‹ Naples et son golfeChapitre 9 sur 27 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

LA STATUAIRE ANTiaUE AU MUSÉE DE NAPLES

Le Musée Xatinnal de Naples est un de ceux où Ton peut suivre le mieux l'histoire de la statuaire antique. 11 renferme un nombre considérable d'œuvres de l'antiquité s^Tecque et romaine, et les principales écoles de sculpture de celle-là et de celle-ci y sont représentées. .^lalIleureusement, certaines œuvres ont été abîmées par des réparations maladroites.

Il existe plusieurs guides de ce 3Iusée dont quelques-uns sont excellents, et beaucoup détestal)les. l'n très grand nomlire d'œuvres ont été faussement identifiées lors de leur découverte, et continuent dans de nombreux manuels à porter îles noms erronés : il y a par exemple un buste en bronze, dénommé le plus souvent buste de Sénèque, qui n'est pas du tout celui tlu célèbre philosophe'. Il serait aisé de citer cent autres exemples analogues. D'autre part, beaucoup d'œuvres sont non des originaux, comme on le dit volontiers, mais des copies ; certaine.s copies semblent avoir été faites peu après Loriginal, d'autres au contraire n'ont dû être exécutées que bien postérieurement... On voit que si dans le vaste musée de Xaples on veut éviter les erreurs, il faut ne placer sa confiance cpi'à l^on escient.

' Xous avniis cependant nnus-méme. sous les illustrations de ce chapitre, laissé subsister, pour la commodité du l.cteur. les appellations généralement employées.

Dans ce chapitre, le lecteur ne trouvera pas une liste de toutes les ceuvresqui méritent d'être étudiées, mais seulement l'indication de quelquesunes de celles qui lui permettront de suivre le mieux en (irèce et à R(jme l'évolution de l'art tlu marbre el du bronze. Certaines ont déjà été signalées dans les excellents volumes de -^l. ïhedenat. sur Pompéi, parus dans cette collection. Il y en a en effet beaucoup qui proviennent des fouilles

Une salle des grands bronzes. A gauche, au premier plan, Meiciire an repos; au second plan, Saine endormi. A droite, au premier plan, un Ltilleiir; au second plan (centre de la salle), Satyre ivre. Adossées au mur, les Danseuses (VHerciilanum, dont l'une est en partie cachée par un I.iilleur.

de cette ville, d'autro. au moins aussi n(mi1)n'uses. cjui ])rovifnncnt de celles d'Merculanum ou d'autres cités campaniennes. D'autres proviennent des collections des P'arnèse. d'autres enfin ont été achetées.

L'édifice, dans lequel est aujourd'hui le Musée de Xaples, a été commencé entre 1583 et 15H6, sur des ])lans dressés par Vonlana. fils du célèbre architecte, et à la demande du duc d'Ossuna, vice-roi de Naples, pour les écuries royales. Celles-ci n'y furent du reste pas établies, et le comte de Lemos. qui succéda au duc d'(Jssuna, fit achever le palais, qu'on inaugura le 14 juin 161^1. I. 'Université y fut installée,

LA STATUAIRE ANTIQUE AU MUSÉE DE NAPLES

et y demeura jusqu'en 1780, époque à laquelle l'expulsion des Jésuites permit de la transférer dans le Gesu Vecchio. En 1790, l'édifice de Fontana, auquel travaillèrent par la suite Fuga, puis Schiantarelli, fut disposé pour servir de musée '. On }• transporta les marbres et les bronzes trouvés à Herculanum. ([u'on avait d'abord réunis dans un petit musée situé à Portici "', et les s])lendides collections que la Cour de Xaples

Une salle des grands marbres. Au centre, au premier plan, HaimoJiiis el Aristo^iloii : au troisième, l'iiiiis CiiUihvgc: au quatrième, S.ilyn: dansant portant Dionysos enfant.

avait héritées d'Elisaljeth Farnèse-. Toutes les fouilles de Pompéi. de Capoue, de C'umes, de Pouzzoles, de (taète, de Locres, y ont depuis été

1 Finelli travailla également au Musée National, et exécuta notamment les consoles qui soutiennent les balcons, et les ciiapiteaux des colonnes. Angelo Laudi, qui avait exécuté un tabernacle et un tombeau à l'.Xnnunziata. et Tommaso Montani, sculptèrent de très nombreuses décorations. A celui-ci furent dues des statues, et les médaillons de la Sagesse, de la Récompense et de la Mè.iee/iie. Cassano exécuta une statue de YUtriusque fur/s. d'Auria une st.atue de la P/i/7osopliie, Naccheiino une statue de la Théologie.

