‹ Naples: Sous Joseph Bonaparte 1806-1808Chapitre 102 sur 164 · LA FUSION DES BANQUES · texte numérisé non relu

LA FUSION DES BANQUES

linstituait exclusivement banque de cour (lui conservant son président, prince de Pignatelli-Cerchiara), et fondait les six autres en une maigre banque des particuliers, trois d’entre elles subsistant à titre de caisses de celle-ci. Cette fusion, déjà tentée en 1794 par le marquis Corradini, permettait de diminuer beaucoup les frais d'administration (on promettait d’assurer le sort des employés, dont beaucoup n’étaient pas payés depuis des mois), de vendre une grande partie de leur patrimoine, de résister autant qu’il était encore possible au nouveau coup que leur portait, quelques jours après, la reprise des arrendamenti (elles en avaient pour cinq millions) (1). Une telle opération, qu’ «esprit humain n’eût jamais cru possible », comme s’exclame un Napolitain (2), ne faisait en somme que suivre des précédents bourboniens, mais les circonstances prêtaient encore davantage à l’inquiétude.

Le gouvernement semble avoir loyalement tenté de sauver la banque des particuliers (3); cinq conseillers d'Etat furent chargés d’en régler les comptes ; mais elle était moribonde; ses polices en arrivèrent à perdre 80 pour 100 (4). Comme partout la situation fut aggravée par l’agiotage (5). Les domaines qui subsistaient (6) ne suffisant pas pour maintenir le crédit, le gouvernement jugea à propos de supprimer la banque, de réunir ses biens au domaine, ses dettes à la dette publique, ses créances à la caisse d’amortissement, d'attribuer ses fonctions à la banque de cour (7), préparant ainsi la formation, sous Murat, d’une Banque des Deux- Siciles sur le modèle de la Banque de France. A la banque de cour, du moins, des résultats avaient été obtenus : au lieu du

(1) CAVAIGNAC, Aperçu. Par cette opération, les revenus de $. Eligio tombèrent de 14 826 ducats à 4 712 (FILANGIERI-RAVASCHIERI, ouvr. cité, t. I. p.64).

(2) FLORIO, Annali, loc. cit., p. 2784.

(3) Le décret du 26 novembre 1807 lui assignait 12 000 ducats par an en cens et rentes, mettait à la charge de l'Etat les pensions, retraites, appointements des surnuméraires, promettait d'assurer la circulation des polices. Les administrateurs (nommés le 14 avril 1807) étaient tous gens sûrs : prince Capece-Zurlo, banquier Falconet, président De Marco, comte de Policastro.

(4) Rapport, 15 mai 1808.

(5) Falconet à Rœderer, 31 octobre 1808. Arch. Rœderer, vol. 25, fo 137. Des fraudes aussi auraient été commises (nous voyons réclamer l’extradition d’un « complice des fraudes » faites au Banco del Popolo. Août 1806). On avait évalué les papiers en circulation à 700 000 ducats. Il n’en sera présenté que 522 000.

(6) Evalués à 1 254 871 ducats, plus 72 736 en cens et rentes.

(7) Décret du 20 mai 1808. Les dépôts des clients seraient convertis en cédules ou inscriptions.

vide de 1806. un fonds de réserve de plus de 400 000 ducats, les billets à peu près au pair (1). Malheureusement le départ du roi et de sa suite eut pour conséquence la réalisation subite d’une masse de billets : « A présent, déclarait nettement le directeur, nous nous trouvons absolument à sec », et, alléguant que le prince ne pouvait lui demander le sacrifice de son honneur (2), il réclamait l'intervention du ministre bien impuissant.

Un des obstacles les plus graves au relèvement des banques, comme à la vente normale des biens nationaux, au crédit en général, était l'extrême rareté du numéraire. Le commerce en pâtissait, car le change montait en proportion (3); le taux de l’intérêt s’élevait jusqu’à 120 pour 100! Pour le Trésor, c'était une calamité quand il fallait trouver des espèces (départ de troupes, envois à Corfou, surtout quand on eut cessé d’envoyer le subside en or) (4); le passage en Espagne l’épuisa. Il était très difficile de maintenir la condition d’une portion en argent dans le payement des biens d'Etat; on devait confirmer la faculté de payer des contributions jusqu’à concurrence d’un tiers en billon et avait peine, même à Naples, à ne pas laisser dépasser cette proportion (5); on acceptait des denrées pour l’arriéré. Aussi le Trésor faisait-il lui-même des paiements en nature un abus qui fait penser aux usuriers de Molière : c’est avec des laines et des peaux que le colonel chargé d'organiser un régiment doit se débrouiller; les fournisseurs se plaignent que l’on augmente dans leurs subsides la portion payée en denrées. C’est en terres en grande partie que le roi fait ses largesses, acquitte ses dettes, paye jusqu’à des artistes.

(14) Dès octobre 1806, le Dario constatait que, tandis que les papiers des autres banques ne pouvaient être changés qu’à 20 pour 100, ceux de la banque de cour se maintenaient, grâce à des paiements limités, mais réguliers (t. II, p. 297).

(2) Prince Pignatelli-Cerchiara à Rœderer, 16 juillet 1808. Arch. Rœderer, vol. 25.

(3) Et aussi suivant les circonstances : ainsi il monte un jour à 14 pour la Calabre, parce que le courrièr a été arrêté au pont de Bovino (Diario, t. II, p. 338).

(4) Joseph à Napoléon, 20 février 1808. Mémoires, t. IV.

(5) Rœderer à Lamarque, 13 mai 1808. A. Naples, 1049.

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