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quelque peu suspecte. D'abord, elle ouvre sur une mauvaise ruelle; ensuite elle est entourée d'une longue table mystérieuse. Enfin, quand on la découvrit, un coffre-fort, passablement garni de pièces de cuivre ou d'argent, fut trouvé près de la porte. Il paraît que les prêtres d'Auguste, aux choses saintes, joignaient quelque peu de trafic profane.
En outre, en nettoyant le sol de l'area, on exhuma des boutiques, ayant leur façade sur la rue des Augustals. On y découvrit les articles du négoce des prêtres : raisins, prunes, figues, oranges, macarons enfermés dans des urnes de cristal, légumes secs, lentilles, fèves, etc., etc. On vit aussi apparaître des balances, des moules pour faire le pain et la pâtisserie. On recueillit quatre sistres, trois strigilles, des écritoires, un grand vase à anses parfaitement œuvré, une lampe à trois becs, une statuette de la Renommée avec bracelets d'or, des animaux, etc.
Arrivons maintenant au temple de Vénus, la patronne de Pompéïa, Pompéiatia Vénus, comme on le voit écrit en mille endroits de la ville.
C'est une des gloires de Pompéï, ce temple.
D'abord, on rencontre deux degrés de pierre calcaire, dont l'un, le seuil, est percé de trous qui, par leur nombre, indiquent que la porte se pliait en quatre. Cette porte n'est pas dans l'axe de l'édifice.
Quand on entre, ce temple, le plus vaste de la ville, 54 mètres sur 34, vous éblouit, tant son architecture ruisselle de toutes les couleurs du vermillon, du cinabre et du cobalt. Tout autour règne un portique dont le mur du fond resplendit de peintures, offrant la vue de paysages, de palais fantaisistes, de corps d'enfants surmontés de têtes d'hommes^ et puis, sujets plus nobles! on voit Achille et Agamemnon à Troie, Hector traîné autour des murs dllion, Priam implorant d'Achille le corps de son fils, etc. Quarante-huit colonnes d'ordre dorique, transformé en corinthien, composent ce portique.
A rentrée, à droite et à gauche, colcftinette supportant une petite vasque destinée à contenir l'eau Jusirale.
A Textrémité de Tarea, ou aire, sol du centre d'un édifice, podium isolé, élevé de 2 mètres, large de 72, long de 20, offrant un escalier de 13 marches, avec pallier de repos.
Au pied de cet escalier, premier autel de marbre blanc, destiné à recevoir les offrandes de fruits, de fleurs ou d'oiseaux; et, à la droite du podium, second autel, mais plus petit.
Ce podium est décoré de 5 colonnes sur chaque face. C'est là le" temple proprement dit.
La cella en occupe le fond, et, en avant, " tout l'espace qui règne permettait un magnifique développement aux pompes du culte. Cette celJa se compose d'un mur carré, haut de 2 mètres, avec panneaux dessinés par des oves et des filets, et un pilastre cannelé à chacun des angles de la face.
Un dé carré rempHt la cavité du fond, mais la statue, la statue de la déesse, gît sur le sol, indignement mutilée. Celait une œuvre d'art. ,
Pour pavé, mosaïques de marbres encadrées d'une grecque en mosaïque plus fine composée de petits cubes de toutes les couleurs.
Sous le portique, derrière le temple, logements des prêtres, et trois belles salles, dont la première a donné au musée dei Studi, de Naples, les portraits de Bacchus et de Silène.
Je ne puis vous faire connaître} ici toutes les rues de Pompéï, ni tous les édifices de chaque rue, ni les singularités des maisons qui composent ces rues. Ce qu'il m'est possible de faire, c'est de vous donner un aperçu général de la physionomie de cette ville antique, si curieuse à explorer.
Les rues sont généralement droites, mais fort peu larges, afin d'y être moins exposé aux rayons du soleil, si chaud dans ces contrées. On peut les franchir presque toutes en trois ou quatre enjambées. Elles sont pouvues de trottoirs en briques, en pouzzolane, en galets, en marbre même, en mosaïques, en asphalte ou en ciment, opus signinum, selon- les propriétaires des maisons riveraines, chargés de leur confection. Margines est le nom de ces trottoirs.
La partie du milieu de la rue, agger, est disposée en chaussée, pour récoulement des eaux. Un seul char peut circuler sur cet espace, qui leur est réservé. Le pavé se compose de polygones de lave si fortement joints ensemble qu'ils semblent rivés sur le sol à tout jamais. Ces pierres plates et irrégulières sont sillonnées par des ornières que Ton croirait faites par un char qui vient de passer, en laissant après lui le sillon argenté du fer de ses roues. De distance en distance en distance, on trouve des marches de pierre pour donner aux cavaliers la facilité de monter à cheval ou d'en descendre. Souvent on voit des trous aux bordures des trottoirs, surtout devant les boutiques. Ils sont destinés à, tenir attachés par la bride les chevaux de ceux qui s'arrêtaient en cet endroit.
Jadis, les maisons de Pompéï étaient couronnées de terrasses couvertes de fleurs, d'arbustes, de plantes grimpantes, etc., ce qui était d'un aspect fort pittoresque. On appelait solarium cette plate-forme, à cause de son exposition au soleil. Peu de fenêtres; les amnens dédaignaient la vue du dehors, où, du reste, ils passaient leur vie. Les fenêtres qui existent étaient garnies de bois et de vitres, car les vitres étaient connues : on en a trouvé des quantités dans la maison de Diomède et ailleurs. Aujourd'hui Pompéï n'a plus de toits, puisque les matières volcaniques les ont brûlés. On dirait une cité qui manque d'habitants, chaque maison étant béante et solitaire.
Ces habitations sont peu élevées ; deux étages au plus. Quelques-unes, très rares, en ont trois. Elles sont bâties sur le même plan. Boutiques au rez-de-chaussée, même chez les riches, qui y faisaient vendre le produit de leurs terres. Dans ces boutiques, on trouvait tout ce qui est nécessaire à la vie : boulangeries, épiceries, boucheries, pharmacies, vins, huiles, etc. On en voit beaucoup qu'on appelait thermopoles, véritables tavernes approvisionnées de boissons chaudes. Sur le comptoir en maçonnerie revêtue de marbre blanc, on distingue parfaitement l'empreinte laissée par les tasses, gobelets, amphores, etc. A ces taches qui ont sali le marbre, on juge que le miel entrait pour
beaucoup dans la composition des breuvages. Dans d'autres, on trouve le massif revêtu de marbre surmonté d'une tablette un peu plus élevée, pour j placer le foyer qui tenait les boissons constamment cliaudes. Dans l'ensemble, les boutiques étaient petites. Le marchand n'y recevait pas les chalands : ceux-ci restaient dans la rue . on leur passait par la fenêtre ou la porte ce qu'ils achetaient. Elles se fermaient pendant la nuit, avec des volets à coulisse dont on voit partout les rainures. Les moindres boutiques, à l'intérieur et môme à l'extérieur, ainsi que beaucoup de maisons, ont des mosaïques pour pavé, et sont décorées, sur. le stuc de leurs murailles, de fort jolies, de très fines peintures.
Au-dehors môme des maisons, il est beaucoup de ces peintures à fresque conviant le regard. Ainsi, un pharmacien couronnait sa porte d'un serpent dévorant une pomme de pin, consacrée à Esculape. Une tête de bœuf servait d'enseigne à un bouclier. Bacchus, assis sur son tonneau ou pressant une grappe de raisin dans sa patère, annonçait un vinarius ou marchand de vin.
SVAVIS VINARIA SITIT, ROGO VOS VALDE SITIAT!
Sufivîs, la marchande devins, a soif; je vous en conjure, qu'elle ait S'oifd^M point de boire tout son vin!... est-il gravé à la pointe sur le stuc des murs de la fameuse Basilique, par quelque loustic de l'époque.
Une chèvre désignait un marchand de lait, et un thermopole signalait sa demeure par un tableau représentant Ulysse repoussant les breuvages de Circé. Enfin, un enfant recevant le fouet de son pédagogue indiquait une classe d'adultes, mais n'attirait pas beaucoup d'écoliers sans doute.
On retrouve les traces et les peintures de toutes les choses que je dis, et d'autres que je ne puis dire, sur les façades des maisons de Pompéïa.
Aux fenêtres et au-dessus des portes, on faisait pendre des écriteaux annonçant les locations ; ou bien on les faisait inscrire sur les albums publics. Par exemple, 'près de l'amphithéâtre, sur l'album d'une grande maison, on lit :
A louer, dans les possessions de Julia Félix, fille de Sp..., du l*"" au 6 des ides d'août, pour cinq années consécutives, un bain, un venereum, 900 boutiques et échoppes, et pièces au premier étage.
Les raaisons ne sont pas numérotées, comme les nôtres, mais, à rentrée de beaucoup de demeures on lit encore, peint en rouge ou en noir, le nom du propriétaire ou du locataire : Salustius, — Pansa, — Cicero, etc. Les édifices publics eux-mêmes portaient les noms de ceux qui y demeuraient ou y avaient emploi.
En outre, presque partout, le long des maisons, on rencontre, soit dessinées, soit gravées à la pointe, des caricatures, des croquis, des vers, mille balivernes, œuvres des esclaves se vengeant ainsi de leurs maîtres, des voyous turlupinant les locataires, des gavroches, des soldats, des flâneurs, etc. Par exemple :
Oppi embolari, fur, furuncule.
Oppius, portefaix voleur, filou ! . . .