- V. sur les fouilles d'Herculanum l'iifra, chap. i.x.

■ Les Farnèse avaient, au xvi" siècle, réuni une splendide collection d anticiues, dans leur palais de Rome et leurs jardins du Palatin. Charles IV de Naples hérita ces collections de sa mère Elisabeth Farnèse.

groupées'. En iSi6. le .Musée prit le nom de .Musée Royal liourljon.

puis en i«6o de .^lusée National ■.

Une des plus anciennes «jeuvres originales que possède le .^lusée de

Xaples est certainement la stèle fiincrairc en marbre (n" 6556) ' qui

représente un homme deljout appuyé sur un bàlnn. et a\"ant près de lui

son chien. 1. homme a dans les cheveux une bandelette ornée d'une ])lume, il porte attaché au poignet gauche un ])etit vase rond, et croise la jambe gauche sur la ianil)e droite :

la chlamyde est tenue sous laisselle gauche ])ar le bâton. Cette slèle provient sans

' I.i- Musci- dr Xa[ilrs s'est enrichi nicore ck- di- \f;rsts autres collections, notamment la cnUection l!ort;ia, constituée à Vel- 1. tii au xvni'' siècle, colle i.lu duc de Noia, celle de C aniline Murât, etc.

- Le Musée de Xaples renferme, outre les grands marbres et bronzes anti- (|ues dont il sera surtout question dans ce chapitre, une splendidc collection d'objets mobiliers en bronze et en verre, trouvés à Pompéi; des peintures murales provenant également en m.ijeure partie de Pompéi ; des collections de vases, de terres cuites, de bijoux, de monnaies, de pierres gravées, de papyrus : ime collection préhistorieiuc ; une collection égyptienne, qui toutes, à des titres divers, sont remanjuables. Pour les objets provenant de Pompéi, on se référera aux volumes de M. ïliedenat précités. — l,e Musée possède aussi une galerie de peinture, fort intéressante, notamment pour l'étude des écoles des .xvi", nvm" et .wiii'- siècles. Il sera parlé des tableaux de ces écoles au cours des chapitres suivants.

' Les numéros indiqués ici sont ceux qui figurent au plus récent inventaire du Musée de .\aples. On retrouvera ces numéros dans le Guide illit<itrc du Muscc de Niiples par MM.de Pctra, Sagliano, Patroni. Mariani, Gabriel, Bassi, Marucchi, Conti ;Kichter, éditeur, Naples), abrégé duG///rfiï il/iisiriitû de/ Museo NiJ^ioiiiile di Niipoli. guide ofHciel approuvé par le Ministère de l'Instruction publique.

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Buste de B.iccluis b.ubu.

].A SÏATUAIRK ANTIQUE AU MUSEE DE NAPLES

aucun doute d'une sépulture : elle est surmontée de l'acrotère à palmette, qui couronne la plupart des monuments funéraires de la Grèce ; le sujet qu'elle représente a été retrouvé sur deux autres stèles sépulcrales,' découvertes l'une à Orchomène, l'autre dans la l.ocride Opontienne. ^lalgré les graves fautes anatomiques qu'elle contient — les Ijras sont lourds et raides, la jambe droite, qu'on voit de face juscju'au genou et ensuite de profil, est toute désarticulée, la tète du chien est informe.

— cette œuvre dénote, notamment dans les plis de l'étoffe et le modelé des seins, un effort consciencieux. C'est un très intéressant échantillon de l'art attique de la fin du Vl" siècle.

. Delà même époque semble être une belle tctr d'Apollon en bronze (n" 560S1, cjui rappelle les figures des frontons d'Egine, et est certainement un original et non une copie : la tète, posée sur un cou robuste, est puis^ santé, les lèvres se découpent franchement à arêtes vives; l'art grec archaïque peut encore être étudié ici dans toute sa puissance et sa simplicité. — On le retrouvera également dans un basrelief votif :'n" 6734) très curieux, qui représente Hercule Jiiiii-. assis . Hercule a sa massue et un cantharos ; Hébé s'approche pour lui \erse, à boire.

Plus célèbres que ces diverses œu\'res sont les d-Visciises ilitrs d' Hci -

Une « Victoire y.

