‹ Naples et ParmeChapitre 15 sur 235 · CHARLES VIII EN ITALIE · texte numérisé non relu

CHARLES VIII EN ITALIE

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n est aâsur^ment loisible de <lire aujourd'hui que le peuple se Irumpait et que l'allianco impériale, la Triplice, eût dès lors servi mieux les véritables intérôU de l'Italie ; on verra à l'œuvre loul à l'heure les Ëspa^ols et les Allemands. Le sentiment public, quoi qu'il en soit, est général, unanime dans toute la insuie. Depuisla fin delaguerre de Cent ans, depuis le dénoue-

ent de la grande lutte où le pays de Duguesdin et de Jeanne d*Arc avait défeudu et vengé avec tant de gloire son indépendancCf la France avait repris à la tfite de l'Europe la place qui avait été celle de l'Empire et que l'Angleterre avait vioiMument convoitée. Par suite, tous les regards étaient dirigés ▼ers elle et tout ce qui souffrait en Italie, tout ce qui était opprimé, courbé, persécuté, n'avait plus d'espoir qu'en son intarvenlion. Sortie de Tinstioct populaire, la parole du prophète florentin avait pénétré jusque dans la dernière cliaumière ; la délivrance, le règne de la justice ne peuvent venir que des Francaû; le grand désir de nouvelleté, comme dit Gommines, qui tourmentait l'Italie, est tourné tout entier vers celle dont le nom signifie pour tous : « Liberté.» Dès 1486. bien avant que le Pape ail rappelé à Charles VUI les droits oubliés de la maison d'Anjou sur Naples et que Ludovic le More l'ait attiré dftus le Milanais pour soutenir son usurpation, la venue du roi de France avait été prédite et glorifiée à Brescîa, dans les scrmuDS enflammés de Savonarole. La péninsule tout entiiïre Fermente. A cdté des tyrans mitres ou casqués qui ne poursuivaient que leurs vengeances personnelles, il y avait ainsi un parti français à Gfines qui eût voulu donner la ville sux Valois, un parti français à Florence qui poursuivait les Uédicis d'une haine furieuse, un parti fran(;ais ik Nnpies même qui regrettait ouvertement le bon temps de la monarchie ugevino. Et quelle universelle explosion de joie aussitôt que Charles VIU paraît sur les Alpes, que la victoire de Louis d'Urléuns à Hapallo établit l'irrésistible puissance des armes françaises t Ce n'est pas seulement un prophète isolé, comme certains voudraient le faire croire, qui salue le rot de France en termes d'Apocalypse comme le sauveur m^nie et le précurseur du Jugement dernier : « Enfin, tu es

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« arrivé, ministre do la justice, ministre de Dieu; et nous * te recevons avec un cœur satisfait, avec un visage joyeux. Ta « venue a exalté Us âmes de toits ceux qui aiment lajttstice; < Us espèrent que par toi Dieu abaissera les superbes, exaltera M les humbles et renouvellera le monde. » C'est bien, tour à tour, le peuple de toutes les provinces, de toutes les villes qui 80 précipite au-devant du jeune Roi, acclame son vengeur, et de celte expédition dont les vieux conseillers de Louis XI n'avaient parlé qu'avec terreur, fera pendant six mois le plus merveilleux des voyag'es. < Grand triomphe » à Suse, le 3 septembre, quelques heures à peine après le passage de la Gravière, et le surlendemain à Turin, où Charles est reçu comme le suzerain; c artisans, bourgeois et seigneurs, tous s'offrent € d'aider et secourir le roi avec grande démonstration et signe € d'amour '». A Chieri, les enfants viennent au-devant de l'armée en portant les lys de France ; les applaudissements sont tels que « le roy ni sa compagnie ne trouvent point de diffë- « rence au royaume, tant on y est bien venu, prisé et honoré ». Uème accueil à Casai, à Pavie, à Plaisance. Qui ne connut la fameuse scène au seuil du baptistère de Pise, ïe chef du peuple faisant au roi l'histoire lamentable de sa ville parmi les pleurs et les cris de tous les citoyens assemblés, le roi, ému luimôme aux larmes, répondant « qu'il ne vouloil que justice et « était content que ceux de Pisc eussent leur liberté ». et aussitôt, aux acclamations mille fois répétées de : « vive France I > le grand lion, symbole de la tyrannie de Florence, le Marzocco, précipité de sa colonne» traîné dans la boue et jeté au fleuve? L'entrée à Florence, au lendemain de l'émeute populaire qui a chassé les Médicis, ne se fait pas au milieu d'un moindre enthoueioMne. Après le long défilé où quatre notables n'ont cessé de tenir au-dessus de sa léte un poète de drap d'or, le roi met pied à terre devant le portail de Sainte-Marie des Fleurs et entre dans l'église, raconte un témoin italien ', u au milieu d'un tel tumulte

I. Dejrey. Archities cuneutes de fhUtoire de France. I. 210 et »q. — Cf. Ouichardin, Sloria, livre I", et Snaalo, la Spedizione, p. UtI ; DeUbortlc, loc. cil,, 397-

3. I.uidocci, Diario fioraiHna, p. 80 (trad. DcUborde). — Cr. Otddi, Priorùfa, AreSivio Storieo, l. rv, p. 47.

LES FRANÇAIS A FLORENCE xu

■ de oriideviVa Francia! qu'il n'y on a jamais eu d'aussi grand

■ an monde. Songez qu'il y avait là tout Ptorence, tant dans o l'église qu'au dehors. Tout le monde criait, petits et grands, « vi«ux et jeunes, tous d'un vrai courage, sans adulation. Lors-

• qu'on vit le roi à pied, il perdit un peu de son prestige aux c yeux du peuple; car, en vérité, c'était un très petit homme. « Mais il n'y avait personne qui ne l'aimât de bon coeur et « comme on le devait. Il aurait été facile de lui faire entendre < que tout le monde a des lys plein le corps. Sorti de l'église, V il remonta à cheval et alla descendre au palais He Pierre de n Médîcis. toujours aux cris de viva Francia! Jamais il n'y eut

■ si grande allégresse nî tant d'honneurs rendus de si bon cœur X et Mos rien affecter ». L'accueil des Romains, dans la nuit du 31 décembre I49i, ne fut pas, au dire d'un autre témoin italien, Sanuto, moins chaleureux que celui des Florentins. Rien que la nuit fût déjà tombée quand Charles passa la porte du Peuple, •• une foule immense se pressait sur son passage, en le saluant « doi cria de : Francia / Francia 1 Cohnna è Yinculaî Toutes « les fenêtres étaient illuminées et de grands feux éclairaient » les mes; partout les Romains avaient arboré les armes do •< France' •. A NaplesenHn, dans sa» bonne ville de Naples )>, telles furent, raconte Commines, les acclamations et telle l'allégftese du peuple • qu'on oAt dit que Charles était le père et le « fondateur de la ville; jamais peuple no montra tant d'arTeclion

• à roi nî À nation comme ils montrèrent au roi de France' ». El Giannone : « Charles fut reçu avec tant d'empressement et u de joie que l'expression ne saurait atteindre à les bien représenter. Les personnes de tout Age, de tout sexe, de toute condition, marquèrent autant de satisfaction que si elles

■ euMent retrouvé le libérateur de leur patrie; tous souhai- « laient la domination française'.»

Ainsi, c'est vraiment l'Italie tout entière qui s'est levée, du nord au midi, dans une immense lièvre d'espoir et de foi.

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