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à la ville de Naples d'offrir une gratification aux troupes du siège de Gaëte. Ces expédients déçurent tous le gouvernement et, à mesure que celui-ci s’affermissait, ils devenaient de moins en moins admissibles (1).
Les marchandises anglaises avaient été d'avance désignées par Napoléon comme de bonne prise et il étendit cette décision aux marchandises russes et aux sommes d’argent, dont les sujets de puissances ennemies pouvaient être possesseurs ou créanciers ! On pense bien que les intéressés avaient pris leurs précautions et Joseph, qui mesurait la portée des représailles possibles, procéda avec une très grande modération (2).
Au début de 1807, on voit le ministre, comme un fils de famille aux abois, calculer tout ce dont il pourrait encore tirer de l’argent (en dehors des domaines), fers, soïes, loterie, vieux canons à faire du billon, et ne plus trouver que la somme dérisoire de 1075 000 ducats. Dans son rapport du 15 mai 1808, même revue attristante, cependant qu’un inspecteur parcourt la Pouille pour « faire de l’argent » avec les huiles et fers disponibles (3).
Joseph n’était pas installé qu’il commençait à tendre la main du côté de la France, et l’empereur, après avoir bien posé que Naples ne devait pas lui coûter un sol, payait d’abord, généreusement, les traites personnelles de son frère (4). Puis, tout en se défendant avec le ton d’un père avare : — «M. Rœderer n’aura donc point de repos qu'il ne vous ait prouvé que j'ai beaucoup d’argent à vous envoyer (5) », — il expédiait pour la solde 500 000 francs en or. C’est «la dernière somme que j’enverrai à Naples (6) ». Mais la douce
(1) La taxe de 300 000 ducats ne donna, pour toute l’année, que 220 267 du-
cats, l'emprunt forcé que 788 062 (et cependant on avait admis en paiement des polices de banque et des fournitures).
(2) De ce chef, au compte rendu du 6 janvier 1807, seulement 60 000 ducats. Ce compte rendu du ministre des Finances pour 1806 avec prévisions sur 1807 (A. N., AF 1v, 1685, 13 pages) est très important.
(3) Gentil à Rœderer, 24 mars 1808. Arch. Rœderer, vol. 23. En août, les négociants qui ont des marchandises en douane sont avisés qu’on leur fera une diminution de 25 pour 100 sur les droits à payer, tant le besoin d’argent est grand, et ils en auraient profité pour obtenir une réduction bien plus forte (lettre d’un habitant, A. N., AF 1v, 1685). En 1808, on songeait à établir à Rome un bureau de la loterie napolitaine : le Trésor pontifical n’était nullement disposé à consentir à l’affaiblissement de la sienne (Lefebvre, chargé d’affaires de France, à Gallo, 20 mars. A. Naples, Cons., 151).
(4) Au moins 3 400 000 francs.
(5) 21 février 1807. Corr., t. XIV, n° 11852.
(6) Napoléon à Joseph, 6 mars 1806. Corr., t. XIJ, n° 9936.
obstination de Joseph obtenait trois autres envois de même valeur dans l’année (1). A partir du 1 avril 1807 jusqu’au 1* juin 1808 le subside fut mensuel (la moitié à partir d’octobre est dérivée sur Corfou). En outre une avance supplémentaire d’un million de francs fut faite et laissée en majeure partie au compte du successeur (2).
L’aide impériale intervint encore indirectement dans l'affaire assez compliquée de l’emprunt de Hollande. Dès les premiers temps, où le payeur de l’armée d’Italie laissait protester une traite de Naples de 500000 francs, plus encore après les désordres qui suivirent, le crédit du nouveau gouvernement était chétif. En juillet 1806, et bien que l’empereur lui eût offert sa garantie, Joseph écrivait piteusement qu’il avait tenté des emprunts à Naples, à Rome, à Gênes, à Paris (3), partout inutilement. Une première tentative en Hollande, le principal marché du continent (4), ne fut pas plus heureuse (5).
Laborieuse fut la négociation ouverte sur place à Amsterdam par Girardin et Villot de Fréville, en mai 1807, avec le banquier Hope, « Anglais de quarante et tant d'années, sec, froid, goutteux, parlant peu et réfléchissant beaucoup, s'exprimant avec difficulté (6) », et son associé Labouchère, jeune homme distingué et habile, que Napoléon emploiera dans des missions délicates. Aidée par la recommandation empressée du roi Louis, par le concours
(1) Mollien à l’empereur, 24 novembre et 13 décembre 1806. A. N., AF1v, 1084. Mollien (dont Joseph se plaignait de n’être pas aidé) proposait peu avant de prêter à Naples un million par mois (à l’empereur, 22 octobre. A. N., AF 1v, 1714 A).
(2) Ordre impérial du 6 mars 1808. Mollien à l’empereur, 17 août 1808. Zbid. Joseph n’en remboursa que 398 000 francs. On doit ajouter à ces subventions la suspension du revenu accordé à la Légion d'honneur sur les duchés à constituer dans le royaume. Murat s’en vit réclamer l’arriéré.
(3) Emprunt de 5 000 000 de francs, remboursable en 1807, autorisé le 10 juillet.
(4) En 1808, le roi Louis y autorisait l’ouverture d'emprunts russe et prussien.
(5) Mollien à l’empereur, 23 septembre 1806. A. N., AF 1v, 1084. Un deuxième essai semble avoir été fait à la fin de l’année.
(6) Lettre à Rœderer, Ermenonville, 19 mai 1808. La négociation est racontée dans l2s Mémoires de GIRARDIN, t. Ier, p. 397-444. Beaucoup de pièces à Arch. Rœderer, vol. 18 (notamment lettres de Girardin à Rœderer et à Joseph); lettres de Mollien, A. N., AF 1v, 1083. La maison Hope fit un escompte de 10 pour 100, prit une commission de 5 pour 100, plus une de 1 pour 100 pour la répartition des intérêts parmi les souscripteurs et demanda d’avance les intérêts jusqu’au 1®% juillet 1808, ce qui portait l'intérêt apparent de 6 pour 100 à 10 pour 100 au moins. Il fallut ensuite payer le timbre, des commissions diverses à Baguenault, de Paris, à Torlonia, de Rome (qui préleva des frais «un peu énormes »), à Fal-
conet, de Naples, si bien qu’il ne resta que 1 153 783 ducats. Remboursement fixé à sept ans. ;