XAPLKS

ciilûiiiiin (n" 5604. 5605, 5619. 5620, 5621). parce qu'elles furent trouvées dans la villa supposée des Pisons à Ilerculanum. Certains les tiennent à tort pour des copies, ce sont de fort beaux originaux de lart péloponésien du V siècle ; ils présentent en effet tous les caractères distinctifs de cet art : solidité et raideur des corps, asj^ect architectural dos masses.

Orphée et Eurydice (b.is-relief) .

sobriété et simplicité. l,es yeux devaient être incrustés: les cheveux ont une bandelette qui devait, elle aussi, être incrustée d'argent ; le jjeplos dorique tombe raide jusqu'à terre. La sévérité de ces statues a fait douter qu'elles représentent des danseuses : une surtnui. ([ui agrafe son pépli>s sur l'épaule droite, n'aurait pas. d'après certains, l'allilude d'une femme qui danse. ( Jn a dit que ce devait être plutôt des femmes occu])ées à se parer : « adornantes se feminae » : Pline parle en effet d'un sculpteur qui aurait travaillé à des statues de ce genre. Une telle interprétation des Danseuses

LA STATUAIRE ANTIQUE AU MUSÉE DE XAPLES 27

d'Herculanum paraît erronée : ce sont bien des danseuses, aux attitudes et aux gestes nobles et graves. Celle qui attache son péplos s'apprête à danser : la position des pieds le dit très nettement.

La belle statue en marbre d'Arté ni is (n^ôcoS), qui représente la déesse, vêtue d"un chiton ionien à manches et d'un péplos qu'elle relève d'une main, marchant vers la droite, chaussée de sandales, la tète encadrée de boucles, et ceinte d'un diadème orné de rosettes, est une copie d'un original sans doute en bronze du début ilu y" siècle. La copie, qui est excellente, est postérieure, mais a un cachet archaïque certain. — l/d Jiinoii . dite Fanièse. parce qu'elle provient des collections Farnèse, que d'autres appellent une Artémis, est elle aussi une copie archaïque d'un original également en bronze du V siècle. — 11 en est de même encore de di\'erses autres œuvres dans lesquelles on ne peut voir des originaux, mais seulement de très l;)onnes cojjies archaïques : une belle tcte d'Apollon in" 6393J en marbre, copie d'un buste en bronze sans doute de M\ron ; une ti'fe d'Aphrodite n" 6369' : une autre d'.-l//;(V/<7. une statue de Déinétcr (n" 6269;, co^Dies en marbre d'œuvres de Phidias. La Hcra Fiinicsc est elle aussi une excellente copie antique, en

partie restaurée, de l'IIéra d'Alcamène V siècle). Beaucoup d'autres œuvres n'ont que quelques parties antiques : la tête de la statue d Artciiiis chûsscrt-ssc /n" 6276; est antique, mais ne paraît pas appartenir au corps sur lequel on l'a placée ; de même celle de la statue, dénommée la Mère drs Muscs (n" 6378' parce qu'elle fut trouvée à Herculanum en même temps que les Dûiisrases : dans la statue de Dêiuétcr [n" 6273', il n'3' a guère que la touffe de fleurs que la déesse tient à la main qui soit de l'époque grecque. La statue de Ganymèdc et de l'Aigle m" 6351 ) n'est elle aussi que très partiellement antique, de même encore celle d un Guerrier blessé à la poitrine -.n" 6416).

Narcisse.

2< NAPLKS

J.e Dorypiiorc n' 601 1^ est un des marbres les plus réputés du musée de Xaples. C'est une excellente copie archaïque de l'œuvre fameuse exécutée en bronze par Polyclète vers 440. Ce grand artiste <iui, d'après Ouinlilien, « recula toujours de\anl la re])résentatiiin de l'âge mur. et, admirateur passionné de la souplesse et de l'élégance, n'osa pas aller jjIus loin f[ue la jeuncs-^e imberbe ■>. écrivit un traité sur les proportions des

L'no salle des grands bronzes. De gauche à droite : Silène ivre, Satyre dansant. Satyre à Vontrc,

Xarcisse.

diverses parties du corps, (|u'il illustra en sculptant le Doryphore. Ce jeune alhlclc imberlie. aux formes pleines et robu^t('^. (pii lient une courte lance sur l'épaule (d'où son nom}, est fait selon les règles de proportion qui. d'après Polyclète, convenaient au type le plus accompli de beauté humaine. Aussi l'œuvre fut-elle appelée le « canon ». L'original devait être en Iironze. On en connaît au moins six copies antiques, ('elle du musée de Xaples est certainenu-nt l'une des meilleures.

