Lésalion, leUro IX, d« Blois, le 9 ko&l
PAUTKS DE LA POLITIQUE FRANÇAISE mt
ir corde'. » L'aimable Léon X n'eut, en effet, qu'à se jeter entre les bras du vainqueur pour obtenir tout ce qu'il voulait : en échange du Concordat et do Parme, la garantie de toutes les poMeftsions d'Eglise que Léon tenait ou « pourroit recouvrer >, les Romagncs et les. Marches pour ses neveux cl le maintien des Hédicis « dans l'état où ils étaient en la cité do Florence' •, c'est-à-dire le sacrifice du parti républicain et français. Estil besoin d'ajouter que le jour môme où Charics-Quint. élu empereur, réunit en sa personne l'Espagne à l'Allemagne, l'honndte Pape se tourna vers lui pour li\Ter au nouveau César, contre la condamnation de Luther, Naplea et Milan, Gônes et Parme, les trois quarts de ritalieî
Telle fut la première grande faute de la politique française en Italie, faute gratuite, duperie sans compensation qui, à elle seale, suffisait à paralyser ailleurs les plus vigoureux efforts, les plus généreuses tentatives; faute, hélas! tellement invétérée, si j'ose dire, et inhérente à toute action de la France monarchique dans la Péninsule, que les pctits-fîls des vainqueurs d'Agnadol et de Marîgnan la recommenceront telle quelle^ îdentiqoe, trois siècles plus tard.
La seconde faute capitale ne devait pas Hrc moins traditionnelle. De toutes les puissances européennes dont les armées paraissent en Italie, la France est la seule qui n'eftt Jamais la conquête comme but exclusif; le destin, son génie vent que mille espérances ardentes la saluent chaque fois qu'elle se montre el qu'elle vienne toujours pour réaliser, aux yeux dos Italiens, une œuvre de liberté et de justice. Haifl chaque fois, a{)rès Rapatio, après Fornoue, après Alexandrie, après Ruvenne^ * après Marignau, la France s'arrête court ; pas une fois, elle ne livre la bataille jusqu'au bout. Quand descendent des Alpes les Allemands ou les Suisses, quand les Ëspanols débarquent à Naples ou à Gènes, point de doute, tout le monde sait pourquoi ils viennent : les Espagnols pour conquérir, les Suisses pour piller, les Allemands pour
i. Sùntmario detta retaziùHê di Homa. di Uu-tno Giorpî, duu Uign«t, t. I",
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s. Recueil de Uoiurd. l. II. p. 137.
un
INTRODUCTION
piller et conquérir toul ensomMe. Dès lora, point de déc«ption possible; voire, quanti la crainte, chose rare d'ailleurs, a ât£ en dessous de la réalité, un tel soulagement qu'on dirait de la reconnaissance cl <Jc la joie. Rien de tel avec la France, parce que nos promesses, impi'udentes autant que généreuses, les espérances que fait naître la magie de notre approche, restent toujours on deçà de l'effet*. D'un bout à l'autre de cette histoire, on dirait que nous prenons surtout à tâche de justiGer par avance les ingratitudes. Nous autorisons l'Italie à oublier ce que nous avons fait en sa faveur pour ne se souvenir que de ce que nous n*avons'pas Fait, après l'avoir laissée attendre. L'amant infidèle fait verser plus de larmes que le mari brutal : nous sommes cet amant. Assurément, dans ces marches triomphales où nous suit la foi de tout un peuple, nous ne nous arrêtons pas toujours de nous-mdmes, par ignorance, par versatilité d'esprit, par superstition dès que le Pape est en cause, pour un misérable caprice d'amour, comme François I", le soir de Marignan, dans les bras île la fornarina empoisonnée de Lodi. D'autres cirronstan<xïs sont vraimenlatténuantes. parce qu*cUcs sont du fait m^me de l'Italie : l'essor chevaleresque de l'année de Charles VIIl, c'est Florence même qui le brisa par la dureté de ses rancunes contre Pise ; les bonnes volontés de Louis XII, c'est la jalousie féroce de toutes les rivales indigènes de Venise qui les fait dévier. Mais le fait maiénel n'en subsiste pas moins : l'abandon chronique. De là, contre nous, malgré tant de services rendus, des haines que TAllemagne et l'Espagne ne connaîtront qu'après de longues années de tyrannie, haines intermittentes sans doute, avec de rapides et violents retours d Vmour et de confiance, mais qui ne sont peut-être que plus terribles. Nous semons et nous arrosons de notre sani; la bonne
1. Quinct, apTts Unt do rats Auuub lur les cipédiUoiu fir&nçains aa It&lic, résume admirablf^mrnt c« phénomèiie : • L'amour ie toumi «a haine; elle fut d'auual pliu profond« qu'oa aTiil espiti darantORe. D l'j mêlait one aorte d'iiuli* ^nation que Iké jUlcuiuida n'ont jainitU fait t-prouTer. La d4keption f\m Botireol ■ail auo promesse, Dfl p«ut-4tr« la raison puurciuoi nous hcuU avon» l'art de pro> Toquer ccutrc nous des Vêpres sicilienneï cl dw Piques de V«Jron«. Plu» ou croit en noua, plus noua inspirons de coldre, »i noas manquons à cotte attente; quand ooua opprimoiu, cous somblons non acalemeal des barbares, mais des traîtres. ■ (Réo. tCtfaUe. p. 320.1