BATAILLE DE PAVIE
Lxxm
soldes, perfidies, capitulations de conscience, trahisons de ses alliés, devoir sacrifié au plaisir, il y a beau jour que la vive lumière de l'hislolre est faite sur loutcs ces vilaines pa^s d'un long règ:ne. Multipliez-les cependant par tel facteur que vous Toadrez : il n'en reste pas moins que ce roi ne désespéra point do ta cause dont le destin l'avait fait le défenseur ; qu'il préféra, étant captif, abdiquer que de souscrire à des conditions qui eussent fait de la France la vassale dcTEurope; qu'une fois libre, ayant pesé sa foi do gentilbommc fait chevalier par Bayard et l'intérêt de son royaume, il ne balança l^int; que. Roi très chrétien, s'il ne sut pas se servir de la léforme, il n'hésita pas à mettre sa main dans celle du Turc pour prendre son ennemi à revers et que, vaincu, captif, humilié dans son orgueil, il ne toucha jamais la terre que pour se relever. S'il fut trahi do la plupart de ses alliés qu'il trahissait d'ailleurs, lui-mùme, sans se géucr île scrupules, dés que son iotérél semblait en jeu, il en fut un, du moins, qui lui demeura fidèle jusqu'au bout, parce qu'il ne cessa jamais de compter sur lui : cet allié s'appelait le Temps. Il lassa ainsi le sort qu'il n'avait pas su conjurer et la liberté de l'Europe fut sauvée.
Ce que fut la France pour l'Italie pendant celte cruelle bataille, tous les contemporains sont d'accord pour le dire : elle fut 80 dernière espérance. Les deux années qui avaient suivi la débite de Lautrec avaient suffi à lui apprendre ce qu'était U domination cspa^ole; elle nu vit pas plutôt reparaître François I" sur les Alpes, & l'automne de 1524, qu'elle se redonna à lui d'un grand élan. Déjà, la défaite de Bourbon cl de Pescaire devant Marseille, la retraite précipitée de l'armée espagnole qui avait fondue comme neîge au soleil de Provencc, l'avaient rempli© d'une joie insolente. On avait plaiaammeot affiché sur la statue de Pasquin, à Borne : » Il s'est < perxlu une armée dans les montagnes de Gènes; si quelqu'un « uil ce qu'elle est devenue, qu'il vienne le dire! il lui sera M donné une bonne récompense'. > Dès que François l" fut rcn-
1. Metaeion de itua de Ouujt sar la compagaa de 1531, dans Mignel. L O, p. I.
fTRODDCTION
iré il Milan, le parti national prit los armes pendant que les plus timorés, la Seigneurie de Florence, Venise, le Pape, ae hAtaient de dénoncer les traitas de garantie conclus avec l'Empereur, Dons Tattentc presque unanime d*une victoire française, ce fut, au xvi' siècle, le dernier beau jour de l'Italie. Pescaire, d'autre part, jouait contre la liberté de la péninsule la fortune môme de Cbarles-Quinl et l'existence de son armée. Il adressa à ses soldats un discours qui offre avec la fameuse proclamation de Bonaparte à l'armée d^Italie une singulière ressemblance : « Enfants, la fortune nous a placés dans une telle extrémité que, « sur la terre d'Italie, vous n'avez pour vous que ce qui est sous « vos pieds; tout le reste vous est contraire. La puissance c entière de l'Kmpereur no parviendrait pas à vous donner c demain un seul {morceau de pain. Nous ne savons où en t( prendre, sinon dans le camp français qui est sous vos yeux. u Là, tout abonde : le pain, le vin, la viande'. » De même, Bonaparte : « Soldats, vous êtes mal nourris et presque nus. Le gouc vernement vous doit beaucoup, il ne peut rien pour vous. K Votre patience, votre courage vous honorent, mais ne vous M procurent ni avantage, ni gloire. Je vais vous conduire dans les plus fertiles plaines du monde; vous y trouverez de tt grandes villes et do riches provinces, vous y trouverez hon- « neur, gloire et richesse. Soldats dltalic, manqueriez- vous de <c courage? » — A trois siècles de distance, ce furent les affamés qui l'emportèrent ; avec cette différence cependant : Bonaparte, en 1796, rapportait à l'Italie la liberté qu'elle avait perdue devant Pavie sous les coups do Pescaire, le 2S février 1525.
La défaite de la Franco était si bien, cette fois, la défaite de ritalie, le coup de grâce porté à sa liberté, que, pour la première et pour la seule fois de son histoire, elle resta fidèle au vaincu. Sans doute, b. la première nouvelle du désastre et de la captivité de François 1'% les États italiens, par vieille habitude de félonie, avaient essayé encore d'un revirement nouveau : Venise, par une solennelle ambassade, avait assuré «Sa Majesté o Impériale et Catholique de la joie qu'elle avait ressentie de sa
i.Btki£iûn,t, IX. iSO.