‹ Naples et ParmeChapitre 85 sur 235 · DufileïMs-Deuuiçaa, Méinoire*^ p. 3fl! et · texte numérisé non relu

DufileïMs-Deuuiçaa, Méinoire*^ p. 3fl! et

LA POLITIQUE DE LOCIS XV dJOn

S et toscans, do Charles- Emmanuel III Pont maudît d'avoir prolongé leurs humiliations et leurs maux; ses historiens l'ont glorifié d'avoir vu plus loin et plus haut que l'indé* pendance : l'unité*. Les faits cependant sont certains: par deux fois, Charles-Emmanuel HI refusa son concours ft la libération de l'Italie.

Si la monarchie, qui, sous Louis XIV, avait complètement méconnu de l'autre cMé des Alpes le r(Me de la France, en retrouva la tradition sous Louis XV, le principal mérite eu revient à l'inipulsion énergique de rupiniun. La maison de liourbon, par l'excès de son orgueil et de ses convoitises, avait eu beau mériter l'humilialton des traités de 1714, la France pouvait-elle rester sous l'injure d'une coalition qui avait brisé au dehors son prestige et rendu la suprématie de l'Europe centrale à la maison de Habsbourg? Elle le pensa si peu que, trois ans à )>eine après la lin do la longue guerre qui l'avait ruinée, saignée aux quatre membres et laissée comme morte, elle ne pardonna pas au Régent il'avoir défendu cette paix contre Albéroni. Cctie paix qui, dans IcxlrÔme faiblesse dont elle soulTrait encore, était indispensable à son relèvement, elle n'en voyait que la boute et se fût volontiers emportée & la suite de l'étrange cardinal italien, devenu premier ministre espagnol, » qui s'était mis en tête de bouleverser « l'Europe' -. Dubois, tout fripon qu'il est, le duc d'Orléans, pour mesquins que soient ses mobiles personnels, alors même que l'un servirait seulement ses rancunes et l'autre l'Anglais qui le paye, avaient cent fois raison de considérer que ta France^ entre deux banqueroutes et après trente ans de batailles, n'était point de taille à recommencer la lutte contre la moitié du monde. L'opinion fut obstinément sourde à leur Iftche sagesse. Pour elle, Albéroni, jetant le gant à l'Autriche, rivant de l'expuUei- d'Italie, est le successeur de Richelieu. S'usocîer à l'Angleterre, à la Hollande et à l'Empire pour « préserver l'Europe d'un embrasement général » est une

t. Voir lMt&BiP«nt CtruUi, Histoire d* CharUaSmmanutl III, t. 1, |>. 2S0, et CuitB. Hi*l. dci Uat., 1. XV, cb. cLxiii, p. IIÛ et »aiv. VotUt», Siècle de Louis XV, ch. t".

IKTRODUCriO?!

«A c'est thùÊB hiftiiM ^ae de r {tire ta guerre aa roi poar ToUfcr ft eoMOtir aa réUbUssement de h ■ pasz'... ■. Dirai-je qne c'est rboosenr de la France de dérti- •OBoer parfoit aÛMi ? L'Ifatie, la principale intéressé aux des* Min ém irT~r**~ «spigsol. les avait appns, an contraire, arec on ptrfut a i q< > i i— e. Elle oe reconnaissait ni son clair génte dans le« ptena fameux d'AIbéroni rftrant de renverser les dynasties liltérales de rEorope. nî le souri de son iodépcodaDce dansTàpreté maternelle de la oourdle reine d'Espagne, Elisabeth Famèse, qui sacrifiait alors à la rérersibilité de Parme el de la Toscane pour ses enfants tout le reste de la péninsule. BDn wsista impassible à la destruction de la flotte espagnole devant Syracuse; la paix de Londres, qui resserrait son canu, ne loi arracha pas an soupir.

