PAIX DE \'ERVINS
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muette servitude, un souffle d'indépendance traverse aussitôt lltalie, souffle l^ger sans doute, ti'ès léger, mais ceux qui savent écouter entendent l'avertissement. Rien de plus remarquable à cet égard que les lettres de ce sombre Alexandre Farnèse. leplusgrand général du siècle. Déjà, en 1586, aprèsla mort de son pÈre, le vainqueur de Gembloux, las do servir, avait voulu quitter le commandement des armées espagnoles pour réintégrer son duché de Parme. Il écrit maintenant au Roi OAtholiquc pour lui montrer la folie de son entreprise contre la France, alors qu'il laisse derrière lui tant de mécontentements ; il lui dit toute la vérité : < Vous lAchez la proie pour n l'ombre. »>
Quelle sera la nouvelle politique de la Franco à l'égard de l'Italie, j'entends après la paix de Vervins, car jusque-là, pendant les neuf années de la guerre espagnole, Henri IV a eu assez h faire de conquérir son royaume et tout l'effort de sa diplomatie de l'autre cdté des Alpes a dû consister à s'assurer l'amitié de Rome? Il est certes loisible de regretter la conversion de Henri IV, de dire encore qa'il n'avait nul besoin d'entendre la messe pour avoir Paris et de faire « le saut périlleux » pour avoir la France. L'abjuration une fois consommée, — faute morale, selon d'Aubigné, sage résignation à la nécessité politique, selon Sully, non moins boa protestant pourtant que le fougueux batailleur, — n'en point tirer parti pour mettre Rome dans son jeu, c'eût été en perdre pour le plaisir les plus sérieux avantages, et Rome, faut-il encore le dire? ne donne rien pour rien. Au cours des longues négociations entreprises sous les auspices de Venise et de Florence, on doit croire qu'il fn routa plus d'une fois à Henri IV de subir les mépris de Sixte-Quint, les perfidies de Clément VIII. Mais relever les lis auprès de la cour de Rome était le seul moyen d'arracher à l'Espagne la domination du monde catholique — ot comment les relever autrement qu'en achetant du Pape par des concessions politiques la reconnaissance de cette abjuration que l'Italie avait fétéo comme ao événement national ? L'impérieuse diplomatie d'Espagne, multipliant ses efl'orts et ses violences pour empêcher le Pape
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ÏNTRODUCTION
de déclarer Henri reconcilié avec l'Église, montrait clairement au surplus où était l'intérêt. Quand le duc d'Olivarès faisait un crime à Sixle-Quint d'avoir reçu en audience particulière H. de Luxembourg, extraordinaire querelle où, de représailles en représailles, le vieux Pape alla jusqu'à menacer d'excommunication le Roi catholique; lorsque les cardinaux espagnols quittaient Rome pour protester contre les négociations qui devaient aboutir à la solennelle cérémonie du 8 septembre 1598 et que le duc de Gessa jetait sur les États de l'Église les bandits débridés des Abruzzcs, — il eût fallu Ôtre aveugle et sourd pour ne point mettre, au moment de toucher au but, tout amour-propre de côté. Henri passa donc, et avec raison, par où voulait le Pape; et, de même encore, un peu plus fard, dans l'affaire de la succession de Ferrare, aux risques de froisser Venise et de mécontenter pour un temps le grand banquier de Toscane. Assurément, le refus de l'investiture à César d'Esté était un déni de justice, mais c'eût été folie que de risquer, pour les beaux yeux du duc autrichien do Modônc, le retrait de l'absolution papale, alors surtout que Clément VIII, pour avoir Ferrare, consentaità ne plus exiger la réception du concile de Trente'.
