‹ Naples: Sous Joseph Bonaparte 1806-1808Chapitre 118 sur 164 · AGRICULTURE; ACCENSEMENT DU TAVOLIERE · texte numérisé non relu

AGRICULTURE; ACCENSEMENT DU TAVOLIERE

ration du partage des domaines, il eût été nécessaire que le cultivateur fût mis par une aide pécuniaire en état de faire valoir sa propriété, que l'Etat, comme l'Italie nouvelle s’y est partiellement résolue, entreprit des travaux d'amélioration générale, totalement impossibles à des particuliers : règlement des eaux, protection des forêts, assainissement, communications. Le pouvait-on alors? Du moins, on fit quelques efforts. Le reboisement est prévu dans la loi sur la division des domaines et, au commencement de 1807, on étudie un plan à ce sujet (1). Au même ordre de mesures se rattachent la destruction des sangliers dans les bois du Fusaro et autres (2), la plantation d’arbres fruitiers le long des routes (2). Des travaux d’assainissement ou d'irrigation sont ordonnés dans plusieurs terres du domaine; aux « lacs royaux » (Patria, Lucrino), dont le canal, rendu navigable, dut servir en outre à arroser les terres voisines (4); à Sulmona, où Pantique canal de Corfinium devait être restauré (5); à Fuorigrotta, où des marais malsains firent place à un lieu riant, fréquenté des promeneurs (6); à Castelvolturno, où moitié des terres -bonifiées était cédée à la société chargée des travaux d’écoulement, une autre partie à la commune pour être divisée entre ses habitants (7). Le roi songea encore (c'était presque de tradition) à faire rouvrir le fameux émissaire de Claude, par où s’écoulait une partie du lac Fucino, ce qui eût donné à la culture de vastes terrains.

Certaines cultures furent encouragées. Le climat presque tropical de quelques régions avait permis, dès le moyen âge, de planter en Calabre du coton, même de la canne à sucre. Dans les

-circonstances actuelles, la France souhaitait voir ces produits s’accroitre, Le second paraît être resté exceptionnel; le premier, au contraire, fit «d’immenses progrès en qualité et en quantité (8) »:

(1) Arch. Istit. Incorr. (Capecelatro au secrétaire de la société, 2 janvier 1807 : le roi désire un rapport sur la question).

(2) Décision, 17 mars 1806.

(3) Miot à la Société d'encouragement, 23 août 1806 (Arch. Istit. Incorr.),

(4) Crédit de 180 000 ducats alloué à cet effet au lieutenant-colonel du génie Piscicelli.

(5) Décret, 13 mai 1807. Aux frais des possesseurs de fonds irrigués, comme les habitants l’auraient spontanément offert (Monitore, 17 septembre 1806).

(6) PeriT-RADEL, t. III, p. 197, reproduit l'inscription latine qui fut apposée.

(7) Décret, 17 novembre 1807.

(8) Mémoire sur un projet de traité de commerce, 1810. A. N., F1, 549.

autour de Castellemare et de Torre dell’ Annunziata (1), dans la province de Salerne et la Terre d’Otrante. C'était le seul produit auquel le blocus maritime fût profitable.

La soie, dont la principale production était en Calabre, Terre de Labour, Salerne, souffrit naturellement des désordres. Délivrée en mai 1806 seulement d’une taxe ruineuse, qui « avait presque détruit cette branche de culture (2) », elle était déjà peu prospère ; le maintien, jusqu’en 1808, d’un droit sur la soie en empêcha le relèvement (3). |

L'huile aurait pu non seulement faire la fortune de toutes les provinces de l’Adriatique, mais compenser tout ce que la nation achetait à l’étranger (4). Un système absurde d'impôts et de douanes, sans parler de l’oppression féodale, de la mauvaise culture et de la mauvaise préparation, tarissait cette source de richesses. Le problème était de trouver le placement de cette huile, -qui s’accumulait dans les citernes taillées dans le roc, et que l'ennemi tentait d'enlever. En mars 1808, le prix normal était tombé de plus de moitié et la baisse continuait (5).

Pour les blés, dont la culture était aussi primitive, mais dont la valeur aurait doublé depuis cinquante ans, on ne les exportait qu'avec des licences: dans les années précédant l'invasion, de bonnes récoltes les avaient fait accorder facilement, et les grains étaient devenus un des principaux articles du commerce avec la

(1) Mémoire (en italien) du marquis de Turris, 1809. A. Naples, Interno, 28, n° 4. En 1809, la récolte égala 3 millions de livres pesant (Huë de Groshbois à Champagny, 22 septembre 1810. A. E., Naples, 135); pour 20 millions de francs, suivant Rœderer.

(2) Observation du général Reynier (à Joseph, 7 avril 1806. Mémoires du roi Joseph, t. Il, p. 190), confirmée par le mémoire (en italien) pour le perfectionnement de la soie, de F. Tortora {Arch. Rœderer, vol. 17, f° 62).

(3) Production annuelle, d’après un mémoire anonyme des Affaires étrangères (25 septembre 1810), environ un million de livres (850 000 en 1790); les plus fines au Vomero, à Sorrento.

(4) Mémoires sur les huiles, par le marquis de Turris. Arch. Rœderer, vol. 22, fos 378-399. Des critiques précises des procédés du paysan sont données dans Tupputi et dans le mémoire de Seulco : olivettes semblables à des bois sauvages, déchet dans la récolte des olives, que l'on gaule ou dont on attend la chute, au lieu de les cueillir, pressoirs souterrains, dont le poids énorme fatigue hommes et bêtes et qui laissent filtrer l'huile, malpropreté et négligence générale. è n

(5) Gentil à Rœderer, 24 mars 1808. Arch. Rœderer, vol. 28, fo 131 : au lieu de 45 ducats, la salma ne valait plus, à Bari et à Tarente, que 17 et 18 ducats (il se faisait encore quelques exportations par terre à Naples), en Terre d'Otrante que 10 à 14, et chaque jour baissait de quelques carlins.

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