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CHAPITRE IV

LA IIENWISSANCH

]x' portail du ])(')iiie. celui de San diovanni de I'a]iiiai'i)cla, relui de l'entrée latérale tle San I )()ineni<i). (-(diii de San (ii<)\anni a Carljonara, marquent, au jjoint de \iie arehitectural. la iransilinn tlu XI\" au XV siècle, du moyen âge à la Renaissance

La porte de Snii Giovanni di ]\ipptiiodn. comme la chapelle ellemême, datede 1415. La cha]ielle était à l'origine décorée de fresques « à la grecque «.dit .Sigisinondo. mais ces fresques ont disparu lors des restaurations baroques de 177J. qui nOnt épargné <|ue la façade. La j^orte est très Ijelle, quoiqu'un peu surchargée. On l'attribue d'ordinaire à iii?;;7/7()t"- 6/0, qui en 1407 avait fait la porte du Dôme. ( )n constate en effet tle grandes ressemblances entre les deux ])i)rtaiU .Mr del Pezzo (Xapoli nobilis-

V. sur riii>iii:ri- di- .\;ipli> ;iu \v m^-lU-. ninn oiivraçe Naplt's précité, cliap v.

LA RENAISSANCE 6i

simn. t. VII, p. 185) a fait cependant remarquer que les proportions et la manière de l'un et de l'autre différaient très notablement. Le portail du Dôme est d'un yothique raffiné, noble, élégant : ce gothique reste encore tel si. en pensée, on en augmente les proportions. Le portail de San Giovanni, bien plus considérable, est au contraire mal compris. Il prend toute la façade de l'église et s'élance trop haut. Son style est outré, excessif : les statuettes qui l'ornent sont peu travaillées ; la corniche de fleurs et de fruits, désordonnée, confuse et lourde .Mr. del Pezzo estime que le portail de San (iiovanni. inférieur à celui du Dôme, bien que postérieur en date, ne serait pas de Bamboccio, mais plutôt d artistes napolitains, habiles imitateurs et contrefacteurs du maître —

A San Lorenzo, plusieurs monuments — du reste assez défectueux — I très inférieurs à celui de style cosmatique, de la duchesse lie Calabre, et à celui de même stvle, démoli lors de la restauration de ifî.jQ, de Guillaume Stendardo, grand connétable, mort en 1308', — sont l'œuvre de Bamboccio ou de ses élèves napolitains : le tombeau de Robert d'Artois et de sa femme Jeanne de Duras, celui de Charles I"', duc de Duras, sans doute aussi celui de la petite princesse Marie, fille du roi Charles III de Duras. Les toml^eaux de Robert et de Jeanne, et celui de Charles, se ressemblent en tous points : ce sont les trois mêmes statues 'pour celui-là la Foi, ï Espérance et la Cliai'itc ; pour celui-ci la Pnidciue. la Foi'cc et la Mau- .siii''fiii!i), portant le monument, orné de trois métlaillons, sur lequel repose, étendu, le défunt. A droite et à gauche, un ange soidève le rideau du baldaciuin.

De Bamlioccio encore, et également à San Lorenzo, le tombeau de Ludovico Aldemoresco. Le monument, plus original cjue les précédents, date de 142 i. Le sarcophage est orné d'un riche bas-relief, représentant le départ de ce monde de Ludovico, et son entrée au Paradis, où le roi Ladislas le présente à la Vierge. Il est soutenu par cpiatre chevaliers en armes, parents du défunt, dont deux, la tète ornée de turbans, ont des costumes très originaux. Sur le sarcophage, le défunt est étendu, tout armé, la tète nue. et à ses pieds un lévrier, qu'on retrouve sur beaucoup de pierres tombales du xiV et du XV siècles. Le style du monument est rude, grossier, mais il y a du mouvement, de la vie et delà franchise. On sent que l'auteur a voulu l'originalité et la nouveauté. Il y a cependant. dans l'ensemble de l'œuvre, trop de recherche, et de l'exagération. Le monument a des inscriptions en caractères gothiques français, et en partie en langue française : c'est le seul monument de Naples. de stjde de

NAPLES

transition moj-en âge-Renaissance, où se retrouve cette particularité.

Le Palais Penna, sur la place San Demetrio, date de 1405. Les murs

extérieurs sont faits de pierres rectano-ulaires, bossuées ; il est couronné

dune corniche soutenue par (le petits arcs aigus. La porte d'entrée a la forme ilun arc ;i])lali. inscrit dans un rectangle, portant aux angles les armes des Penna. L'artiste qui ronstruisit cette l)elle <lemeure, dont la cour d'entrée et les étages sont pleins de délicieux détails, est inconnu.

< )n a ])arlé de lniml)()Ccio.

qui édifia à Santa Chiara le tombeau du ]3rcmicr ])ropriélaire du palais. Antonio tli i*cnna. mais rien ne permet ilaftirmer l'exactitude de cette h\pothèse. — Parmi les plus beaux palais du début du XV" --iècle. il convient encore de citer 1(> pûlû/s Colon II c7. dans la via Mezzocannone.

Bamboccio mourut en 1422.

