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NAFLES SOUS LA DOMINATION GRECQUE ET ROMAINE

Pétrone a donné dans le Satyricoii unepeinture très exacte de ceux c^ui vécurent dans la Naples romaine. Les napolitains d'aujourd'hui ont du reste gardé la marque de leurs origines. A Naples, aujourd'hui comme jadis, on vit dans la rue, au grand air : on trouve les mêmes commères jacassantes, les mêmes gamins fripons que Pétrone a si savoureusement décrits. Le marché aux hardes se tient encore au Carminé et à la Porta Nolana. Les vendeurs d'herbes s'égosillent toujours à crier leurs marchandises, le inarni^i^aro à vanter ses coquillages de la même trcuiula tœtcrriuiaqiic voce. Et le patois du peuple a aussi des souvenances gréco-romaines : il }■ a des proverbes, des apostrophes, des locutii.)ns vulgaires C|ui disent nettement leurs ascendances. Le type de la race, les gestes, l'expressivité de la mimique et de la voix, sont bien ceux d'Eumolpe. de (iitone. et d'Ascilto, les pi'otagonistes célèbres du Satyricon. (V. Napoli, par .Salvat(jre di diacomo'.

Naples a conservé, des premiers siècles de n(jtre ère, des catacombes très curieuses, beaucoup plus intéressantes, à maints points de vue. que celles de Rome. .Mais on a découvert aussi, dans son sous-sol, des sépultures d'une époque encore plus ancienne, portant desinscriptionsgrecques. Ces sépultures se trouvaient liors de l'ant'ienne ville, au delà de la Porta San Gennaro, entre celle-ci et l'église actuelle San Cfennaro extra mœnia. Dans la strada de Vergini.on a découvert en 1759, sous le palais 31oscati, une tombe grecque, et sous l'église S. Vincent de Paul un colombaire. avec les cendres d'un enfant du nom d'Aristone, c[u'on a pu identifier grâce à une épitaphe en langue grecque. On a découvert plus tard, dans cette même région de Vergini, d'autres sépulcres païen::, également de l'époque greccjue. Les touilles les plus récentes, qui ont été faites dans la via de Cristallini, sous le p;ilais de Donato, ont abouti à la découverte de trois belles chambres funéraires, indépendantes les unes des autres, ayant chacune leur hypogée. Les chambres ont. le long de leurs parois, des bas-reliefs de marbre, dont certains sont délicieux de simplicité et de finesse : voici deux vieillards revêtus de la toge : l'un est assis, l'autre lui tend la main ; voici une jeune femme morte en couches; voici une autre femme, jeune aussi, l'air triste, solitaire et aljandonnée (san.y doute une veuve), assise sur une banc^uette, la tête appuyée dans le creux de la main, qui semble méditer ou pleurer. .Sur chaque bas-relief, on retrouve un même mot : Ka/'/'c, V « ave », ou le " salve », le salut amical, des Grecs, que les Latins conserveront. Les urnes funéraires, les ollc. sinit placées dans des niches tout autour de la chambre. Les hjpogées ont également des détails très curieux : les pavements sont en mosa'icjue sur fond rouge, les

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parois peintes d'ordinaire en blanc: de petites colonnes plates, de style corinthien, avec des chapiteaux très fins, les partagent en parties à peu près égales ; ces colonnes sont reliées entre elles par des g-uirlandes ou des couronnes de feuillages et de fruits de couleur^ iliverses Aiitnur de la pièce sont les tombes: sur chacune d'elles e-t un (oussin de terre cuite peinte, sans doute pour soutenir la tète du m<irt ])endant le temps qui précédait la mise au tombeau. Dans l'un îles li\ ijogées se voit une belle tète de Méduse, creusée dans le lut.

< )n a découvert récemment, toujours dan-^ la \ia de C'rislallini. luie autre chambre funéraire que le sol glissant n'a pas encore permis d e.\- ]3lorer. Tout fait supposer que la région de N'ergini renferme encore un très grand nombre de séjjultures de l'époque grecque. Il est fort probable fiu'on en trouverait jusc|u'aux catacombes de San (lennaro. qui datent du premier siècle de notre ère. ( )n jieul d'aulanl ]>\u^ le supposer, qu'on a découvert dans ces catacombes une sépulture grecque, dont les murs étaient couverts de noms écrits à l'ocre rouge, .^lais les sépultures (lu'oii a déjà explorées dans la via de Cristallini et dans toute la région de Vergini doivent être les plus anciennes, car elles témoignent d un goût plus fin et ])lus ])ur t[ue celles des catacombes. 11 ])araît en tout cas certain cjue les chrétiens ont construit celles-ci à la suite et dans le prolong("nient des cimetières païens.

l'.raucoup pensent cpie les catacombes de San (iennaro ne sont pas des catacombes chrétiennes, mais des catacombes pa'iennes ( )n fonde (-ette opinion sur la décoration des murs qui est presque ])artout identique à celle des maisons de Pompéi. Ici et là, ce sont les mêmes feuillages, les mêmes fruits, les mêmes oiseaux peints sur fonds bleu, rouge ou jaune. Kn maints endroits, les catacombes de Xa|)les n'ont aucune figure religieuse... Ce sont cependant, à n'en pas douter, des catacombes chrétiennes, uniques en leur genre, il faut le reconnaître. Les chrétiens de Xaples n'ont ])as. au débutdu christianisme, inventé de nouvelles décorations murales: ils ont peint, dans les lieux où ils se réunissaient, les sujets (|ui leur étaient familiers, et qui n'avaient rien de c]io(|uani i)nur h-urs nouvelles croyances. Ce ne fut que plus tard C|u ils commencèrent à représenter des sujets chrétiens: mais ceux-ci auront quand même,])endant longtemps, des souvenances pompéiennes, dans le dessin, le coloris, l'ornementation. C'est ce mélange d'art païen et d'art chrétien qui fait surtout l'intérêt des catacombes napolitaines : celles de Rome ne présentent rien de semblable.