Le groupe célèbre <\'Hariiiodiiis et Aristogitoii (n'" 600g et (loio n'est ni un origiiuil. ni une cojiie archaïque : c'est une copie de l'époque

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romaine. L'original avait été exécuté à la fin du v*" siècle, vers 477, par deux sculpteurs athéniens, Kritios et Nésiotés. Il avait remplacé un groupe plus ancien, représentant le même sujet, dû à Anténor. que Xerxès avait emporté pendant les g-uerres médiques. Amphicrate avait de son côté sculpté une lionne, en souvenir de la courtisane Leœna. complice dos deux tvrannicides. Critios et Xesiotès ont représenté ceux-ci au moment où ils s'apprêtent à tuer Hipparque. qui avec Hippios avait succédé à Pisistrate dans le gouvernement d'Athènes. Le plus jeune, liarmodius. presc^ue imberlje. tient de la main droite une longue épée dont il \a frapper le tvran ; il devait porter sur la jjoitrine un baudrier, qui n'existe plus aujourd'hui. L'autre. Aristogiton, étend le bras gauche comme pour parer un coup; le bras est enveloppé d'un manteau qui servira de bouclier La main droite, basse et jilacée un peu en arrière du corps, tenait un poignartl, ou une épée, qui a dû être l^risé. La tête n'est pas celle que devait porter autrefois la statue : l'homme était l)arl)ii, et plus" âgé ciue son compagnon, la tète actuelle est imljerbe et jeune. L'original de Critios et de Xesiotès était en ])ronze : la C(3pie romaine du musée de Xaples. comme on voit, assez incomplète et retouchée — les bras et la

jambe gauche d'IIarmodius, la main gauche et le bras droit d'Aristogiton sont UKidernes — est en marbre. On a retrouvé le groupe des tvrannicides sur des monnaies athéniennes, et sur un bas-relief cjui décorait un fauteuil de marbre découvert à Athènes.

Parmi les copies romaines d'œuvres grecques du V siècle, on peut encore citer la fine statue d'un JdUiic pi/g/!isfc [n" 119917), copie en mar1)re d'un bronze de Polyclète ou d'un de ses élèves, et une belle statue en marbre A' AtJicna (n° 6024I dont l'original en bronze devait être de Phidias Vêtue d'un long chiton ionien à manches et d'un

La Vénus de Capoue.

XAl'I. KS

manteau, coiffée crun casque unique orné de sphinx et de griffons, chaussée de hautes sandales, digne et sévère, la déesse est bien celle de la victoire et de la protection. Une autre statue ù'Athcna Promachos 'n" 6607), copie romaine d'une œuvre du v" siècle, est également

intéressante. D'autres copies d (ouvres antiques sont sans doute encore de l'époque romaine, mais portent des marques archaïsantes qui les déprécient : telle cette statue d'un (jiicrricT hicssr à la cuisse gauche (n" 64 lo) dont l'original en bronze a dû appartenir au v siècle, telle encore la statue colossale de Flora 'n" 5978 portant des fleurs cl des fruits. Dans ces copies, l'archaïsme est \-oulu : les caractères essentiels ilu stj'le sont soulignés et trop accusés.

De la sculpture du IV*" siècle, lies écoles de Scopas, de Praxitèle et de ]-ysippe. le .Nlusée de Xaples possètle ([uel([U('s beaux çtliantillons originaux, et de jjIus nombreuses copies, dont certaines sont de très habiles artistes. Le buste en Ijronze.

souvent appelé le Baccliiis harhii 'n" 5618^:, est une très belle œuvre originale, sans doute de Scopas. Elle présente tous les caractères de l'art pn^pre à ce scul]5leur, ([ui rechercha surtout le ])alhétique. Trouvée à Herculanum, elle provient sans doute de la drande (jrèce, peut-être de Tarente même, où l'art ]jéloponésien fut très en honneur. On a retrouvé en effet à Tarente, sur un statère d'or, une effigie de Poséidon, qui ressemble beaucoup à la tète du musée de Naples. — qu'il faut, semblc-t-il, dès lors interpréter non comme un r>aerhus. mais comme Poséidon.

