‹ Naples et ParmeChapitre 29 sur 235 · FRANÇOIS I" ET CHARLES QUINT IXXT · texte numérisé non relu

FRANÇOIS I" ET CHARLES QUINT IXXT

"gté les erreurs do sn politique, restait donc plus que jamais le dernier boulevard do ce qui restait [de liberté à Tltalio ; les Français chassés de Milan , c'était l'absorption de la péninsule tout entière dans Ténormc empire sur lequel le soleil, déjà, ne se couchait plus. Machiavel, du fond do sa relrailo do Ruccellaî, vil le danger; mais, une fois de plus, personne ne l'écouta. Veut-on savoir à quelle besogne, dans cette fatale année 1521, l'Italie employa le génie de son plus grand politique? Le conseil des Huit de la Pratique envoya Machiavel auprès des moines de Carpi pour obtenir du chapitre qu'il fit du domaine de Kloronco une province à part et, comme il s'acquitta bien do l'affaire, les consuls de l'art do la Laine daignèrent charger « l'ambassadeur de la République auprès des « frères mineurs » de leur trouver un bon prédicateur pour le carfimc. Il y avait neuf années que Machiavel avait été congédié par les Médicis et il avait fallu toute la faveur du cardinal Jules pour lui ménager celle rentrée '.

« Je n'ai jamais vu personne qui^ h l'approche du mauvais « temps, no cherche à se mettre à l'abri : il n'y a que nous qui « voulions l'attendre au milieu du chemin, et à découvert. « En conséquence, si quoique malheur arrive» on ne pourra pas « dire que l'on nous ait arraché la souveraineté, mais qu'oltc « nous est tombée traîtreusement des mains. » Cette dure sentence d'une lettre familière do Guichardin ù Machiavel résume toute l'histoire de la plus lourde faute que l'Italie eût encore commise : elle-même, de ses proprcs^mains, s'est attachée au col le carcan impérial. Quand elle s'aperçut qu'elle s'élait trahie en trahissant la Franco, il était trop lard; la faute était désormais irréparable. De quelque côté qu'elle se louniilt maintenant, ctio n'apercevait plus que les drapeaux vainqueui-s de l'étrangerf espagnol ou allemand, qui la considérait comme M chose, l'rospcr Colonnaà G^*nes, Schinnor à Milan, Lannoy à Florence, Pescaire à Rome, ta tenaient aux quatre membres ot la saignaient. Oo chantait encore la victoire de Charles- Qutnt sur Lautrec qu'il fallut commencer k la payer. Le com-

t. Wlrti fitmilièrtM, XXJX el iiÛTantos, à rraoMwo QaiccJ4rtUoi.

Lîfxn INTRODUCTION

morce des grandes cités marchandes eat frappé de telles con- Iribulions qu'il en sera paralysé pendant vingt ans ; les campagnes sont lirréos au pillage systémalique des bandes déchaînées. Gomme les sauterelles voyageuses ne quittent un champ qu*apr63 y avoir dévoré le dernier épi, les troupes espagnoles ne passent de Lombardie en Toscane et de Toscane dans les États do l'Eglise qu'après avoir vidé derrière elles jusqu'au dernier écu le trésor de leurs imprudentes alUées. À la moindre plainte, au moindre murmure, le vice-roi de Naples double la contribution et dresse ses gibets'. C'est la mise en coupe avec la Terreur. Pour comble de honte, un Flamand, l'ancien précopieur de Charles-Quint, Adrien d'UtrechI a\*ait été porté, par accès, au trânc de Saint-Pierre. Le « pontife barbare » ne vat-il point saisir la première occasion do transférer le Sainl- Siége en Ëspagnu? Les cardinaux, qui avaient fait le coup, mettaient leur extravagance sur le compte du Saint-Esprit on démence', lequel n'en pouvait mais, et, plus morts que vifs, devant la colère populaire, « n'osaient aller parcounrlcs rues' ■ et s'enfermaient chez eux. On afficha sur les murailles : Borna ioeanda, » Rome est à louer u. Mais l'Italie n'était plus même û louer : elle était prise.

La gloire de la Franco, pendant les années qui vont suivre, est d'avoir sauvé l'Europe du plus terrible danger qu'elle ait couru depuis l'invasion sarrosine : la monarchie universelle de ^Espague^ £t, sans doute, de douloureuses défaillances, — je ne parle point surtout des défaites sur le champ de bataille, — marquèrent plus d'une fois cotte lutte. Si François I" put écrire à sa mère, le suir de Pavie, que « de bonnes choses ne « lui était demeuré que l'honneur », il n'hésitera pas beaucoup un peu plus tard, h sacrifier un peu, sinon beaucoup de cet honneur, pour recouvrer sa liberté. Seulement, celte liberté n'était pas seulement la sienne, c'était celle de l'Europe. Mcn-

t. Goichudin, Ub. XTII.

2. Ouicbanlin, lib. XIV. — Cf. lieiazione di Gradenùjo, p. 74.

3. I>ôp«d)« de intui k Praoçou I". mas BtUimc, &, 91, duu Mignet. I. 319.

(. Kcnri Vm, apr^s PaTÏo, so rciidil compte da pteil. (IMp^hcs du cardin&l WoUej.juiti ihKf.)

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