INDUSTRIE
France. Le blocus vint avilir les prix, malgré des achats pour Parmée et pour Corfou; au début de 1807, le blé était tombé en Pouille à moins de moitié de sa valeur, et cependant, par suite du brigandage, des spéculations (Joseph eut le tort de supprimer les avances faites, selon l’usage, à des négociants pour assurer lapprovisionnement de Naples), le blé commença à manquer (1).
Quant aux procédés de culture, nul doute que les bons conseils n'aient été prodigués par les fonctionnaires, les correspondants de l’Institut d'encouragement, les soldats même (2) : cependant ils sont aussi déplorables après le Decennio qu'avant (3).
Malgré d’assez nombreuses tentatives sous les Bourbons, malgré, chez le peuple, des qualités de premier ordre, l’industrie se réduisait à fort peu de chose : quelques tissus de soie, dont une réglementation excessive (4) entravait le perfectionnement (Calabre, établissement du Carminello à Naples, colonie royale de San Leucio); des toiles, cotonnades, lainages grossiers, pour l’habillement populaire (Arpino, Piedimonte, Pouille, Calabre); des pâtes, des gants, chapeaux, savons et essences, un peu de tabac (Lecce); l’écaille et la majolique; le corail, dont la pêche sur les côtes de Sardaigne, Sicile, Tunisie, était soumise à des règlements très stricts (Code corallin), le roi étant acheteur privilégié de la récolte, qu’il faisait ouvrer par les pensionnaires du « con-
(1) Rapport du ministre de l'Intérieur, 16 novembre 1810. A. N., AF 1v, 1714 À. A Naples, si le taux du blé, comme des autres denrées, se maintient (2 d.,50 le tomolo en 1807), en province il périclite : à Barletta, la voce (prix établi après débat entre les principaux producteurs et acheteurs) est 1 d., 32 le tomolo en 1807, 1 d., 16 en 1808 ; après 1809, elle remonte. Le blé subit d’ailleurs des variations brusques : au 14 décembre 1807, il était tombé à 9 carlins et, au 5 janvier 1808, remonté à 4 d., 20 (mss. Elefante, appendice). Même baisse pour le maïs, l’orge.
(2) Miot demande à C. Berthier (23 septembre 1806. A. Naples, Guerra, 1046) trois ou quatre vignerons habiles, pour des essais d'amélioration, et il paraît que des essais de vins façon Champagne ou Bordeaux avaient assez réussi pour réduire sensiblement notre importation (réponse du consul général de France à la circulaire du 13 juin 1810. A. E., Naples, 135).
(3) V. par exemple les rapports à l’Institut d'encouragement en 1821.
. (4) Règlement sévère du 17 mai 1803 (défense de sécher la soie autrement qu’à l’air libre, à peine d’un an de prison).
servatoire » de Torre del Greco. La fabrique de porcelaines, orgueil des Bourbons, était aussi à l’Etat. Mais soies, laines, cotons, peaux, etc., on n’exportait guère que les produits bruts et l’on achetait à l’étranger les articles manufacturés pour une somme bien supérieure (1). Les corps de métier subsistaient, avec leurs consuls, leurs taxes, leur juridiction (art de la soie, art de la laine, etc.), très affaiblis d’ailleurs par de nombreuses autorisations royales et même des monopoles. Il ne semble pas que le nouveau régime y ait touché directement avant la mise en vigueur des Codes français.
L’appui de l'Etat, jugé indispensable (2), ne fut pas refusé aux fabriques et le blocus devait être un stimulant pour certaines d’entre elles. NE
La manufacture de porcelaines (transférée du Palais Royal au couvent désaffecté de S. Maria della Vita) fut passée avec le
.monopole aux sieurs Plan et Prad, à charge d'employer (ou payer au tiers de solde) tous les ouvriers (3). Le monopole du tabac, dont la suppression n’avait profité qu’à l’étranger, fut rétabli et concédé à Dareste de la Chavanne (4). On trouve d’autres Français à la tête de fabriques diverses (5). Les tissus progressent, car les
- draps communs indigènes, quoique grossiers, encouragés notamment par les commandes pour la troupe, finiront, paraît-il, par se substituer aux draps français équivalents. Certaines manufactures restent à l'Etat : celle des soieries, au palais même du roi (6);
- l’arsenal au Castel-Nuovo et la Darsena, où l’on active les
constructions navales (7); la manufacture de corail qui, au con-
(4) MonTerASr, Prospetto…., t. 197, pp. 190, 193, 198 (il donne des chiffres).
(2) Zbid., p. 187.
(3) 10 mai 1807. A. Naples, Interno, 5057 (décrets, règlements de travail) et Lettres inédites, p.157; Catalogo del Museo Filangieru, t. Ie7, p. 425-436 ; L. DE LA
- VILLE SUR YLLON, la R. fabbrica di porcellana. La fabrique restait sous l’inspection du gouvernement. Les concessionnaires la gardèrent jusqu’en 1818.
(4) D’autres monopoles furent accordés (ainsi la gravure sur pierre pour dix ans au sieur Giov. dell Armi) ou des protections spéciales (ainsi à la fabrique de produits chimiques Ferrata).
(5) Ainsi les sieurs Vallin (qui reçoivent des machines à tisser du gouvernement), Parian (bière), Cordesse (ganterie). Sous Murat, les demandes de Français se multiplieront. « L’inspecteur des manufactures » est aussi un Français, Le Riche.
(6) On voit Rœderer envoyer des robes de tulle à Mme de Talleyrand, à sa femme.
(7) Rapport du général Dulauloy, 21 juin 1806. A. G., Naples. Alors 250 ouvriers aux arsenaux et 400 à la Darsena. L’arsenal de Naples réunit la petite aciérie privéc, qui végétait.