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L'Hercule Farncse.

LA STATUAIRE ANTIQUE AU MUSEE UE NAPLES

De Praxitèle, qui avec Phryné pour modèle représenta la beauté sensuelle, — non plus la beauté grave et majestueuse chère à Polyclète, à Phidias, à Myron, — Xaples possède d'assez nombreuses œuvres. Cependant on ne peut certifier qu'elles soient toutes des originaux : la statue de femme nue (n" 6035). le torse de Y Apollon saiirochtoiie, une statue (l'homme 'n"6253;, un hermès de D/oiiysos lm/iiu ,6306, 6863 . ne sont peut-être que des copies dues à des contemporain^ de Praxitèle, ou à des artistes qui vécurent peu de temps après lui.

D'autres œuvres, beaucoup plus célèbres, sont des copies moins anciennes :

la belle statue ct'liomme n" 641 1. la statue de Paris lï' 6358, sont d'époque romaine, sans doute d'après des originaux de Scopas ou de son école. Il en est de même des statues ô.' Eros fn" 6335'.

de Dionysos avec Eros (n" 6307), de la Flora Farnèse (n''6409),de5rt'^t-/z//.s:'n°63i8'.

de Niké (sans tète ni bras' . de Vénus Anailyomène (n" 4998 , de la prétendue Psyché de Capoue (n" 6019J. d'un jeune liomnie nu (n°6oi6), de Ganymède avec l'aigle (n° 6355), qui furent copiés à l'époque romaine sur des originaux de Praxitèle ou de ses élèves.

Il en est de même encore du très célèbre Narcisse (n" 5003'. La fine statue n'est cju'une copie d'un original sans doute de Praxitèle ou d'un de ses contemporains. Cette copie trahit au surplus l'influence de l'époque hellénistique, à laquelle elle fut probablement exécutée. On a interprété pendant longtemps ce jeune homme nu, aux formes pures et élancées, qui baisse la tète et regarde le sol, comme un Narcisse écoutant la voix de la nymphe Kcho ; d'autres ont dit que c'était Pan. Da première interprétation est aussi mauvaise ciue la seconde : Pan aurait une flûte, et Narcisse n'a aucune raison d'écouter Kcho : c'est en effet Kcho qui aime

Buste de Senéque.

XAlT.IiS

Narcisse, et non Narcisse qui aime luho. I,a :4atue représente plutôt Dionysos : les sandales, la nébride. la couronne de lierre, sont en faveur de cette interprétation, et si le jeune dieu regarde à terre c est qu'il joue avec un animal, chien, lion, panthère, qui devait se trouver à ses pieds. L'artiste qui sculpta la copie du musée de Naples n"a pas reproduit la hèle, qui tio-urait certainement sur Torio-inal, expli(iu;inl la

l^ose et le o-este du jeune homme.

l.a statue très connue de la \^('ii!is de Cûpoi/r est, l'Ile aussi, une copie romaine d'un original du iV siècle.

La déesse, couronnée d'un diadème, est nue jusqu'à la leinture, les jambes sont enveloppées d'un manteau Des deux mains elle tenait le bouclier d'Ares pour s'y mirer. Aujourd'hui ([ue ce bouclier a disjiaru, les mains ont une attitude gauche qui nuit à l'ensemble de l'œuvre. Celle- <i du reste a une réputation surfaite, et est de beaucou]) inférieure à tl'autres œuvres de la même époque, telle la W'iiiis de la collection Albani. dont l'ajustement est a ])eu près semblable, et ([ui est elle aussi une copie d'un original grec.

hj'sippe, dont l'art fut si différent tle celui de l'raxitèle ou de .Scopas, f|ui contrairement à eux resta fidèle aux ])rincipes de dignité et de force de Phidias, sculpta, dit-on. ])lus de 1.500 statues. Certains prétendent que le lorsc Farnèsc m" 6034), la tctc d'Athcna 'n"6303), le grand buste en marbre de Zciis (n" 6266), la splendide statue sans tête m" 1113;. V Hernies au repos 'n" 5625). que possède le Musée de Naples. sont des originaux de l.ysippe. S'ils n'en sont pas, ce sont certainement d'excellentes copies très anciennes. J.e colossal Hercidr Farnèsc, très et peut-être même trop célèbre, n'est lui qu'une copie romaine, trop

Buste d'Homère.

