‹ Naples et ParmeChapitre 14 sur 235 · LES ENTREPRISES FRANÇAISES · texte numérisé non relu

LES ENTREPRISES FRANÇAISES

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rOrient el tlft l'Occident une nation subitement r^énérée ou, plus exactement, créée du soir au malin, tirée du néant.

La fable est jolie; seulement, elle est en contradiction formeUe avec les dépositioas de tous les témoins oculaires, surtout italiens.

Cette universelle tyrannie qui s'étend à la fin du xv* siècle sur toute l'Italie, ducale à Milan, financière à Florence, aristocratique h Venise, royale à Naples et sacerdotale à Rome, « cette paix dans riafaraic » que Oétrit Machiavel, tiuichardin la eélibre au frontispice de son histoire comme la plus éclatante prospérité dont le spectacle ait été jamais donné au monde. Soit, ta prospérité 6g:alait l'infamie : mois qui l'aurait défendue?

Le peuple? Mais quand avait-il été plus malheureux que s les tyrannies rivales qui ne se contentaient plus de con-

quer sa lilwrté et qui accaparaient maintenant, pour spéculer sur sa faim^ tous les produits de la terre? Ai»andonné dans les campagnes aux brigands que les princes traitaient en alliés, livré dans les villes à toutes les exactions du fisc, bafoué et raillé par les ministres d'une religion qui revenait par la licence des mœurs au paganisme et se moquait d'elle-nit-me, il n'avait plus de force que pour maudire. Il faut lire dans les aermoQS de Savonarole l'écho de ces lamentations, les plus désolées que le ciel d'Italie eùi. encore entendues. Brisé, meurtri, affamé systématiquement, chancelant comme un homme ivre dans ce qui lui restait de foi, < il criait dans le vide du cîel >■ : comment, pourquoi se serait-il levé? Pour tauver les biens des dix-huit à Wngt mille privilégiés qui vivaient de ses dépouiller et de sa servitude? Qu'eùt-ïl perdu h changer un joug pour un autre, celui de ses tyrans indigènes OQ aragonais pour celui de l'ÂUcniand ou de l'Espagnol?

Et ce n'était point davantage ces quelques milliers de privilégiée eux-mêmes, le peuple gras qui vivait depuis plus d'un •tède du peuple maùjre, parce que les haines dos gibelins et des goeUea n'avaient perdu que leurs causes politiques et n'eo éUieol devenues que plus violentas. Pondant que le nste do l'Europe chrétienne regarde avec horreur les progrés de cette invasion ottomane pourquii^oastanliaople n'a été qu'une

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XXXVUI

INTRODUCTION

preroiërc étape, Naples, plus qu'à moitié africaine, invoque le lurc contre la rivale détestée quilrftne sur l'Adriatique; Venise alors, pour se venger, appelle les musulmans à Otrante {siamo venetianiy poi cristiani); enfin Rome elle-même, tantôt contre Venise et tantôt contre Naples ou Gi^nes, négocie avec l'Islam. Quel péril commun eût pu imposer silence à Je pareilles haines, pour qui lu notion môme du péril commun n'existait pas 1 Tant qu'une nouvelle dominatiou de l'étranger n'aura point, comme le rouleau sur la gliïbe, passé indistinctement sur toutes ces rivalités, elles s'obstineront dans cette lutte impie et, par conséquent, loin de se défendre, se livreront. Comment TétraDgcr les eût-il réunies quand cesi elles-m^mes qui l'appellent, hier le Turc, aujourd'hui les Suisses et les Allemands, dcroaio les M Espagnols? Du premier au dernier jour de ces entreprises fran<;aises, qu'on accuse maintenant d'avoir étouffé la nationalité italienne prèle à éclorc, les villes ne se disputeront que le bénéfice d'avoir le roi de France puur vengeur de leurs querelles, tour à tour Pise et Sienne conti'c Florence, Rome et Venise contre Milan, Naples conire Rome, Florence et Rome contre Venise, Venise et Rome conire Florence. Ce sauveur indigène, qu'on imagine après coup, eùtété un ennemi cent fois plus détesté que tous les hommes du dehors. En définitive, les gouvernés n'ont de haine tenace au cœur que contre les gouvernants; — et l'ennemi, pour tous les gouvernants, c'est le voisin.

Ainsi, dans l'état de décomposition politique où était tombée rilalie, après trois siècles dont, laissée à elle-même, elle n'avait su rien faire pour constituer sa nationalité, l'invasion était redevenue inéluctable. Pauvre, rien que par sa meneilleuse situation au milieu de la Méditerranée, la péninsule eût altii'é sur elle les grandes puissances qui venaient de se constituer définitivement autour de ses frontières; riche, éblouissante de luxe et de civilisation, elle était la proie inévitable de l'Europe. Les interventions qui se préparent & la fin du xv^ siècle se présentent toutefois avec dos caractères essentiellement difTérents, I celui-ci d'abord : selon leurs intérêts paiiiculiers et leurs rancunes du jour, papes, princes et doges appellent indistinctement l'Empire, la France et l'Espagne ; le peuple appelle les Français

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