CHIAJA
qu’on approche de la terre aimée du soleil.
; Du côté opposé, se développent la brillante ligne de Chiaja et les avenues fleuries de la ‘
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Villa-Reale. Cette dernière est. dominée, au le-
vant, par le quartier de Pizzo-Falcone* blanche
ville comme suspendue dans les airs avec seâ .
dômes et ses palais à terrasse. Le château de l’OEuf (œuvre de Jean de Pise) , détaché du / jrivage, semble un vaisseau toujours à l’ancre; il se profile pittoresquement sur les côtes vaporeuses de Castellamare et de Sorrente, dont le relief accidenté plonge brusquement dans la
• mer, à la pointe de la Campanella, pour renaître
, et dessiner à l’horizon les cimes bleuâtres de -
Capri. L’île de Tibère semble un nuage qui
flotte sur le ciel brûlant ; on dirait un fantôme ■ , ,* qui se dérobe dans la brumè du matin, puis
' ‘ secoue sa robe de vapeurs , et reparaît comme un voyageur capricieux , mais trop épris de ce . . beau golfe pour ne pas y revenir toujours. \ ' . .
, Sur les rives du Léman, le regard du voyageur aime à se reporter vers les cimes majes- • \ '
tueuses du mont Blanc. Près de cet autre Léman aux proportions plus vastes * à l’azur plus limpide, les yeux sont attirés par le Vésuve, noir anachronisme de lave jeté dans les campagnes . riantes, forge fumante des Gyclopes , troublefête que Portici et d’autres villes prospères ont entouré d’une ceinture de palais , comme pour le désarmer par une marque de confiance.
Quelque magnifique que soit cette perspective, une source d’impressions plus délicieuses encore , c’est cette atmosphère tiède et partout lumineuse qui baigne tous les objets et semble les environner d’une blonde auréole. Voilà bien cet air plus pur qui, selon Virgile, « inonde les campagnes des champs Élysées et les revêt
d’une lumière de pourpre. » Les îles et les mon- * M ♦ " .
tagnes lointaines nagent au sein du rayonnement à la fois éclatant et doux de cet horizon
méridional. La moindre vapeur qui s’élève de la mer prend un corps , et le regard indécis ne peut distinguer si ces diaphanes apparitions tiennent au ciel ou à la terre.
CHIAJÀ. 3t3
Aimer cette lumière, c’est aimer la vie. On sent mieux ici qu’ ailleurs l’éloquence de ce cri de Gœthe mourant : « Plus de lumière ! plus
de lumière ! » Nous sommes dans le pays des
songes : les enchantements succèdent aux enchantements ; c’est une fête de chaque jour.
Tout est si harmonieux dans cet immense tableau , tout y paraît si bien à sa place, que sa vue n’inspire qu’un sentiment, celui d’une inaltérable félicité. Cette harmonie pénétrante et cette paix si douce sont un des caractères proprès à la nature napolitaine : sous leur influence, la tristesse se calme, l’ambition s’apaise, les peines de l’âme s’émoussent. On s’abandonne à une sorte de ravissement dont le seul incon-
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vénient est de produire l’engourdissement de nos facultés actives.
Cette langueur physique réagit sur les fa-
cultés de l’esprit ; l’imagination, attirée par les
choses extérieures, ne permet pas à l’âme de se replier sur elle-même. Continuellement dis-
traits et absorbés par tant de douces sensations,
où prendrions-nous le temps et la force de nous
recueillir et de nous étudier? S’étudier, c’est
travailler, et le travail serait mal venu à déranger ce calme lieto e delizioso où l’on s’assoupit mollement, ce charmant demi-sommeil du matin où les sensations flottent entre le
Songe et la réalité. La plupart du temps, les Napolitains s’ignorent eux-mêmes ; ils ont beaucoup de poésie et d’imagination sans le savoir. ' Leur soleil , qui active d’abord, puis ralentit la végétation, s’oppose aussi au développement de la pensée et de l’activité physique, sans rien ôter à l’esprit de sa vivacité superficielle et au cœur de son irrésistible spontanéité.
On rencontre, sous ce climat, moins d’ambition tourmentée , moins d’âpreté à la recherche de la fortune. La misère n’y traîne pas à sa suite le triste cortège des souffrances qui l’accompagne ailleurs. On doit même y trouver un certain plaisir à faire vœu de pauvreté , si l’on en juge par la multitude des moines mendiants.
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CH l A JA.
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«Mis» ;•
Si des régions aériennes j’abaisse les yeux sur le large quai qui se développe à mes pieds, le changement de scène est complet. Autant il y a de calme au loin, autant il y a de mouvement sous mon balcon. Le matin, en venant respirer les fraîches senteurs du rivage, je trouve mes