LA STATUAIRE ANTIQUE AU MUSEE DE NAPLES

poussée, dun original de Lysippe. 1^ artiste, qui, à l'époque de Caracalla exécuta cette copie, (jlycon l'Athénien, l'a signée: il est manifeste qu'il s'est plu à grossir démesurément les muscles, les veines, les os de son sujet. On ne peut croire, quand on a vu VApoxyoïiwnos, l'athlète au strygile, du Vatican, que Lysippe exécuta pour corriger « le canon », le type de beauté parfaite, imaginé par Polyclète dans le Doryphorr, c[ue sur l'original Hercule ait été à ce point exagéré. L'Apox\'omenos est puissant, l'Hercule de Lysippe devait l'être plus encore, mais il n'était certainement pas le colosse monstre que Glycon a représenté. Quand on le voit, on comprend ce qu'en a écrit Taine : « l'Hercule Farnèse, un vigoureux portefaix qui vient de soulever une poutre et qui pense qu'un verre de vin viendrait bien à point. Beaucoup trop réel el vulgaire. Ce n'est pas un dieu, mais un assommeur... »

Le musée de Naples possède (le très beaux échantillons de l'art helléni-stique, du m" et ilu 11° siècle. Le buste de Bcrriiict (n" 5592), celui de Dcniocrilc (n" 5602), celui d'Hcrûil itc :n" 5623). celui de Séiicqiic (n" 5616 , celui à' Homère n" 11 30), un hermès de Sophocle (n° 6413),

les statues ou bustes A'Eschinc, de Socratc, d'Euripide, d'Hésiode et en général tous ceux des " grecs célèbres », que contient le Musée de Naples, sont pour la plupart des œuvres de la période hellénisticiue. Il est à peine besoin de dire que les dénominations ci-dessus qui leur sont habituellement données sont loin d'être authentiques : Bérénice par exemple n'est pas du tout Bérénice, .Sénèque doit être un philosophe d'Alexandrie, peut-être Callimaque, plutôt Philetas de Cos On retrouve

Statue d'Eschine.

aussi dans un beau torse ci Iioiiime in" 6222^ la marque de larl hellénistique, de même encore dans d'assez nombreux sarcophages et reliefs : le beau sarcophage n" 6705) qui représente la création et lo mort de

l'Iiominc, le bas-relief de Pcrs('c et ct'Androiiiède [n° 6686), celui du pâtre à l'épine [n" 0716. celui du /'(7//;c Iiomnir i'i Ici Ivre (n" 6688), sont ]ilus gracieux, élégants, habiles, que purs et nobles. Il ne faudrait cependant pas généraliser cette observation : dans les bustes cités ci-dessus, notamment celui d'Homère, il y a souvent de splendides qualités artistiques. ].e Guerrier qui emporte sur son épaule ^auelie un cadavre d'en faut :^n"59g9).

la .\iohide craintive qui, vêtue du chilon et tle l'himation, relève la tète (n° 6391). le Satyre dansant qui poi'te Dionysos enfant sur so/i épaule (n" 6022', Pan qui apprend à Otym tios à joue/- de la sy/'inx (n"632Q), la Néréide importée par un vioustre marin n" 6026 . Vlù-os au dauphin, le Jeune satyre ijui dort, la main droite ramenée sur sa tète inclinée, sont d'excellentes copies romaines d'originaux du iiT ou du II'' siècle.

]-a célèl)re Vénus Callipyge (n° 6020) est, elle aussi, une ■copie romaine d un original de l'éixjque hellénistique. La jeune déesse se déshabille jjour le bain et prend plaisir à mirer dans l'eau ses formes très ]Hire- Le modèle est gracieux, et rexécution de la copie que Xaples possède très soignée.

S.r.yic Jans.iiit. port.int Dionysos enfant.

