‹ Naples et ParmeChapitre 4 sur 235 · I. F«rr«rt, Héeolutioiu d'Haiie, t. 1", p. U · texte numérisé non relu

I. F«rr«rt, Héeolutioiu d'Haiie, t. 1", p. U

L'ITALIE APHÈS CHARLEUAGNE XT

lé^ndaire du Franc Charlemagne qu'il preeeera lo César allemand de recommencer.

Pour rcneonlrer une nouvelle inlorvcntion directe de la France dond les aOaires d'Italie» on a pris l'babilude de sauter à pieds jointe sur six ou sep) siècles: l'expédition de Cliarlemague a reculé dans un lointain si nua;;cux que celle de Charles VIII paraîtra comme la découverte do l'Italie par les Français. Non point, sans doute, que tout rapport eût cessé bru.squcment entre les deux pays. D'abord, au lendemain de la mort de Charlemagne, ses pelits-HIs, les Carlovjngiens do France et d'Allemagne, se disputent pondant i]uclqucs années non pas l'Italie, mais la couronne impériale qui ne peut être conlorée et donnée légitimement qu'à Home; — Charles le Chauve contre Louis le Germanique, Louis le Ttégue contre Carloman, — et les armées franquos passent vingt fois les Alpes, aussi impuissantes d'ailleurs à défendre le Tibre contre les Sarrasins que la Seine contre les Normands. Ensuite, pendant la période dite de l'Italie féodule et ecclésiastique, ù l'époque où naissent les grandes villes libres, où Gônes et Venise, abandonnant la terre pour la mer, lancent leurs tlottes sur la Méditerranée, on voit encore les barons et les Papes appeler à plusieurs reprises les Français ù leur aide, tantôt contre des onnemia intérieurs, UotAt contre l'AllL^magne. Guido, duc de SpolMc, gagne alors avec des seigneurs français la bataille de la Trébie et, s'étant Uûi couronner, grave sur son sceau les mots orgueilleux : Benûvatio retjni Francorum. Mais la Franco môme, en ce moment, est trop occupée à devenir nation pour pouvoir prendre part A riaextricable anarchie qui fait de l'Italie, dana ce liiécle de fer, un champ de carnage et de cette Rome, où elle avait élevé si haut le pouvoir des Papes, * un cimetière visité par les hyènes ». L'ilulio. cependant, vaupprendre à la regret-

INTRODUCTION

ter. Quand Othonle Grand renouvollo avec le pape Jean XIl le pacte de Charlemagne et s'engage à maintenir les dotations du Saint-Siège en échange de la couronne d'Empereur, ce n'est point une alliance que Rome s'est donnée à elle-même et à ritalio : c'est une servitude, la plus dure qu'elle ait encore subie et qui durera plus de trois siècles. Les pigeons français avaient roucoulé avec les colombes italiennes ; < les é|>er\'iers allemands les dispersèrent ». C'est Othon lui-même qui s'en flatte. Le rogne saxon et franconien fut proprement celui de la terreur. Rapprochez des chants d'allégresse qui ont salué Charlemagne l'imprécation des patriotes romains au couronnement d'Othon n : « Malheur à toi, Rome, tu as été prise aussi par s le roi saxon, ton peuple est tombé sous son glaive, il t'a « pillée et incendiée, et ses soldats emportent ton or et ton « argent dans leurs bourses! » Les lettres que l'Empereur franc avait tirées de leur léthargie servirent du moins à maudire l'oppresseur allemand. Les seuls moments où rilalio respire sont les minorités. Mais, dès qu'un empereur est majeur, elle descend d'un degré do plus dans la ser\-itude, s'en accommodant d'ailleurs, résignée à son esclavage: pour un Crescentius que de valets! pour un marquis Arduin divrce que de laquais féodaux empressés h baiser la botte cperonnée du César tudcsque I De temps à autre, comme le malade qui se retourne sur son lit de soufi"rance.s, ce qui reste du parti national adresse un appel à la France, au roi Robert, fils de Hugues Capet, qui fait la sourde oreille, à Guillaume d'Aquitaine, qui vifinl voir et s'en retourne tristement : « Il n'y avait là rien « d'honorable ni d'utile à essayer, n A la moindre velléité d'indépendance, à la moindre rébellion contre l« pillage systémittique, le sang coule h tlots. Le temps, qui allège tant de choses, alourdit le joug, sans qu'aucune sympathie s'éveille entre les deux peuples. » Les habitants de ce pays, » écrit l'historien allemand Dilhmar de Mersebourg, « nous sont complètement cliangers; <' soupçonneux et rusés, ils nous détcstcnt:combicndcnousont « trouvé chez eux la mort par le poison ! » Mais le poison et l'invcclivc contre ces durs Allemands, ■ b^tesàdeuxpieds,quinesa- « vent pas distinguer la maiu droite de la main gauche »,ne sont