Quelque sensée qu'ait été l'hostilité de la Régence aux projeta d'AIbérooi, la [K>slure de la France dans la quadruple allian» n'en avait pas moins été sssex misérable. Dubois seul, jusqu'au bout logique avec lui-même et toujours cyni(fue. s'applaudit dti désastre de l'Espagne; l'opinion tout entière s'indigna'. Comment ! la France vient de verser pendant quinze ans le meilleur de son sang et de risquer son intégrité pour abaisser les Pyrénées; et c'est elle-même qui les relève, s'allianl h i'Anglelerre et à l'Autriche contre le pelil-fils de Louis XIV ! La Franc?, depuis des siècles, travaille à chasser les Allemands de l'ItAlIe et c'est elle, maintenant, qui les aide A river ses fers et installe l'Empereur en Sicile ! Certes la paix du monde était précieuse ; mais n'était-ce point l'acheter trop cher? L'Espagne, par la conspiration de Cellamare, par la folle inconséquence de sa politique, avait mérité la défaite ; qu'avait fait l'Italie pour mériter son esclavage, sinon de s'y résigner? Sismondi observe que c l'Europe, après avoir anéanti l'Italie, sentit bientôt le msl « qu'elle s'était fait à elle-m^me en lui ravissant l'existence et « qu'il n'y eut rien, dès lors, que les étrangers ne firent pour

1. Iiutnictîona de I>uboîa au cbèTftiierde Vinccllcn, minidtre à Nsplcs. [Afl.Stf Napk*. XXV.) — Cf. Hicbclet, XVII, cb. v; «t Cuitu, I. XV, eli. cuin.

2. Cf. Lemofi,\»j,Bi4tmtt dr Ux Régenct, i. t.: ^'UUn. MtinoUfM, p. 2(0, elc

CIIAUVELIN MINISTRE cuv

liens, excepté de leur rendre la vie ' ». La France, elle,'

parce que la destruction de l'Italie avait été la consé-

de u propre défaite et que l'affranchissement de celle

ifortunée serait sa plus éclatante revanche contre l'Au-

ivelin, ministre des afTaircs étrangères de 1727 à 1737. premier qui tenta h. nouveau l'entreprise cl sut olTrir lie l'occasion de passer, comme par miracle, — ai elleavail voulu du miracle, — de la servitude étrangère Spendance sous des princes indigènes. De toutes les his- . modernes, il n'en est point qui ressemble plus souvent sUo de l'Italie à un écheveau embrouillé ; l'écheveau jamais été plus confus que depuis le traité de Londres, silence d'alors qu'on appelait « paix », ce qu'on appelait lîque n était un misérable imbroglio d'intrigues autour [demi-douzaine de dots et de successions qui avaient fixé les convoitises et dont le règlement, d'après de prétendus de famille, devait fixer le sort de provinces et de villes Des en dehors de toute consultation'. Deux vieilles dynas- , toscanes étaient moribondes, Médicis à Florence, Farnëse

te, et plus violent assaut d'appétitâ ne s'était jamais livré d'un lit de mcrt. D'une part, la ûlle d'Odoard, la reine Ipa^^ne, celle que M"^ des Ursins avail déliuie, on la fiançant hllippc V, " une bonne Lombarde, pétrie do beurre et de t>mage, qui ne remuerait pas un doigt sans sa permission' >, il le premier acte, » coupd'étal à la X.iménès et à la Richelieu *, il été d'expulser sa bienfaitrice, et qui, maintenant, mère •tonnée et sans frein, n'était reine et épouse que pour orer h. ses flis Carlos et Philippe la double succession de renée et de Parme. D'autre part, l'Empereur, qui n'avait isenti que contraint et forcé à la réversibilité des duchés Lveur des enfants d'Elisabeth, redoutait de voir s'é-

«moi

indi, Ui*t. i/m Rép. tiat,, l. X, ch. vu.

