver de la vue de notre excellent roi. Sa Majesté Notre- Seigneur, comme disent les fidèles Napolitains, était attendue de Gaëteé

Toute la royale congrégation se mêlait aux gentilshommes de la chambre, aux gardes du corps et autres officiers de la couronne. Chacun de ses membres était revêtu d’une longue tunique de toile blanche dont l’effet était véritablement

burlesque au milieu des brillants uniformes

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derrière lesquels semblaient se réfugier ces

moines d’occasion * si légèrement ou plutôt si grotesquement accoutrés. Se figure-t-on toute la noblesse de Naples en chemise pour la plus grande édification des fidèles ! Si ce simple appareil est destiné à représenter la misère et la nudité morale de l’homme , tout est pour le

mieux ; mais quel est celui de ces faux moines „

qui ait jamais songé à ces questions peu réjouissantes? On a peine à comprendre comment des gens sérieux peuvent consentir à faire .partie d’une pareille mascarade à propos de l’adora-

tion du saint sacrement. On s’aperçoit bien que la crainte du ridicule n’exerce pas ici le même

empire qu’en France ; chacun joue son rôle sans

s’inquiéter de son voisin et se livre à un exer-

cice machinal qui , pour les uns, n’est quune habitude, pour les autres un divcrtimento.

Un mouvement extraordinaire se manifesta, bientôt parmi tous ces fantômes. Dehors, le

tambour battant aux champs annonçait l’ap-

proche du roi. Sa Majesté fut reçue par la congrégation avec de grandes démonstrations de respect ; elle accueillit ces hommages multipliés avec une bienveillance et une bonhomie qui n’annonçaient point l’âme d’un tyran. Le roi m’a paru avoir gagné beaucoup d’embonpoint :

c’est peut-être ainsi qu’il entend le progrès. Il s’avança d’un air affable au milieu de cette fouie empressée ; mais , sous ces sourires majestueusement paternels , je crus remarquer une expression mal dissimulée de 'gêne et de défiance. Gomme sa police, il croit voir des assassins partout; non sans quelque raison, car l’on affirmait que, le matin même, quatre sectaires mazziniens, dont le dogme est d’égorger les rois pour gagner le ciel , avaient débarqué à Naples. Du reste, rien ne peut

arrêter Je roi dans l’accomplissement de sea devoirs religieux; si son caractère n’est pas * celui d’un héros, sa conscience du moins est celle d’un dévot.

Durant la cérémonie , il se livra à de nombreuses génuflexions et fit montre d’un profond recueillement. Je ne veux point en contester la sincérité , malgré les apparences qui semblaient plutôt se conformer aux nécessités de l’étiquette que traduire un sentiment de sincère piété. Je n’ai jamais pu voir un souverain remplir les devoirs du culte sans éprouver pour lui une sorte de pitié. Les cérémonies auxquelles il prend part dégénèrent en un spectacle dont il est le principal acteur. Tout est réglé d’avance dans son attitude. L’étiquette lui a imposé ce qu’il a à faire, à quel instant il doit le faire; comment il doit s’agenouiller, et comment se

relever. Vaines formalités qui asservissent aux

lois du monde les aspirations de l’âme, fatale élévation qui éloigne l’homme de son Créa-

teur. -

23i naplks et les napolitains.

.Pendant la cérémonie , la garde royale accomplit ses mouvements avec beaucoup de précision. C'est le propre des troupes napolitaines

de manœuvrer dans les églises mieux que sur

les champs de bataille.

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A Naples, on vit sur son balcon; on jouit, sans jamais s’en lasser, d’une vue radieuse. On s’enivre des brises fortifiantes de la mer; des parfums d un printemps éternel qu’exhalent les jardins, dont les grands arbres toujours verts reposent les yeux du miroitement nacré du • golfe; du mélodieux murmure des (lots cares- • sant la grève ; du mouvement de tout un peuple '' qui s’agite gaiement au soleil. On respire avec délices cette atmosphère limpide, tout impré-

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demande :

En moi qui t*a créé, plaisir de l’existence?

on sent au fond de son âme un élan de religieuse gratitude , sentiment qui est encore une jouissance, car il élève et sanctifie toutes les autres.

Beauté et variété des lignes, richesse du coloris, transparence de la lumière, le tableau est complet. De mes fenêtres , je puis faire un cours d’esthétique. L’art s’y trouve représenté par les coupoles et les palais, dont les proportions architecturales rappellent à la fois Gênes et les cités de l’Orient; la nature, par le golfe, nappe azurée qui s’étend joyeuse et brillante, et m’envoie ses rayonnements dorés au travers des poivriers et des chênes. Quant à la poésie, cette éclatante et grandiose perspective en est inondée. Elle s’y reflète partout, comme la vie paisible et insouciante des Napolitains se reflète

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elle-même dans ce paisible et radieux miroir de la Méditerranée. On se prend à repéter ces vers des Méditations :

L’Océan, amoureux de ces rives tranquilles,

Calme, en baignant leur pied, ses orageux transports, Et, pressant dans ses bras ces golfes et ces îles,

De son humide haleine en rafraîchit les bords.

À droite , fuit la colline de Pausilippe ; ses sinuosités verdoyantes et ses promontoires se couronnent de palais ou de villas, dont les jardins remplis de fleurs et d’arbres exotiques sont

autant de vastes serres à ciel ouvert. Dans le premier repli de la colline, à l’entrée même de la grotte de Pouzzoles, on distingue un mamelon

sur lequel des ruines se confondent , par leur

teinte grisâtre > avec la mousse dont il est revêtu. C’est la tombe de Virgile. C’est là que l’ombre mélancolique du poète repose, à l’entrée d’un de ces sombres passage où sa muse

guidait Enée descendant aux enfers. Plus loin , apparaît la villa Angri-Doria, qui domine la

mer. On dirait quelque temple de la Grèce païenne planant comme un spectre sur ces rivages. Plus loin encore s’élève fièrement- le palais de la reine Jeanne, dont le nom rappelle

tant de chevaleresques actions et tant de crimes. Aujourd’hui, ses appartements en ruine n’offrent d’abri qu’à de pauvres pêcheurs exilés de Chiaja. J’oubliais de noter en passant Santa- Maria del Parto et là tombe du poëte Sannazar, superbe monument chrétien décoré de statues représentant Apollon et les Muses. C’est là une tlissonance à laquelle personne ne prend garde dans un pays où se rencontrent saint Jupiter et sainte Vénus. Au dernier plan , la villa Mi- . nutoli et celle du comte d’Aquila surgissent à demi cachées sous des massifs de chênes verts,

de pins ombellifères et d’orangers. Il ne manque

à cette perspective que quelques palmiers, de .plus. Avec sa taille élancée et sa tête inclinée comme celle d’un promeneur pensif, cet arbre

sert à marquer la transition entre l’Europe et T Afrique. Hôte étranger, sa présence annonce

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