Labora, aselle, quomodo laboravi, et proderit tibi... Travaille, ànon, comme j'ai travaillé, et grand bien te fasse ! On voit quelquefois, deux serpents. C'est un emblème qui
exprime la défense de dans cet endroit, comme dit Perse :
Pinge duos angues : pueri, sacer est locus... Mettez là deux serpents : enfants, ce lieu... respectez-le! On trouve fort peu de rues qui ne soient ornées de fontaines. Elles étaient alimentées par des canaux en maçonnerie. Ces fontaines ne sont autre chose qu'une vasque carrée, dans laquelle tombait l'eau, par un petit conduit qui traverse un dé de pierre, ou sculpté, ou fruste, généralement offrant l'efiâgie d'un animal, ou un masque, ou. une tête de lion, etc.
Enfin on rencontre dans les rues de Pompéï des autels consacrés aux divinités des carrefours. Lares viales ou compitales. J'en trouve de tels près de la. Citerne publique, à l'embranchement des rues Domitienne et de Narcisse, derrière la Prison, ^tc.
L'une des maisons les plus intéressantes est la maison de M. Lucretiûs. Mais avant de vous y faire pénétrer, cher lecteur, je dois vous donner une idée générale des habitations de Pompéïa. En connaître une par le plan et la distribution, c'est. les connaître à peu près toutes.
Au-dehors, je l'ai dit, peu bu pas de fenêtres. Ce n'était pas pour les passants que Ton construisait, mais pour la jouissance de son intérieur et l'intimité de la famille.
Dans la muraille lisse et enduite de stuc de la façade, porte décorée de deux pilastres de marbre, ou simplement 'de péperin. Vestibulum ou prothyrum, c'est-à-dire étroit passage où, s'il û'est pas dans l'atrium, on trouve un petit autel sculpté. C'est le Lazarium, orné de statuettes, dieux lares, du foyer domestique.
Le vestibule franchi, on pénètre dans Vatrium, salle souvent ornée de colonnes peintes au minium au premier tiers à partir du sol, et sur trois côtés de laquelle se trouvent des portes de communication avec les chambres à coucher, cuhiculœ, et thalami si les lits sont placés dans des alcôves: -^ ; ' ,.- .
La première de ces chambres, à droite, est celle du portier, cella ostiarii, serviteur, ou plutôt esclave quelquefois enchaîné à son poste.
Des deux côtés de l'atrium, à son extrémité, si la maison est vaste, on voit deux petits abris réservés aux femmes, qui s'y tiennent de jour, et jouissent de là du va-et-vient du logis. - ■. A.U centre de. l'atrium, qui n'est couvert que dans son pourtour et a généralement des colonnes pour supporter cette portion de toit, ce qu'on nomme alœ, se trouve le cavœdium, pièce de gazon qui pousse sur le sol, arrosée par un petit réservoir contenant des poissons de couleur, et appelé impluvium, parce que c'est au-dessus de ce gazon et de son réservoir central que tombe la pluie, par le vide du toit désigné sous le nom de compluviu7n, et servant à donner l'air et le jour.
Dans un coin quelconque de l'atrium, le plus obscur, est placé un large coffre en bois épai^ et lourd, consolidé par des kmes de
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fer, et scellé sur le sol en mosaïque ou eu dalles de marbre qui était destiné à recevoir et à conserver sous bonne garde de clés et de Tesclave chargé de l'atrium, atriensis, l'argent du maître. Dans plusieurs maisons, on retrouve les débris de ces coffresforts, etj tout autour, éparses comme si on les avait emportées précipitamment, des pièces de monnaie, or, argent et bronze.
C'était sous le' pourtour couvert de l'atrium que le maître recevait ses clients, les visiteurs, et tous ceux auxquels on ne faisait pas l'honneur des penetralia, c'est-à-dire des autres pièces de la maison.
A droite et à gauche de l'atrium, enfin, près des retires des dames, on rencontre les fauces, long et, étroit corridor permettant aux esclaves de communiquer avec toutes les parties de la maison, sans passer jamais par les appartements.
En face du vestibule, à l'extrémité de l'atrium, sous des draperies de pourpre de Tyr, ou autres étoffes, apparaissait le tabîinum, pièce splendide où se conservaient les souvenirs de famille, les titres, les portraits, les papyrus, etc.
C'était à proprement parler un salon, et sur l'un des côtés do ce salon ouvrait le tricUnium, ou salle à manger, avec les lits sur lesquels se couchaient les anciens pour manger, en s'appuyant sur le coude. Ces lits, hidinia s'il y en avait deux de chaque côté de la table, tricHnia s'il y en avait trois, étaient d'ivoire, d'ébène, de bois de sandal, etc. Le ■ quatrième côté de la table restait libre pour le service. Des peintures ornaient les murailles du tablinum et du triclinium.
Sur l'autre côté du môme salon, se trouvait Je cabinet spécial du maître de la maison, œcus, pièce qu'il ornait avec soin, et dans laquelle il plaçait avec ordre ses bijoux, ses objets d'art, statuettes, pierres précieuses, papyrus, etc.
A la suite de ces trois pièces, venait le péristyle, entouré d'une colonnade peinte des plus vives couleurs, avec des fresques plus riches qu'ailleurs encore. C'était le lieu de réception des familiers.
Si la maison est petite, ce péristyle lui sert de limites; si elle
est grande, le milieu de ce portique est occupé par un jardin. J'ai retrouvé des vestiges de ces jardins dans plusieurs habitations : plates-bandes, vases de fleurs, treillages encore estampes sur les murs. L'air y arrivait par un compluvium plus ou moins vaste. Sous la colonnade, gynécée ou chambre des femmes; autre sdl(m àw. novi). àQ exedra ; salle à manger d'été, bains ou nymphœum, venereum ou boudoir; salle de jeu, aleatorium, et galerie de tableaux, pinacotheca.
A l'extrémité du péristyle, venait la CMcm« ou cuisine, avec ses peintures, son autel aux dieux du foyer, foculare; et les indispensables de la maison, en tout semblables aux lieux privés de nos maisons les moins confortables.
A côté de la cuisine, sortie dérobée, posticum, ouvrant d'ordinaire sur une ruelle et permettant d'éviter les importuns.
Enfin, au-delà du péristyle et de son jardinet, autre espace oblong, xysthus, dont le portique entoure le viridarium, autre jardin, mais plus étendu, et décoré de fontaines, de statues, etc.
Pour achever de vous donner une juste idée de ces maisons de Pompéï, je vous dirai que les peintures et les mosaïques qui font l'ornement de ces enfilades d'appartements sont généralement allusives à l'usage de la pièce à laquelle elles appartiennent. -
Je n'en finirais pas si je vous donnais le catalogue de toutes les peintures, si fines, si délicates, si gracieuses, que l'on retrouve dans cette ville morte.
J'achève en faisant observer que, dans ces maisons, le second étage et le troisième, quand il y en avait, n'offrent qu'une médiocre importance, attendu qu'ils étaient habités seulement par les esclaves.
Actuellement, pénétrons dans la maison de M. Lucretius, que -1847 vit rendre à la lumière. Ce qui lui fit donner le nom de Lucretius, est une peinture représentant une tablette de cire, avec tous les instruments employés pour écrire : style, écritoire, roseau, et enfin la lettre avec cette adresse : Lucretio. flam. Martis. decurioni Pompei.
Evidemment je ne puis entrer dans le détail de cette maison, mais je vous apprendrai qu'en outre d'une quantité de fort belles peintures, et d'autres médiocres, on trouve dans cette habitation, au lieu du xyste, un massif en forme de théâtre, hauL d'un mètre, sur lequel se dresse une fontaine. Cette fontaine, composée d'une niche en mosaïque et en coquillages, sert de fond à un délicieux petit 'Silène en marbre blanc, peint, dont l'outre noire jetait l'eau, laquelle retombait en cascatelle sur des degrés de marbre et arrivait à un bassin dont la margelle est entourée, ici et là, d'animaux, de figurines, et d'un Faune d'une grâce exquise.
Je vous signalerai aussi, sur la partie rouge d'un pilier, en montant l'escalier qui donne sur les fauces, un dessin fait à la pointe et représentant une série de lignes concentriques disposées en carré. Ce dessin, fait par quelque enfant mis en punition, a pour légende mal écrite : Lahyrinthus, hîc habitat Minotaurus...
Au pied de ce pilier, et sur l'escalier même, on trouva le squelette d'un homme. Dans le vestibule et les chambres, on retrouva aussi une foule d'objets d'art et de ménage : bagues, flacons, haches, couteaux, verres, candélabres, patères en bronze, amphores, dont l'une portait cette inscription : Liquamen optimum, ce qui veut dire délicieuse liqueur.
J'ai vu ensuite, dans la rue de la Fortune, la maison du Faune, découverte en 1820, et occupant à elle seule une île tout entière, ce que nous appelons un pâté de maisons. Cette habitation dut être celle d'un riche marchand de vins, ài en juger par la quantité d'amphores qu'on y trouva. Mais, en tout cas, son propriétaire était un homme de goût. En outre de la belle disposition de son palais, on rencontra d'abord, dans ces fouilles, un admirable petit Faune en bronze, de 78 centimètres de haut. Il court; son bras gauche est levé, son visage d'une expression charmante. Il était placé au centre du i)assin de l'impluvium.