L'acte diplomatique qui avait été signé à Vervins le 2 mai 1598, trois jours après la promulgation de l'édit de Nantes, était une trêve bien plus qu'un traité de paix, simple suspension entre deux épisodes de la hilte de la France contre la maison d'Autriche. S'il confirmait simplement, après un demi-siècle de guerres, le traité de Catcau-Cambrésis, c'est que l'épuisement des belligérants ne permettait alors ni à la France, ni à l'Espagne de procéder à un règlement définitif des grandes affaires qui les divisaient, llcnrl IV devait momentanément se contenter d'avoir reconquis son royaume, Philippe II de a avoir rien perdu de l'héritage de Charles-Quint. Il était clair toutefois que l'un et l'autre, dés qu'ils auraient reconstitué leurs armées et surtout leurs finances, ne pourraient échapper à la fatalité d'une nouvelle lutte. Seulement, bien que le traité
1. 8ur les n^gocûtionn de Hiriih IV uvec le SaÎDt-Si^gr, cf. d'Ossat, Uttrt* (Amfttcrdam, 1708], I. I", pavrim; de Tbou, l. V, p. 530 ; Loti. Vie dt Â'ixU-QuùtÀ, part. II, I. VII ; Raokc, Uut. de France, t. UI, cb. it.
LK GRAND PROJKT
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'une manière formelle la faculté pour les contractants valoir en temps opportun leurs prétentions, k> Roi très clurélieu ftur l'Italie espagnole, le Roi catholique sur la Bretagne el U Bourgogne, il était déjà arrêté dans l'esprit de Henri IV et de Sully que l'enjeu de cette lutte nouvelle ne serait ni le Milaoaifi, ni le royaume de Naples. Le propre frère do Sully, Philippe do Béthune, ambassadeur à Rome, avait eu beau soutenir, avec une passion parfois éloquente, la llièse contraire : le véritable sacre de la nouvelle dynastie, c'était, selon lui, de reprendre en Italie la suite de la politique conquérante des Valois. Henri, après mtlre réflexion, avait Jugé et pesé ce conseil. A quoi ces conquêtes brillantes d Italie, ces guerres aux belles victoires, avaient-elles conduit la France? Elles avaient gaspillé nos forces, arrêté notre essor vers le Rhin et les Flandres, servi de prétexte èk la coalition de l'Europe entière contre nous et installé ânalemont dans cette Italie mt^me, au lieu de vingt principautés rireles dont la France était la médiatrice naturelle, les formi* dabics puissances de l'Espagne et de rAutriche. Quelque avantage iotellectuerquelaFranceaitreliré de ces guerres en s'affinant au contact de sa voisine, la plus lourde faute serait de les renouveler. Il n'y a déjà, au surplus, avec la reine Qorentine, que trop dltalieos au Louvre ! Dès lors, c'est à la politique de Louis XI qu'il faut revenir, à l'expansion territoriale vers l'Est et le Nord-Est. Rendre à la France tous ces pays de langue et de tradition françaises, Artois et Franche-Comté, que le traité de Sentis avait si misérablement sacrifiés au mirage napolitain, Savoie, Lorraine et Flandre, qui sont les boulevards indispensables de la vieille Geule, voilà désorrnais le but. Quand les députés bressans vinrent rendre hommage à Henri IV : < Puisque vous parles a Daturellement fran(;ais, leurdit le roi, vous devez être sujets aa « roi de France. Je veux bien que la langue espagnole demeure à • l'Espagnol, l'allemande à l'Allemand ; mais toute la française « doit ^\re & moi '. ■ Voilà te vrai Grand proj€f,ce\\ii qui devait périr, le 1i mai, au coin de la rue de la Ferronerie, — qui reste encore, après trois siècles^ à réaliser.
f. VaiUou. BiiUire 4» Franc* depui$ |SiM Jiagit'M lOOt (P«rU, 1606), t. Il, p. U*.