Uorslori, Anrutlti, t. VII, pasMim ; Cutu, loe. eil. Ur. XV, cb. CLVm ; KMdi, Zec. cit., ch. vu ; Coxe, UUl. de la maison ifAulriehe, eh. xc et «liv. ; VnÉOO, Métn., I. III, p. 430 et asir.

Albtnmi. .v»(n aur ta vir.

CLivi INTRODUCTION

lever au centre de 1& péninsule un jeune royaume indjgèoe sous un prince de la famille de Bourbon et lutlaiL héroïquement contre U mort pour avoir le temps d'assurer & sa filU la succession d'Autriche avec la domination de l'Italie. Qne pouvaient conlre de tels appétits les réclamations du Saint- Siège sur sa suzeraineté platonique, les protestations pcksthumes de Jean-Gaston en faveur de l'antique Républiqoe Oorentine dont les Hédicis, les premiers, avaient confisqué les droits? Rien ne comptait que l'FIspagne et l'Autrict» qui, depuis dix ans. toujours prêtes à mettre le feu k l'Europe, épuisaient leur diplomatie à chercher des alliances l'une contre l'autre ou à se réconcilier, j'entends : â so duper. Au printemps de 1731, une nouvelle paix « fourrée » iotermil entre ces avidités rivales : Carlos aura Parme et la Toscane, mais il les tiendra de l'Empereur, lui rendra hommage et tut prêtera serment de fidélité: l'Espagne, par contre, reconnailn la Pragmatique Sanction'. Ce n'était encore et ne pouvait <tre qu'une trtWe. puisque ce n'était qu'un marché. C'est à ce momeol que Chauvelin entre en sc^ne.

H y a, entre la politique de Chauvelin et celle de d'Argeasoa, une grande différence : pour d'Ârgenson» la libération de l'Italie est un but; pour Chauvelin, ce n'eut qu'un moyen d'humilier et d'abaisser la maison d'Autriche. Mais comme, dans l'une ci l'autre conception, les intérêts en conflit sont les mêmes, les deux ministres seront également forcés d'en tenir compte et de choisir entre eux. A supposer que la chose eût été faisable, chasser tous les étrangers et dire à l'Italie : « Sois librel gouverne-loi toi-même! > eût été la plus vaine des entrepriseï; l'Italie, trop longtemps esclave. n'eiU su que faire de sa liberté; elle avait perdu l'usage de ses membres. L'Allemand une foii expulsé, il fallait donc des béquilles à l'Italie, c'est-à-dire, à la place des royaumes étrangers qui renchaloaient, des principauté

i. Tnité de Vienns du 16 toAn 1731 . — Au premier iraJUJ dt Ywnne (nui ITSi. Pl^ipp« ftvut giruili (Uj& la Pra^AtJquf <*t promu ie» deux SUes, là* arcbdoc]i«s9e< U&rie-Tbi^rèsA et Marîf-.'\nne, kux denx iaUnia, Curlùt et PliUi[ip«. U Lraité avait élA ucît«menL rompu en ITSfl cl l'E^pairn^ &vait si|nië atvec la Pnoc*. ['.Angleterre et la Hollande, au mois do norembrc 1739, le tnîté de S4TiU« conb< rAathcbe .

ctïm

indigènes qui lui feraient l'apprentissage de la marche. Or, l'ambition d'Elisabeth se démenait précisément en faveur de deux princes qui réunissaient les qualités requises , moitié Farnèse et moitié Bourbon, moitié italiens et> pour l'autre moitié, faut-il dire français? mais, en tout cas, sans une goutte de sang espagnol dans les veines. Chauvelin, d'un clair coup d'oeil, reconnut le terrain, et associa à l'ambition maternelle d'Elisabeth, qui était toute la politique de l'Espagne, la politique franchise qui était la revanche des traités dp 1714*.

