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INTRODUCTION
véritable rôle libérateur de la France dans la péaiosule doit consister d'abord à réconcilier entre eux tous les Étatâ ennemis, ensuite à former entre eux un faisceau assez fort pour donner à l'intervention utiérieure du roi une base résistante et solide. Pour expulser les Espagnols d'Italie, il Tant commencer par liguer entre eux les États autonomes de la péninsule.
L'idée d'une ligue italienne, d'une confédération nationale de tous les État£ de race et de langue italiennes* s'est-elle, dfes le début, présentée à la pensée de Henri IV avec la netteté qu'on lui trouve plus tard dans les mémoires de Sully, son principal conseiller en cette affaire ? Je sais bien — la démonstration n'est plus à faire, — que Sully, dans ses Économies roytiie», a plus d'une fois condensé en formules positives les idées qui Ûottaient seulement devant le cerveau du Béarnais et qu'il lui a prêté en outre les « chimères et imaginations », comme il disait lui-m^me, qu'il avait conçues de son cOté'. En ce qui coqcerne cependant la ligue d'Italie, ou bien il faut renoncer à expliquer autrement que par le hasard la politique constante et invariable de Henri IV dans la péninsule, ou il faut convenir que, si la conception première appartient sans doute à SuUy» Henri sut faire siens, avec une étonnante obstination, le motet la chose. Voyez-le à l'œuvre, en effet, depuis 1602, pendanthuit longues années, jusqu'à sa mort, et cherchez à le trouver une seule fois en défaut pour la réussite de ce plan. Évidemment, avec cette résolution de ne rien précipiter, de ne point faire un pas avant d'avoir cimenté fortement la ligue, il compte avec les circonstances et avec les hommes. C'est un poUliquo qui sait patienter et ruser : ce n'est point un maniaque à la poursuite d'une idée Qxe. Mais tous. les actes de sa diplomatie, son mariage, si exclusivement politique, avec la nièce du grandduc de Toscane, le traité de Lyon, si habile, si méconnu, avec le duc do Savoie, sa tnédîalîun entre Venise et le Saint-Siège. ses négociations avec les ligues Suisses, tout tend au même but : certain des sympathies allemandes et hollandaises, il veut y joindre le faisceau des forces italiennes pour défier plus
i. Économies royales, t. II, cb. clxxt.
tlGlTE ITALIENNE
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treroent à leur tête, au jour venu, la maison d'Autriche. La ligue n'est point le but; elle n'est, ne peut être que l'un des moyens qui doivent conduire à réaliser sa conception générale de U politique européenne, non point la chimère de la République chrétienne &\a cinq dominations électives, — elle n'appartient qu'à Sully, — mais cet équilibre qui sera fondé, trente ans plus tard, au traité de Westphalio et dont SuUy a bien réfiuraé cette fois, sous son inspiration directe, les conditions principales : v La première à réduire la Maison d'Autriche i M une domination si bien ajustée et proportionnellement com- « pfuée qu'elle délivre tous les États et dominations chrétiens <■ des craintes et appréhensions qu'elle leur a toujours donné M i prendre, d'être opprimés et asservis par elle; la seconde, M que tous ceux de cette maison soient persuadés, par raisons < convenables, à se départir de leurs anciennes avidités pleines « d'extorsion, afin qu'ils ne pensent jamais à choses domma- « geables à autrui ; à quoi il semble impossible de les pouvoir K faire résoudre, tant qu'ils posséderont une quantité d'États M et de royaumes outre ceux que conlit^nrmnt les Espagnes'. »
Voici donc, à l'égard del'ltalie, l'évolution do la politique française sous Henri IV, évolution qui n'aura point de conséquences immédiates, maisqui marque la plus importante étape dans l'histoire de la péninsule. Henri IV n'abandonne rien de la tradition séculaire qui fait de la France la protectrice des aspirations italiennes; mais il l'épure, si je puis dire, en posant comme condition première de son intervention armée que les États italiens auront fait la paix entre eux; ses prédécesseurs escomptaient lears discordes, il veut pouvoir compter sur leur union : et d'avance, il renonce à toutes conquêtes de là les monts : il aidera les populations opprimées à chasser les Espagnols, mais il ne se lubstitucra point à eux. Non point, d'ailleurs, qu'il ait l'intention de jouer dans la péninsule le r^le d'un simple «Ion Quichotte : il est bien décidé, au contraire, à faire payer son concours. Seulement, le payement qu'il réclame, ce ne sont plus
I. êamomiâi rcyalft. lettrf. de M. de Sull;/ au roi, de latfuelle Tos a trouvé Ut èr^miOardê parmi tei papiem, t. IX, a* S7 de l'éditioD PeiiloU
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INTROOrCTÏON
ces terres italiennes qui ne dous ont jamais porté que malheur et qu'une diplomatie routinière s'obstine seule à regretter; ce sont les terres françaises. Il rendra l'Italie aux Italiens, à tous ceux qui parlent la tendre langue des amoureux; mais la France reprendra, avec la frontière des Alpes, toutes les provinces égarées qui n'ont point cessé de parler français.
Je sais combien Fontenai-Mareuil est un guide sAr pour \'histoire diplomatique de son temps; cependant comment ne pas infirmer le jugement qu'il a porté sur les aCtaires de Savoie' el que la plupart des historiens ont ratifié depuis sans autre examen ? Après les refus réitérés de Charles- Emmanuel à exécuter en ce qui le concernait le traité de Vervins, après l'avortemenl des trahisons qu'il avait ourdies à la cour même de France* il est parfaitement certain que la foudroyante conquête de la Savoie ouvrait toute large à Henri IV, dans celte première année du xvir siècle, la vieille route de la Lombardie et que t l'Italie tout entière s'attendait « alorsà voir le vainqueur d'Ivry descendre dans la vallée du Pd». A supposer que la victoire lui fut restée fidèle et que lesprinces italiens eussent tenu leurs promesses, à quoi lui eût servi pourtant de renouveler l'entreprise de Charles VIII? Rien qu'à rallumer la guerre générale, alors qu'il n'avait encore refait solidement ni ses finances ni son armée, et qu'A offrir prématurément à l'Kspagne la revanche de Fontaine-Française. Après avoir châtié, avec une étonnante promptitude, la déloyauté de Charles-Emmanuel, Henri IV fit donc, une première fois, preuve de sagesse, en refusant de tenter davantage la fortune. Il fait autre chose pourtant que d'arrêter ses troupes victorieuses sur la crête des Alpes, de les détourner de ce mirage italien qui, plus séduisant que jamais, exerce à nouveau sur l'âme française, malgré tant de déceptions, une fascination troublante; il profitera encore de la paix qui lui est demandée et qu'il dictera selon son plaisir pour amorcer par des actes précis et nets la nouvelle politique qu'il entend inaugurer en Italie. La cause même de la guerre contre Charles-Kmmanuel a été ce