Ensuite, on avisa une mosaïque, large de 5 mètres et demi, et haute de 3, en-dehors de la frise blanche qui l'entoure, trouvée
dans l'oxèdre, près du viridarium. Cette splendide mosaïque ofiFre la vue de 15 chevaux et de 26 guerriers, de grandeur naturelle. C'est la bataille d'Arbelles, dans laquelle Alexandre vainquit Darius. Cette mosaïque est la gloire des Studi de Naples, où je Tai vue, comme le Faune en est Torgueil. ^ Lustre composé de fils de bronze disposés en corbeilles et supportant des cristaux de roche, au centre desquels un lampadaire est suspendu à une chaîne, travail unique en son genre; bracelets plats, se tordant comme des couleuvres; autres bracelets à -figures de serpents; cassolettes; lit en ivoire; vases, anneaux, pierres gravées, etc., tel est le rapide catalogue des curiosités trouvées dans la maison du Faune.
A Fangle de la rue du Forum, temple de la Fortune, dédié à cette divinité par la famille de TuUius Cicéron, monument de l'aspect le plus romantique, sans area, péribole, et offrant, sur la rue même, un perron avec pulpitum, chargé d'un autel; puis pronaos formé de 4 colonnes corinthiennes, marbre blanc, sur la façade, et d'une colonuo avec pilastre en retour. Enfin, cella, niches, statues aux visages peints, aux cheveux teints de noir, aux yeux bleus, vêtues d^ toges de pourpre à lisérés d'or et de carmin.
A la suite de la rue de la Fortune, dans la rue des Thermes, thermes, découverts en 1824, derrière le temple de Jupiter.
Admirablement conservés, ces thermes vous présentent d'abord un atrium avec portique entourant l'impluvium, sorte de salle d'attente, et vous introduisent dans le spoUarium, où les baigneurs quittaient leurs vêtements. Ils entraient alors dans le frigidarium ou bains froids, Totonde à coupole couvrant Yalveus, piscine à margelles en gradins qui permettaient de s'asseoir'. De là, on passait dans le tepidaritim, salle aux bains tièdes richement décorée de cariatides, en relief peint, supportant des niches destinées au linge, et pavée de mosaïques. Là, on retrouve l'ancien foculare ou chauffoir, et les bancs qui l'entourent, en bronze, ornés de bucrânes et de pieds de sphynx, du plus beau travail antique, ayant ainsi traversé dix-huit siècles. Vient enfin
le caldarium, ou les étuves brûlantes, salle peu large, mais fort longue, voûtée en dos d'âne et terminée par un hémicycle ayant à son centre un bassin de marbre, surélevé d'un mètre, d'où jaillissait Feau chaude. La mosaïque repose sur un vide d'oii s'échappaient les vapeurs qui mettaient le baigneur en transpiration.
Je ne vous parle pas des thermes des femmes, assez pauvre construction qui accompagne les thermes, des hommes, et se trouve disposée sur un plan à peu près analogue.
En quittant les thermes, j'arrive à la rue Fortunata, dont la première maison à droite forme à elle seule une île entière : c'est la maison de Pansa. Elle est entourée de boutiques. Dans l'une d'elles, en regard d'une image profane, on voit en relief une croix latine. Est-ce le symbole de la religion du iGhrist, nouvelle alors? je ne saurais le dire.
Dans une autre de ces boutiques, on voit aussi trois moulins à moudre le blé, qui, à part leur volume considérable, ressemblent à nos moulins à café, en fer, tels que les emploient nos épiciers. On trouve également des chaudières encore placées sur des fours, et le pétrin du boulanger. Enfin, dans une dernière boutique, on exhuma quatre squelettes de femmes dont les oreilles avaient leurs boucles et les doigts leurs anneaux, décorés de pierres gravées. Autour de ces débris humains étaient épars quantité d'objets d'une remarquable beauté.
Cette maison de Pansa, l'une des plus considérables, après la maison de Diomède, mériterait que je vous la décrivisse. Mais!... contentez-vous donc de savoir que son propriétaire devait être fort riche, car on a trouvé dans les étages supérieurs, et dans le viridarium, où l'on voit avec surprise, encore dessinées, les plates-bandes du jardin, etc., on a trouvé, dis-je, un candélabre de bronze d'un mérite artistique supérieur, unique dans son genre, au moins jusqu'à présent, àPompéïa; plus, un charmant petit Bacchus, en bronze également, laissé dans une sorte de marmite et préparé pour être emporté ; et puis, des bracelets, des colliers, des chahies, des pendants d'oreilles, des fibules, des
Lollcs de cosmétiques et de parfums, des ciseaux, des étuis, des brosses, des strigiles, des cure-dents, tout Tarsenal de toilette des dames pompéiennes, qui avaient là leur gynécée.
Je me hâte de vous signaler, entre les portes d'Herculanum cl celle de Nola, du nord à l'est : . , '
La maison des Vestales, d'où furent exhumés les squelettes d'un homme et d'un chien, un croissant d'argent, des bijoux de fouîmes, quantité de châtaignes, de raisins, de figues, de dattes, et où l'on remarqua que l'habitation était en communication avec une autre maison placée sur une autre rue, la taverne de Phœbus, qui livra les corps d'un homme et de deux animaux.
La maison de Narcisse, où l'on reconnut une trousse de médecin, avec pommades,, charpie, etc.
La maison des Danseuses, ainsi nommée à cause des peintures de femmes livrées à une danse fort gracieuse, et maintenant connues du monde entier par la gravure.
La maison du Poète, où, avec plusieurs squelettes, on découvrit une corde tressée avec des fils d'or, des pendants d'oreilles en perles, des bracelets, des bagues dont l'une était enrichie d'un chaton creux muni d'une petite portière en cristal, etc., et des peintures qui, comme une foule d'autres, prouvent le culte d'ad- • miration que les anciens professaient pour Homère.
La maison aux Fontaines, près de l'une desquelles fontaines on avisa un candélabre en forme de tilleul, sous l'ombrage duquel s'arrête, en chancelant, un Faune ivre, après avoir vidé une outre aplatie qu'il tient encore sous son bras.
La maison des cinq Squelettes, dont les cinq cadavres retenaient encore dans leurs mains crispées les bijoux qu'ils voulaient emporter.
La pharmacie, où fut découvert un coffret de cuivre contenant les ingrédients pharmaceutiques du temps.
La boutique du forgeron, avec essieux, enclumes, marteaux, etc.
La maison de Sallusle, dont le nom est peint sur le mur, et
qui, à côté d'un vénéreum, montre deux chambres à coucher
dont les peintures sont d'une fraîcheur ravissante, et où l'on trouva des colonnettes de lits de bronze, une idole, un vase d'or, des monnaies, etc.
Mais nous voici à la porte d'Hercuîanum, au faubourg appelé Augusto-Félix. Arrêtons-nous, car deux grandes curiosités nous y attendent : la maison de Diomède et la rue des Tombeaux.
La maison de Diomède est unique dans son genre.
Placée en-dehors de l'enceinte des remparts, elle est située sur un point culminant dont la déclivité a permis de disposer des dépendances en terrasses. De .l'habitation proprement dite rien ne gène la vue, et l'on découvre la haute mer et le golfe de Naples, avec les deux bras qui l'enferment, à savoir les collines de Sorrente, au sud, et celles de Pausilippe, au nord, Naples entre les deux, et le Vésuve qui fume, dont cette maison est plus rapprochée que tout le reste.
On pénètre dans le palais de Diomède par un escalier et un vestibule. Immédiatement se présente alors un vase péristyle de quatorze colonnes doriques, enduites de stuc, et peintes au cinabre par le bas, tandis que le fût supérieur est blanc et cannelé.
Vous voyez alors un putéal double, avec margelles rouges, usées par le frottement des cordes, et des thermes réduits dans leur proportion, dont l'aménagement est on ne peut plus confortable.
Sous le péristyle, escalier conduisant au gynécée, qui occupe le premier étage, et, divergeant dans tous les sens, offre des pièces de toutes grandeurs, de toutes formes, diversement décorées : atrium, tablinum, triclinium d'hiver, œcus, et ceci, et cela.
Au fond de l'habitation, grand escalier descendant vers un immense, viridarium placé tout-à-fait en contre-bas, et autour duquel se déploie un vaste portique. Le centre est occupé par des bassins et une piscine. On trouve aux quatre angles de délicieux boudoirs certainement réservés aux femmes.
l^ulle maison n'eut autant à souffrir de l'éruption de 79, et, nulle part, excepté dans le temple de Junon, on ne découvrit autant de cadavres. D'abord, dans une première pièce, on avisa deux squelettes de femmes, couverts de riches bijoux, et ces squelettes demeuraient encore assis près d'une charmante petite table d'albâtre, devant laquelle elles déjeunaient à l'heure du cataclysme. Il faut croire que l'envahissement de la maison d'Arrius Diomède fut aussi prompt que l'éclair, puisque ces pauvres jeunes victimes n'eurent même pas le temps de quitter leurs sièges de bronze. Leur table ne bougea pas. Tout fut trouvé intact, même les œufs à la coque,- placés dans des coquetiers sur des assiettes en émail, avec des fourchettes à une seule pointe, etc. / '
Dans la cour, près du putéal, squelette d'homme côte à côle avec celui d'une brebis favorite ayant au cou son grelot de bronze. Près de la cuisine, à la droite de l'entrée, squelettes ayant près d'eux de magnifiques bijoux entassés dans un panier. Sous le portique le plus voisin de la mer, dans le viridarium, autres momies ayant aux bras des anneaux de bronze, et au doigt une bague d'argent, indiquant que ces infortunés faisaient partie des esclaves.
