‹ Naples: Sous Joseph Bonaparte 1806-1808Chapitre 103 sur 164 · LES COMPTES · texte numérisé non relu

LES COMPTES

Ce n’était donc pas par un vain faste que le roi ordonnait à la Zecca la frappe de nouvelles monnaies (1). Il n’eut point d’ailleurs la satisfaction de mettre en circulation des « Joseph » : on n’avait pas émis de monnaie d’or depuis plus d’un quart de siècle (2). Du moins ses pièces de douze et six carlins faisaient-elles un contraste flatteur, au point de vue artistique, avec les effigies épaisses du règne précédent.

Ce ne fut pas un des moindres mérites que d’avoir substitué à la multiplicité et à la diversité des comptes une méthode claire, un contrôle général, des formes qui, s'imposant au souverain même, fussent vraiment « le palladium de l’Etat (3) ».

Sans secousse brusque, le Trésor royal fut réorganisé, toutes les recettes et dépenses, tous les comptes centralisés (4). D'ailleurs les fonds continuèrent, sous Joseph, à être encaissés par la banque de cour et les paiements à être faits par elle; les payeurs généraux ne maniaient que des polices : vieux système qui paraissait admirable aux Napolitains (5).

Chaque ministère ason compte, que le roilui-même règle à la fin du mois, d’après le budget détaillé que chacun lui adresse directement et d’après l’état financier qui lui est remis chaque quinzaine par le ministre des Finances (6). Les ordonnances des ministres doivent

(1) Décret, 12 janvier 1807.

(2) G. SAMBON, la moneta repubblicana del 1799 e la riforma monetaria del 1804. Arch. St. Nap., t. XXIII (1898).

(3) Expression de Napoléon dans une lettre à Joseph du 10 avril 1806.

(4) Décrets, 14 octobre et 15 novembre 1806. A Arch. Rœderer (vol. 16) de nombreuses notes, projets (par La Murra, Poydevant, Martini, etc.), extraits de lois françaises et napolitaines, attestent, comme à l'ordinaire, la consciencieuse documentation. Eloge du nouveau système dans TORTORA, 1! Banco di Napoli, p. cecexv. Critique de l’ancien dans BrANCHINY, livre VI, chap. 1v.

(5) L’organisation donnée par le décret de Murat du 16 décembre 1808, plus conforme au système français, sera certainement plus simple. Ainsi on comprend mal pourquoi Rœderer tient à un trésorier de la dépense, recevant de celui des recettes les polices, que les parties prenantes toucheront à la banque (Rœderer au roi. Arch. Rœderer, vol. 16, fo 252).

(6) Rœderer n’obtint pas que chaque ministre, comme en France, envoyât ses demandes de crédits au ministre des Finances, qui les eût transmises au roi,

être accompagnées de pièces justificatives et être vérifiées au Trésor (1). Rœderer dut, comme il le dit, « tenir de véritables écoles » pour plierle personnel aux nouvelles méthodes, l’initier aux beautés des écritures en partie double, dont, pour flatter son amour-propre, il vantait l’origine italienne. Des circulaires, instructions, modèles, tableaux, sont imprimés avec un soin qui indique de la besogne proprement faite. Mais les ministères de la Guerre et de la Police, précisément les plus importants, résistent aux règles auxquelles on veut astreindre leur comptabilité (2). A celui de la Marine, qui les imite, Ræœderer écrit fièrement, au sujet d’une ordonnance irrégulière faite au profit d’un fournisseur : « Vous êtes Napolitain, monsieur ;cesont les usages, les lois, les deniers de votre pays que je défends contre un trafiquant d'argent (3). » L’indépendance affectée par le payeur de l’armée française compliquait encore les choses. Si, à la fin de 1807, les payeurs généraux, retardés par les tâtonnements, la nécessité de «changer journellement quelque chose à leur marche », n’avaient pu mettre entièrement en train la nouvelle comptabilité (4), on peut penser qu’aux échelons inférieurs la routine et l’ignorance durent opposer une longue inertie. Malgré les instructions précises données par Rœderer au commencement de 1808, les receveurs généraux eux-mêmes, à la fin de l’année suivante, n’avaient pas tous les nouveaux registres ou les tenaient en dépit des règlements, et les arriérés, les erreurs y abondaïent (5). Sur la question du cautionnement encore il avait fallu céder, soit parce que les titulaires étaient propriétaires de leur emploi, soit parce que les candidats eussent manqué.

L'état des recettes et dépenses étant lié, plus peut-être qu’en aucun autre pays, à la question des domaines, nous en renvoyons Pexposé, ainsi que celui de la dette, à la fin du chapitre suivant.

avec ses observations. Sous l’ancien régime, on ne formait point d’état de prévision des dépenses : on s’arrangeait, quand arrivait la fin de l’exercice.

(1) Pour la solde et les fournisseurs, on payait d’avance jusqu'à concurrence des deux tiers de la première, du cautionnement des seconds.

(2) Rœderer au roi (mai 1807). Arch. Rœderer, vol. 16, fo 287.

(3) 26 mars 1808. A. Naples, Guerra, 2161.

(4) Rapport des deux payeurs, fin 1807. Arch. Rœderer, vol. 16.

(5) Jstruziont pe’ ricevitori generali e distrettuali pel servizio da farsi nel anno 1810 (A. N., F 4e, 202).

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