L'ITALIE ET LES VALOIS
«fiCTÎes (çrâces des nouveaux seigneurs. Les Allemands sont de vieilles connaissances; il y a moyen toujours de s'arranger arec eux. Pourvu que leur table soit bien garnie, qu'ils aient bon coucher et le reste, les impériaux so tiennent |>our satisfaits. Bien repus, ils auront la digestion philanthropique. La servitude, avec eux, ne tardera pas à devenir pire que haïssable : populaire ; le gemiith germanique fora perdre jusqu'au r^ret, au souvcnirde ta liberté. L'accommodement avec les Espagnols est plus difficile. A Milan et surtout à Naples, le maître, c'est vraiment, dans toute la force du terme, l'ennemi. Plus dur que l'Allemand et plus rapace que lui, l'Ëspagnol ne sait point, comme lui, jouir grassement des biens de la domination. Sa victoire reste sombre. Il prend, non pour dépenser, mais pour prendre, et, dès lors, n'est jamais rassasié, S'il ne se préoccupe point d'assurer la sécurité des campagnes contre les brigands qui deviendront bientôt les véritables rois des Calabres et des Marches, il a lo souci jaloux, enragé, du salut des Âmes; sa mission est de convertir et son rl'gne celui de riuquisition. Gomment adoucir un pareil tyran? comment lo dérider? Toute la politique des deux Siciles est réduite désormais à ce problème. Rendons justice au polichinelle napolitain : il déploiera, & le résoudre, tout ce qu'il a reçu de son beau ciel do gr&ce, de souplesse et de gaieté; s'il n'y réussit pas, qui donc n'y aurait échoué?
Ce ressort de l'Ame italienne, que nos entreprises avaient tendu comme un arc, a été si complètement brisé par la défaite qoe les vainqueurs, le plus souvent, n'ont môme paâ eu besoin de recourir & l'annexion. Iticn de plus salutaire qu'une défaite qui exaspère; le véritable péril pour un peuple est l'ignominie de U résignation. L'Italie s'est si «nliùrement résignée que le Tsinqueur a pu faire, presque partout, l'économie du gouvernemeol direct; ÎI régne par délégation. Les rajahs de l'Inde mgfaiao donnent la plus juste idée de ce qu'étaient devenus, dans leur serviUlé dorée, les princes de lllalie. Este & Forrare, Médicis à Florence, Famèseù Parme, gouvernent pour le compte dn Uoi catholique, ayant à pou pr^s rindépendancc d'un préfet on d'un colonel ; la Seigneurie de Gènes n'est pas soumise
LA
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INTRODUCTION
& une obéissance moins étroite; lo duc de Savoie, gendre de Philippe II, est surtout son lieutenant et son înt«ndanl. Sous l'apparat extérieur do la souveraineté que rehausse encore son caractère sacré, Rome enfin n'a point échappé davantage au commun asservissement. Morceau par morceau, tout ce magnifique pouvoir s'en est allé. Pendant ces cinquante dernières années, devant le spectre toujours grandissant de la maison de Charics-Quint, pas un pape qui n'ait rêvé, au début de son pontificat, d'affranchir l'Italie do l'étranger; pas un, vite déçu et durement humilié, qui n'oit lini par enfoncer un peu plus avant dans la domesticité hispano-autrichienne la péninsule un instant galvanisée. Clément VII, après la défaite de la Sainte-Ligue de Cognac dont il avait été l'fLme, a posé lui-même les deux couronnes d'Italie et d'jUIcmagnc sur lo front de Charles-Quint et lancé sur Florence, pour y rétablir les Médicis, les bandes du prince d'Orange. Si Paul III n'a fait h aucun moment, comme ses prédécesseurs, des vœux contre le Roi catholique en faveur des insurgés luthériens, il a essayé cependanl, lui aussi, d'arrMer la conquête espagnole et de défendre, notamment ù Milan, la liberté italienne; puis vaincu, c abandonné des astres », it a abaissé devant Charles-Quint jusqu'à son pouvoir spirituel et, ■ sur l'ordre impérial, convoqué le concile de Trente, reconnu les jésuites et réorganisé le tribunal de l'Inquisition. Après le règne do Jules III, qui ne fut qu'une villégiature, et celui de Marcel H qui ne dura qu'un entr'acle, Paul IV (Caraffa) s'est révolté h son tour contre la domination espagnole, allant, dans sa furieuse passion, jusqu'à frapper Philippe II d'anathème et à faire alliance, non seulement avec les Français et les Suisses, mats avec les luthériens de Saxe et les Turcs eux-mêmes. La fortune cependant est restée ennemie, gibeline plus que jamais : après Saint-Quentin, le dernier pape guelfe courba, lui aussi, la tête, se retourna contre ses collaborateurs qu'il maudit comme des traîtres et mit l'Inquisition aux pieds de Philippe II. Avec Pie IV maintenant, le pape n'est plus que lo premier dignitaire ecclésiastique de la monarchie espagnole; le même pontife que le concile de Trente proclame, au-dessus de tous les évèques, juge souverain de la foi, « attend la