PIN DE SAVONAROLE
ment fi'entrer dans la sainte alliance de Venise, avec la nif^me fermeté promesses et menaces, le More et l^Empereur, porte au pouvoir le parti français avec Savonarole, ou moment même où la moitié do l'Europe se tig^ue contre U France, a'obstino à croire et à espérer même après l'abandout lutte encore et combat pendant quo lo paladin fatigué n'est plus occupé qu'à raconter ses gestes aux dames d'Arakoîse. Écoutez la réponse de Lorenzo Lenzi, gonfalonier de justice, à l'ambassadeur de ]!kUlan : >< Pour rien au monde, ce peuple ne se déta- « chera de la volonté du Roi très chrétien ; les ligues perdent leur « temps, tout est réglé avec lui ■. » Et frère Jérûme, jusqu'à la dernière heure, à la dernière minute, abandonné, misérablement trahi et sacrifié, reste inébranlable dans la prédication de l'alliance française. Quelques mois avant son horrible mort, ïl éprit encore au roi : < Reviens, l'evieiis vile pour réformer ft l'Église par l'épce et chasser les tyrans. > Jus<]u'au bûcher, il professe sa foi, non plus sans doute dans le Roi maudit, mais dans la France qui, elle, en efTet, ne l'avait point oublié, qui protestait d'une seule voix, par Gommïnes, armée et peuple, contre l'inaction honteuse do la Capoue tourangelle (Àraboise) et dont l'apjjol, hélas I sera entendu trop tard. Le pauvre corps, maigri et décharné, du divin visionnaire, le vrai maître de Uichcl- .\iigo, sera à peine brûlé et réduit on cendres qu'une grande l^tre anxieuse, suppliante, arrivera do France pour demander sagràce : le Roi ne se nomme plus (^harle;^ VIU, mais Louis Xil. Bocore une fois, dans Florence retombée sous le joug, en proie aux Arraliiati, Machiavel avait été prophète : • Le succès des
* Français nous a fait perdre à moitié notre puissance; leurs
• revers nous raviront notre liberté*. ■
Ce qai prouve surtout, contre les déclamations, combien " entreprise • française a été, tout compte fait, généreuse et
1. HMifiNdi. Àtti f mm,, IV. 3&», 30 juin 1185. i. Wragmemta hiiUritfut», note, p. S31.
ivi INTRODUCTION
émancipatrice, c'est que le peuple môme n'arrête point de nous rappeler, tandis que tes autres interventions étrangères ne seront jamais réclamées que par les gouvernants. La péninsule a souffert et sait bien qu'elle souffrira encore de notre invasion, dure nécessairement far cllc-môme, plus cruelle par les invasions allemandes, espa^oles ou suisses qu'elle provoque et h qui elle sert de prétexte. Si l'Italie démocratique et (( guelfe » nous adresse ces nouveaux appels, c'est donc apparemment que la part des maux déchaînés parnos armées a été moins grande que celle des biens passagèrement réalisés, des espérances éternellement renaissantes. Je ne dis point que les Fran<;ai8 n eussent pas pris goût, d'eux-mêmes, au voyage d'Italie; ils y avaient trouvé plus que le plaisir et que la gloire elle-même : la révélation de leur propre génie. Mais ouvrez, de Commines à Gaichurdin, toutes les histoires et, partout, à chaque page, il est évident que si les Français avaient pu oublier les chemins de l'Italie, les Italiens eussent pris gnind soin de les leur enseigner h nouveau. Selon la passion ou Vinlérèt du moment, les princes s'adresseront tour à tour à la France et à r£mpire ; les masses populaires, les patriotes qui ont gardé le culte de Savonarole, les piaf/noni, les villes republicaiiics n'acclameront jamais, malgré d'amèros déceptions, que les Français. A peine Charles VIII a-t-il repassé les monts que Florence, Mantoue, Bologne et Ferrare le supplient de « faire retour en Italie ». Et nul doute que, sans Briçonnet, il fut revenu, tant pour sauver » ses hommes de Naples » que pour châtier le More, convenant d'ailleurs que, * s'il pouvait recou- € vrer ce qu'il avait perdu, il pourvoirait mieux que par le passé K à la garde du pays* ». Charles mort, le duc d'Orléans, « qui u aussi bien en frétillait », a eu tout juste le temps de prendre la couronne, que les mômes supplications, plus instantes, et d'autres encore viennent l'assaillir à son tour; cotte fois, par un mémorable retour des choses, c'est l'Italie toutentiiïro qui invoque la France contre ce Ludovic Sforza, naguère encore, sinon le premier, du moins le plus ardent à faire venir Charles VUI.