En face d'une porte ouvrant sur les champs, toujours dans le viridarium, squelette du propriétaire delà maison, à en juger par les deux clés marquetées d'argent qu'il tenait dans sa main crispée, et, près de lui, cadavre d'un esclave chargé de vases l'argent. En-dehors de cette porte, neuf autres cadavres étendus sur une aire à battre le blé et sur les sillons encore très distincts d'un champ labouré en 79. ■ •
Enfin, dans une galerie souterraine, dont une porte communiquait aussi avec la campagne, et à laquelle on arrive par un escalier qui se trouve à droite de la porte d'entrée, quand on exhuma cette maison d'Arrius Diomède, on se trouva en face de 17 cadavres de femmes et d'enfants, pressés les uns contre les autres, et arrêtés là, saisis par le torrent de boue et rendus immobiles par la mort, au moment où ils cherchaient à fuir. Oui, dix-
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se[)t momies dont les formes se sont incrustées dans leur linceul de terre et de cendres...
L^m de ces corps de femmes, enveloppé d*une cendre chaude, mouillée ensuite, a laissé soi^ empreinte dans ce moule. C'était celui d'une jeune fille. Elle avait au cou uii admirable collier d'or à chaînettes, de magnifiques pendants d'oreilles en forme d'orange coupée en deux. A l'intérieur du moule, j'ai reconnu les lambeaux adhérents d'une robe du plus beau tissu. Le bras dç cette jeune fille, que j'ai vu au Musée des Studi, à Naples, garde, incrusté dans sa chair desséchée, un délicieux bracelet formé de deux cornes d'abondance. '
Près de ces cadavres, ô dérision ! il y avait des provisions de bouche, de l'argent, des bijoux, des clés, un coffret, un peigne, cl un candélabre ravissant, merveilleux de beauté, en forme de pilastre supportant quatre petites lancipes à bec, en bronze, suspendues par des chaînôttes. Il faisait nuit, au moment où ces infortunés voulaient fuir, et cette lampe éclaira une bien cruelle agonie! Des cheveux blonds d'enfants, et des cheveux noirs, arrachés dans le désespoir, étaient là, mélangés avec les lapilli de
l'éniption
■ Dire toutes les richesses artistiques, et les curiosités, et les étonnantes merveilles' que l'on exhuma de la maison de Diomède, en 1763, est impossible. On les voit au Musée de Naples, et je les ai longuement contemplées. Mais, soit au musée, en face de ces reliques, soit dans la maison môme où eut lieu ce terrible drame, on est cruellement impressionné, et l'on dort fort triste et comme affolé.
De la maison de Diomède à la rue des Tombeaux, il n'y a qu'à descendre l'escalier par lequel noua sommes entrés dans la demeure du riche Pompéien.
La rue des Tombeaux ! Un cimetière, une ville morte échelonnée en droite ligne, comme dos soldats à la parade, le long de la route d'un faubourg, à la porte d'une ville florissante! Cela était, il y a 2000 ans, cela est aujourd'hui encore. Quel orgueil posthume chez les anciens ! Telle était la superbe des Romains
rque, en mourant, ils voulaient vivre encore, même après leur mort, de l'attention, de l'estime, du souvenir de leurs concitoyens. Ce n'était pas tout, pour un Romain, d'ôtre enterré, afin - ,' que son âme n'errât pas pendant cent ans sur les bords du Styx : il fallait être enterre agréablement. La mort païenne, plus co- <[uette que la mort chrétienne, ne se montrait pas aux peuples d'alors, sur leur lit d'agonie, comme un squelette décharné, au crâne nu, aux orbites vides, au sinistre ricanement. Non. C'était tout simplement une belle femme pâle, fille du Sommeil et de la Nuit, aux longs cheveux épars, aux mains blanches et froides.
Donc, si l'emplacement qu'il devait occuper pendant sa vie • ' semblait au Romain digne d'une sérieuse attention, jugez quel zèle bien plus grand il apportait au choix du plan, du site plus DU moins agréable qu'il devait habiter pendant l'éternité. Or, comme il aimait le mouvement, l'agitation, le bruit, la foule, c'était sur le bord des routes, à l'entrée des villes, que le curieux trépassé se faisait clore en tombe noire. Aussi, sur presque tous les tombeaux lit-on ces lettres : V. F., ou bien v. S. P., ou encore V. F. G., ce qui veut dire : Vivus fecit, vivus sibi posuit, vivus faciendum curavit! C'est de son vivant que ce tombeau fut construit; c'est par ses ordres, lui vivant, que ce tombeau a été fait; il a pris soin d'ériger ce tombeau de son vivant...
La mort m'accompagne partout, à Pompéïa; au-dehors, la mort me suit encore. A deux pas de la maison d'Arrius Diomède, à la porte d'Herculanum, sous une sorte de guérite, on me montre l'endroit où l'on trouva le squelette de la sentinelle qui mourut là, fidèle à son poste, dans l'éruption de 79. Sa tête, conservée à Naples, au Musée des Studi, est encore coiffée du casque dont le malheureux soldat se couvrit, il y a dix-huit siècles, et qui l'entendit rendre son dernier soupir. Je n'ai pu contempler cette tête de Poinpéïen sans une vive émotion*.
Cette rue des Tombeaux, ce cimetière de Pompéïa, rappelle l'une ou l'autre de nos somptueuses allées monumentales du Père- Lachaise, mais la croix du salut manque à ces demeures fané-
hres. Elle est immensément longue l'aveime sépulcrale de Pompéï. Combien de Pompéiens reposent dans cette nécropole ! Hélas ! au moins n'ont-ils pas eu à endurer les tortures du drame du Vésuve ! Beaucoup de ces tombeaux rendus au jour, de 1677 à 1770, et de 1812 à 1814, sont demeurés intacts. C'est donc là que dorment, sans que leur sommeil ait été interrompu, ni par les fureurs du volcan ni par le brait des pioches des travailleurs, des générations de Gampaniens de toutes les classes. Pourtant il est un tambour dans lequel on avisa un vase bleu décoré de pampres et de figurines bachiques en reliefs blancs, qui, dit-on, n'a pas de rival au monde. Il est aux Studi, où on l'admire.
Vstriiium, lieu servant de bûcher pour brûler les corps ; tombeaux ronds en forme de môles ; tombeaux en hémicycles, sorte de cella abritant les vivants venus pour rêver près des morts ; tombeaux carres en manière de tours ; tombeaux disposés en enceintes sacrées ; triclinium funèbre destiné à faire des libations; cippes funéraires; chambres sépulcrales: niches renfermant des urnes ; columbaria percés de trous pour recevoir les cendres ; sacella avec bisellium d'honneur ; pyramides et colonnettes ; bancs circulaires ; bas-reliefs maritimes ; bas-reliefs représentant des gladiateurs ; allégorie de la mort sous forme d'un vaisseau rentrant au port et reployant ses voiles; tout est là, dans cette rue des Tombeaux ! Peu importe que le défunt s'appelle Mammia, la prêtresse; ou M. Véïus, fils de Marcus, le décemvir; ou Restitutus, Vaugustal; ou Arrius Diomède, affranchi de Julie, maître du faubourg Augusto-Félix, le riche propriétaire dont en dernier lieu je vous ai signalé la sxjlcndidc demeure ; ou Nœvole'ïa-Tyché ; ou Scatcrus, le de'cmion, etc. etc. ; pleurez sur eux, passant, touriste et voyageur, car nul ne vient plus, près de ces tombes, célébrer les feralia et les remuralia, pour honorer la mémoire de ceux qui ne sont plus, et dont les vents de la tempête ont emporté les cendres...
Promenades à travers Pompéïa. — Chance fortunée. — Où l'on assiste aayfouilles. — Exhumation de cadavres et de bijoux. — Philosophe rendu à la lumière. — Découverte du temple de Junon. >— Fureurs implacables du volcan. — 300 victimes surprises au pied des autels. ■— Grande prêtresse de Junon. — Richesse de son costume. — Encensoir d'or. — Admirable statue de la déesse. — Trépied d'or. — Maison, d'un lapidaire. — Objets d'art merveilleux. — Coffre précieux. — Bulle d'or. — Miroir de Préneste. — Vestige du christianisme. —Une croix du Sauveur. — Découverte unique de papyrus. — Herculanum, ville savante. — Pompéïa, ville sans littérature. — Vase de bronze renfermant de l'eau depuis 18 siècles. — Statuette d'un Silène. — Puits dans un souterrain. —Vénus en marbre colorié. — Utilité des fouilles.
— Impressions en présence de ces richesses englouties et témoignant du vanitas vanitatum. — Les leçons de vie antique. — Une histoire racontée par Berzélius. — Maison de Héro et Léandre. — Maison de Ganymède. — Maison des Colombes. — Maison de la reine d'Angleterre, etc. — Le Forum triangulaire. — Plusieurs prêtres d'Isis écrasés par la chute de colonnes. -- Quartier des soldats. — Colonnes rouges e-i bleues. — Découvertes. — Grand théâtre tragique. — Plan d'un théâtre antique.— Odéon. — Amphithéâtre et ses scènes. — Temple d'Isis. — Façon commode de rendre des oracles. — Secrets dévoilés. — Maison des prêtres d'Isis. — Ce que l'on trouve dans leur cuisine. Un prêtre se frayant un chemin à travers les murs. — Remparts de Pompéï.
— Huit portes. — ViaPopidiana. — Via Domitiana. — Faubourg Augusto- Félix. — Mansio ou auberge d'Albinus. — Ce que l'on trouve dans les écuries.
— Où l'on entasse toutes les curiosités trouvées à Herculanum et à Pompéïa.
— Le Museo Borionico ou Museo dcgli Si%di, Musée des Etudes.
