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SITUATION FINANCIÈRE A LA FIN DU RÈGNE

y compris celle qui remontait aux Bourbons, tout entière éteinte ou consolidée.

Des résultats imparfaits s’observent aussi dans le budget ordinaire, et les mêmes réserves s’imposent pour les juger. Au 30 juin 1808, il restait dû aux divers ministères, sur 1806 et 1807, 1836 600 ducats, et sur les crédits du premier semestre 1808, 2101 552 (1). La solde, une des dépenses essentielles, offrait encore un arriéré d’un peu plus de 7 millions de francs. Il avait fallu vider le Trésor pour avoir les espèces nécessaires au voyage du roi : « Ça m’a un peu déconcerté, écrivait le directeur de la banque, parce que j'avais plutôt un esprit de réforme et d'épargne (2). » L’emprunt de Hollande était totalement épuisé. Rœderer, au dernier moment, céda-t-il trop au souverain, à l’ami ? Il affirme que les dépenses causées par le départ du roi n’ont « guère fait que solder ce qui était dû... Il n’y a toujours pas d'anticipation pour un sol dans les finances (3) ». 11 était, en tout cas, inévitable que le changement de souverain et de ministre et surtout l’interrègne ne fussent très nuisibles.

Pour achever la mauvaise chance de Rœderer, le directeur de la banque, désigné, « malgré sa répugnance décidée et ses plus fortes raisons (4)», pour faire l’intérim du ministère et qui n’y entendait pas grand’chose, s’empressait de noireir la situation aux yeux du nouveau roi. Au chœur des Napolitains un Français joignait sa voix, le directeur général des domaines (5). Murat, déjà fort mécontent, critique et accuse, avant même d’avoir rien vu. Il faut lire le récit de l’audience qu’il donne à son arrivée à Antoine

(1) L. Reynier, Essai sur la situation des finances du royaume de Naples à l’époque du 1® juillet 1808 (Arch. Reynier), conforme à l’état général au 30 juin 1808 (A. N., AF 1v, 1714 A). V. ci-dessous.

(2) Pignatelli à Rœæderer, 30 juillet. Arch. Rœderer, vol. 25. Rœderer écrivait de son côté au roi (6 juillet, b1d.) : « La banque est au dernier degré d’épuisement. Les départs en ont tiré les derniers écus. Le général Mathieu à été inexorable. Il lui a fallu 100 000 ducats en trois jours, comme si toute la Garde par-

tait, quoiqu'il n’en partit que moitié... » Il avait dû prendre les dépôts de ses deux caisses bien aimées (il les remplaça).

(3) Au roi, 6 juillet 1808. Arch. Rœderer, vol. 25. Son successeur assura que le revenu des postes avait été dépensé d’avance.

(4) Pignatelli-Cerchiara à Murat, 2 août 1808. A. N., AF 1v, 1714 4.

(5) Cavaignac à Murat, août 1808 : véritable diatribe contre le ministre : « Celui qui depuis dix-huit mois gouverne les finances d’une manière si contraire au bon sens et aux principes connus d'économie politique les verra détruites avant son départ... » Cavaignac était aussi en mauvais termes avec Pignatelli

et avec le président de la cour des comptes.

Rœderer, resté à Naples après le départ de son père (1) : « J’ai été fort trompé sur ce pays. À Bayonne, on le vantait sans cesse; il semblait, à entendre dire, que tout était organisé, que toutes les caisses étaient pleines. » Quand Murat a porté les premières pièces envoyées par Pignatelli, « les bras tombaient à l’empereur en voyant cela! » Il faut lire aussi la lettre d’explications, très fières et, somme toute, très plausibles (à part le désarroi trop réel causé par les libéralités royales et les frais du voyage), que Roœderer lui-même adresse à Murat (2). Sans aller jusqu’à croire, comme il le fait entendre à l’empereur, que les finances soient dans un état satisfaisant (3), on relèvera, parmi les phrases, des faits précis qui atténuent largement les reproches exprimés surtout au moment de la crise royale. Notons aussi que, tandis que les Napolitains épanchent sur le compte du ministre sortant la mauvaise humeur qu’ils ressentent pour les étrangers, Saliceti et Arcambal, qui ne l’aiment pas, prennent loyalement sa défense (4). De même le banquier suisse Falconnet : « L’ineptie de votre successeur vous justifiera doublement (5). » Murat, qui s’était si fort monté contre lui, lui demandera des conseils (6) et l’empereur, qui avait précédemment consenti à nommer le financier « métaphysicien » grand-officier de la Légion d'honneur, lui

(1) Œuvres de R&DERER, t. IV, p. 45-49. F. Masson la résume, un pèu sévèrement, à notre avis, pour le gouvernement de Joseph (Vapoléon et sa famille, t. IV, p. 348); la faible capacité et la malverllance de Pignatelli sont visibles. La Feuillade cite un trait de ce ministre « peu actif et peu éclairé » (19 décembre 1808. A. E., Naples, Suppl. 7).

(2) Rœderer à Murat, 197 novembre 1808. Œuvres, t. IV, p. 49-55; à Joseph, pour l’informer, m. d., et réponse de Joseph, chrd., p. 25.

(3) Rome, 27 juillet 1808. A. N., AF 1v, 1714 À. Même satisfaction exprimée à sa femme (7 juillet. Œuvres, t. IV, p. 91).

(4) Déjà, au sujet des difficultés financières, Rœderer écrivait à Joseph, 6 juillet 1808 : « Je ne puis que me louer de M. Saliceti. »

(5) Falconnet à Rœderer, 12 novembre 1808, Loc. cit. Parmi les Napolitains, ‘Gallo se montra très correct (à Murat, 15 août 1808. A. N., AF 1v, 1714 A).

(6) Mémoire sur la contribution foncière (Arch. Rœderer, vol. 26). Autre réponse de Rœderer à Murat, 20 janvier 1810 (Arch. Rœderer, vol. 16, f° 31). Sa recommandation auprès du nouveau roi est efficace (remerciements de Duclos, -octobre 1808). D'ailleurs, après avoir fait bruit de quelques économies décrétées à l’arrivée, Murat, ainsi que le remarquent les Notices sur le royaume de Naples dès décembre 1808 (A. E., Naples, 132), en revint exactement aux errements de son prédécesseur. À cette époque, l’auteur de ces Notices (La Feuillade), qui n’aimait point Rœderer, dit que la réduction des rentes le fait déjà regretter : « M. Rœderer, dit-il encore, était plein de bonnes intentions et ses principes ‘étaient bons. » L'administration de Rœderer et son talent, à défaut de son humeur, sont loués par le sévère ORLOFF (Mémoires, t. Ier, chap. x).

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