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INTRODCCTION
Si la langue espagnole doit ôtrc à l'Espagnol et l'allemande & l'Allemand, il s'ensuit que l'italienne doit Aire à l'Italien et telle est, en effet, bien qu'il oit néglige de la formuler, la pensée constante de Henri FV dans ses rapports avec la péninsule. Comment nier pourtant que l'Italie, au même moment, recommençant la politique de Ludovic le More, pensait toujours ne pouvoir se libérer d'un oppresseur que par un autre conquérant? De 1599 à 1606, Henri IV n'arr<^ta point d'être sollicité parles différents partis italiens de passer les Alpes et de rasseoir en Lombardie. sous de nouveaux prétextes, la domination française. Les Vaudois d'abord, au nom de tous les réformés d'Italie ; (( Sire, Dieu vous a donné la Gaule; s'il le veut, la Gaule K transalpine TOUS appartient; Milan sera h vous; nous nous « vouons à vous, h jamais, pour vivre et mourir, nous et dos « enfants*. » Les Lombards, un peu plus tard, ne sont pas moins ardents à solliciter Henri IV; ils n'en peuvent plus, leur patience est à bout avec leurs dernières ressources; en quarante ans, ils ont payé à l'Espagne plus de 260 millions d'écus, qui feraient aujourd'hui près d'un milliard ; » ce duché de Milan, qui « sonloit^tre le mouton mignon de toute l'Italie. est aujourd'hui « si dcscharné, si exténué que la pauvre Champagne ou Picardie c n'est point plus misérable * > ; leur régime, sous le comte de Fuentès, est celui de l'état de siège, de la mort lente : que les Français libérateurs repassent les monts ! Venise, enfin, n'est pas moins impatiente, multiplie les ambassades au Louvre pour appeler l'intervention de Henri IV, lui déclarer qu'elle n'a point d'autres ennemis que les siens. « Je suis journellement « visité, écrit Fresne-Canayo, de chevaliers et de seigneurs u qui brûlent du désir de voir les fleurs de lis deç& les Alpes. » Pour qui commence à connaître l'Italie, est-il nécessaire d'ajouter que la haine seule de l'étouffante oppression espagnole ne dicte point tous ces appels? Si tous, sans exception, invoquent Henri IV contre le Roi catholique, chacun des États italiens qui se font nommer les slati liberi espère aussi pro-
I . RoU, ïienrl tV et ta Haute ttatie, ob. m . p. 140 : Micholet, ni, 3SS: Haao- Uoz, EtudeM huloriqttea, la Franc* sws Henri IV, p. i&2.
3. FresQO-CaQ«y«, ambtaMdear de Fruncois 1" i \>ime,dép£ch« du 20 mam tfiOS-
IB STATI LlBEni xcra
Gter de son intervention pour se venger du rival qui le gène. Rome contre Modènc, Turin, Venise et Parme, Venise contre Florence, Florence contre Turin, Modène et Lucques contre Florence, Parme contre Mantoue, s'adressent à Henri IV. La domination étrangère, pour rude qu'elle ait été, ne l'a pas encore été assez ou, du moins, n'a pas encore assez daré pour avoir tari, épuisé, les haines locales. L'arbitre, le justicier souverain, c'est le roi de France.
Si l'on considère que les Italiens n'étaient point seuls à exprimer le vœu ardent d'être conquis par la France, et qu'au même moment ou un peu plus tard les Flamands formaient les mêmes souhaits, que la Hollande elle-raCme, désespérant de conserver son indépendance, allait, elle aussi, demander à devenir française, on conviendra peut-être enfin, contre tant de jé^ndes accréditées, que Henri IV, à repousser tant de séductions et d'entraînements, fit preuve d'une sagesse et d'un MDg-froid qui ne sont pas fréquents dans l'histoire. Les femmes seules le troublaient, lui faisaient commettre des sottises; — beaucoup moins cependant qu'on n'a dit. — Dans les aCTaires d'Italie notamment, Henri fit montro d'une fermeté et d'une clairvoyance à toute épreuve. A méditer sur les entreprises du siècle précédent, il avait appris d'abord à se méfier de ces appels si pressants tant que la France est loin, si vile suivis de déferlions et, en tout cas, payés de si peu de concours dès qu'elle a passé les monts et engagé la lutte irrévocable. ■ II « fiut confesser la vérité, lui écrit Fresne-Canaye', qu'il n'y a a prince ni Etat en ce pays qui veulent croître sa dépense d'un • écu pour l'amour de cette belle dame de liberté italienne. » Henri IV attendra donc, pour répondre autrement que par de l>onnes paroles, que cet amour soit devenu moins platoaii|ae. Ses discours, qu'il ne se fatigue point de répéter, ceux de ses ambassadeurs et envoyés, peuvent dés lors se résumer ainsi : la politique des Hourhons ne sera point en Italie celle des Valois; le roi de France n'entend rien conquérir au del& des limites naturelles de son royaume; le