Depuis huit jours déjà, j'errais sans fin, comme une âme en peine sur les bords du Slyx, dans toutes les rues, à travers les carrefours, au milieu des temples, des thermes, des théâtres, etc., de Pompéï, et plus j'étudiais cette ville étrange, ce magnifique lambeau de rantiquité, plus je désirais encore revoir et élu-
dier de nouveau, lorsque, un matin, la fortune la plus enviable me fut donnée.
J'arrivais près du. Vico storto, un quartier des plus interlopes de Pompéïa, et on en voit la preuve, lorsque j'aperçus un groupe de vingt à vingt-cinq ouvriers, conduits par un chef et entourés de quelques personnages mystérieux qui, s'approchant d'un talus encore intact, se mirent à déblayer avec la précaution la plus minutieuse. L'occasion est chauve, je la saisis par les ailes. D'abord on me regarda de travers : mais bientôt, à ma mine fran- ^ çaise, les yeux s'adoucirent, les visages s'épanouirent peu à peu,et, enfin, la bouche même du chef des travailleurs s'ouvrit... pour m'engager à m'approchcr davantage, si tel était mon bon plaisir. Je ne me le fis pas dire deux fois.
Un mur se présente bientôt sous la pioche des ouvriers. On en suit la ligne et on atteint la baie d'une porte.
Tout d'abord on exhume deux cadavres, dont l'un est d'une femme. A son cou est adhérent, d'un côté, l'un des plus jolis colliers d'or que j'aie vus. Figurez-vous toute une longue rangée de perles attachées par la pointe, à l'aide de deux mailles d'or, à une sorte de gourmette plate du plus beau travaiL En outre, de riches bracelets ctreignent encore les bras décharnés et des bagues les doigts de l'infortunée Pompéienne! Nous sommes tous fyrt émus ! Il y a 1828 ans que ce cadavre est ainsi réduit à l'immobilité de la mort. -
Dans le voisinage.de l'autre squelette, sous ses bras, et entre ses mains, nous voyons, serrés et collés, des vases en argent de la plus belle forme grecque, de petites urnes en bronze cerclées d'or, etc. Il est évident que ces malheureux cherchaient à se sauver (juand la mort les surprit.
A la reprise des fouilles, interrompues pendant deux heures, un peu sur la droite des récentes découvertes, je suis encore présent lorsque, dans le vestibule d'une maison d'assez chétive apparence, on trouve deux autres squelettes, dont l'un est incontestablement d'une femme. Il a au bras droit un bracelet en or
massif d'une forme inusitée, composé de grqs. anneaux soudés l'un à l'autre et fermés par deux fils aussi en or.
Dans le jardin de la même maison, on exhume ensuite une statuette assise, haute de 66 centimètres, d'un modèle peu ordi- • naire. Elle est en terre cuite, mais d'un style indécis. Le type de la. tête rappelle celui de Jupiter. Elle est revêtue d'une tunique r avec des manches courtes qui ne couvrent que la partie supérieure du bras. Les mains et les jambes sont croisées. Un manteau descend des épaules et enveloppe les jambes. Elle tient dans sa main droite un papyrus. C'est un philosophe.
On fait ensuite une découverte encore plus importante et, ^ui restera peut-être la plus belle de toute la saison.
Il s'agit du temple de Junon. Certes, il prend du temps pour être rendu à la lumière; mais je ne quitte pas les travaux et ne perds pas une minute du regard les intelligents travailleurs. Combien de drames palpitants, hélas ! Partout se présente la mort violente avec ses tortures suprêmes, partout la mort qui souffre et se débat, prise sur le fait après 18 siècles !•
On ne rencontre pas moins de 300 cadavres, dans ce temple de Junon ! Ces infortunés Pompéiens, surpris par le volcan et la mort qui les menacent, ont leurs croyances; ils accourent à leurs temples et s'adressent à leurs dieux. Et nous, nous Français, dans nos calamités, à qui avons-nous recours ? Qui prions-nous de nous secourir?... Oui, 300 squelettes, 300 momies sont là, sous mes yeux, et j'en frissonne : mais je ne déserte pas mon poste, heureux de tout connaître ! A mesure qu'ils apparaissent au jours, ces squelettes, qui sont des habitants du quartier de ce temps-là, venus tout exprès pour assister au sacrifice de supplication offert à la reine des dieux, ces squelettes, dis-je, tombent en poussière. L'un d'eux, que l'on c-roit être celui de la grande prêtresse,' à en juger par les riches bijoux dont elle est couverte, tient encore, attaché à son bras par un anneau d'or, magnifiquement ciselé, un encensoir de même métal, rempli de parfums calcinés. . y^ Cet encensoir a la forme de ceux dont on se sert dans les ce-
rémonies de notre culte catholique : il est d'un travail merveilleux, et l'artiste l'a émaillé des pierres précieuses les plus rares. La statue de la déesse est une des plus admirables choses que l'on ait encore trouvées dans ces villes englouties par le volcan. Ses yeux sont en émail; elle porte aux bras, aux cjîévilles et au cou des bijoux et des bracelets en pierres précieuses taillées avec un grand fini et d'une forme charmante. Le paon placé à ses côtés est également presque tout en entier couvert de pierres précieuses.
Le trépied qui se trouvait devant l'autel est tout en or, travaillé avec autant d'art que l'encensoir tenu par la grande prêtresse.
Il y avait encore dans ce temple des lampes en bronze, en fer, en argent et en or, ciselées admirablement. Des branches de feuillages, des tiges de vigne, entremêlées de fleurs et de fruits, ravissants de formes, les décorent. Tout le tour de l'autel est pavé en mosaïques aussi belles que bien conservées, et le reste du temple l'est en petits triangles d'agathe blanche et de purpurine. L'endroit seul oii se faisaient les sacrifices est dallé de marbre. Tous les instruments dont on se servait en cette occasion se trouvent encore sur la table de bronze, et les vases sacrés sont remplis d^une matière rougeâtre qui ne peut être que du sang.
Croyez- vous qu'il soit indifférent pour l'histoire, pour la plus élémentaire curiosité humaine, de connaître, et surtout de voir ces objets et ces détails ethnologiques? Que vous en semble, cher lecteur ?
Dans d'autres fouilles on trouvait un cofifre-fort, garni de lames de fer, orné de feuillages et de bas-reliefs en bronze, et qui ne manque pas d'une certaine analogie avec les cojBFres-forts employés aujourd'hui dans nos administrations publiques.
Ce coffre de Pompéï consiste en une caisse oblongue d'un mètre de long sur cinquante centimètres de hauteur et de profondeur. Il n'a pas de serrure, mais se ferme à l'aide d'un engin assez simple, comparable à nos sarrasines. Seulement, il est jiro-
bable, et c'est là une des curiosités de la pièce, que sous les figures de génies offrant des types charmants, une expression souriante et les décorations à têtes de femmes, travaillées dans le goût des plus belles médailles de la bonne époque, ainsi que des guirlandes de lierre et des faces de chien, symboles incontestables de la vigilance et de la fidélité, armes parlantes bien propres à figurer sur un coffre-fort; il est probable, disons-nous, qu'il se trouvait, habilement cachées, des chevilles connues du maître seul. - ;
C'est dans une maison de peu d'apparence, située sur la voie de Stables, c'est-à-dire au sud de la ville, du côté de Gastellamare, que l'on a trouvé ce coffre absolument vide, ce qui n'est pas étonnant, attendu l'enlèvement de tous leurs objets précieux, par les Pompéiens effrayés et mis en fuite. .
Près de là, dans une petite caisse à peu près réduite en poussière parce qu'elle était en bois tendre, on a rencontré une de ces bulles d'or que les enfants riches de Rome portaieut au cou jusqu'à la seizième année, moment où ils quittaient le prétexte pour prendre la toge virile. C'est ainsi que l'on voit au musée de Naples une statue de Néron jeune, en marbre, oii le futur empereur est représenté avec le prétexte et la bulle d'or, toute semblable à celle qui vient d'être trouvée à Pompéï.
Il y avait là encore d'autres objets précieux, notamment cinq anneaux d'or, une épingle semblable à celles que l'on (;mploie de nos jours pour les cravates, un bracelet brisé, des boucles d'oreilles d'un modèle tout-à-fait nouveau dans l'inventaire des trouvailles antiques, et assez semblables à celles que les paysannes des environs de Naples désignent sous le nom de rosettes. Ce sont des disques en filet, dans chaque maille desquels est passée une petite émeraude, percée comme une perle. Les deux boucles d'oreilles contiennent 42 émeraudes. ' /. ; '
Enfin, la môme maison, qu'on a fini par regarder copime la boutique d'un lapidaire, a fourni plusieurs autres émeraudes, des pierres gravées, des cuillers d'argent de diverses dimensions, et une grande améthyste d'une fort belle eau.
Plus fraîchement encore, on mettait la main, à Pompéï, sur (les vestiges du christianisme.
Dans la maison de l'édile Pansa, rue de la Fortune, on aperçut, contre la muraille, une croix ciselée, mais non terminée, avec des inscriptions injurieuses et des caricatures à l'adresse d'un • Dieu crucifié l
Quelque temps après, on mettait la main sur un papyrus dont les caractères sont parfaitement conservés. C'était là une très importante découverte, car ce fut la première. fois qu'on exhumait un papyrus des fouilles pompéiennes. Gela.se conçoit : •Pompéïa était une- ville de commerce et d'industrie, mais sans littérature aucune. On n'y a pas môme rencontré un seul scrinium, c'est-à-dire corps de bibliothèque. En fait de lettres, Pompéïa se borne à des caractcros alphabétiques tracés à la pointe jiar des écoliers pompéïens.
