RESSOURCES EXTRAORDINAIRES
des trésors de France et de Hollande, aussi par la réputation de « moralité » dont jouissaient personnellement le roi de Naples et son ministre, l’affaire aboutit à un emprunt de trois millions de florins (1 465 000 ducats), à des conditions « bien onéreuses », et cependant, au dire du négociateur, meilleures que pour toute autre puissance étrangère. L'affaire n’est pas claire. Evidemment Joseph a grand besoin d'argent et l’empereur ne se soucie pas de lui en prêter directement, sans doute parce qu’il ne compterait guère être remboursé. Cependant, puisqu'il est évident que c’est le Trésor de France qui fournit en définitive la plus grande part de l’argent (1), on se demande si, pour un simple secours, il était bien nécessaire de mettre en branle tant de monde. Dans la discussion, Girardin avait beaucoup insisté sur le profit que le crédit, beaucoup plus que le Trésor de Naples, devait retirer de cette opération, et, bien que les fonds aient fort rapidement trouvé leur emploi, on peut croire que cette considération était jusqu’à un certain point sincère : dans les lettres privées, où il annonçait le succès de sa démarche, le négociateur montrait «l'avantage de prouver à l’Europe la confiance de Bataves dans la stabilité des nouvelles dynasties (2)»; il n’est pas invraisemblable que Joseph, qui à cette époque se croyait fixé à Naples, ait cherché vraiment, encore que par surcroît, à «essayer son crédit (3) », et que Rœderer ait de bonne foi envisagé dans cette entrée de fonds étrangers (refusés au roi précédent) des. perspectives de crédit (4). La réputation d’honnêteté, d’habileté, de la fameuse banque d'Amsterdam, faisait de son concours une approbation honorable à la gestion financière, si contestée, de la nouvelle royauté. Son faible empressement, toutefois, malgré des garanties extraordinaires du côté français, suffirait à prouver combien ce crédit était précaire.
(1) La condition formelle avait été posée que le Trésor de France souscrirait pour 500 000 florins et, en novembre 1807, Mollien proposait d’acheter, par l'intermédiaire de la Banque de France, les obligations restantes : or il en restait pour deux millions de florins (A. N. AF 1v, 1714 4). Ce fut la caisse d’amortissement que l’empereur chargea d’acheter, indirectement, pour deux millions de francs d’obligations. Lettre du 17 décembre 1807, publiée dans MOLLIEN, Mémoires, t. II, p. 184.
(2) Lettre à Rœderer (Amsterdam, 13 mai 1807). Au roi (Anvers, 16 mai) : « C’est uniquement sous le rapport du crédit qu’il faut considérer l’opération. » {Arch. Rœderer, V, 18.)
(3) MOLLIEN, Mémoires, t. II, p. 184.
(4) Rapport, 15 mai 1808.
L'emploi des fonds fut l’objet des suspicions de Murat, dépité à bon droit de subir les charges d’une opération dont il ne lui restait aucun profit. En fait emprunt avait toujours été présenté comme un moyen d’éteindre l’arriéré de la solde : il fut consacré en effet à cet arriéré, à celui surtout de la maison royale lors du passage en Espagne (1).
Les économies eussent été encore le meilleur expédient. Sous ce rapport, de vifs reproches ont été adressés à Joseph, notamment au sujet de la Garde, de la cour, des travaux publics ; l’ordre des Deux-Siciles est spécialement visé dans les observations de Zurlo: nous avons, pour chacun de ces cas, examiné ce qu’il fallait en penser et constaté en somme que, du moins jusqu’à cette sorte de liquidation finale, il n’y a pas lieu à des critiques sévères. Dans Padministration, où Joseph dès le début signalait le nombre excessif d'employés comme « la grande plaie » du pays, il y avait assurément à faire mieux que les suppressions opérées par les décrets d’avril 1807. La facilité avec laquelle, à l'avènement de Murat, les ministres renoncèrent «spontanément » à leur traitement de conseiller d'Etat, fait supposer qu’il n’était pas indispensable et, dansles premiers mois du nouveau règne, on vit se réaliser des réductions de personnel et de traitements que le règne antérieur eût pu tenter. Plusieurs fois, d’ailleurs, on remarque que des places créées n’ont point été remplies ou que lon fit servir un même emploi à plusieurs fins (2); d’autre part, loin d’être le prodigue inconscient que certains tendent à représenter, Joseph intervenait de fort près dans les affaires de finances et son ministre vantait la « rigidité » avec laquelle le roi, malgre les plaintes quotidiennes des ministres, « rejetait du budget de chaque mois toutes les dépenses qu’il était possible d’éviter (3) ».
(1) Joseph (à Napoléon, 15 novembre 1807. Mémoires, t. IV) affirme que deux millions de francs ont passé à la solde; Rœderer a remis au roi partant pour Bayonne un million, Baguenault a envoyé en Espagne un demi-million. Voir le compte rendu de Ræœderer à Murat, dans sa lettre du 1% novembre 1808. Œuvres, t. IV, p. 51 et suiv.
(2) Un décret du 31 décembre 1807, qui se trouve en minute à A. Naples, Occup., 430, mais n’a pas paru au bulletin, aurait supprimé « tous les traitements extraordinaires civils et militaires accordés par Nous », à dater du 1° janvier
(3) Compte rendu du 6 janvier 1807.