C© fui la convention de Turin, du 2C septembre 1733, confirmée h Madrid, le mois suivant, qui décida l'entreprise, et jamais guerre d'Italie ne parut plus heureusement engagée au dehors ni plus vivement appuyée au dedans par l'opinion. Fleury, presque seul, avait été hostile. Ayant fait choix de Chauvelin comme d'un complice assuré pour sa politique d'assoupissement, il se plai;;nait h tous venants, avec une désolation comique, d'avoir été indignement trompé. Avoir réussi, & force de compromissions et de bassesses, à ne pas sauver la Pologne et partir en guerre, le lendemain, pour affranchir l'Italie, le cardinal n'en revenait pas. Cette bizarrerie, la guerre italienne sortant de la succession de Pologne, il ne parvenait pas è se l'expliquer et ne trouvait pas davantage d'éclaircissements ches ses amis Walpole, non moins étonnés que lui. L'explication cependant était fort simple : c'était le réveil du sentiment national qui faisait la guerre, non point dans un but de conqndte, mais pour sauver, pour retrouver l'honneur. Cette vilenie, l'abandon de la Pologne k la coalition austro-russe, avait fait déborder le vase ; le sang do Plélo criait. La pensée du moooent est tout entière dans le mot de Chauvelin à d'Argcnson : « Il a fallu tenter la guerre, nous devenions trop méprisables 'I > Quand on parlait H Fleury « de Pénorme grandeur «où parvenait l'Empire », le cardinal avait beau répondre : < Tout cela n'est que feu de paille », l'opinion s'inquiétait et

1. OftrJtffl, Traité» de fais, t. III, {i. |12; RoiuaeL, Hêcittii d'actta, négaeiafiMu, tte.t tUpuia ta pour dVtrtcht, t, XI, p. 101 it fluiv.

LMuheltm. XVUl,cb. VII.

cLxvni

INTRODUCTION

se révoltait '. Trop longtemps nous aTions été l'amnsement de l'Europe; Chauveliii, soutenu par le vieux Villars, se fille poric-parole de la France auprès du Roi. l'cnlralDa, le jeta dans la guerre pour rctevor l'outrage. « Mais cette vengeance n*étail « rien, si elle n'était pas utile ', » et elle ne pouvait dtre utile qu'en tombant sur l'Empereur. La France s'unit avec l'Espace et laSardaîgoe.

Le préambule du traité de Turin', qui est tout entier de la main deChauvelin, pourrait être de Richelieu : n 11 est coono (ta l'univers, disait le Ûer et subtil ministre, que la maison « d'Autriche abuse depuis longtemps du degré exorbitaat de « puissance auquel elle est montée ; et qu'elle ne cherche qa'ft

< l'agrandir encore aux dépens des autres. Non contente d'agir

< secrMenient, elle n'a plus gardé de ménagements h se déclarer, « voulant m£me disposer k son gré des royaumes sur lesquels 4 elle ne peut s'arroger aucun droit ; et c'est ainsi que l'Era- • pereur est venu à bout d'une partie de ses desseins qui, ne « tendant qu'à ôter toutes bornes à la puissance de sa maison, K visent à renverser toujours de plus en plus cet équilibn K tant désiré et si nécessaire. » C'est cet équilibre que Berwidc ira rétablir sur le Hbin et Villars sur le Pâ. Il n'y a point d'équilibre quand on n'oppose, comme à t'Irecht et à Itastadt, qu« des forces mortes à des forces vives ; cela était vrai en Italie surtout. Voici donc lo projet de Chauvelin : les Autrichiens seront chassés de toute la péninsule ; le Piémont aura le Milanais et deviendra royaume de Lombardie; des deux infants, l'aine. Carlos, aura Naples, la Sicile et les Présides ; le cadet, Philipl»aura Parme, Plaisance et la Toscane. Quand le roi de Sardaigne aura Mantoue on sus du Milanais, il nous cédera la Savoir Ainsi l'Italie, des Alpes au golfe d'Otrante, sera tout colière aux Italiens : les Piémontais à Milan, le Pape à Rome, la République à Venise et A Gênes, les deux fils d'Elisabeth FarDèsei Florence et à Naples '.

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