REVOLUTION DE NAPLES
de Philippe tl et de Philippe IH, avait relative ment mcDagé les IVuxSiciU's ; c'était l'époquR da fameux proverbe : c L'ofiicier de Sicile ronge, l'oDicier de Naples mange, lofûcier de Milan dévore. » Boas Philippe 11» on ne ménagea plus rien el les officiers des Denx- Sidlea se mirent à leur tour à dévorer. L'agriculture et l'industrie furenlécraâûes d'impôta ; toutes les denrées de la vie furent frappées de droita d'autant plus intolérables que les nobles, le clergé et les foncUonnaire» publics en étaient exempts ; la peine de mort et les sapplices étaicul prononcés pour la moindre résistance aux exigences du Ose. En treize ans, l'Espagiic tira 100 milliers d'écus du seul royaume de Naples, si bien que le derm'er vice-roi, le duc de Médina, M vantait qu'il n'y avait point laissé, en dehors des classes privilé- , ■ quatre familles assez riches pour diner à table ». Son succesr, le duc d'Arcos, trouva moyen de le faire regretter. De pauvres gens ayant démontre à l'un des ministres qu'ils n'avaient pas un meuble h vendre pour payer l'impût, l'Espagnol répondit qu'ils n'avaient qa'fi vendre leurs femmes et leurs filles. Des milliers de paysans émigrJrent en Turquie. Au mois de mai, ne sachant où prendre te millier d'écus que le cabinet de Madrid lui demandait pour la guerre des présides, le vîceroi frappa d'un impôt les fruits «t les légumes. C'en était trop et la révolte éclata.
Les péripéties de la révolte de Naples qui dura dix mois (7 juillet 16-47 — 6 avril 1648) sont trop connues pour que noua ayons à les relater ici' : l'épopée romanesque du pécheur Masaniello qui épuisa en neuf jours les joies de l'émeiite triomphante, les folies enivrantes de la dictature et toutes les horreurs de Ja défaite et de l'ingratitude popotaire ; rintcrrëgne du prince de Uassa qui, sous le titre de capitaine général, négocia une transaction avec le vice-roi ; la trahiiton du duc d'.^rcos qui, après avoir promis solennellement le rélabliëiicuient des franchises du temps de Cbarles-Quiut, appela la flotte espagnole suus le commandement de Don Juan et fit ouvrir un feu effroyable sur la villa désarmée et sans défiance; enfin TinsurrectioD du C octobre, le massacre des Espagnols et la proclamation de la République. Les Napolitains, au cour<) de ces divers événements, avaient déployé un courage et une audace qui sont rares dans leur histoire ; ils n'avaient pas fait preuve d'une moins grande incapacité h se gouverner cux-mémcs. Ils avaient successivement porte aux nues et traîné aux gémonies Masaniello et le prince de Massa ; ib acclamaient, dans les premiers jours d'octobre, le chef du m peuple civil •, François Pcrallo; ils l'égorgaient, le mois suivant, dans des circonstances atroces pnur le remplacer par un chef non moins populaire et non moins précaire, l'armurier Gennaro
I. CL oA nc4lIeot rénunA duu YlIUtoire de Pntnct d« Henri MarUn, l. XII.
« DU PLBSSI3-DESANÇ0N, IftiS.
Anese. Ls rèrolU, dans ces conditioD» ne pouvait dcTenir une révoluUon que par riatervention d'une puissance ctr&ogfere qui aarail Tait de l'ordre avec dudésop'irc.ctcelle! puis^Aocc ne pouvait àln; que U France. Huarin eut le senUmenl très nel de la aitaalion ; mais, cette Tois encore, des intri^es misérables de cour et d'alcôve l'arrAt^-reat au moment où il toachait au sneeès. Il avait l'inlelligeace qui conçoit; il n'avait pas la volonté qui impose.
La République, qui venait d'être proclamée h Naples, avait cm trouver un proteeleur dans un personnage singulier qui se trouvait alors h Rome et dont les aventures amoureuses et guerrières nvaieot donné au grand nom qu'il portait un regain de faveur et de curiosiltï. Henri de Lorraine, duc de Guise, était le petit-flts du Balarrc. D'abord destiné & l'Eglise et nommé k l'archevêché de Heims, il avait pris parti pour le comte de Soiasons contre Richelieu et s'ctait obstiné, après la bataille de la Marrée, à rester avec les Espagnols el les Impérisux
contre le cardinal. Marié à Anne de Gonugue, la célèbre prl
Palatine, bien que son titre d'archevêque enlevà,t toute val;: cette union, il l'avait quittée pour épouser la comtesse do Bossot tl il était maintenant 6 Home pour faire casser ce second mariage afin de convoler en troisièmes noces arec M"* de Pons, Olle d'hoaneur de la reine-mère. La révolution de Naples lui mit en tète de déposer une couroane dans la corbeille de sa nouvelle fiancée. L'intrigue amusa Fontenai-Mareuil, ambassadeur de France à Home, qui, des premiers, avait compris quel champ d'action la basse Italie offrait b. la politique française et qui avait écrit, dès 1649,. à Mazarin : c II faudrait commencer l'entreprise sur Messine qui serait suivie de la révolte de tout le royaume do Sicile et peut-être de celui de Naples même : il y s grand intérêt k porter la guerre dans ces deux royaumea-là, qui sool les deux seuls qui n'aient point été toucliês et fjuî sont actuellement les meilleures Indes qu'ait le roi d'Espagne. » — Quand lesagentB de Gennaro Annese offrirent an duc de Guise de prendre dans la République de Naples la même place que le prince d'Orange tenait M Hollande, l'amoureux de M**" de Pons n'hésita pas : il accepta sur l'heure, se jeta dans une felouque, passa au travers de la Qotte espagnole qui remplissait la mer et débarqua à Naples au milieu dts acclamations de tout un peuple en délire (i5 octobre 1647).
Mazarin, laissé à sa seule inspiration, aurait franchement secondii le duc de Guise, non pas que ce singulier personnage lui inspirât une grande sympathie, mais, connaissant à fond c ses ÎSapolitaius *. il prévoyait que les brillants défauts du duc, plus encore que sts qualités, séduiraient ce peuple épris de ch'nquant et de faatame H qu'il serait dés lors facile de reconstituer au profit déco dcsccDdaul des anciens rois angevins de Naples un royaume qui serait placé directement sous l'inllucnce française. Bien que Fontenai-Mareuil »