Herculanum, au contraire, était une ville savante. Ce qui le démontre c'est que, tout récemment, on était arrivé au 1,756" manuscrit sur papyrus, retiré des maisons envahies par la lave qui a englouti cette ville. Les procédés employés par un certain, abbé pour dérouler ces manuscrits brûlés, les mettre à plat et les déchiffrer, pour ensuite les copier, témoignent d'une aussi grande patience que ceux d'où résultent les palimpsestes.
Pompéï a été engloutie et détruite par les boues brûlantes du volcan, elle : aussi ce que l'on trouve dans la pouzzolane qui l'enveloppe est-il plus facile à extraire.
Ainsi, un soir, au moment où je quittais cette ville morte, je me trouvai au milieu d'ouvriers qui venaient de découvrir un vase de bronze hermétiquement fermé et enveloppé d'une patine épaisse et cristaliisée. Cette croûte brisée et le couvercle du vase levé, nous vîmes que le récipient en question contenait une quantité d'eau considérable. Aucune marque d'oxydation ne paraissait sur le bronze à l'intérieur. Quelques témoins de la découverte se risquèrent à boire de cette eau, et on la trouva d'une limpidité, d'une fraîcheur et d'une suavité rares. Or, cette eau était
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ainsi conservée depuis 1,800 ans. Dans la lave, elle eût'été absorbée par la chaleur. - , .
Un fait semblable se pi-oduisait le lendemain.. • - " '': - Dans une maison, au centre d'un souterrain, on découvrit un puits avec bain, et un petit autel sur lequel se trouvaient encore les restes de pommes de pin brûlées en l'honneur des dieux do- ^ mestiques. Or, jusqu'à présent on n'avait pas encore rencontré de puils contenant de l'eau, parce que l'eau avait été absorbée par le temps et les déchirures volcaniques du sol. Dans ce puits, profond de 25 mètres 20 centimètres, on trouva une excellente eau -potable, fournie par un courant inférieur limpide et abondant, . qui fut analysée par M. le professeur de Luca.
Sous les décombres d'un mur de la même maison, on enleva à ; la pouzzolane ou boue desséchée une charmante statuette, fort : précieuse, 20 centimètres de hauteur, représentant un Silètie qui tient dans sa main gauche, élevée, un serpent, lequel porte un vase de verre d'un travail exquis. Cette statuette rappelle le Fauiie dansant. Deux élégants candélabres et deux énormes vases d'argent se trouvaient là aussi.
Mais la belle trouvaille de cette période est celle d'une Véniis en marbre peint, de 1 mètre, à laquelle il manque seulement . deux doigts dô la main, et qui gisait dans un petit édicule au fond d'unjardin. '• - ^; : ''/■...'■;'
Les fouilles d'Herculanùm et de Pompéïa ont (îonné nombre de statues de marbre peintes. Mais les couleurs se sont effacées. Cette gracieuse statuette a les cheveux jaunes; les bords des paupières et des sourcils sont noirs. La chlamyde qui, du bras gauche en passant derrière les épaules, descend sur les jambes, est aussi peinte en jaune, au-dehors. Les plis intérieurs gardent quelque trace de bleu et de rouge aux bords. Le bras gauche, dont la main tient la pomme de Paris, est appuyé sur une statue plus petite, dont les vêtements sont coloriés en jaune, en vert et en noir, tandis que les chairs sont blanches.
Or, ces trouv^ailles, à Pompéï, et bien d'autres qui ont lieu, chaque jour, dans les contrées rendues célèbres par l'antiquité.
sont-elles donc sans intérêt pour les études des clioses de l'humanité? Je ne le crois pas. Je pense, au contraire, que ce sont ces jalons placés sur le grand chemin de la vie, par les hommes en voyage pour l'éternité, afin de renseigner leurs frères les pèlerins qui s'avancent, à leur suite, sur les mêmes sentiers parcourus par toutes les nations.
Ainsi donc, par les impressions que j'ai subies et que je vous communique, ami lecteur, vous pouvez dire, comme moi, que rien n'égale la surprise et l'émotion qu'éprouve le touriste en présence de ruines, de tombeaux, d'objets de tout âge et de toute forme appartenant à l'antiquité, illustrés par des personnages fameux et encore empreints de cette patine du vieux temps qui cache à peine les stygmates de la vieillesse et ne dissimule pas l'empreinte de la main des artistes d'autrefois, encore tracée sur ces débris.
Une cité antique, enfouie sous les laves et les scories du Vésuve depuis 2^000 ans, -et se remontrant tout-à-coup telle qu'elle était jadis, jeune et fraîche, avec ses rues, ses carrefours, ses îlots de maisons, ses forums, ses places, ses fontaines, ses remparts, ses théâtres, ses thermes, ses temples, ses... j'allais dire : ses habitants! c'est là, convenez-en, une curiosité s'il en fut jamais!...
Gomme le dit le poète : « Pompéï, ce microcosme où les dieux semblaient prendre plaisir à refléter la grande représentation du monde d'autrefois, et qu'ils se plurent à soustraire à l'action du temps, » ï^ompéï était là devant moi, en 1868, Pompéï est là maintenant et désormais, en présence du premier touriste qui désire connaître et étudier l'antiquité.
Pour peu que vous cherchiez dans la poussière, qui sait même si vous ne trouverez pas quelque chose ?
J'ai bien trouvé, moi, un miroir antique qui provenait certainement de Préneste, actuellement Paleslrina, où l'on avait la spécialité de fabriquer, pour les dames, de très élégantes boîtes de toilette munies de tous les instruments et ustensiles nécessaires et utiles, onguents, cosmétiques, parfums, pommades, ci-
seaux, strigillcs, et notamment miroirs, objet de première obligation. Préneste envoyait de ces boîtes dans le monde entier, monde romain fashionnable, bien entendu.
Les anciens dépensaient des sommes fabuleuses pour orner leurs objets de toilette, et tel miroir encadré d'or ciselé, rehaussé de perles et de pierres précieuses, représentait parfois la dot d'une fille de famille.
Le miroir que j'eus la chance heureuse de faire sortir des ruines d'un petit édicule, au fond d'un viridarium de la rue d'Oplonte, a la forme circulaire. Ce qui en fait une rareté précieuse, c'est qu'il a des inscriptions latines.
Les miroirs avec inscriptions étrusques sont assez nombreux, paraît-il, mais on ne connaît que sept à huit spécimens de ceux qui possèdent des inscriptions latines remontant à deux ou trois siècles avant notre ère. Le mien est en outre décoré de trois figures formant un sujet singulier dans lequel on reconnaîtrait l'histoire de Télèphe en Aulide, s'il n'y avait aucune inscription. Mais tous ces personnages portent des noms inconnus dans les , récits de la mythologie.
Je dis mo7i miroir, car vous comprenez bien que je ne me vantai pas d'avoir trouvé cet objet de toilette qui fît sans doute les délices de quelques Pompéiennes, et je l'ai gardé sans aucun scrupule, comme un souvenir de mon voyage.
Vous le voyez donc : le décor est tout installé, il. a la fraîcheur d'une toile qui sort des mains du peintre. Les accessoires sont en place, on n'attend plus que les personnages.
En regard d'un tel tableau, on rêve, on retrouve, on apprend la vie antique, reprise à son point d'interruption. Par la pensée, on redonne le mouvement et la vie à ces maisons qui semblent encore tièdes de la présence humaine. On repeuple ces portiques et ces places publiques : on réentend leurs rumeurs quotidiennes. Le bruit des chars et les clameurs vibrantes des gladiateurs s'échappent du milieu des amphithéâtres. On reconstruit ces soupers classiques, où le vin de Chio, rafraîchi par la neige, « faisait l'effet d'un non dans la bouche d'une Pompéienne; »
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on rétablit ces longues promenades le long des rives du Sarc, sous les ombrages de ces arbustes taillés en faunes et en satyres, et qui représentent parfois, en lettres, les noms de quelque citoyen populaire. Les robes de pourpre se marient aux tuniques de gaze brodées d'or ou d'argent.
De cette verdoyante éminence, on distingue « cette mer qui semble avoir renoncé au privilège d'inspirer de la terreur, tant les vents qui soufflent sur le golfe de Naples ont de douceur, tant sont brillantes et voilées les nuances qu'il emprunte aux nuages de rose, tant les parfums que la terre apporte à ses profondeurs ont quelque chose de pénétrant et de suave. On comprend que Vénus-Aphrodite soit sortie de ces flots charmants pour s'emparer de l'empire du monde. »
Le fait est que les délices de la molle Gampanie vous pénètrent, commcî au temps de Virgile et d'Horace. On remonte volontiers le cours des âges, en ayant le souvenir en poupe, et l'on respire presque, à travers dix-neuf siècles, le parfum des roses de Pœstum.
L'illusion est si grande, si vive, si présente, si persistante, qu'on oublie involontairement ces dix-neuf siècles, et les choses qui séparent de la population disparue de ces villes éteintes. On se dit qu'il faut se hâter de jouir de la solitude momentanée de la cité, car ses habitants vont reparaître d'un instant à l'autre.
Aussi quel artiste, quel poète, quel philosophe ne serait inspiré, à Pompéïa, à Herculanum, à Stabies?... Le paysage splendide, le ciel bleu, les horizons si purs, tout vous reporte vers l'antiquité, et l'on est étonné d'être acteur sur une scène dont les péripéties se déroulent dans les profondeurs des âges.