LA STATUAIRE ANTIQUE AU MUSÉE DE NAPLES

L'école de Pergame, ([ui célébra avec tant d'éclat les victoires que les rois de Pergame avaient remportées en repoussant les invasions o-auloises, qui a produit le splendide Gaulois mourant du Musée du Capitole et le Gaulo/s avec sa fciuiuc de la collection Ludovisi. est représentée à Xaples par quatre statues de valeur inégale, mais toutes dignes d'attention. La plus 1)elle est VAina^ionc tombée à la rciiverse et blessée à la poitrine, dont les formes se voient très pures à tra\-ers les vêtements ; le Perse qui gît sur son bouclier, le Géant frappé éi mort et dont la main droite tient encore l'épée, le Gaulois blessé au côté et qui s'ajipuie à terre de la main gauche, sont eux aussi pleins d'expression et de sentiment L'art de Pergame est savant, mais — c'est l'un de ses défauts — un peu trop recherché et poussé. . . Les deux autres statues équestres, qu'on a placées dans la même salle, ne sont c[ue des copies d époc[ue romaine d'œuvres de Pergame. Ces copies, qui ont été plusieurs fois restaurées, sont du reste assez médiocres.

Apollonios et Tauriscos furent parmi les plus célèbres sculpteur.; de l'école de Tralles qui fleurissait au lir" siècle, en même temps que celle de Pergame. en même temps aussi c^ue celle de Rhodes d'où sortit le célèljre Laocoon et ses fils. Ils sculptèrent le groupe très connu du Taureau Farnèse. ainsi appelé du nom de Paul III Farnèse. qui en retrouva en 1546, dans les thermes de Caracalla. une copie, celle qu'on voit aujourd'hui au 3lusée de Naples. Cette copie. c[ui date de l'époque romaine, a dû être achetée par PoUion en Asie Mineure, et transportée par lui en Italie, en même temps que les autres œuvres d'art dont il décora ses villas de Xaples et de Rome.

\'énus Callipyge.

50 NAPLKS

Amphion et Zethos, presque nus, excitent un taureau sauvage, aux cornes duquel Dircé, reine de Thèbes. est attachée par les cheveux : Dircé avait fait emprisonner Antiope, mère d'Ainphion et de Zethos. et ceux-ci s'apprêtent à la punir de sa cruauté. Une des suivantes de la Reine, la femme qui se trouve à l'arrière du groupe, regarde la scène, tandis qu'un chien a])oie et s'élance. Amphion. reconnaissable à sa lyre, tient de la main droite les cornes du traireau. tandis qu'il lui saisit le mufle de la main gauche. Zethos. ayant saisi la corde attachée aux cornes et à la tète de l'animal, le tire à soi : Dircé tombe à la renverse, et

Gaulois blesse au flanc gauche [Ecole de Pergame).

cherche en vain à éviter les pattes île devant i\r la bêle, qui se rue avec colère et est sur le ])oiin de l'écraser. < )ii siqipose que la copie ilu musée de Naples, où de très nombreu.ses restaurations ont été faites sur les indications de .Michel-Ange d'abord, de Cali ensuite, n'est pas exactement conforme à l'original, que par exemple la femme qui se tient à l'arrière du groupe — qui, d'après certains, ne serait pas une suivante de Dircé. mais Antiope elle-même, — ne devait jias figurer sur celui-ci. T.a copie est dans son ensemble très bonne. ]*;ile est j)leine de force, de vie. de mouvement, comme devait être l'original, qui fut sans doute une œuvre de grande valeur.

De l'art gréco-alexandrin, (jui jtrii naissance après la conquête de l^-ifypte et la fondation d'Alexandrie par Alexandre, dont le groupe

LA STATUAIRK ANTIQUE AU MUSKE DK NAPLES .37

célèbre du A/7 est l'un des plus beaux souvenirs, on voit au .Musée de Naples d'assez nombreux spécimens. Mais très peu sont des originaux, la plupart sont des copies d'époque romaine. Rome adora en effet les divinités égyptiennes ; il \' avait à Pompéi un temple d Isis. Les belles statues d'Isis n"" 6372, 6368 et 6370 ^- celle-ci surtout, — d'autres de Si'nipis (n" 975) et A' Aiiiibis in" 981) sont particulièrement dignes d'attention.

La sculpture romaine s'est directement inspirée de la sculpture grecque. On a vu déjà que le Musée de Xaples possédait de très nombreuses copies d'oeuvres grecques, exécutées à l'époque romaine. Beaucoup d'autres, sans être des copies exactes, ont des motifs empruntés à

Plioto BroL'i.

