CHARLES. EMMANUEL
CUCXI
idance de l'Italie tout entière paraissait définilitement con- "quïse. Si Ton ne considère que l'intérêt exclusif du jeune roysume, fut-il aussi habile qu'on a dit? La Sardaignc se vantail déj& déjouer en Ualie le même riMe que la Prusse en Ail&imglie: voit-on Frédéric II, à la place de Charles-Emmanuel, se contenter de deux petits cantons du Milanais quand il pourrait avoir toute la Lombardie 1 — Mais, habile ou non, le calcul domine, d'un bout à l'autre de cette g;uerrc, toute la politique du Piémont. Quand Villarfis'ofTreàdétruire, dans une bataille gagnée d'avance, tout ce qui reste d'Allemands entre l'Adiçe et le Pô, le roi de Sardai^e le condamne à une misérable guerre défensive « de pelles et de pioches ' », sous prétexte que les Espagnols lui ont faussé compagnie en marchant directement sur Niples> mais en réalité parce qu'il ne redoute rien tant qu'une victoire trop complète. Quand Noailles. deux ans plus tard, retrouve devant Mantoue la même occasion d'en finir d'un coup avec l'armée impériale, le roi do Sardait;nc refuse son parc d'trtillerie de siège, sous prétexte, cette fois, que les Espagnols, ayant rejoint les Franco-Piémonlais, garderont la ville pour eux, mais toujours, en réalité , parce qu'il ne veut point avoir trop iraincu. Rien de moins franc, mais aussi rien de plus clair. A la Itat&ille do la Secchia, le rot de Sardaigne n'arrive au camp que dans la nuit ; il se chaige de la poursuite, et y met « une lenteur * qu'on voulut bien attribuer au défaut de vivres' ■.
Faut-il dire la tristesse de Chauvelin devant cette nouvelle forme de la trahison savoyarde : le refus de vaincre, et ce qu'y ajouta d'amertume la joie mal dissimulée de Fleury ? Le grand ministre lulta pourtant jusqu'au bout. Il avait escamoté la guerre au cardinal, selon le mot de Frédéric ; le cardinal, maintenant, voulait lui e-^camoter la paix et ne demandait pour la France, comme prix de tant d'efforts, de nos succès en Allemagne comme on Italie, que le petit duché de Bar. Chau- »clin, se révoltant une dernière fois avec Voltaire, — j'entends ; urec l'opinion — força Louis XV de nous gagner la Lorraine ;
i. L«Ur« tu Roi, du i!> nurt 1733.
1 HeAri Mutin. Uttt tit FrvRce,l. XV, p. IK8. — Cf.MuHiiei. Bitt. ittladêrnihre fwnv, V. l. p. 120. at BuUa, Sloria tTItalif, t. VIU, dl. xc.
CLXxn
INTRODUCTION
puis, vaincu par cotte dernière victoire, tomba debout, chuaé par Louis XV comme un ruslre et recevant de Fleury ceremerciemeut : « Vous avez manqué au Roi, au peuple et à voiumâmc ' ! »
(1 Une seconde entreprise est plus diHicile que la première, c quand elle roule sur les mêmes obstacles déjà connus et Il éprouvés '. » Cotte constatation est du marquis d'Argensoa qui, CD ayant bien sondé toute la profondeur, n'hésita pu. une fois ministre, h recommencer la tentative de Chauvelic en Italie.