Bcrzélius, dans ses jours de gaîté, aimait à raconter l'histoire fantastique d'un paysan, âgé d'environ 40 ans, qu'on trouva enseveli sous la*neige. Or, d'après certains savants, seule, la congélation de la moelle allongée accuse la mort en détruisant le centre respiratoire. La moelle du paysan n'était peut-être pas arrivée à cet état de congélation, et pourtant ses vêtements semblaient appartenir à une époque reculée. Donc, comme le cada-
vre restait intact, sauf une excessive rigidité, on employa toutes sortes dô moyens pour le dégeler et rendre de la souplesse à ses membres. Eu conséquence, avant de le disséquer, on le plaça dans un amphithéâtre chauffé par une douce température, et on le frictionna graduellemont avec des alcooliques. A la grande surprise de tous les spectateurs, on le vit enfin ouvrir les yeux, soupirer, se mettre sur son séant, et bientôt renaître complètement à la vie.
De tout cela je laisse à Berzélius la responsabilité ; mais, d'après lui, ce singulier ressuscité calcula, d'après la date où l'on était, qu'il gisait . depuis 67 ans sous la neige, dans un abîme profond où l'avait entraîné une violente bourrasque. Notre paysan vécut encore 20 ans, entreprenant de longs voyages à pied et gagnant sa vie... à raconter sa mort et sa résurrection.
On pourrait presque dire que telle est l'histoire de Pompéïa !
Je passe sous silence la maison de Héro et de Le'andre, celles de Ganymède, de lo. reine d'Angleterre , des Colombes, de François II, et de bien d'autres, qui ont toutes leurs curiosités spéciales : mais, une fois encore, je suis ol)ligé d'aller au plus court.
Arrêtons-nous cependant (m face du Forum triangulaire.
Outre leur Forum-Civile, lieu de réunion, de causeries politiques, etc., les anciens avaient beaucoup d'autres Forums : Forum, argentarium, pour la vente des métaux ; Forum olitorium, pour le commerce des huiles ; Forum boarium, pour l'exposition des bœufs ; Forum suarium, pour l'achat des porcs ; Forum piscatorium, pour la criée du poisson ; Forum cupedinis, pour les friandises.
Mais le Forum triangulaire de Pompéï n'entre pas dans cette catégorie, car les anciens avaient aussi des Forums, avec portiques, dans le voisinage des grands centres d'assemblées, comme les théâtres, par exemple, afin de s'y réfugier en cas de pluie, etc. Ce Forum triangulaire avait été construit dans ce but. Il est placé sur l'uu des points culminants de la ville, et de sa plateforme on jouissait de magnifiques perspectives sur la mer et ses rivages, mais en outre il dominait TOdéon, le Grand-Théâtre, le
Quartier des soldats, avec lequel un large escalier le met en communication, etc. Le Forum triangulaire, ainsi que son nom l'indique, a la forme d'un immense triangle, et ses portiques composaient un hécaton&tylon, c'est-à-dire nn monument de cent colonnes d'ordre dorique. Au centre s'élève un très ancien temple grec. On y trouve aussi un édifice microscopique appelé Bidental, destiné à l'immolation des brebis de deux ans, hidens.
Une des colonnes du Forum est tombée sous la violence du volcan. Dans sa chute, elle écrasa plusieurs prêtres d'Isis, dont l'un avait à la jambe un anneau de bronze passé dans un autre anneau d'argent, plus petit, et 197 pièces de monnaie, une lance gravée et des vases d'argent, un sistre, un sceau décoré de basreliefs représentant des cérémonies isiaques, et les parures de la déesse égyptienne que ces prêtres emportaient.
Le Quariier des soldats, qui est voisin du Forum, à l'est de la ville, est un immense parallélogramme de bâtiments à deux étages, avec 78 colonnes, peintes en rouge, moins les 4 centrales qui sont bleues, et devaient servir de point de repère pour les exercices militaires. Au premier étage, 63 cadavres, et dans les prisons de la caserne beaucoup d'autres momies attachées par le pied à une barre de fer, d'une part;" de l'autre, des harnais de cavalerie, des casques, des cuirasses, des bottines de bronze appelées cnémides ; mille inscriptions écrites à la pointe par la soldatesque, des caricatures partout; une seule cuisine, mais très vaste pour une aussi grande construction, etc., tout démontre que cet édifice était bien réellement un quartier de soldats.
Un théâtre antique que j'ai vu à Fiesole, près de Florence, et un autre que j'ai visité à Vérone, ne sont que des fragments sans valeur, auprès du grand Théâtre tragique de Pompéïa.
En y arrivant par le monticule que couronne le Forum triangulaire, on pénètre dans ce grand théâtre par une porte ouvrant sur la seconde prœcinction. Aussi, de ce point élevé, le touriste, surpris, embrasse incontinent toutes les parties de l'édifice d'un seul coup d'œil. Or, comme la scène de ce théâtre a pour toile de fond la façade architecturale en marbre d'un véritable palais.
avec trois bel! es portes,* dont celle du milieu n'est séparée des deux autres que par de superbes colonnes et des niches ornées des statues de Néron et d'Agrippine, c'est à se figurer que l'on arrive des premiers pour assister à une représentation, et que ce vaste fer à cheval de gradins va peu à peu se garnir de curieux disposés à jouir du jeu dos acteurs.
L'imprévu de cet aspect du grand Théâtre est saisissant. Du reste, voici le plan de ce théâtre antique, et de tous les théâtres anciens :
Du haut du dernier étage, en promenant le regard jusqu'au fond du théâtre, on voit s'arrondir à ses pieds un immense fer à cheval de gradins en retraite les uns sur les autres, c'est-à-dire un peu plus qu'un hémicycle, forme attribuée d'ordinaire aux théâtres des anciens.
Trois étages ou prœcinctmis de gradins, au nombre de 29, les composent et se partagent ainsi :
Etage supérieur, ou summa cavea, quatre gradins;
Etage du milieu, ou média cavea, vingt gradins ;
Imacavea^ ou étage inférieur,, cinq gradins.
Ces trois prœcinctions sont coupées perpendiculairement par cinq escaliers, scalœ, destinés à faciliter les communications.
Les escaliers forment ainsi cinq divisions angulaires, de bas en haut, des trois étages ou prœcinctions, et ces divisions, à raison de leur disposition angulaire, se nomment cunœi.
Cinq mille spectateurs se placent facilement sur ces gradins.
Aux deux extrémités de cet hémic^^cle allongé en fer à cheval, restent, dans toute la hauteur des trois étages, deux portions de gradins qui ne sont pas angulaires. On les livre au public, moins Yima cavea ou prœcinction du rez-de-chaussée, qui est disposée, des deux côtés, en loges réservées, en forme de podiums sur lesquels on plaçait des sièges d'honneur, témoin les restes de chaises curules trouvés sur le podium de droite, lors de l'exhumation du théâtre, en 1794.
Au centre de la cavea média, au second étage, sur le premier degré, on voit des vestiges de lettres de bronze encastrées sur
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le marbre d'un espace libre, et comme ces lettres composent le nom Holconiiis, on pense que c'est un honneur rendu à un citoyen bienfaisant pour la ville. Les Pompéiens lui avaient placé en cet endroit un bisellium, c'est-à-dire un siège large, en bronze, tel qu'on le voit aux Studi.
L'ima cavea du centre, ayant des gradins plus espacés et plus commodes, était réservé aux magistrats, édiles, etc.
Dans le parterre, formé par le cercle de l'ima cavea jusqu'au mur de la scène, et autour d'un autel très bas destiné aux libations en l'honneur des dieux, usage grec conservé à Pompéïa, colonie grecque, était rangé en ordre l'orchestre, dans lequel on ne comptait guère que des joueurs de flûte, dont les instruments réglaient la voix des acteurs et accompagnaient les chœurs, tout en exécutant des mélodies pendant la venue des spectateurs ou le repos des artistes.
S'élève ensuite, hoTizoniolement, le proscenium, muraille soutenant le parquet de la scène, appelé pulpitum, sur lequel agissaient les acteurs. Les planches ayant disparu, on voit le vide béant, c'est le dessous de la scène ou hyposcenium. C'était là, comme dans un théâtre, que se trouvaient le jeu des machines, les objets sonores imitant, selon le besoin, soit le ressac de la mer, soit le mugissement de la tempôte, soit encore le bruit de la foudre et le sifflement des vents.
C'était là aussi que s'enroulait la toile ou voile de la scène, au lieu de remonter, comme le rideau des théâtres modernes.
Enfin, le théâtre proprement dit, c'est-à-dire tout l'espace venant à la suite du proscenium, et appelé scetia, au lieu de toiles peintes ou de décors en carton, montre une construction architecturale, qui demeurait toujours, mais que Ton décorait parfois de vases de fleurs, etc. Cette sorte de palais à demeure a trois portes encadrées de statues, de colonnes et de frontons.
La porte principale, celle du milieu, aida r^^/rt, donnait entrée aux empereurs, aux rois, aux reines mis en scène ;
SON GOLFE ET SIîS RIVAGES, 229
Les deux autres portes, hospitaîes, étaient réservées aux confidents, aux officiers, aux moindres personnages de l'action.
Derrière la scène et cette décoration qui la termine, se trouve un foyer, pour l'habillement, le repos et les causeries des acteurs. En outre, on voit une galerie ou corridor, postscenium, où le directeur du théâtre et des chœurs, choregus, veillait sur son monde, et où les acteurs attendaient le moment de paraître à leur tour.