Amazone tombije à la renverse (Ecole de Pergame^

Pol3-clète, à Lysippe, ou à Praxitèle. La statue de femme n" 6398 rappelle la Démâter de Praxitèle; Persce in" 126170. se rattache à un motif de Lysippe; la statue de Poséidon (n" 6271', rappelle le Diadiinièiie de Polyclète ; une autre, qui est toute voisine et représente un Romain (n" 6073), est également tout à fait dans la manière de cet artiste : de même encore le Buste d'tioinme n" 6138, la Statue de jeune liommc n" 125348, les bustes ou tètes n"~ 5633, 5(314, 5610. La réplique de la tète du Doryphore (n" 4885), a été exécutée du temps d'Auguste.

Ces œuvres diverses sont dues, ainsi que les copies romaines signalées au cours des pages précédentes, aux trois grandes écoles — école asiatique, école néo-attique, école de Pasitèle, — qui fleurirent au début de riimpire. Les sculpteurs qui vinrent de Grèce à Rome exécutèrent plutôt des copies d'œuvres attiques. ajoutant aux sujets archaïques des détails

XAPI-ES

naturalistes [bas-relief >" 6713}] de I)/onysos v/si/aiif Icarios ; vase ilc Salpion (n" 6673)] ; ceux qui vinrent d'Asie .Mineure, des sujets, des Amcmmcs notamment 'n" 6227 et 4889 par exemple' . rappelant les

Le taureau Karnèse.

motifs des temples d'I'ljjlièse et de^ autres grandes cités asiatiques. Praxitèle et son école reproduisirent aussi, s(ju\'ent, non plus des motifs archaïques, mais des motifs de l'école alexandrine : on en trouve la preuve dans Orcstc et Hlectre (n" 6006 . dans Hercule et Oinphalc (n" 6406;, dans le hiis-relief de la Mêiiade et du Satyre n° 6724). l.e Musée de Xajiles possède une collection unique de statues, de

LA STATUAIRE ANTIQUE AU MUSÉE DE XAPLES 39

bustes et de têtes, en marbre et en bronze, de l'époque impériale et de la

Cortège bacliique (bas-relief).

décadence, représentant les empereurs, les impératrices, les grands cit03-ens qui illustrèrent Rome. Cette collection de portraits est du plus

Dionysos visitant Icarios (bas-reliel).

haut intérêt, non seulement pour l'artiste qui peut en l'étudiant suivre les progrès ou la décadence de la statuaire, mais aussi pour l'historien. curieux des costumes, des types, des mœurs des époques passées. Celui-ci,

4„ XAPLF.S

en étudiant les peintures murales de Pompéi et d'Herculanum, les objets mobiliers usuels, si nombreux et si curieux qui ont été trouvés au cours des fouilles, les collections de bijoux, de monnaies, de papyrus, de vases, que le Musée de Xaples est presque seul en Europe à posséder, iieut véritablement reconstituer la vie au temps de la domination romaine.

La statuaire romaine a été très riche non seulement en portraits, mais aussi en figures allégoriques et en statues mythologiques. Celles-ci et celles-là sont nombreuses au .Musée de Xaples, de même que les bronzes et marbres animaliers, les bas-reliefs historiques et les monuments funéraires. Certains sarcophages sont très artistement sculptés, notamment ceux portant les numéros 6776, 6398, 11 1070 et 124325. Ils représentent le plus souvent des sujets tirés de la mythologie grecque.

Cependant, à la fin de rKm]iire romain, la >latuaire n'était plus ce qu'elle était à l'époque grecque. « A mesure qu'on avance vers un âge plus raoproché de nous, a écrit justement Taine, l'art tourne au portrait : en arrivant aux bas siècles, la sculjjture finit par ne plus reproduire que les particularités personnelles et maladives, le tic, la déformation, la singularité triviale... Ce qui a fait au contraire la beauté de la scul])lure grecque, — • ;^et on peut s'en rendre compte au .Musée de Xaples mieux que partout ailleurs/ — c'est (|u'elle a montré le type pur, la personne physique abstraite, le corps en lui même, tel que l'avaient formé la belle race et la vie gyninastitiue. et ((u'elle l'a montré sans l'engager dans un groupe, sans le soumettre à l'expression et aux agitations morales, sans que rien vienne distraire de lui l'attention, avant que les passions de l'àme l'aient déformé ou se soient subordonné son action. » Les Grecs ont sculpté l'homme idéal, tel (jue leur société et leur morale aspiraient à le former. .V la fin (1(» riùn])ire romain, l'arl. oulilieux de l'idéal, ne reproduisit plus que l'homme.

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Santa Chiara. Bas-rclicf de la tribune de l'orgue (Vie de sainte Catherine)

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