PAIX DES PYRÉNÉES
trop cruel et devenait tous les jours trop redoutable, surtout |d«nB les campagnes de l'Ouest et du Centre, pour n'être pas batendu. Saint-Evremond a pu en plaisanter; des soldats comme pfonlgtal, des politiques comme Colherl que la sentimentalité pe gênait point d'ordinaire, en étaient émus aux larmes '. fiortant de la Fronde, il eût été insensé de braver une Jacquejrie: encore une fols, la sagesse commandait d'ajourner les longs espoirs, la conquête des Pays-Bas espagnols et celle du ililan&is, et de Faire, à la première occasion, une paix honore.
Ma2arin, plus qu'aucun autre, avait rêvé d'un traité avec l'Espagne qui aurait été pour l'Italie ce que le traité de Weslphalie, conclu avec la branche allemande de la maison d'Autriche, avait été pour l'Allcmag-ne. Mais il eût fallu prolonger encore pendant trois ou quatre campagnes cette guerre |«1« vingt-cinq ans, délier de nouvelles révoltes par de nouveaux firapùts, riî<quer, en continuant la lutte, de provoquer la rentrée icn scène des États généraux et peut-Ctre de l'Empereur. Et [c'était encore une paix glorieuse que celle qui donnait à la |Pranco le lloussillou et l'Artois, lui confirmait la possession de |t'AlHare, lui ouvrait l'entrée du Hainautetdea Flandres! Cantu
I écrit amèrement •< qu'il ne fut question des Italiens, dans le •I traité des Pyrénées, qu'en tant qu'ils étaient amis ou enne- « mis des deux puissances ' ». A qui la faute? Aprôs tant de défoillances et de trahisons, n'était-co point un résultat presque j inespéré que d'avoir obtenu le retour au statu r/uo ante bellum, à de faire rendre à nos alliés de la dernière heure tout ce qu'ils j avaient perdu de leurs Etats, d'obtenir une amnistie générale à tous les Italiens qui nous avaient suivis?
On a souvent raconté la fameuse S4'.èno de Lyon. Mazarin anlrant. lo soir, tout à coup, dans le cabinet de la reine-mère : ( J'apporte à Votre Majesté une nouvelle à laquelle elle ne s*at- » tend guère. — Nous avons la paix? — Mieux que cela, ma-
1. Salot-Evretnoiid, Ltltnt au marquÎM dt Crétiùy tnr la pair des Pyrinées^ \'tLfnrtâ, t. I. p. 36); Moiit|;lAl, Méinoit^, p. 333; Colbcirt, Uttrr» 4 Mosarin Aam l* ncupil tlo M. Ckmriii, t. 1, \t. 3\i'A ei aui?.
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ÏNTRODIXTIOW
u dame, nous avons la paix et l'infante '. u La question pourtant serait do savoir si la paix avec l'infante « valait mieux (jUir cela », et s'il n'eût pas éti'i plus sage au cardinal de faire épouser & Louis XIV, au lieu de l'épaisse infante, raimable Mai^uerile de Savoie qu'il avait fait venir à Lyon pour « aguicher » l'Espagne et qu'il réservail comme q pis-aller ». La » combinaison • , d'une grossière indélicatesse envers la prince:ise, crucliement blessante pour la Savoie, a é\é Tantée comme l'un des plus jolis tours de Hazarin; elle est peut-^tre la plas lourde de ses fautes politiques.
Il n'y a plus de doute possible, depuis la publication de a correspondance, sur le désintéressement personnel de Mazarin dans l'affaire du mariage espagnol; après ta rupture du mariage italien, au cours des longues négociations pour la paix des Pyrénées, il n'avait qu'à laisser faire pour voir monter sur le IrAw de France Moric Mancini que le jeune Roi idolâtrait; quelques discours k la Corneille que cette femme de chambre, M"" de Hottevtlle, ait prfitcs après coup à Anne d'Autriche, ce o'tfl point la vieille reine qui eiM empêché le jeune Roi de suim son sentiment : n'est Mazarin seul i]ui, par la violence de stA remontrances, arracha Louis XJV à sa passion, sacrifiant &od ambition et sa nièce à ce qui lui paraissait « la gloire duBoi et la grandeur de la couronne' m. Seulement, était-ce lagr&odeur? Était-ce la gloire?
Quand un Roi épouse une princesse étrangère, ce n'est poia^ pour donner satisfaction aux besoins de son camr : c'est *)si>^ des vues exclusivement politiques, soit pour consolider la pai^ entre deux pays, soit pour recueillir en dot des provinces, so*^ cnlîn pour se préparer des droits à. des successions futures, mariage de Louis XIV avec l'Infante consolide-t-il la paix? fut évident, dès le premier jour, qu'il servirait surtout a â r^
1 . Mimoit'** il« MonlgUi, p. 385, do U"* rln Montpeiuittr. l. TT!. p. 3tl3, de U"* Uotterille, p. i70, elc
2. LoUrc dff Mntnrid au duf ilr l^fi-rninr, 4 juUlol 1660. — Cl. lettre de Maître au Roi, '28 juin ISCiï). « juUlcl, 12 jutllrt; i Aanc d'Auu-iciie. 0, 7 ot 10 jtiiUc*< Bauii. liintoire tie France, I. IV, p. i34: Chéi-ut-l. .Mém. de Mazarin. I. tt^ p. 244; d'Hau.490nTUI«, lluloùt de la réunion de la Lvnaine A tu ^Wncf, Ul p. Sl,ficc.
