‹ Naples et ParmeChapitre 68 sur 235 · Itirsi. t. It. ch. XX · texte numérisé non relu

Itirsi. t. It. ch. XX

s. UvlUriUr, Mém., t. I, p. 2oO.

HCUlu. bu MinircT. oiplouat.

CItXKIV

INTRODDCTION

On n'ciiletidait pas d'autre cri dans toute la ville, las^e 4c sa débauche révolutionnaire et épouvantée à la perspective d'une longue guerre. « Ce fut un superbe spectacle, écrit le jésuite « Magnati au cardinal Brancaccio; partout, des applaudisse- H mentfl, îles emhrasseraents, l'allégresse de tous, sans exrepter H personne, ni sexe, ni religieux, ni tout nuln^ individu ; tons < criaient : Vive l'Espagne I et beaucoup voulaient baiser les « pieds des soldais espagnols. Le duc de Guise, Informé de ce « qui se passait. pAle comme la mort, se rongeait les poings, en c disant : « Je mérite cela et pire, pour métré fié à un peuple « aussi barbare et aussi inconstant*. >

Les Espagnols n'avaient point ii se gêner avec une pareillt* plèbe ; ik peine réinstallés, ils décimèrent les chefs de la rébellion, à commencer prudemment par reiix qui l'avaient trahie. Mais, comme ils eurent la sagesse de ne point rétablir la gabelle des fruits, <ause déterminante de la révolte, nul ne bougea. Naples avait vendu sa liberté pour une corbeille de figues et l'Italie se'rondormit.

Mazarin avait beau se vanter d'avoir été prophète, l'avortement de la révolte de Naples ne lui en fut pas moins très sensible. Non seulement le vent de Fronde, qui n'avait point cessé de gronder, y trouvait de nouveaux aliments; cette même déloyauté des factions qui rapetissa à plaisir, un peu plus tard, les résultats du traité de Westpbalie, s'applique à rejeter sur le seul cardinal toute ta responsabilité grossie de la raésavcQ' turc napolitaine : au contraire de M"" de Pons, l'opinion reste ndèle au duc de Guise. Mais la victoire des Espagnols avait encore en Italie des conséquences qui étaient de beaucoup plus graves parce qu'elle dissipait toutes tes espérances qu'avait fait naître la bruyante révolte et ruinait en un jour presque tout le fruit de cinq années de j)atients elTorls et de très habiles négociations.

1. LetU-e du avril lOUt, ap. Csntu, 1. IX, lîrr» XJV, cil. CUI.

LA PÛtlTIQUR DE MA/.AUIN oxxv

IJueifjue abt^orhunte, en elTet, que fût la ^erre d'Allemagne, Maxarin, dèvsson arrivée ou pouvoir, avait donné une attention piirliciiliën> aux niïaires d'Italie. Bien que son principal ofTorI fût sur le Khin et les Flaiidre-s. lo cnrdinul avait renoué ou resserré dans la péninsule les liens que Itichclieu y avait contmctca, apportant sans doute dans l'exposé de ses vues moins d'élévation et de noblesse, mais souvnnt^duns ses tentations fliploroatiques, plus de souplesse cl plus d'ingéniosité. Italien jusqu'au bout dos ongles, dans le meilleur et dans le pire Muis du mot, il savait mieux que personne comment parler «ux tttlîCDs. Caresser leur araour-propre, rassurer leurs liuiidil^s, exciter les intérêts, était un jeu ofi il excellait et où se distinguèrent à ses cAtés des diplomates de ressources infinies, de Lionne, Kontcnay-Mareuil, Duplessis-Besançon. Le but unique, exclusif, de la politique frant^aise en Italie était celui qui avait été précisé dan? le préambule du traité de Rivoli : •• Chasser les Espagnols de la péninsule parce qu'ils n'avaient « cessé d'y entreprendre sur la liberté commune, de molester n les princes voisins de leur État et de les troubler dans leurs « possessions légitimes. » Comme aous Hichelicu et sous Henri IV, la France continuait à ne poursuivre aucune conqufite tenitoriale en Italie ; son ambition sa bornait à revendiquer « ce qui est en deçà des monts, proche la France ' «, c'est-à-dire Nice el la Savoie, la frontière naturelle des Alpes, mais seulement pour le jour où la Lombardie, enlevée d'un commun eflort à la maison d'Aulrictie, eût été partagée équita- Mcmenl entre le Piémont, la Toscane, la République de Venise el les duchés de Parme cl de Modéne. Mazarin no supporterait en Italie que des princes italiens , des républiques indigènes. Les Présides et l'tle d'Elbe, dont il s'empara par un si brillant succès après un premier échec el qui donnaient à la Qotle franiiaise la suprématie de la mer Tyrrhénienno, il ne les jjarderait que jusqu'à la paix pour les réunir alors â la Toscane; il n'avait pris Tortone que poui* la remettre anssilût û ce prince Thomas de Carignan dont il avait songé à faire un roi de

I. Utlr€A lit Vaiarin. 1. 1". |>. 07. ~ Cf. Cbftnul. JVin. dt UniM XIV, U 1", p. ^1.

ex XXVI

INTRODUCTION

^aplos; Crémone était »ocrèleiiienl promise à Venise dont le rusé cardinal Qaltait encore l'oi^ueil en la choisissant pour médiatrice de l'Europe aux congrès do MOoster et d'OsnalirQck ; le pape lui-mèini^ et (îi^nes, si lidt^te h ^^Upa^c depuis tant d'années, avaient fini par prendre un intér6t dans lopération. Et voilà que toute cette machine, si savamment montée et, en apparence, si bolidemenl, craquait et s'effondrait tout k coup, parce que, selon Ma/arin, un archev^jue défroqué avait voulu gagner par une conquCte les faveurs d'une belle fîile et qu'au surplus < Tannée 4647 était née sous une fâcheuse con»* tellation t » 11 est toujours facile de s'en prendre aux étoiles. Quoi qu'il en soit, tout s'clTondrait. royauté de Naplcs, confédération de l'Italie du Nord, expédition de Crémone; les princes qui semblaient devoir èlrc les plus âpres à partager les dépouilles espagnoles rentrent précipitamment dans leurs trous à rats ; tei deux grandes républiques marines se confondent en félicitations au Hoi très catholique; le Pape lui envoie sa bénédiction. Quand l'ambassadeur vénitien alla voir Mazurin après tous ces échecs, il écrivit & la Seigneurie : a II est devenu tout |mle et ses che- « veux ont terriblement blanchi'. »

11 y avait de quoi et l'on comprend que Mazarin ait provisoiremenl abandonné la partie. Le cardinal, qui était trop fier soit pour Dc pas discerner ses propres torts, soit pour en faire l'aveu, accusa vivement les Italiens; s'il avait échoué une première fois aux présides de Toscans et ensuite devant Crémone, c'était la faute au duc Thomas de Savoie qui s'était montré irrésolu et mou dans ces affaires comme s'il s'était agi de celles du Grand Turc ; s'il avait échoué h Naples, n'était-ce point la faute aux Napolitains qui étaient allés chercher, contre sa volonté formelle, ce freluquet de Guise et qui l'avaient ensuite livré à l'Espagne au moment même où la tlotte fruni;aise alUit reprendre la mer? Si décidément l'Italie n'était plus capable d'un effort prolongé, pourquoi la France continuerait-elle à gaspiller pour cette cause perdue son or ut son sang? Puis*précisémont parce qu'il était d'origine italienne, Mazarin devait

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