PISE ET FI.OHKNCE
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Pierfranceso, de la branche cadette des MédiVis, pour avoir hébergé l'évoque de Lodfeve, fils de Briçonnct, qui traversait la Toscane; même après la victoire de Rapallo, il était resté TageDl le plus actif de l'alliance aragooaiso, multiplianl les intrigues pour détacher du roi Ludovic le More et entraîner Venise contre lui ; et Ia]bas5es5e m<^me de sa soumittsion, après la prise de Sarzana et de Pielra&anta, n'avait fait illusion à personne. Sans connaître le l«xte des lettres que Pierre écrivait encore à Alfonsc au moment même de partir pour le camp Irancais. Charles avait continué à lui trouver vÎBnj^o do traître et la révolution populaire qui chassait IcsMédicis de Florence n'avait rien qui lui déplût; lavantgarde française, qui était entrée dans] la ville depuis quelques jours, assista en simple spectatrice à l'insurrection et même au grand pillage qui la couronna. Le Roi, malgré quelques conseils trop probablement payés, n'avait donc aucun intérêt à la restauration desMédicis, surtout dans la personne de Pierre, cl il n'en manifesta en aucune occasion le moindre désir. Mais, soit douceur naturelle d'esprit, soit qu'il prit au sérieux le nom de justicier qu'on lui prodiguait, Charles se considérait comme engagé d'honneur à laisser derrière lui l'apaisement et, tout en reconnaissantla Seigneurie comme lescul gouvernement régulier do laHcpublique — il avaitrcfuséde traiter avec Pierre de la reddition des villes toscanes, comme n'étant point pourvu dos pouvoirs nécessaires, — il demandait l'amnistie pour les Médicis et la nstilution de leurs biens. Cela suffît pour changer en ménancc raSèction qui débordait encore la veille dans Florence. Cetto tyrannie des Médicia, dont la victoire française les avait affranchis, les Florentins sont persuadés ou se persuadent maintenant que Chartes VIH n'a d'autre ambition que de la rétablir. Il a beau affirmer que «sa volonté n'est point de faire de nouveaux • changements, mais de calmer les discordes, de supprimer les « causes de troubles et do mettre la paix entre les citoyens » : cet cœurs, pleins de haine, ne comprennent rien à cette générosité envers d'anciens ennemis et leur astuce l'interprète aussitêt en perfidie. La baine est la grande passion do ce peuple, trop longtemps esclave : qui ne respire pas la vengeance médite évidemment la trahison. Charles se montre surpris de la fureur
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INTHODUCTION
rétrospective qui va jusqu'à effacer sur le tombeau du grand Cônie le titre de Père de la pairie : apparemment, il prépare le retour de Pierre. Pour continuer à mériter tes applaudissomenta de la foule, il eût fallu que le Roi se prêtât aux mesures impitoyables que les vainqueurs avaient projetées contre les vaincus. II s'y refuse et les rhéteurs de carrefour évoquent aussitôt le souvenir des Vêpres siciliennes. Livrer aux vengeances populaires les Pisans et les Médicis, voilà donc ce que Florence réclame du roi de France sous le nom de liberté I
Comment s'étonner du dégoût que tant de fureur a si vile causé à Charles et que, repoussant l'idée de se faire le condottiere des diverses cités contre les tyrannies rivales, il n'ait plus pensé qu'à bâter sa marche ver» Naplos pour « recouvrer son royaume ■ et préparer la grande expédition contre rinfidèle? Qu'on loi règle au plus tôt son indemnité de guerre ^ il partira aussitôt, laissant les factions se débrouiller entre elles, voilà, nue et triste, la vérité vraie. La parole retentissante de Capponi : 41 Sonnez vos trompettes, prince très chrétien, nous sonnerons DOS cloches ! w on croit d'ordinaire qu'elle fut prononcée en réponse à une menace royale de réduire Florence par la force. Rien de moins exact. Le seul historien italien, Nardi, qui ait pris soin de rapporter les circonstances de cette sommation, dit en lernins exprès que ce fut à propos du règlement de l'indemnité*. Le roi demandait 1.^0,000 ducals; la Seigneurie n'en accordait que 120,000. L'héroïque légende, que Guichardin a vulgarisée, de Florence pr^te à mourir plutôt que de sacrifier sa libi?rtéàun vainqueur qui ne songeait même pas à la menacer, se réduit à une querelle de gros sous. Charles ne s'y méprit point et, souriant, avec un des jeux de mots qui lui étaient familiers : « Ah ! Capponi, Capponi, vous êtes un mauvais chapon 1 » Tout le monde rit et, comme le roi céda sur les 30,000 ducats, la grande colère florentine désarma : le traité fut signé le même jour, «t pacifiquement et joyeusement », raconte Nardi*, pacificamenie e lictamenie. On a déjà vu qu'il
I. N&rdi, UtorJê, I, p. 43. — Cf. Delaliord«, Chartes \W, p. 413. S. Islorie, I, p. 41.
CHAHLES Vin A NAPLES xLVii
ne comprenait point l'amnistie dos Hédicis et qu'il abolissait les franchises pisancs.
