‹ Naples et ParmeChapitre 27 sur 235 · LES INVASIONS ALLEMANDES · texte numérisé non relu

LES INVASIONS ALLEMANDES

IX vu

graine : nous n'avons ni le courage, ni la patience de laisser mûrir U moisson à notre prolit. Ce qu'on appelle aujourd'hui, avec un aflligeant mépris de l'idéal, le don Quichottisme n'est iWoiment une faute que s'il ne s'obiiline pas. Persévérer n'est point diabolique, mais divin : nous ne savons pas persévérer. Si j'ai tant insisté sur le désolant épisode de Pise, c'est qu'il résume et caractérise la faiblesse, la versatilité de toute notre politique pendant les soixante années des guerres italiennes. Notre véritable force : le sentiment populaire qui nous soulève ; notre arme la plus redoutable : le génie révolutionnaire qui était déjà en nous, nous ne cessons pas de les méconnaître. Le Gn des fins de la diplomatie pour nu Briconnet, un Geoi^es d'Aroboisc, un Duprat, c'est de contracter alliance avec les oppresseurs de l'Italie, dès que nous les avons vaincus, contre les opprimés. Nous nous affaiblissons ainsi nous-mêmes, pour le plaisir, par vanité, on fortiliaut nos enaeniis naturels, le Roî catholique, l'Empereur, le Pape.

A ces deux fautes capitales delà politique française en Italie, — et je n'en ai rien dissimulé, — il faut évidemment ajouter d'autres reproches et d'autres blâmes que je ne chercherai point à diminuer davantage, mais que nos rois et nos soldats ont mérités pourtant ù un bien moindre degréquo leurs ennemis. Rien de moins établi assurément que le droit de la maison de Valois sur Naples et sur Milan ; les droits que réclamaient Maximilien, Ferdinand le Catholique et Charics-Quint étaient pourtant plus douteux encore et Voltaire a formulé ici, comme ailleurs, le jugement définitif: «Le droit public féodal, toujours incer- ■ tain, ne pouvait être interprété que par la loi du plus fort*, v Dans la rudesse des temps et detj guerres d'alors, il n'est point douteux que de graves excès n'aient été commis par nos armées : le massacre de Capouc, Alexandrie mise au pillage, les gamiftona vénitiennes passées au fil de l'épée, autant de pages qu'on voudrait effacer de l'histoire. La brutalité, la cruauté surtout, ne furent toutefois que des exceptions de notre câté, tandis qu'elles étaient de régie chez les autres

t. Xaati nrr U» MVvrf, chtp. cz.

INTRODCCTION

envahisseurs, et même chez les chefs italiens. Si Chaumonl était UD « méchant homme», qu'ctail-cc Sforza qui payait ua ducat d'or chaque lôlodo Français qu'on lui portait? La froide férocité des Espagnols, la sauvagerie rapace des impériaux, U barbarie grossière des Suisses contrastaient, do l'aveu mfimedc Guichardin, avec la douceur générale de nos mœurs. Â quoi comparer les razzias systématiques des Allemands contre Florence, leurs exécutions en Vénitie, leur sac de Rome où sept h huit mille prisonniers fui'ent tués à coups de piques et de hallebardes, les femmes violées pendant huit jours de suite, le pillage prolongé pendant sept mois, saturnales furieuses qui font pâlir ics exploits des Hans et d'Alaric? Et, sans doute aussi. nos chevaliers demandèrent très souvent aux belles Italiennes la récompense la plus charmante de la rirtoirc: marquises et boulangères mirent-elles tant d'empressement à se dérober? La comtesse Tomasina Spinola, qui meurt de douleur à la &ouvcllti du la maladie de Louis XII, n'avait point dû ^tre violentée... Dans l'horreur croissante de ces guerres, cène sera point en tout cas le crime de la France qui dictera h. Michel- Ange la stancc douloureuse de laPfuit endormie :

Grato m'ù'l sonno c più l'essor di sasso.

Mentrc che il danoo e la vcrgogna dura.

L'opprobre, la honte ne viendra pas de nous. C*est quand passentct repassent Icsdurslansquenetsdu prince d'Orange, les arquebusiers implacables de Ferdinand de Gonzague, réinstallant toutes les tyrannies et abatlantjusqu'aux ruines de la liberté, c'est alors que « ne plus voir, ne plus sentir est le bonheur ». La Florence de Savonarole s'éveillait à l'approche deCharles VIII et la République rajeunie ne suppliait le jeune Roi que de parler plus haut; c'est à Charles-Quint que la Florence vaincue, assommée, de Michel-Ange adresse la lamentable prière :

Pero non mi destar; dch, parla basset

Malgré tant d'erreurs et tant de fautes, voici donc ce qui juge en dernier ressort les entreprises françaises dans la Péninsule : pour rilalie elle-même, la défaite finale de la France fut la

Page 1