Les années qui suivent le traité de Vienne avaient oITert k contraste, si fréquent dans notre histoire, d'un grand presti^ au dehors, — Frédéric avouait que la France était redevenae l'arbitre de 1 Europe, — et de non moins grandes vilenies an dedans : Louis XV s'installant dans l'inceste ; « un ministère « plus sérail que divan, en mfîme temps anarchie et tyrunie * » ; Fleury ajoutant la décrépitude à la médiocrité. Quand une indigestion de champignons enleva l'Empereur et ouvrit brusquement la succession d'Autriche, on sait comment, i ce tournant critique, la lettre d'une vieille formule glorieuse et la fougue iuipatiente de quelques jeunes fous décidèrent do la politique française. Les jeunes fous^ c'était cette briltanlo noblesse , frottée de ptiilosophic , engouée du roi de Prusse, ennuyée de Versailles, rêvant à la suite de Beli«- Uln batailles et victoires ; la formule était l'abaissement ai U maison d'Autriche, Il en est, en effet, de la politique comité de Tari ot de la littérature, où les principes restent toujours
I. n'Arfonion, Mémoire», L IV, p. SfK ; Barbier, Journal, t. U, p. 126cl ni'fl> n'.\rKoii«ni. M^., l. IV, p. tu. (y^gociativnr rf< ,W. rff Champcaur i T«"*
GUERRE DE LA SUCCESSION D'AUTRICHE axxiii
Imes, mais où les formules, qui d'gd sont que Texpressont ^'[>h6mères. Â prendre les formules pour les principes marnes dont elles s'uutorisont , les écoles politiques en arrivent à la même routine que les écoles de peinture ou de poésie; la défroque reste, l'Ame s'est envolée. C'est Campistron iprès Racine, le Josépin après Raphatl. Le grand dessein qui, depuis plus de deux siècles, dominait la politique française, c'était l'équilibre de rEuropc et non l'abaissement de la maison d'Autriche, parce que maison d'Autriche; cet abaissement était le moyen, non le but. Or, les ministres et diplomates français de 1740 en étaient précisément là, élèves scrvilos, qu'ils prenaient par paresse d'intelligence la lettre contingente pour l'esprit. Non point, sans doute, que la maison d'Autriche ne tint encore, notamment en Italie, une place trop grande. Mais cet équilibre, qui était encore à poursuivre au midi, fallail-il le détruire en Ailcmagno, où nous l'avions établi au traité de Westphalio, et cela au profit exclusif de cette jeune puissance qui montait nu ciel du Nord et qui s'appelait la iVusse? Au contraire, quelle occasion incomparable, presque imméritée, de se faire, après le premier choc des armées ennemies, l'arbitre de tous ! Louis XV, il faut le dire, en eut le pressentiment quand il laissa tomber le mot fameux : « Nous n'avons qu'une n chose À faire, c'est de rester sur le mont Pn^note'. » Mais qu'un marquis de Sourche lui réponde avec une vive impertinence : u Votre Majesté y aura froid, car ses ancêtres n'y ont pas b&li l«
toute sa clairvoyance iustinclive s'évanouit aussitôt chez ce toi absolu sans volonté. Encore si, ayant pris parti contre l'Autriche, il eût su apporter dans cette politique l'esjirit du suite qui parait plus nécessaire encore aux mauvaises causes qu'aux bonnes ! Mois s'il dénonce à l'échéance cette Pragmatique qu'il avait solennellement reconnue et dont il eût pu Ml faire payer si cher la défense (sur le llbin pour nous, en Lombardie pour la Sardaigne, en Toscane pour rinfanl), il repousse l'idée d'un manque de foi intéressé — à quoi bon
>raf — et il lui répugne de prendre sa part à la curée. S'il
du Uroglift, Frédéric II et Marit-ThérfMt^ l. I**, ob. a. — Cf. d'Argcn»on, 3. i:t3 ei fui*. '
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INTHODUCTION
ne veut pas s*abaisser à prendre un morc«au pour lut-mème,. il suffira euBUJte d'an mot attendri do sa tille, la petite Infants qui avait épousé don Philippe, pour qu'il doune le concoora de ses armées aux entreprises espagnoles sur le Uilanais et la Toscane. El cette Prusse enfin, qu'il a contribué si imprudemment agrandir, îl se retournera contre elle, à Tbeure précise où Bon alliance devenait utile, parce que Vhonnéte Marie- Thérèse a traité de » bonne amie » la marquise de Pompadour et pour perdre alors, dans la guerre do Sept ans, le plus magnifique empire colonial qui fût au monde.
Voilà donc, au moment où d'Argenson prend le ministère des affaires étrangères (18 novembre 1744), la France engagée à fond contre l'Autriche, la Sardaigne et l'Angleterre, sans^douLe victorieuse de nouveau sur le Ilhin après rbéroïque et désastreuse retraite de Prague, mais déjà dégrisée à demi de la Prusse qui, une première fois, avaitfait défection, et liée & l'Espagne p&r le premier pacte de famiile', traité imbécile, bien digne de Maurepas, qui, sans nous réserver aucun avantage, promettait une indissoluble union aux Bourbons de Madrid pour leur conquérir Gibraltar, plus le Milanais tout entier avec Parme à l'infant Philippe. Pour une fois que le Roi faisait appel à un véritable homme d'Etat, patriote incapable d'une complaisance et d'une courtisanerie, démocrate — avant le Contrat Social — dans ses Considératiotv! sur le f/ouvemement de la France-, philosophe qui ne comprenait la politique que fondée sur des idées générales, il trouvait ces affaires, sur lesquelles il avait si profondément médité à l'école de Chauvelin, engagées au rebours de toutes ses aspirations et de toutes ses vues. — En Allemagne, la France s'était compromise à la suite d'un fantôme d'Empereur, < alors que nous ne devions opter pour personne et nous con- « tenter d'exclure le grand-duc de Toscane de l'élection, « abaisser mf/isamment la maison d'Autriche, n'importe au « profit de qui, laisser aller les concurrences et chercher la « justice en nous délivrant d'un trop puissant rival >■. Qu'avionsnous fait cependant en nous laissant entraîner par le maréchal