Dans le vestibule supérieur au plafond colorié, s'aperçoivent trois peintures, dont deux seulement sont distinctes : l'une d'elles représente

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Adûiii et Eve. — et non Bacchu::. t-t Ariane, comme Tont dità tort ^^L. Schei-illo et ceux ciui, avec lui, croient iDaïennes les catacombes de San liennaro : l'autre, un oroupe de trois jeunes filles occupées à construire une tour (Jn croit reconnaître dans cette dernière peinture, comme l'a expliciué 31, Emile Bertaux. une allusion à un livre canonique, du 1'' siècle de notre ère, le Pûstcur, dû à Hermas, frère de Plus, évèque de Rome. Dans le vestilnile inférieur se voient u.i\ Sa iiit-PiriTc et un Saiut-

Naples. Catacombes de San Gennaro.

Paul assez différents Tun de l'autre, mais d'un travail également mou et relâché. Un ne se trouve plus, comme dans le vestibule supérieur, en présence d'œuvres exécutées au ilébut du Christianisme ; Sûiiit-P/cr/'c et 5i7/'/;/-P<7/// doivent dater au moins du V siècle, et poilent les marques certaines de la décadence .. 11 y a aussi dans les galeries d'assez nombreuses effigies personnifiant les défunts dont les noms sont encore visibles : d'autres représentent des sujets pieux comme la N'ierge ou le Seigneur. Une des plus jolies peintures de cette nature est celle qui porte ces mots : Bitalra iii piice.

Les catacombes de San Gennaro sc)nt également intéressantes au

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point (le vue architectonique. Elles forment un vaste système de galeries et de chambres, dans les ])arois desfjuelles sont i)ratiquées les tomlies superptjsées. Surtout, elles expliquent la forme des basiliques chrétiennes, qu'on a cru pendant longtemps copiées sur les basiliques païennes. Les Ijasiliques chi'étiennes ont pris au contraire leurs formes dans les cliapelles des catacombes. La htrs/licjiic i!c Siuiil-Jûiivicr. qui date du V" siècle, époque où fut transporté et inhumé dans les catacombes napolitaines le corps du saint, décapité à la Solfatare, a servi de iiiodèle à beaucoup de constructions postérieures'.

Le sou.s-sol de Naples renferme encore diverses autres catacomljes : celles de San Gaudioso, de San \'ilo, de .San .Severo, de San Lfreni vecchio. bien que moins importantes, p(jssèdent aussi quelques souvenirs intéressants : les peintures qu"on y Voit, notamment dans celles de San Severo, sont cepemlant toutes de la décadence, et la plupart assez mal conservées. Dans les environs de Xaple^;. notamment à Castellamare, à Maiori, à Avellino. on trouve également des catacombes, encore inMif fisamment explorées.

Une vieille crypte, dont l'origine est inconnue, mais qui est sans aucun doute très ancienne, située à Xaples près de la via Sedile di Porto, — la trouver est fort ilifficile, — mérite d'être mentionnée parmi iei; souvenirs de l'époque romaine. Cette crypte, dite de Saint-Asprenus, a la forme d'unecroix. Kllea été certainement utilisée parles chrétiens, mais peut-être aussi avant eux parles pa'iens. L'urnede marbre blanc, servant deliénitier, qui repose sur une colonne en spirale, est. sans conteste, une œuvre romaine de la période classique païenne. Cette urne a dû être à l'origine une urne funéraire, car elle porte ces mots : Cit. Poinpciiis Epiriis. Un voit encore dans cette vieille crypte deux très belles « transennœ », qui sont, elles. des œuvres byzantines. (\'. iiifra p. 42.)

Xaples, devenue chrétienne, eut de nombreuses basili(iue>.. Lune des plus anciennes est Santa Restituta. qui subsiste encore aujourd'hui, incorporée au Dôme. Elle fut construite au IV- siècle sf)us Constantin, et était dédiée au Sauveur et aux saints Apôtres et Martyrs. C'est une église à tnjis nefs, séparées par des colonnes de marbre cipolin à chapiteaux corinthiens, provenant d'édifices païens, j^eut-ètre d'un temple d'A])olloii. dont. d'a])rès certains, elle aurait pris la i^lace.

' M. Sclicrillo estime (|ue le vestibule qui précède la basili(|uc est plus ancien qu'elle, et a été sans doute utilisé avant le christianisme. On a retrouvé en etTet dans ce vestibule des traces de peintures représentant des scènes bachiques. ('V. Atti del Accadciliiil di Aiclieolot;iii di \npoli, vol. 5. année 1870). ,

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