LK maruc:r rspacnoi.
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"«"nonvpipr promplemenl la guerre' », et que la paix ne serai! ainsi qu'une trftve de plus, comme l'avaient clé celles de Gateau- Cambrf^sis et do Vervins. le moyen pour la France fatij^uée de refure ses forces avant do poursuivre les conquèteti de Richelieu k l'Elsl cl au Nord-Est; Je fait, la Franco ne cessera point d'être en guerr« avec, l'Espagne, guerre de Portugal, dès le lendemain •lu raaria^, jçuerre de Flandre, guerre de Hollande, guerre de la Ligue d'Augsboui^. — La princesse apportc-t-clle des provinces en dot? « Pouvant avoir pour dot, écrit Voltaire, les
• villes que la France rendait, elle n'apporta par son contrai I de mariage que îiUO.OUO <Scus d'or au soleil, et il en coûta
• davantage au Roi pour l'aller recevoir sur la frontière'. » Nous rendions le OliaroUis avec dix villes importantes de Flandre et l'Espag-ne no paya jamais le premier maravédi de la 'lot. — Le mariage, enfin, ilonnait-il aux revendications futures de Louis XIV des litres et des droits, sans quoi ces conquêtes piift<$ent été impossibles? Par son texte même, par les engagements solennels qu'il n%ait pris, Louis XIV en épousant Marie- Thérèse, comme autrefois Louis XIII, en épou^nt Anne d'Autriche, faisait une renonciation formelle, absolue, <i de ses droits
• k aucune partie de la succession d'Espagne ». La loi espagnole, qui permettait aux femmes de monter sur le trdne, avait «expressément dépouill(^ de re droit les infantes mariées en France: ces idées d'équilibre européen, que la France avait eu la gloire de faire triompherau congrès de Westphalie, s'opposaient i^ ce que la couronne d'Espagne pût être, sur une même tète^ superposée à une autre grande couronne. Voilà pour le droit, pftur la foi jurée; voici pour les faits : Quand la Franco, reposée et restaurée, entreprendra plus lard la conquête de ta Flandre d de la Franche-Comté par où l'Espagne la tenait encore au Nord-Est et au Sud-Est, c'est assurément son mariage qui permet à Louis XIV d'évoquer le droit de dévolution ou plutdt de détourner de son application civile pour la transporter dans l'ordre politiquu la coutume llamande qui donnait l'héritage
t , MiKTipi. tnlroduetion (t fhiêloim de ta townmn itEapagnÊ. iM^moirM 1ii#to-
tti^BM, p. va.)
i. SiieU Hf Uuiâ XIV, cb. vi.
CXLTm
paternel nux cnfanU itu prûmîer lit << par préférence & ceux da second ' ». Mais cette transposition d'une coutume découverte si à propos par un 8crit]e retors dans la poussière des archivei, n'est, juridiquement, qu'une plaisanterie; la clause d'abiolue renonciation, qui h été insérée au traité des Pyrénées, lut âto toute valeur morale; elle ne vaudra que par la force. Que Louis XIV eût épousé toute autre princesse que Marie-Tbérèse, il aurait donc, h la mort de Philippe IV ou à tout autre moment opportun, mis la main avec la m^me facilité sur la Flandre et sur la Franche-Comté qui se seraient données à lui avec la même joie, et sans qu'il ait eu à éclabousser de déloyauté, de fausse science et d'un peu de parjure une con* quête dotiblcment légitime, puisqu'elle répondait aux vœux des populations, avides « de rentrer dans le soin de leur ancienne patrie* i> et rendait à la France ses frontières naturelles. De même aussi, pour la succession d'Espagne, à la mnrt de Charles II. Si, dit-on, Louis XIV n'avait point épousé l'Infante, elle eAt été donnée à rËin|>ereur Léopold ' et les deux coti* ronnes de la maison d'Autriche se fussent trouvées réunies <ie nouveau sur une m^nie tête contre la France. Mais alors, cet équilihro européen que noua avions fondé, ce n'eût pas été it 1701 à 17U l'Empire qui l'eût défendu contre nous k lat^te de la Ligue de la Haye, c'est la France qui eût défendu soa œuvTH contre l'Autriche à la tête des pays protestants coolls^^. et elle l'aurait fait sans doute avec bonheur. Loin de penln comme au traité d'Utrecht, des provinces qui semblaient déjà devenues dénnitivcment fran4;ai.scs, elle y eût ajoute des atMfui' sitions plus utiles qu'une vaine gloire; et n'était-ce pas una vaine gloire que ce Bourhou sur le trône de Charles^Quiot oubliant qu'il est Français sitôt qu'il devient Espagnol?
En résumé, le mariage de Louis XIV avec l'Infante, s'il »' consolida point la paû, ne valut par lui-même aucune cou
1. Dabui, Traité dêt drcUt He la Heine trii chrélienn* mr divfrt HûUit^^ ilonarchie erpcynott. C><it (X' lirrr (|ui fut joint uu iimiifegle du 8 mu li$8*-
S. C'eat 11 condition du trut^ de Duban, qui, Ab*ndonaant le temùn juridiilB'- •ta pUco ûrui lur le tcrrun poUiiqu«. (Mignot, SueeeMtwH tt'E>paytte,l. 11,1^^0