Devant cedt^chalnoment des jalousies locales et des rancunes des factions dont Savonarole lui-même prend sa part, peut-on, sans un violent anachronisme, reprocher sérieusement à Charles VIII de n'avoir pas opéré, dans une vaste fédération autODome, la réconciliation de tous ces frères ennemis? « De « ses yeux unilaires de français' », il voyait, sans doute, le désordre, l'anarchie; mais il n'eût pu imposer l'union que par la force. Charles no pouvait y sonçer et, s'il en avait eu la pensée, l'échec eût été aussi certain que redoutable. Il continua donc sa marche, ayant l'air, tant la résistance s'évanouîsaaità son approche, d'être venu en touriste, a pourvoir l'Italie et non pour la «conquérir * », mais laissant derrière lui, chez les chefs des diverses factions, autant de déceptions que les prt^è» de son armée éveillaient partout, chez le peuple, de joyeuses espérances. Ce Roi. qui refuse de servir d'instrument aux vengeances des uns et des autres, qui ne parle à tous que d'unir la chrétienté tout entière pour chasser le Turc, il est trop Mros de Pu/ci, aux yeux des politiques stupéfaits, pour être sincère, et ces « fumées de gloire * d'Orient no peuvent cacher que de mauvais desseins. Le paladin n'était cependant qu'un paladin, tout à fait incapahie de comprendre les finesses et roueries de la diplomatie italienne, croyant bonnement à la loyauté des protestations dont on l'accablait par calcul ou par crainte, et condamné à tomber douloureusement des nues à chaque nouvelle trahison. Presque seul, au début, il avait voulu l'entreprise, contre la plupart des courtisans qui n'avaient point puisé, comme lui, dans la lecture des romans de chevalerie, l'amour des belles aventures; contre les politiques aussi, les Querdes, les tiravillo, Madame Anne de France, qui avaient •ccoutumé de dire, avec le sens pratique qu'ils tenaient du roi Louis XI, < que la grandeur et le repos de la France dépendaient < delà conquête des Pays-Bas et non du voyage d'Italie ». Seul encore, il croira jusqu'au bouta la réalisation du pieux dessein
1. P«mâri. /l<^Dai»(kMU d'Italû, t. IV, p, 191. 1. Qtiuti. loc. cil., p M.
xtTm INTRODUCTION
dont il avait fait, dès !491, la confidence au roi d'Angleterre Henri VII, « à savoir de faire triompher par les armes les droits " évidents qu'il avait sur le royaume de Naples, mais de coBsidé- « rer cette conquête comme un pont jeté devant lui pour le mener " en Grèce et, de là, expulser les Turcs de l'Europe' ». Sil lui arrivait, sans doute, de detïcendrede son rôve et, dans l'ardeur de ses vingt-six ans, d'oublier aux bras d'une amoureuse sa mission de i ministre de la Justice et de ministre de Dieu * i, il faut croire néanmoins que le grand peuple des opprimés continuait à voir en lui un puissant défenseur, puisque tous les tyrans se hâtèrent si vile d'oublier leurs rivalités dans la crainte commune de la France et de conclure, dans le sillage à peine cfTacé de ses armées, une première Sainte Alliance pour leur faire repasser les monts.
Ce qui gène, en effet, ce Ludovic leMore, qui, le premier, avait appelé Charles en Italie, ce pape Borgia qu'il n'eAt dépendu que de lui de déposer avec ignominie, et ce doge équivoque de Venise, qui n'avait cessé de lui prodiguer ses menteuses promesses, ce n'est point seutomeiit cette foudroyante conquête de Naples, qui donne à la Franco la suprématie de la péninsule, c'est encore l'émotion croissante qui s'empare de leurs sujets jusque-là courbés silencieusement sous le joug et réveillés maintenant de leur mortelle résignation, — c'est qu'il a ressuscité » l'âme des guelfes ' ». Toute la pensée dominante des futurs alliés est dans celte crainte que l'Italie .se donnera volontairement & la France, parce que la France seule peut mettre une fin à ses misères. A travers ce roman tissé de chimères d*or cl de sanglantes désillusions, Charles eut, en eflet, au cceur, du premier au dernier jour de l'entreprise, même après les suprêmes trahisons, le sentiment profond des pitiés d'Italie. De quelques inconséquences qu'il se fi'kt rendu coupable, laissant aux pires despotes le sceptre qu'il aurait pu leur arracher d'uu simple geste (ici parce que de tendres yeux l'avaient