HENRI IV ET LA SAVOIE
ourquisat de Saluées, la dernière des possessions italiennes de la France, que le i^cudre de Philippe II avait enlevé, en pleine paix, vers la Hd du règne de Henri III et qu'il prétendait garder contre les stipulations formelles du traité deVervins; Henri IV y renonce en échange de ces terres essenliellement françaises, la Bresse, Gex, Château-Dauphin, le Bugcy, le VaURomey. * Ce « fut, dit le fougueux LesdiguiÈrea, agir non en prince, mais en « marchand, n Voyons d'abord ce que valait le troc en lai-méme. Contre un pays de 250,000 âmes, enclavé dans le Piémont et i^paré du Daupbiné par les Atpcs, qui était, sans doute, l'une dss clefSf mais non point l'unique clef de L'Italie, il acquérait avec la Bresse une riche et fertile contrée, qui avait étésurnummée le grenier de la Savoie et donnait plus de 200,000 écus de revenu ; avec le Bugey et le Val-Romey, la libre navij^ation du Rhône jusqu'à son entrée duos le lac de Genève; avec le fort Barroux. « la bride de la Savoie >, et avec Gex cnlin, le trait d'union entre la France elles cantons, la forte situation qui lui permcttuil de lutter utileiuenl contre rinflucnce espagnole on Suisse. En passant ce traité d'une si habile générosité avec Charles-Emmanuel. Henri IV commence ensuite à détacher de l'alliance espagnole celui de tous les pi'inces italiens qu'il importait te plus au Roi catholique de garder avec lui, parce que, à cheval sur les Alpes, le duc do Savoie tenait à la fois la porte de l'Italie à Turin et, a Chamt]éry, la porte de la France. Et, sans doulo, ayant déjà par deux fois éprouvé la trahison de Charles- Emmanuel, Henri ne s'exagérait point la reconnaissance que lui garderait le Savoyard, < pécheur en eau trouble » de profession, « le plus menteur et le plus brouilbn des hommes' ». 3dais U a reconnu, de son clair coup d'œil de munlagnard, que la maison de Savoie n'a déjà d'autre règle, dans sa tenace ambition, que l'intérêt, et qu'il n'est rien au mondo qu'elle ne soit toujours prête à sacritier à « sa passion de gagner ». U s'agit donc do tourner cette convoitise vers sa véritable destinée. Ce Charles-Emmanuel qui^ [>endant vingt ans, dupe de l'alliance espagnole, a rftvé de toutes les couronnes de l'Europe, depuis
INTRODUCTION
celles de France et de Provence jusqu'à celles d'AJbanie, de Polog^ne et de Chypre >, et qu'il a K^duil, en quelques semaines de campagne, à la condition « d'un duc sans SaToie' », Henri lY le poussera, dès lors, vers l'Halie, avec la ferme volonté de faire de lui, à sa grande surprise, l'instrument mdme de la libération de la péninsule, le restaurateur de la nationalilé- Devançant ainsi de plus de deux siècles la marche des événements qui se sont accomplis de nos jours, devinant le premier la pente naturelle de l'histoire, Henri IV fait du Piémont 11 pierre fondamentale de la ligue italienne. Au Irailt' de Lyon, il a échangé Salaces pour la Hresse; si le Grand dessein aboutit, il donnera au duc le Milanais pour la Savoie et Charles- Emmanuel, une fois maître de Milan, deviendra roi de Loinbardic.
On peut discuter sur les détails de la carie d'Italie telle que l'avait conçue Henri IV pour le jour où il aurait chassé les Espagnols de la péninsule; il était trop avisé pour ne point réserver la part des circonstances et n'avait dès lors arrêté, à Venise comme à Turin, que les grandes lignes de son plan. Au nord-ouest, sous la maison de Savoie, le Piémont, le Milanais et le Montferral réunis pour g;arder les Alpes, ressuscitant l'ancien royaume de Lombardie*; au nord-est, la Képubliqne de Venise avec la (>iraldo;au centre, le grand-tluché de Toscane formant avec Gènes, Parme et Mantoue une seule République; tu sud, sous Paul V, le royaume de Naples réuni aux États romains; c'est-à-dire pour la première fois, TUalie aux Italiens, en échange de quoi la Savoie avec Nice retournera à la France. En résumé, si d'autres chapitres du grand dessein n'ont existé que dans l'imagination de Sully, rien de plus certain, au contraire, que la partie du projet qui a trait à l'Italie. Non seulement, Fnntenai-Mareuil si hostile à l'abandon des revendications italiennes de la France ^ et Richelieu, si hostile à Sully.
t. KhevenhiiUer, Annote* ffrdinamMt H, p. 187, SS&. — Për^flie. Bittotrt dt Frûnet, p. 26B.