Goudon
est accessible aux sentiments de commisération et débouté, et que sa piété ne saurait être mise en doute *. Dans son intérieur, il se montre père de famille, sinon éclairé, du moins
susceptible de tendresse et de dévouement;
malheureusement, ces vertus bourgeoises n’atténuent en rien les erreurs et les dangers de sa politique. À son avènement, il semblait avoir compris qu’à coté de l’immobilité romaine, le roi deNaples avait son rôle tout tracé, celui dereprésentant de l’élément progressif italien. Aujourd’hui il est plus conservateur que le pape. Et, conserver ainsi, qu’est-ce faire autre chose que
constituer une raison permanente de troubles et
de révolutions. Les amis de l’Italie gémissent de voir dans le midi de la Péninsule un souverain dont le despotisme aveugle doit aboutir à l’anarchie, tandis qu’au centre végète un Étatdevenu le type à la fois de l’anarchie et du despotisme.
1 . Le roi entend la messe tons les matins , et ne manque pas un seul jour de faire sa visite à un couvent de passionnistes que, par suite de son penchant pour les moines, il a établi dans son parc de Caserte.
INSTITUTIONS
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La plupart des forestieri qui ont séjourné à Naples en rapportent des idées parfaitement fausses sur les institutions de ce royaume. Ces
idées, ils les publient avec une assurance qui
impose d'autant plus quelle paraît s’appuyer sur des* données nombreuses et concluantes.
Rien, en effet, n’est plus commun que d’entendre parler avec mépris des institutions napolitaines, tandis que c’est précisément le contraire qui devrait avoir lieu. Plus on examine
ces institutions, plus on trouve leurs dispositions prévoyantes et ingénieuses.
Des différents systèmes de gouvernement et d’administration qui ont été successivement mis en pratique à Naples, le législateur semble avoir retenu tout ce dont l’expérience a démontré la valeur, tout ce qui peut présenter de solides garantiesà un peuple jaloux de ses droits, jaloux d ordre et de progrès, et décidé à se maintenir dans ce sage repos politique qui n’exclut point une existence active et assure une prospérité régulière. La domination française y a
laissé de nombreuses traces, dont la principale
est le Code Napoléon , demeuré en vigueur, sauf quelques articles concernant le droit d’hérédité et un petit nombre d’autres dispositions moins importantes.
Organisation de la haute administration, organisation de la justice et de l’instruction publique, organisation financière et commerciale, tout semble complet, plus complet qu’en d’autres contrées. J’allais dire tout semble parfait.
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Que Ton couronne maintenant ce bel ensemble de décrets, de lois et d’institutions par une constitution progressive et dans sa forme et dans son esprit, et dont le seul défaut est de dater de 18A8, constitution suspendue seulement, mais qui n’a point été abrogée, quoi qu’en disent les malveillants et les indiscrets, n’aurat-on pas un gouvernement modèle et, par conséquent aussi, un peuple modèle, s’il est vrai, comme on l’a répété, que les peuples n’ont que le gouvernement dont ils sont dignes?
Pourquoi faut-il que les résultats ne confirment pas ces déductions de la logique, et que
le tableau rassurant qu’elles présentent à notre esprit soit si différent de celui que nous avons sous les yeux ! Si, en effet, vous vous approchez de ce bel édifice constitutionnel, qui, vu à distance, paraît si imposant, vous vous apercevez bientôt que les soldats qui montent la garde à sa porte n’y ont pas été mis pour veiller à la sûreté de ses habitants, car il est désert; mais qu’ils ont pour consigne d’en dé-
fendre l’entrée à quiconque s’aviserait d’en vouloir utiliser les vastes solitudes. 11 en est de cette ingénieuse collection de lois comme de ces instruments de prix dont personne ne sait ou n’ose faire usage.
Je me trompe. Il y a telle circonstance où cette savante législation, broderie d’illusions sur un canevas de mensonges, trouve son emploie et devient d’une utilité réelle : c’est lorsqu’il s’agit de faire taire les scrupules de certaines consciences honnêtes ou libérales, ou que l’on veut trouver quelque solide réponse aux exigences des gouvernements étrangers.
On raconte que, dans leurs guerres avec les barbares, les Chinois exposaient à la proue de leurs navires des images fantastiques assez effroyables pour mettre en fuite une armée, fût-elle composée de peintres réalistes. A ce procédé, trop naïf pour notre époque, les Napolitains en ont substitué un autre plus en harmonie avec les raffinements de la civilisation. Lorsqu’il s’est agi dernièrement de conjurer
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l’invasion dont les menaçaient certains peuples grands donneurs de conseils, au lieu de chercher à effrayer les importuns, ils les ont éblouis en faisant miroiter l’éclat de leur constitution et surtout de leur organisation judiciaire.
Le gouvernement des Deux-Siciles, grâce à ce commode appareil, a pu répondre aux barbares : « Ces jugements dont on nous fait un crime, daignez remarquer, illustrissimes seigneurs, qu’ils ont été prononcés par des tribunaux d’organisation française régulièrement constitués. Les juges sont, il est vrai, particulièrement dévoués au roi ; mais quoi ! le dévouement n’estil- chose louable que chez des sénateurs ou des
conseillers d’État? »
A un pareil discours, que répondre, sinon que le royaume de Naples est le meilleur des royaumes possibles, et que tout y est pour le mieux ?
Le gouvernement est, aujourd’hui comme sous les Français, divisé en quatre ministères. Mais le roi, en descendant jusque dans les derniers détails de F administration, a réduit ces ministères à l’état de simples directions pour l’expédition des affaires.
Celui de l’intérieur, créé pendant le gouvernement français, a subi peu de modifications depuis cette époque. Les attributions du ministre sont considérables. Toute l’économie du gouvernement réside dans ses mains et c’est lui qui devrait être le promoteur de F activité et de la richesse nationales. « Une des plus belles attributions de ce ministère fut la loi organique
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donnée à la nation sur l’administration civile. Cette loi est un modèle dans le genre administratif et digne dès lors des États les plus civilisés de l’Europe ’. » Ses principales dispositions ont pour objet la division du royaume en provinces, districts et communes, et l’établissement des différentes autorités appelées à les régir, tant dans l’intérêt de l’État que dans celui des particuliers.
Les relations établies entre ces autorités sont autant d’anneaux d’une même chaîne qui s’étend sur tout le pays et en relie les diverses parties au profit de la prospérité publique. Tous les votes des conseils d’intendance et des conseils provinciaux doivent être émis à découvert, afin que l’esprit de parti ne puisse se glisser dans leurs décisions et que la vérité soit assurée toujours de triompher de la corruption.
- Cette loi si libérale, si bien conçue, promettait, si elle eût été bien exécutée, les résultats