LA PAPAUTÉ EN AVIGNON
parti de leur déUvraDce pour se développer, arfirmer leur auto- Domie. s'enrichir, étendre sur les mers les plus lointaines leur actif commerce, créer de merveilleuses industries, devenir l'entrepAt du monde, fonder le crédit et ranimer la flamme éteinte des lettres cl dos arts. Do toutes les causes qui permirent à l'Italie du xiv^ siècle de s'épannuir si vite et d'alteindrc en si peu d'années un degré de civilisation et de prospérité incon- Ques au reste du monde, il n^en est point de plus certaine que l'eEfondrement successif des deux formidables tyrannies, l'impériale et la théocratique, qui tarissaient toutes les douceurs de la vie et arrêtaient au passage la lumière du ciel. Si funestes pourtant qu'eussent été à lltaiie les Papes el les Empereurs, elle n'eut pas plutôt applaudi à leur double chute qu'elle les regretta. Les petits-fils des guelfes héroïques qui avaient fait la Ligue lombarde, les Hls des durs politiques qui n'ava\ent point
I oonoo de repos tant que la této du dernier Dohenstaufcn ne fut
' tombée sur l'échafaud de Naptes, sont les premiers à tourner aujourd'hui leurs regards vers le Nord el à rappeler César. De même, les neveux des plus féroces gibelins ne peuvent se consoler du
1 départ des papes et de l'ignominieuse servitude où sont tombés les iuccesseurs de saint Pierre ; ils ne soupçonnonl m^me pas que U translation de la Papauté à Avignon offre à l'Italie une occasion unique de séparer ses destinées de celles de l'Église *. Du jour où les rois rivaux ne vinrent plus chercher la couronne
, do monde au pied des sept collines, l'orgueil romain, fonds cl tréfonds du patriotisme italien, n'arrête point de se lamenter. En comparaison des luttes épiques qui ont rempli les siècles
^^rtç^^nlii de leurs fanfares, combien mesquines el misérables
ifWTfralilés qui divisent aujourd'hui les villes, Montccchi contre Capulets, ffras contre matjr^SjTWïVs contre Ailsrmrs, riches contre pauvres 1 Ces déchirements des factions n'onl souvent pour cause
' que des rivalités el des haines personnelles, chaos où l'histoire a depuis longtemps désespéré de se reconnaître, où les contemporains eux-mêmes se perdent. Ces luttes, pourtant,
I deviennent presque toutes politiques el surtout sociales, ofltrani, dtns le cadre étroil où elles se déroulent, l'image de la bataille I . CL Reaao, Bttait de cHHqut tt de vwraU, p. ÎU.
INTRODUCTION
éternoUe des démocraties contre les aristocraties, du prolétaire contre lo boui^eois ; ne sont-oUes pas dès lors, sous leur laideur et leur férocité, le premier bégaiement de la lil>erlé 1 Mais que vaut la liberté sans Tordre? El l'ordi-c, la bienheureuse Paix, qui donc peut Tassurer si ce n'esl un Maître?
Tant que les Papes et les Empereurs se sont disputé la puissance souveraine, le cri de toutes les âmes nobles et fièrcs a été vers la liberté. Aujourd'hui, avec Dante, l'appel désespéré est vers la Paix, vers l'Ordre, qu'un César seul peut donner ou rendre à l'Italie. Ouand^le moine de laSpezzia ren> contre le poète qui revient de l'Enfer, à cette question : c Que cherches-tu ? » Dante ne répond que ce mot : « La Paix », et de la Divine Comédie au traité de la Monarchie et à la Vita nttova, l'Ame tourmentée du grand Florentin ne demande point autre cbuse. Rodolphe do Habsbourg expie au purgatoire le crime d'avoir laissé sans les panser les blessures de rilalle. Ce besoin d'un Maître dans un si grand cœur n'est que la soif obstinée de la paix. » Italie, maison de douleur, navire sans « pilote dans la tempête hurlaulc, tu n*es plus la maîtresse « des peuples, mais un lieu do prostitution ï Cherche, malheud reuse, cherche autour de tes rives et dis si la paix habite une « seule de tes provinces' [ » Aussi, que le jeune Henri VU de Luxcmboui^ paraisse sur l'Âdigc et Dante se précipite avec joie à sa rencontre : » Accours, viens, prends la toute-puiS' « saoce, donne la paix à l'Italie et au monde ! » Et commo c« pâle fantOmo des Césars n'a fait que passer sur ta péninsule, tel qu'uue ombre sur un mur, Dante éclate en sanglots.
Hélas î celle qui a dissipé son dernier rêve, brisé celle suprême tentative de restaurer l'Empire romain, c'est sa patrie, sa douce et cruelle ville natale, c'est Florence qui, aux heures du fugitif triomphe, s*est laissée mettre au ban de l'Empire « pour sou " orgueil unique à l'encontre delà majesté royale » et qui, à l'heure des premières déceptions, a été l'àme de la révolte, 4 Florence qui s'élève, tandis que Rome s'abaisse )>. Florence, en effet, suit son idée avec une inflexible logique; si elle a été le bras droit de Charles d'Anjou dans la dernière bataille contre