CouU, .S/uTMi ile'MUoi le"*pi, II
es vicG-roi9 frea'.
Charlos-QuÎDt ayant c promis et juré » que ni lui ni ses succeweur^ ne inoltraiont J'impût sur les Deux-Siciles sans la pormiuion du Saint-Siège, les vice-rois, par une pieuse hypocrisie, se contentèrent d'abord de demander des s dons ■> au • trÈ« fidèle peuple ». Dons pour le couronnement, dons pour l'expédition d'Afriquet donH pour les langes du nouveau-né, dons pour les pantoufles do la Reine, tous les prétextes furent laTorables cl les agents du Use savaient l'art de les rendre incessamnaent fructueux ; le chifîre des tributs < volontaires >•, perçus exclusivement sur le peuple, finira par dépasser onze millioDsdo ducats par au.
Pour ingénieux qu'il fût, le système des « cadeaux » ne tarda pas ce[>endant à paraître insuffisant; le serment de Charles- Quint alla donc rejoindre la réforme de Toltïde, et la ferme des impôts fonctionna bientôt dans toute sa sauvagerie. Il faut lire dans les lettres du résident du grand-duc d'Urbin* l'inlinie variété des taxes qui furent successivement inventées par les fermiers génois, d'autant plus inexorables que les vice-rois leur en réclamaient d'ordinaire le montant un ou deux ans à l'avance, et les menaçaient du gibet îi la moindre velléité de refus. Comme la noblesse était exempte d'impôt et comme linduatric était à peine naissante, l'agriculture paya pour tous et sur tout, i l'impôt suivant le produit >, frappant la terre ensemencée, puis l'épi, puis In ^riue, puis le pain cl le macaroni, cl. de même, l'arbre cl le fruit, la vigne el le vin, le mûrier et la soie, les troupeaux et la viande. D'où, nécessaireaent, au bout de peu d'années, une double misère : dans les campagnes où le sol, ne produisant plus que pour le percepteur, ne tarde pas k être abandonné, laissé en friche ; ,dans Um villes où l'élévation croissante des droits sur les denrées
r I. GiBriiiuiie, i/à(. de NapUji, IV, Uv. XXXU , — Cf. duc da RÎTaa, Insurrection UapttM, t. I-, Uï. l", cb. r'.
Arthivt* K*»iorufua ti'ttaiie, recueil de dociimciKa sur Im condîlîoM écono- Lo du {T>5.iuino do Niiplv!^, de Htti à lâi7, pubLîéi par Fr*ncois P&Umto, féUim. — rr. Zonorn, Gouoernemmt du due WOtainut, et BaldACfhini, Sloria \ttlaitu itetl uNfiu I0t7.
INTRODUCTION
d'alimentation < installe la faim à chaque Toyor ». Quand le duc de Médina disait, on quittant Naples, qu'il n'y avait point laissé, CD dehors des classes privilégiées, < quatre Tamilles assez u riches pour dîner à table », il ne se vantait point ; le règne de l'Espagne dans les Dcux-Sicîles étail devenu h la lettre celui de la famine. « La disette est universelle, écrit lo résident au grand-duc, i il vient à Naples des communes enliêros, deman- I dant lo pain dans les rues; tant de pauvres sont arrivés ic qu'il est à craindre que la ville ne soit empestée, car les « gens meurent de faim au coin des bornes ; > des milliers de paysans éniigrèrent en Albanie et en Morôe, se tirent Turcs. D'ailleurs, sauf chez l'amiral de Caslille qui résigne ses pouvoirs au bout d'un an, « ne voulant pas que le beau cristal
< qu'on lui avait confié se brisât entre ses mains », aucune pitié au cœur des gouverneurs. A la moindre plainte, au moindre murmure, la prison, les supplices, la mort*. Des pauvres abordent un jour le cardinal Zapata ; »f Voyez, Excelc lence, quel pain on nous fait manger. • Le cardinal se met k rire : « Il ne faut pas rire. Excellence, car c est chose à faire « pleurer^... » Sur quoi, trois cents individus furent incarcérés et les misérables, qui avaient interpellé le cardinal, « condamnés ■ à périr sur la roue, après avoir été tenaillés sur des cban <( dans les lieux publics; on suspendit aux murailles, pour servir H de proie aux oiseaux, les lambeaux de leurs cada^Tes et leurs
« têtes, placées dans des cages de fer, figurèrent sur les porles « les plus fréquentées ». Des paysans, ayant déclaré à Ponce de Léon, duc d'Arcos, qu'ils n'avaient plus un meuble à veoilre pour payer TinipiU, reçurent cette réponse : v Vendez V06
< femmes et vos filles, et payez* 1 »
Voilà donc la cause do la révolte de Naples : la misère, aon point la noble misère des âmes qui ne peuvent pas vivre sw^ liberté et Rans justice, mais l'atroce, la poignante misère âw corps qui ne peuvent pas vivre sans pain. La faim, qui f&>l
1. CnrriïsiwxidAaoe du rosidenl d'Urtùn, 28 arril lfl22, 28 janvisr 1033, «W. :;. Oiuinonc, liial. de Naples, IV. liv. XXXV. 3. Canm, loc. cH.. cli. cui.
MASANIËLLO GXXI
sortir le loup du bois, fait sortir do sa servilité résif^née la plus mollo population de l'Italie. Et, certes, rien de plus louchant que CCS âouflrancos qui vont soulever Palerme et Catane derriëro Giuseppe d'Alesio, te batteur d'or, et Napics derriùre îe poissonnier Masaniello. Mais quand ces révoltés auront rmssasié dans quelques journées d'orgie la fringale qui leur a mis les arracs à la main, quand leur ventre aura reçu satisfaction, que feront-ils? Les iazzaroni conce\Tonl-iIs un autre idéal que de payer le moins possible d'impôts, de manger leur saoul, d'avoir à discrétion des légumes et des fruits?
On peut prendre au hasard l'un quelconque dos soixante et quetqui^.s volumes, italiens, espagnols, frani^ais, ang-lais et allemands, qui ont été écrits sur la révolte de Naplos' ; tous montrent que cette insurrection, qui dura à peine neuf mois', neut lien, A l'origine, d'un mouvement ni pour la liberté ni pour rindépcndance ; elle ne fut d'abord qu'une protestation contre la gattclle des fruits et, notamment, pendant les neuf journées caniculairos où ré^a Masaniello, les insurgés n'arrt^tèrenl point de prolester de leur fidélité au Roi catholique et de porter son portrait en triomphe. .Vu cri de guerre : « A bas l'impi^tl > la/jEaroni et alarbcs ont toujours grand soin d'ajouter celui de : « Vivent le roi d'Espagne et la viei^e du (larmel I » Voici la péroraison du premier discours de Masaniello : •< Je \iens vous racheter de la ser\ntude du fisc comme « Moïse a sauvé les Juifs de la servitude d'Egypte. Pécheur du •• golfe, je viens sauver Naplcs et le royaume des exactions du
• mauvais gouvernement. Que jo sois mis en pièces, et mes '< membret) cloués au.x portes de la ville, si je ne vous tiens pas
• ce que jo promets. Vive le roi dEsparjne ! mort au mauvais
« gouvernement I » Le vieux carme Genovino, qui fut la forte
It^le de l'aflairo, ne voudrait point se contenter « de l'abolition
4eft misérables gabidles » ; il demande encore i\ partager avec la