Après lui, les influences toscanes continuèrent, chaque JDur davantage, de se faire sentir à Xaples. DoiitiUllo, aidé de M/chilo^;o. exécuta à Pise le tombeau du cardinal llranraccio, et le ht lran>porter en 1427 à Naples, dans l'église San Angelo a Xilo, fondée par le cardinal, ("est une fort belle œuvre, très justement célèbre, où se retrouvent la délicatesse, la simplicité et le bon goût du xv'' siècle florentin.

De même que Santa Chiara est le temple du gothique, San Giovanni a Carhontirii est celui des débuts de la Renaissance Le grand

i'holo Aiin,iii.

Dôme. Portail principal.

LA RENAISSANCE

monument de Ladislas, qu'on voit dans le chœur, a encore de nombreux détails gothiques : cependant on y sent un effort vers le réalisme, qui est Tune des caractéristiques du style du milieu du XV siècle — Le monument de Sergianni Caracciolo, dans cette même église, qui date île 1433. est moins heureux ; cependant, plus encore que dans celui de Ladislas. on devine nettement que l'art tend à une vie et à des formules nouvelles, que la Renaissance est prochaine. Si la partie inférieure, les piliers, les ornements se ressentent encore vivement du gothique, les niches en forme de coc[uilles, les corniches, l'atticpie.

les caractères romains de l'inscription. sont les in dices d'une évolution artistique'.

Le monument du cardinal Brancaccio, les monuments de Ladislas et de Caracciolo, annonçaient à Xaples la Renaissance. Les grands artistes que. par la suite, les Aragons.

montés sur le trône en i44-\ firent venir de Toscane, édifièrent dans le style n(juveau d'innombrables églises, palais, monuments, dont beaucoup sont demeurés . Plus encore que la Cour angevine, la Cour arao-onaise. très fastueuse, aimait l'art et les artistes, et

S.in Gio\anni de P.ipp.icoda. Portail principal.

' La chapelle où le monument est placé date de 1427, mais a subi au xvii'' et au xvm" siècle, de même que les fresques de Leonardo de Bisiiccio et de Perriiietto Je Beueveuto, qui la décorent, des restaurations très fâcheuses.

Alphonse I" et Ferdinaml I' furent ])(air reux-ri de très généreux Mécènes'.

<^n ne s'accorde guère sur l'artiste qui exécuta le bel tirr ih- Irioiiiplic destiné à commémorer la conquête aragonaise. ciu'on voit à l'entrée du Castel Xuovo". L'oi^inion la jjIus répandue est qu'il serait r(ru\rctle P/cfro clï Miirf/iiiK D'autres, .^lr. lùtore Bernich notamment, ont avancé i|u'il ne pouvait être que de Léon liattista Alberti ; 3lr. Wilhelm Rolfs a soutenu au contraire qu'il devait être de Francesco l.aurana. Les uns et les autres ont raison, et la manière dont Mr. "Wilhelm Rolfsaessa)-éde mettre d'accord tnu^les critiques, semlile juste. 11 jiaraît certain (|ue c'est bien .^Iartino qui a été le principal architecte des travaux. L'inscri])tion suivante le dit nettement : « Pctnis de Martino Mcdiolancitsis. ob Triiiinphalcin Arcis iiozw Ariiiiii solcrtcr obstriictitni .. a Divo AlpJionso Rrgc in ci/i/isfrciu tii!sri-ihi ordiiicni... nu mit » .Mais il est aussi certain que .^lartino n'a pas travaillé seul: Isaiada Pi-.a. 1 )iimenico Lonil)ardo. I'ai)l Romano, d autres encore, ont travaillé en même temps que lui. Pourtant ces artistes, et .Martino qui était à leur tête, n'ont pas. vraisemblablement, dessiné le monument c^u'ils exécutaient : celui-ci a dû être dessiné, coniu. non ])ar Altierti. comme le ])ense .^lr Kttore liernich, mais plutôt par Francesco Laurana, en s' inspiraiil des triivnnx d' Alberti Il est en effet hors de tloute que l'arc de triomphe de Xaples présente de très notables ressemblances avec la façade du Tenipio dei Malatestû de Rimini. <(ui est due à Alberti. M Wilhelm Kolfs a cherché à établir comment l.aurana avait ]3U connaître et étudier les (cuvres d Alberti. et il a émis cette h\])othêse. — qui e^t vraisemt)lable — qu'avant

' Sur la vie di-la Cnur arat;" niaise, on consultera avec profit les articles df ^h'. Giuliode Montemayor iNapoli nobilissima. t V. p. 17. 57. 106, 116} à propos de la Hiti;iti Jella Sellûria et des fêtes qui y furent données. .V la Cour aragonaisc furent conviés tous les .irtistes et hommes de lettres ou de sciences de l'époque. Aux sculpteurs, architectes 1 1 peintres qui seront nientir>nnés dans les pages suivantes, il faut ajouter : .-Antonio da Settignano, N'incenzone de Cortonc, Francesco di Giorgio Martini, .Antonio Marchese. Il faut citer encore des médailleurs comme Pisanello, Cristoforo de Gercmia, Paolo de Ragusa; des hommes de lettres et des poètes comme Lorenzo Valla, Bartolommeo Fazio, Antonio Beccadelli, Porcellio de Pandoni. François Philélphe, Theo- . dore Gaza, Pontano qui fonda l'Académie Pontanienne. et fît construire en 1492 la simple et élégante Ciipellii Poutiiniaiui, Constantin I.ascaris. Sannazar le poète des Eglogiifs et du de Partit Virgiiiis, etc.