A côté du grand théâtre, se trouve Yodéon, théâtre jadis couvert. Cette autre scène, comme l'indique son nom, ôdê, chant, était réservée aux pièces lyriques, aux concours poétiques, aux jeux floraux. Il pouvait contenir 2,000 spectateurs, et, en petit, il ressemble au grand théâtre, son voisin.
On a trouvé dans l'odôon des tesseres, sortes de médailles en cuivre, portant le nom des auteurs de pièces, avec des numéros de places, ou le titre des locataires de loges, objets curieux qui prouvent que l'entrée des théâtres n'était pas sans rétribution.
Sur les murailles des vomitoires, on peut s'amuser à déchiffrer une foule d'inscriptions bizarres, peu honnêtes souvent, mais que le temps purifie en ne permettant pas facilement la lecture de ces légendes de désœuvrés, de gladiateurs et de voyous d'alors, légendes qui sentent le profanum vulgus d'Horace.
De Y amphithéâtre, éloigné des théâtres d'un kilomètre, et situé plus à l'est encore, je dirai peu de choses.
J'ai vu les Arènes de Nîmes, celles des Cimiers, à Nice, les amphithéâtres de Vérone, de Gapoue, de Pouzzoles, de Cutnes, le Golysée de Rome, et, en comparaison, l'amphithéâtre de Pompéïa tient une place honorable. Mais, dans ce livre même, j'ai décrit l'amphithéâtre de Pouzzoles : à quoi bon vous présenter un même tableau, à Pompéïa ?
Précisément pendant que j'étais à Pompéïa, j'ai pu assister à . la découverte d'une peinture représentant l'amphithéâtre de cette ville, tel qu'il était avant l'éruption de 79. On voit par cette peinture que l'amphithéâtre était planté d'arbres. Certes, le
travail est d'r.n artiste bien médiocre; mais il a une grande valeur au point de vue historique. Ce tableau paraît représenter la lutte qui eut lieu, à l'amphithéâtre même, jadis, entre les habitants de Nocera et ceux de Porapéï, lutte dans laquelle périrent plusieurs centaines de personnes.
Maintenant, plus d'arbres dans l'amphithéâtre. Mais à part ce dommage porté à l'arène par le volcan, il est dans un état parfait de conservation. Là aussi, que d'inscriptions populaires des gavroches du temps ! J'y ai retrouvé la célèbre caricature gravée à la pointe par un gamin, et qui fait allusion à la victoire des Pompéiens sur les gens de Nocéra, victoire quelque peu problématique, dans la lutte citée plus haut, et dont les historiens de l'époque n'ont pas manqué de parler.
On a des preuves du sybaritisme des habitants de Pompéïa, dans la manière dont ils ont disposé les gradins en ottomanes, en canapés, en dossiers commodes, raffinement qui ne se trouve qu'à Pompéï. Les pieds des spectateurs étaient engagés dans des creux faits sur la pierre, afin de ne pas incommoder les assistants placés sur les degrés inférieurs.
C'est en Gampanie, du reste, à Gapoue peut-être, peut-être à Pompcïa, que Ton imagina le velarium, pour mettre les spectateurs à l'abri du soleil. J'ai retrouvé les trous creusés pour recevoir les poutres destinées à faire jouer cette toile immense.
Mais en outre du velarium, dans le grand Théâtre, on avait l'habitude de tempérer la chaleur du jour en mettant en jeu des machines qui, puisant une eau parfumée tout exprès, dans une tour carrée en-dehors et ronde en-dedans, attenante au théâtre et debout encore comme l'édifice, la répandait en pluie fine, à divers intervalles, sur les sensuels amateurs de drame ou de comédie...
Derrière les théâtres se trouve le temple d'Isis. Le temple d'Isis, en briques revêtues de stuc, avec portique intérieur de 32 colonnes d'ordre dorique, rouges à un tiers de de leur hauteur, blanches aux deux autres, rudentées, c'est-à-dire à cannelures remplies de bas en haut d'une sorte de bâton qui
occupe une partie du vide, possède, au centre de faréa, un péribole ou enceinte sacrée, dont la cella est isolée et placée sur un podium de marbre de Paros, décoré sur le devant d'un péristyle de quatre colonnes en façade, et de deux en équerre. Entre les colonnes se dressent des autels, et, sur les murs, des niches avec leurs statues, ainsi que des grappes de grenades, fruit consacré à Isis, la déesse égyptienne. ;. - • -' ■
Un piédestal oblong occupe le fond de la cella. Il porte deux statues, celle d'Isis, belle figure aux fines draperies teintées de pourpre, au^ liserés d'or, dessinant les formes du corps et laissant tomber sur les épaules une chevelure opulente, soyeuse et couronnée de fleurs; et celle du silencieux et mystique Horus, fils d'Isis.
En outre, ce monument renferme une singularité qui demande à être- signalée. C'est une sorte de guérite faite en briques et voûtée. Elle est placée sous la statue même d'Isis. Venait-on consulter la divinité? un prêtre se glissait dans la guérite par un petit escalier secret, — j'avoue que j'ai eu la fantaisie de m'enfermer aussi dans la guérite, mais je n'ai pas rendu d'oracles, — et^, de là, parlant au pèlerin qui interrogeait Isis, il répondait au lieu et place de la déesse. On voit des oreilles humaines, symbole de l'omniscience d'Isis, sculptées à l'entour du piédestal.
Les mystères du culte de cette divinité, si fameuse dans l'ancienne Egypte, avaient une grande renommée. Aussi un nombre considérable de prêtres était-il affecté à son service.
Quand on déblaya ce temple, en 1764, on mit à découvert l'étrange cachette si habilement placée sous la statue d'Isis. Mais on trouva aussi deux crânes d'hommes, deux coffres en bois carbonisé, et des joyaux en or qui gisaient dans la cella.
Ensuite, la pelle des ouvriers mit au jour, dans la cuisine de la maison des prêtres, du côté du grand Théâtre, des fourneaux sur lesquels cuisaient, depuis 1900 ans, des œufs et du poisson.
D'une pièce latérale, on fit sortir de terre plusieurs squelettes de prêtres. Dans une autre salle, dépendance du triclinium, on
avisa aussi un grand cadavre, dont la main cris[>6o tenait un énorme levier de fer. Deux murs avaient été percés à l'aide de cette arme puissante. Mais la victime, après ce suprême effort, ne pouvant retrouver ni l'air ni l'espace, était tombée asphyxiée, puis mourait tenant toujours son levier. Les brèches faites dans, la muraille sont là béantes, et . parlent bien éloquemment à l'imagination du visiteur, je vous l'affirme.
Un peu plus loin, on déterra encore deux splendides trépieds de bronze, ayant des sphinx pour supports; en outre, une figurine accroupie, en matière verdâtre, une patère en bronze marquetée d'argent, avec un piédouche en marbre, et enfin deux sistres en métal.
Le tout est actuellement à Naples, au riche et admirable Museo degli Studi, que je vous nomme si fréquemment.
Nous allons enfin quitter Pompéïa, dont j'ai iiiit passer sous vos yeux le plus possible de curiosités, cher lecteur. Au moins aurez-vous l'idée d'une ville antique.. Toutefois, je veux vous dire encore quelques mots des remparts qui relient dans leur enceinte tous les édifices, temples, thermes, théâtres, maisons, etc., dont vous venez de juger l'ensemble.
Les remparts de Pompéïa forment une double enceinte elliptique, de sorte que si l'ennemi franchissait la première muraille, il se trouvait arrêté par une seconde. Les blocs énormes qui composent ces fortifications sont en péperin, pierre volcanique grise et fort dure, que ne relient ni la chaux ni le ciment, mais ces blocs sont encastrés l'un dans l'autre, selon leurs formes.
C'est un véritable appareil pélasgique ou cyclopéen, qui révèle le travail des Osqucs, anciens peuples de la contrée. Des créneaux, disposés en angles rentrants pour protéger le soldat, couronnent leur sommet. Ces murailles sont flanquées, à des distances inégales, de tours quadrangulaires assez élevées. Le mur extérieur, sans fossé, monte à la hauteur de 25 pieds. Celui de l'intérieur domine le premier de 8. Dans l'ensemble, le rempart a 14 pieds d'épaisseur. Une terrasse, à laquelle conduisent des
escaliers régnant dans leur pourtour, occupe l'entre-deux des murs.
On voit néanmoins que, malgré leur force, ces murailles ont subi de nombreux assauts, et qu'une main jalouse a prétendu les démanteler, car des brèches assez larges ont été pratiquées ici et là. Du sommet des tours, des créneaux et de la plate-forme des terrasses, on découvre au loin la plaine, le Vésuve et le golfe. C'est sur le terrible et redoutable volcan, comme aussi sur la mer, dont les vagues battent le pied du talus en amphithéâtre qui les supporte, que le regard s'arrête et plonge avec terreur et admiration tout à la fois.
La ligne de ces remparts est coupée par huit portes principales, voûtées pour la plupart, dont plusieurs sont en retraite, avec des passages étroits, flanquées de fortes murailles pour les défendre.
Porte d'Hercitlanum, et porte du Vésuve, au nord;
Au levant, porte dlsis ou àeNola, et porte de Capoue;
Portes du Sarnus et de Nocera, au sud;
Et, au couchant, porte de Stables et porte de la Marine.
La plus curieuse de ces portes est celle d'Isis ou de Nola, car elle fait voir à sa clé de voûte, en-dehors, du côté de la ville, une tête de la déesse égyptienne en possession d'une immense chevelure, et accompagnée de cette légende osque :