GUELFBS ET GIBELINS

armes que d'esclaves ; la liberté ne sorl point <le pareilles sources. De toutes les puissances it&liennes qui s'étaient avilies devant le vainqueur, aucune n'était descendue plus bas que la Papauté ; aux Papes qui nommaient les empereurs avaient succédé des évAques simoniaques qui se faisaient nommer par eux, après avoir acheté à prix d'or les suffrages do la populace. Comme il arrive parfois, ce fut de l'excès mémo du mol que sortit le bien ; le premier cri de révolte, après tant d'années de muette et plate servitude, ce fut un pape qui le poussa, le plus grand des papes, Grégoire VU. Non pas que la papauté, avec ilildcbrand, ait pris en niaiii la cause de la nalioualilé italienne contre l'Empire, ou seulement conçu la pensée de délivrer les peuples de l'oppression monacale et féodale : ce que ce furieux homme de génie revendiqua contre Henri IV, ce n'est ni plus ni moins que la monarchie universelle et le droit pour le Saint- Siège régénéré de distribuer à son gré les trônes du monde. Le profit le plus certain de ce grand duel sera cependant pour l'Italie. Entre ces « deux moitiés de Dieu » qui se disputent le monde et dont elles épousent alternativement la cause avec un parfait scepticisme, les villes, en effet, les communes et les jeunes Républiques poussent et fortifient. Les Croisades, lo merveilleux spccluclo de la chrétienté se ruant tout entière sur l'Islam à la voix d'un Pape, grandissent l'autorité morale du Saint-Siège ; mais, dans l'dpru bataille des deux pouvoirs, la féodalité ecclésiastique n'a pas été moins atteinte que la féodalité seigneuriale : elles s'entraînent toutes deux dans le même abîme, et le moment approche où la nation italienne, qui s'est silencieusement formée, pourra entrer en scène. Tout le xii' siècle sera plein du rêve d'Arnaud de Brescia : profiter de la division des maîtres pour ae créer une patrie indépendante. Et ici les historiens français de l'Italie sont trop modestes ; s'ils payent un légitime hommage d'admiration à cet essor vers la liberté entrevue, aucun n'a marqué avec lo relief qui convient la juste {mrt de l'esprit français dans ce double mouvement pour la séparation du temporel et du spirituel, qui est, BU xn* siècle, la liberté même, et pour l'affranchissement des communes. Ce héros de Plutorque, Arnaud de Brescia, c'est un Fran- Qaitfle grand Breton Pierre Abuiturd, qui lui a soufflé son ftrae

xvin

INTRODUCTION

de feu el sa doctrine. C'est de Franco encore, de la cour môme de Louis VII où il a trouvé asile pendant sept années, de Paris où il a posù la première pierre de Notre-Dame, que le pape patriote, Alexandre 111, « propugtialeur de la liberté italienne », donna à la Ligue lombarde son mot d'ordre contre Barbarousse : » Rejetons de nos épaules le joug teuton ! »

La lutte des Guelfes et des Gibelins, qui éclata au lendemain de la mort de l'empereur Henri VI, n'offre maintenant aucune trace profonde d'action ou d'influence française ; tout au plus peut-on noter que les rares chevaliers de Provence ou de Champagne qui paraissent en Italie tiennent au début pour le pape Innocent lï contre la maison de Weiblingen el qu'une maison française s'installe en Sicile, avec Gauthier de lirienne, pour donner la chasse aux Allemands. Dans l'universelle guerre civile qui arrose de Ilots de sang- le rèsno Inuz^ique do Frédéric II, ■ entre les partis qui abandonnent leur drapeau pour rester fidèles à leur principe et ceux qui trahissent leur principe pour conserver leur drapeau *, entre les pères qui combattent tes ûls et les fils qui lèvent l'épce contre leurs pères, la France n'a point de rdle à jouer '. Môme sa neutralité est si prudente que le roi, qui est pourtant saint Louis, refuse au Pape fugitif, qui s'appelle Innocent IV, l'autorisation de pénétrer dons ses Étalfi. Il interviendrait assez volontiers comme médiateur pacifique ; mais comment calmer ces enragés ? Après la mort de Frédéric et Técroulement de la domination souabe en Italie, dans la lutte impitoyable que poursuivront, sous des noms qui n'ont plus de sons que celui de la haine, les factions déchaînées, qu'irait encore faire la France sur cette galère désemparée? £Ue n'eût pas plutôt essayé, à. la demande de l'un ou de l'autre des partis, de prendre en main le gouvernail qae tous les autres se fussent coalisés contre elle avec une colère redoublée. Pour quel profil compromettre en pareille entreprise » la grande el subite puissance • que lui faisait l'abaissement simultané do l'Angleterre et de l'Empire? La sagesse commandait également de fermer l'oreille à l'appel des

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