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LOUIS Xlï A MILAN*
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Venise est à la tôto do la ligue contre le tyran du Milanais et, avec elle, les ducs de Savoie qui mcttonl leur orgueil du moment à passer pour de simples vassaux du royaume de France, Florence où le parti républicain vient de reprendre le dessus coolre les Médicis. Dans TunivcrseUe acclamation qui salue te relour des Français, un seul allié reslo à Ludovic : le Turc, Bajizet, qui tente une diversion contre Venise en ravageant le Frioul. Cn mois sufHt A la conquête de la Lombardie. Le pie vint au-devant de Louis XII à une grande lieue de Ifîlan, saluant le petit-fils de Valentine Visconti comme le libérateur de l'Italie.
N'objectez |>oint que l'Italie, en cette dernière année du IV* siècle, n'avait fait encore qu'une seule expérience des Français ; que, prise à la course par les vainqueurs de Ilapalto ot reperdue aussi vite, elle n'avait point d'eux une connaissanco suffisante. Plus la connaissance se resserre, plus, au contraire, vont se multiplier les appels à une intervention qui seule, malgré de lamentables erreurs, peut lui assurer un peu de justice et de libeKé. Si Charles VIIl n'a fait que passer, presque sans combattre, < la craie à la main ' ■>, selon le mot fameux d'Alexandre \^, les guerres de Louis XII ont duré près de dix-sept ans, et quelles guerres! Où trouver un plus afTreux maasacre que celui de Capoue, une plus stupide alliance que celle des Borgia, une politique plus insensée que celle do Cambrai? Quelque médiocre usitgeque Louis XII ait fait d'ordinaire de «es victoires, sa défaite finale, sous les coups redoublés de la SaJnte-Liguo, n'en apparaît pas moins, à la moitié de l'Italie, comme la sienne propre. Ce n'est pas seulement La Palisse qui est vaincu sous Pavie et à Novare : c'est Milan qui devient la proie des Suisses, c'est Florence qui retombe du coup pour ne plus se relever, sous la domination des Médicis, plus lourde et plus mortelle que jamais; c'est Rome mt^mc où le pape Jules, •ur son lit d'sgouie, la rage au cœur, reconnaît que sa victoire eontre la France a été la restauration de tous les tyrans, lins-
ll«efaijir«l. Ii^ Princê, cb. xn. — Col guno, p*K« qa« l« roi n'arait eu non do fc blTB qn'un nuu-éciul des logU qui muqucrût les losemuita bui les port«9 da U crair.
tvni INTRODUCTION
Ullation définitive des Espagnols et des Impériaux, la licence aux plus brutaux des mercenaires de faire main basse sur tout. Et dès lors, l'avènement de François I" ne sera pas salué on Italie avec moins de joie et d'ardente espérance qu'en France même : il sera Gaston de.Foix sur le Irdno, il sera le libérateur définitif de la péninsule '.
S'il est une ville italienne qui ait, à cette époque, le droit de maudire Tintervention française, c'est assurément Venise. Alliée fidèle de Louis XII, dès le début de son règne, contre Ludovic, n'oyant rien fait pour démériter de son amitié que de lui dénoncer ù temps la fourberie des Boi^ia et les malédictions dont leurs crimes chai^eaientle nom du Roi, tout à coup, sous les excitations haineuses du Pape et de Florence, elle a été déclarée à Cambrai « l'ennemie publique de l'Europe », — parce que, sans doute, elle avait été son plus solide boulevard contre ïe Turc, — sacrifiée à l'Empereur, — parce qu'elle était la sentinelle do l'Italie contre l'Allemagne, — livrée à une véritable exécution militaire comme usurpatrice, tyrannique et provocatrice de désordres, — clic qui était, de l'aveu de tous, le meilleur gouvernement du xvi° siècle, — dans l'espace de quelques semaines enfin, dépouillée de toutes ses conquêtes lombardes, réduite, une fois de plus, comme aux jours des pires épreuves, à se Jeter à la mer. Or, François I" esta peine roi, que Venise, la première de toutes rappelle les Français en Italie. Sous les bourreaux qui les tiennent et les écrasent, la Lombardic, en proie aux Suisses, la Toscane, on proie aux bandes d'Espagne, Florence, la plus ancienne et la plus acbarnée de ses rivales, en proie aux Médicis*, vivent dans une telle terreur qu'elles n'osent même plus se plaindre : c'est Venise qui élève la voix en leur nom et, parlant pour tous, supplie la France do repasser les Alpes '< dans l'intérêt général de l'Italie ». Le lendemain du sacre de Ueims, les ambassadeurs de lasérénissime Uépubliquc, Piétro Pasqua] izo «t Sabasiiano Giustiniano, reçus par le jeune Roi en audience solennelle, l'invitent en deux longues harangues
1. Roinanin. Sloria documentata ii Vmcsia, t. V, p. 298 «i iq. ; Sisaondt, Rép. Ital.. i. Vlli. p. 301.
i. Voir lien leUreii famiUàrM de NachiiiTel.
