L'EXPÉDITION D'ANAGNI
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^int Louis réussira, parce que ce brutal ne se contente IMV^pposer une domination à une autre, mais parce qu'il dresse le premier, en vrai moderne, et, si j osais dire, en positiWste qu'il est, le princii>e de la société civile contre celui de la théocratie.
H Reconnaître deux principes et deux puissances, écrit Boniface, " c'est ^tre hérétique et manichéen; mon pouvoir, le « pouvoir spirituel, embrasse le temporel et le renferme. — « C'est fort bien, répond Pierre Flotte, mais votre pouvoir • est verbal pendant que celui du roi est réel. >
Et le roi le Qt bien voir ; il rendit coups pour coups, avec une audace de libre-pensée qui parait faire avancer le monde, on qaelquesjours, de plusieurs siècles. Aux accusations d'hérésie, il répond par les mêmes reproches rehaussés des plus incroyables injures, brûle publiquement devant toute la noblesse accourue et le peuple de Paris la bulle AuscnUa^ les impudents avis « d'an père tendre >> ^t fait crier cette exécution, à son do trompe, par toutes les ^'ille8 ; il réveille enOn lui-même, du lourd sommeil où elle a dormi pendant tout le moyen âge, la troisième puissance qui disputera bientât l'empire aux deux autres et qui débutera par juger souverainement de leur querelle. Aux premiers Etats généraux qui se réunissent, le 10 avril 1303, à Notre-Dame, pour prendre connaissance du diETérend entre le roi et le Pape, les trois ordres repoussent avec la mémo fermeté le vasselage du souverain romain.
On connaît le dénouement: l'expédition, atroce et burlesque à la fois, d'Anagni, où Florence donna plus que son or au roi de Fronce pour leur commune vengeance, s'engagea, par Sciarra Colonna et Kinaldi, « pour la vie ou la mort du pape « ; — la folie furieuse s'abaltant, « comme un cbâtimcnt céleste >, sur la lète plus qu'octogénaire du pontife, souffleté et trahi,
li mourut « sans confession, sans marque de foi >, « tel qu'un
lien #. comme il avait été prédit par son prédécesseur saint Célestin V; — et l'Église alors, après le règne d'un jour de Benoit XI, tombant comme un fruit mftr dans la main de Philippe, le pacte de la forêt de Saint-Jcan-d'Angély où l'archevêque de Bordeaux, à genoux, accepte » sur l'hostie » tes six
xxvui INTRODUCTION
conditions du roi de France qu*il lui rendra en « six prftces », l'élection de Bertrand de Golti par te coocilc de Pérousc. son sacre et son couronnement, non plus à Saint-Pierre de Rome, mais à Saint-Just de Lyon, et la papauté transportée sur les bords du Rhône pour un siècle '.
Ainsi la France qui avait, de ses propres mains, fondé à Bnme la puissance temporelle des Papes, enlevait & la péninsule cette même Papauté dont Philippe le Bel avait besoin pour faire consacrer tout euscmble ses rapines et les fortes assises de la nouvelle centralité politique. Ce que sera la Papauté en Avignon, domestiquée par < les petits-fils du boucher de Paris' »f Pélranjue l'a dil en vers redoutables : « C'est ici « le labyrinthe où mugit te minotaure ravisseur, où régnent la « Vénus impudique et Pasiphué, amante du Taureau. Là, point « de guide ni d'Ariane ; pour enchaîner le monstre et gagner M son portier, point d'autre moyen que l'or. Mais l'on y ouvre c le ciel, on y achète Jcsus-t^hrist. * Que deviendra cependant l'Italie? L'inconséquence de l'âme italienne , quand elle est abandonnée à elle-môme, apparaît ici tout entière. De tous les despotismes qui pesaient depuis plus d'un siôcle sur la péninsule, aucun n'avait réuni contre lui plus de haines que la Papauté au moment où Philippe le Ile! l'attaqua en faco et l'emmena en captivité : c'étaient les Papes qui ne cessaient d'appeler l'étranger, de susciter de nouvelles guerres, et, u sous M prétexte do travailler à la grandeur de l'Église, de pressurer le u peuple pour doter leurs parents, leurs neveux et bientôt leurs » propres (ils' ». Il semblerait donc que le cltàtimentett'humi- Uantc défaite de <> l'épouse inlidèlc u eussent dû remplir de joie l'Italie rendue enfin h. elle-même, débarrassée à la fois do ces deux rivaux irréconciliables, le Pape et l'Empereur, qui l'avaient prise pour champ de bataille et ensanglantée si cruellement pendant trois siècles. Ce fut pourtant le contraire qui arriva. Non point que les Itcpubliques italiennes ue surent tirer
I . Dapajr, ttîttoirt du digirtiui dt Donifae* VUt tt tie Phitippt U Btli proorec, p. 192 et su»*. — Cf. Villiini, toc cit.. L VIII, c. i.xin cl lo roniinunlfar d*i Nangi». 3. DuM, Purgatoire, XX.
8, Uachiavci, Uittoire de Florence, U«. I, p. S7 «t ftq.