■- La con(|uète aragonaisc a été cuninu-niorée aussi par diverses églises, et notamment par Santa Maria délia Pace. qui sert aujourd'hui de dél>arras à l'hospice de l'Annunziata. I-es fresques, dont cette chapelle royale était décorée, ont disparu, mais on conserve encore deux statues dr saint Michel qui devaient être placées l'une à l'intérieur, l'autre à l'extérieur dct Viditii •■. I.a plus grande rappelle le Saint tieorges de Donatello. et a du .■•tre «'xériiti-'' ]■:••■ ':''•■ ' - élèves du maître qui travaillèrent à Xaples.

LA RKXAISSAXCE

de venir à Xaples, vers 1450, J.aurana aurait séjourné à Kimini, et

travaillé comme simple apprenti sous les ordres de Matteo Pasti

L'arc de triomphe d"Arao-on ne devait pas, dans l'esprit de ceux qui

San Giovanni a Carbonara. Tombeau du Roi Ladislas (assise à côté du Roi, sa sœur, la Reins

Jeanne II).

le proposèrent, être édifié devant l'entrée du Castel Nuovo. C'est en 1443 que les magistrats de Naples émirent le projet d'un arc de triomphe : l'arc devait être placé au milieu de la place du Dôme. Mais bientôt ce premier projet fut abandonné, et on décida d'ériger le monument devant l'entrée principale du Castel Xuovo. De 1451 à 1435, on construisit le gros œuvre, puis de 1455 à 1458 on commença la sculpture.

NAPLES

La mort d'Alphonse 1'' fil inlerronipre les travaux qui ne furent repris qu'en 1465.

C'est surtout à partir de cette l'-poque que Pietro di Martino joua un

rôle important dans la construction

On a fait maintes fois observer, et avec raison, que les tours du Castel Xuovo, qui enserrent l'arc nuisent considérablement à l'effet qu'il produit. 11 eut gagne d'être isolé. On a fait aussi remarquer, et avec autant de raison, que. précisément parce qu'on a modifié sa destination primitive, et qu'au lieu de l'édifier au milieu d'une place, on l'a accolé à un château fort, il accuse au point de vue architectural des fautes nombreuses :

l'architecte qui l'a con • eu. a modifié tant bien que mal ses ])remiers plans, quand il a su que le monument ne serait plus élevé sur l'emplacement jjriniiiivement indiqué ; il les a modifiés trop ou pas assez, ce qui fait que l'arc ne répond qu imparfaitement à sa nouvelle destination, et que les différentes parties dont il est constitué n'ont guère d'harmonie... C'est surtout, croit-on. Pietro di .^lartino qui a fait la voûte, la partie qui relie la façade aux portes de bronze : le problème à résoudre était très difficile, et J\lartino l'a résolu de son mieux. — ce qui ne signifie pas que la solution donnée soit sans défauts...

l'hnlu Bll.;..

San Giovanni a Carbonara. Tombeau de Seraianni Caracciolo.

LA RENAISSANCE

L'arc de triomphe d'Aragon, malgré ses défauts arrhitectoniques. et le lieu déplorable où il est placé, n'en demeure pas moins une construction de la Renaissance très intéressante On trouve partout des détails délicieux : le grand bas-relief, qui représente l'entrée d'Alphonse I" à Xaples, est d'un travail extrêmement soigné II y a des frises, des statues, qui scjnt de vraies merveilles de grâce et de finesse... (Xapoli nobilissima. t. XII, p. 114, 138; t. XIII, p. 148, 171).

Les belles portes de broiijC qui,au delàdel'arc de triomphe, ferment l'entrée du Castel Xuovo, datent de 14OJ, et durent être achevées vers 1468. Elles sont l'œuvre de Gllgliclino Moucico : celui-ci sculpta son portrait, et inscrivit son nom sur l'un des compartiments inférieurs : Giiilli-lin/is Moiiûfus me fccil miles. Monaco était français, né à Paris. Il fut au service des Aragons de 1451 à 1490, et occupa le poste de c gouverneur de l'artillerie ro3-ale et de constructeur de bombardes ». Ferdinand I"'' le tenait en très haute estime.

l'appelant dans un décret de mars 14S4, inagiiifico cd amato nostro consiglici-e.

Le sujet représenté clans les bas-reliefs qui ornent les portes est la guerre entre Ferdinand et les Barons du parti angevin, guerre qui commença après la mort d'Alphonse I" et se termina sous les murs de Troia, en Capitanate, par la défaite complète des rebelles. La position des combattants, leurs costumes, leurs mouvements sont étudiés avec un soin

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