SUCCESSION D'ESPAGNE
encore, elle avait une apparence do vie ; c'est aujourd'hui la mort complète et glacée. Avec l'histoire do ses révolutions, l'histoire de la nation est finie et la famille est morte avec la nalion : le sigtsbée est dans le mariage ce que Fétrangcr est dans la politique. Nul, ni Louis XIV ou l'empereur Léopold au moment où s'ouvre la succession d'Espagne, ni l'empereur Charles VI ou la reine d'Anglelen'c.aucongTôâd'Utrecht.Dclui demande ce qu'elle désire, — et si quelqu'un le lui eût demandé, c'est alors qu'elle eûi été embarrassée, incapable de répondre et de choisir. Elle eût accepté, sans mol dire et avec la même résignation, en 1668, le premier traité de partage qui la donnait & la France avec les Pays-Bas, en échange de l'Espagne et des Amériques qui passaient à l'Autriche; en 1698, le traité de la Haye qui attribuait au Dauphin de France les Deux-Siciles et à l'archiduc Cbai'les, le Milanais; deux ans plus tard, celui de
ndres, qui li\Tait à l'Autriche la Sardaigne, et le reste de Italie au Dauphin: — l'autre projet, qui donnait à Victor- Amédée les Deux-Sicilca en échange de la Savoie cl de Nice qui faisaient retour à la France, n'eût pas été moins docilement accueilli. La malheureuse ne se refuse plus à personne; elle est belle et également gracieuse pour tous ses maîtres d'une onit. Quand Louis XIV, en 1701, accepte le testament de harles II qui donne & son petit-fils Milau, Naples, la Sicile
la Sardaigne, Lombards, Napolitains et Sardes acclament Philippe V tout d'une voix, le Pape le consacre aussitôt, la Toscane, le Piémont, les petits duchés et les deux Républiques le saluent comme l'arbitre souverain de la péninsule. Mais que les hasards de la guerre ramènent la victoire au César de Vienne, aussitôt les impériaux trouvent à Milan comme à Naples la mAme réception cutboui^iaste que les bourboniens, les princes qu'on veut bien ne pas déposséder se courbent aussi bas devant le nouveau maître; le duc de Savoie qui, plus que personne, par sa fille aînée, a poussé Louis XIV à accepter la Succession et dont la fille cadette est reine d'Espagne, se met allègrement en campagne contre ses deux gendres. Cette guerre, qui fut cent foi» plus sauvage que celle de la Li^'uc d'Augsbourg. Venise eût pu en épargner les horreurs h l'Italie rien qu'en fermant
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INTRODUCTION
anx impériaux la route de l'Adig«; elle se désintéresse leUeniest des destinées italicnDes qu'elle u*hésite pas h ouvrir toute grande la porte de l'Invasion. Bien que favorable à ta cause française, le pape Clément IX eût voulu établir la neutralité de la péninsule par une confédération provisoire de tous leg États italiens, y compris les provinces italiennes de l'Espagne, jusqu'à ce que les maisons de Bourbon et de Habsbourg eussent réglé ailleurs leur querelle : on n'eut même pas la force de discuter sa proposition. L'histoire n'offre point un autre exemple d'une nation qui ait pareillement abdiqué le souci de sa destinée. Et si ces soldats combatteut toujours avec courage, tantôt sous un drapeau et tantôt sous un autre, à quoi bon?
Oel non tao fcrro cinta Pognare, cal liracchi dei stnniero gentï, Per serrirc sempre, o vincitrice o rinU '.
Même ainsi résignée à être esclave, devail-îl être indiSerenl à l'Italie de servir, à la place de la vieille et lointaine Espagne, celte Autriche, encore pleine d'une dure ^-i^eur et toujours & sa porte? Vous direz aujourd'hui que non, et l'Italie l'a dit aussi, pendant plus d'un siècle, mais encore une fois, trop tard, après que la fortune se fût prononcée. Pour l'heure, elle esi passive, absolument dcsiulércsséc de son sort, (^'est son destin qui se joue dans ces sanglantes batailles où le fils d'Olympt Mancini, le petit-neveu de Mazarin, l'abbé de Savoie devenu \t prince Eugène, venge les affronts de sa jeunesse méconnue, chaal» le dernier Français d'Italie et va camper jusque sous les mursds Toulon : elle ne s'émeut pas plus de» défaites de Catinal, dfi Vîlleroi et de Marsin que des passagères victoires de VendômOt et le siège de Turin ne fait tressaillir que les seuls Piémontais* Maintenant, au congrès d'Clrechl, l'Europe la donne à l'ËmpA' reur, parce qu'ayant refusé de réunir sur la tète de Charles VI» comme au temps de Charles-Quint, la couronne allemande à celle d'Espagne, elle juge, dans son partage du monde, qu'il faut pourtant à l'Autriche une compensation h la grande proi9