VÏNISE ET FRANÇOIS 1*
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ft errvoyer an plus Ifll des forces nouvelles en Kaiîe : de lui seul, la péninsule peul attendre quelque liberté; lui seul peut l'alTranchir de l'atroce domination des Suisses ; Louis XII, dans la dernière année de son r^gnc, avait reconnu ses torts envers Venise et renoué avec elle; menacée de nouveau par la triple alliance de l'Empire, du Pape et de l'Kspagne, elle implore la Franco qui ne refusera pas le secours de ses armées*. — On sait de reste que Tespérance de Venise no fui pas trompée, comment Mori^an délivra l'Italie et que jamais victoire, pas mdmc Solférino, ne fui célébrée par elle avec plus de joie.
Que la fierté rétrospective des Italiens se révolte aujourd'hui fontrc ces appels perpétuels de ritalic de lo Renaissance à l'intervention étrangère, nous n'y trouvons pas à redire; les faits cependant sont là ^ relatés surtout par Guichardin avec une inépuisable abondance do détails et, au surplus, sans le moindre étonnemenl. Il s'applique assurément à mettre en pleine lumière l'ambition opiniâtre des rois de France désireux de joindre À leur couronne celte de Napleset celle du Milanais, à revendiquer les droits qu'ils tiennent du chef do Charlesd'Anjou et de Valenline Visconti; ïl n'en convient pas moins que la France n'est point descendue une seule fois en Italie sans y avoir été instamment ap|»elée par l'une ou par l'autre des principautés ou républiques italiennes, sans y avoir été saluée, tanlM par Venise et Naples, tantôt par Milan et Florence, comme la libératrice espérée. J'ai beau chercher d'ailleurs dans toute l'Italie d'alors, je n'y puis trouver qu'un homme, un seul, qui ressente l'humiliation de cette plaie, efTcctivcment honteuse, de rinter^'ention étrangère et qui ail au cœur l'ardente passion de la fermer: c'est Machiavel. Quand il écrivait cependant, après tant de pages d'une dureté calculée et voulue, cetlo page d'imo déchirante éloquence où il met i nu tout son cœur : « Que l'Italie le voie enfin paraître, après une si ■ longue altonte, ce rédempteur! Je ne puis trouver de lomies « pour exprimer avec quel amour, avec quello soif de vcn-
I. Raauuuit. lac.cU.. p. tW; Oiiicbardia, loc ci/., livre IV. — Voir le coin[)(« muId tU r»iuUenc« el la n^ponu de FraD^uîs I**, diM Uîgact, Hicalité dt fninrtU f ftiU CtutrUt'Quint, I. |». 07.
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(I geance, avec quelle fldélilé inébranlable, avec quelle vénéa ralion et quelles larmes de joie, il sera reçu dans toutes ces « provinces qui ont lant souffert des invasions étrangères! Quelicfl < portes pourraient rester fermées devant lui? Quels peuples ■ refuseraient de lui obéir? Quelle jalousie s'opposerait & ses « succès? Quel Italien ne l'entourerait de ses respects? Y a-t-il « quelqu'un dont la domination des barbares ne fasse bondir la <c poitrine'?... »àquiadres5ait-ilcettesupr6me prière et qui donc avait été le héros do son livre? Il dédiait cette invocalion * au magnifique Laurent », au fils de ce Pierre de Médicia que Florence avait chassé avec tant de mépris et qui, traînant une vie honteuse à la queue des armées étrangères, n'avait cessé de menacer sa patrie d'un retour plein de vengeances, — lui-môme, ce Laurent, le plus dur et le plus raparc de sa maison, allié servilc des plus insolents envahisseurs, digne tils de son père cl digne père de Catherine. Et le héros même du Prince avait été ce César Dorgia, — calomnié ou non, peu importe ici, dont la scélératesse était tout lo génie à moins qu'elle ne l'ait rendu stérile et tué, c'est une autre affaire^ — mais dont Machiavel avait déjà dit, pour mettre sa gloire en pleine lumière, « qu'il u apparut à l'Italie comme ayant la France pour armo >, armato de Francesi. Ainsi, pour chasser ces barbares, Machiavel lui-même, cet apôtre le plus obstiné cl le plus illustre de l'idée de la nationalité italienne, patriote dauij les moelles alors qu'il n'y avait point encore de patrie, ne trouve que deux hommes, un Médicis et un Borgia, et tous deux n'ont jamais déployé leurs drapeaux qu'à côté des étendards de l'étranger, n'ont été puissants l'unctraulreque par l'appui de l'envahisseur allemand ou français.
Aussi bien, cet idéal des patriotes exclusifs, fara da se, si l'Italie, par la suite, n'a point été en mesure de le réaliser, comment s'étonner qu'elle ne l'ait pu davantage au xvi" siècle? Dans l'état de décomposition où elle traînait depuis le grand Schisme, frappée de stérilité politique, par un étrange contraste, ù l'heure même de sa plus abondante explosion artistique et