SITUATION FINANCIÈRE A LA FIN DU RÈGNE
confiera bientôt, avec le titre de ministre, le haut contrôle sur Berg, dont l’administration devait, selon lexpression de Napoléon, être « l’école normale » de la Confédération du Rhin (1).
Quelques chiffres enfin permettront de juger. Les Bourbons retiraient du royaume (Sicile non comprise) environ 13 millions de ducats, mais les aliénations de revenus, les frais de perception, ne laissaient arriver au Trésor qu'environ 7 millions (2). Très souvent donc il fallait recourir à des moyens extraordinaires et les pires. Ajoutons, pour rendre la comparaison possible, que les possesseurs de taxes aliénées et certains établissements de bienfaisance percevaient directement pour près de trois millions de ducats, que beaucoup de frais étaient laissés aux communes, et beaucoup de services publics abandonnés à des particuliers (3). Et depuis 1794 il y avait eu augmentation énorme des impôts, les expédients s'étaient multipliés.
En 1806 (à ne dater que de l’entrée à Naples), il fallut subitement faire face à une dépense dépassant celle des années de mégalomanie actonienne : 11350196 ducats de crédits alloués aux ministères, bien que le roi et Rœderer tinssent tête à leurs réclamations journalières (4). Or, dans un pays déjà grevé par les réquisitions ou ruiné par l'insurrection, les revenus ordinaires, « quelque rigueur qu’on ait mise à leur recouvrement », ne fournirent que 6 309 556 ducats. On sait les moyens auxquels on recourut : il n’en resta pas moins 4526 596 ducats de déficit (5).
En 1807, il fut décidé de n’affecter à l’arriéré des dépenses que l’arriéré des revenus, à la réserve encore de ce qui serait néces-
(1) L’année précédente, il lui avait demandé de répondre aux Questions concernant le royaume de Naples, ce qui prouve qu’on faisait cas de son expérience.
(2) Chiffres donnés par le Compte rendu du ministre de Finances, 6 janvier 1807. A. N., AF 1v, 1685. D’après un tableau détaillé et superbement calligraphié, dressé au commencement d’avril 1806, le revenu prévu par Ferdinand pour 1806 n’était que 10 959 645 ducats, dont 5 648 629 à recevoir eftectivement (Arch. Rœderer, vol. 17). Suivant celui du président Colombo (février 1806. A. N., AF 1v, 1714 A), 12 355 087 ducats, dont effectivement 6 361 486.
(3) C’est ainsi que, outre l’administration locale, entièrement aux frais des communes, on les voyait, par exemple, chargées d’armer les nouvelles levées, de solder les miliciens ; des particuliers, tirés au sort, fournissaient des chevaux et des fourrages.
(4) Celui de la Guerre dépassa ses crédits de 1 223 121. Un dixième fut payé ‘en denrées (rapport au roi avant le départ pour Venise).
(5) Compte rendu, 5 janvier 1807. Dont 1 200 000 ducats de rente promis aux possesseurs d’arrendamenti.
saire pour gagner le courant des contributions de l’année. Le mainmise sur les couvents bénédictins notamment remit à flot la barque budgétaire pour la laisser, bien que lestée d’une recette de 11729467 ducats, s’échouer encore une fois sur un arriéré de près de 5 millions (1).
Le premier semestre de 1808 donna 7636293 ducats (2); on a vu le déficit correspondant. Il n’en est pas moins vrai qu’il y avait progrès, qu'on pouvait, malgré les circonstances éminemment critiques, parler de finances régulières. Rœderer calculait que la charge moyenne d’impôt par tête d’habitant n’était que de 12 francs, contre 27 à 30 en France : elle était en tout cas fort lourde pour un pays exclusivement agricole, arriéré, et, pour l’instant, bloqué. Rœderer n’avait point résolu le problème d’ « augmenter les revenus du roi, tout en se faisant adorer des Napolitains (3) ». Il avait du moins débrouillé le chaos et fondé l'organisation nouvelle (4).
(1) Nous prenons les chiffres donnés par L. Reynier : contributions directes : 5 509 771 ducats ; indirectes : 5 975 373; recettes extraordinaires : 244 322.
(2) Zbid., ainsi décomposés : contributions directes : 3 155 684: indirectes : 3 158 111; recettes extraordinaires : 1 322 498. L'état général cité donne à peu près le même chiffre, mais varie considérablement sur les sommes encore dues aux ministères (seulement 993 167 : évidemment chiffre fictif; erreurs dans le détail des recettes). Il faut comparer ces états avec ceux qu’accompagne la lettre de Murat à l’empereur, 28 septembre 1808 (A. N., AF 1v, 1714 A). Le rapport au roi sur les recettes et les dépenses de l’an 1808 (Arch. Rœderer, vol. 25, fos 731-761) a été l’objet des observations précitées, très intéressantes, de Zurlo.
(3) Louis à Rœderer, 26 juin 1806. Œuvres de RŒDERER, t. IV, p. 44.
(4) Sur les dépenses budgétaires, cf. les données fragmentaires de BIANCHINI, Storia, livre VII, chap. 1V, $ 3. A titre d'indication, nous donnons les crédits ouverts aux divers ministères pour les six premiers mois de 1808, période la plus normale du règne au point de vue du fonctionnement des services publics. Guerre : 4 534 000 ducats (soit 750 000 environ par mois. En avril 1807, la dépense mensuelle avait ‘atteint 900 000, puis était tombée à un peu plus de 600 000 en décembre): Maison du roi : 600 000 ; Marine : 590 000 (au lieu de 80 000 seulement par mois); Intérieur : 531500 (très négligé jusque vers le milieu de 1807); Finances : 387 172; Justice : 158 000; Relations extérieures : 131 000; Police : 90 000; Culte : 17 632. Joseph avait (de Bayonne) fixé le budget du mois de juillet à 1127 000 ducats. Le roi insiste volontiers sur ce que les traitements de hauts fonctionnaires sont généralement fort inférieurs à ceux de France. Voici quelques exemples : ministre : 10 000 ducats par an; conseiller d’Etat : 3 000 (les ministres cumulaient les deux); intendant : 2 400 (et 2 400 d’indemnités); sous-intendant : 840 (et 720); secrétaire général d’intendance : 340; conseiller d’intendance : 360; inspecteur général des finances : 1 800; président de la cour de cassation et, de la cour des comptes : 4 000; président de cour d'appel : 2 000; président de tribunal : 1 200; juge de paix : 450. Le commissaire civil des Calabres eut 8 400, le commissaire général de police 6 000.