INDUSTRIE
traire, malgré l’impulsion que devait lui donner un nouveau directeur, le sieur Martin, de Marseille, ne peut plus que très difficitement s’approvisionner (1). Les poudres et salpêtres sont mis en régie (2). Les hospices sont encouragés à la production industrielle, dont ils étaient incontestablement les plus actifs foyers. Andrea Giannini, adjudicataire des laines fabriquées dans les deux principaux, lAlbergo de’ Poveri et lAnnunziata, obtient une médaille d’or pour les perfectionnements qu’il y a introduits et est autorisé à ouvrir à Naples une « fabrique normale royale » de lainages. D’autre part, dans l’ancien couvent Saint-Pierre Martyr, Marie Isouard (sans doute de la famille provençale qu’avaient connue les Bonaparte en des temps moins heureux) devait ouvrir, pour soixante-quinze filles des hospices, une Maison royale d'éducation ou l’on montrerait à travailler le coton (3). On s’occupe aussi d'améliorer la soierie (4).
- Des produits minéraux, seuls le marbre, le soufre, le fer (Stilo et la Mongiana, en Calabre) étaient abondants (5). L’exploitation des mines était des plus faibles et des plus primitives (forges à la catalane) et, loin de progresser, elle avait abandonné nombre de gisements. Les produits métallurgiques, depuis les plus humbles, venaient presque exclusivement de l’étranger, qui recevait de ce chef plus de 850 000 ducats par an. Une nouvelle activité fut donnée à la Mongiana, perdue alors au milieu de sa forêt (6), à 1 000 mètres d'altitude :elle fut affectée aux services de la Guerre et la forge de Poggioreale à ceux de la Marine. L’extraction du soufre à
(1) Description dans NoaïrzLy, p. 57
(2) Décret, 2 novembre 1807. Primes aux directeurs qui obtiendront une production plus abondante et moins chère.
(3) Décret, 27 avril 1808 ; A. Naples, Interno, 5066.
(4) Miot au préside de Catanzaro, juin 1806 (A.-Naples, Interno, 5066). I/inspecteur fait un rapport sur des perfectionnements apportés au tissage par un abbé Petrucci. Et, avant l'insurrection, le roi avait voulu, avec des pensionnaires de l’hospice et des fonds demandés en partie à une souscription, faire refleurir l’art de la soie à Catanzaro. C’est encore d’hospices qu’il s’agit quand la Maison du roi s’engage, pour encourager la cire fabriquée au Carminello, à ne consommer que celle-là, et quand une manufacture de filés est autorisée à l’orphelinat de $. Anthime.
(5) Une description des ressources et procédés est énumérée dans un mémoire de Carmine Lippi, 16 juillet 1808 (A. E., Naples, 132, fos 294-311). V. aussi Monteiasi. Le général Dedon cite un trait d’ignorance : avec des masses de pierres à fusil dans la montagne, pas un ouvrier capable pour les tailler.
(6) De CESARE, la Fine di un regno,en donne, pour le temps de Ferdinand II, une pittoresque description (t. I, p. 30).
Pouzzoles fut encouragée par l’exemption de droits d'entrée à Naples. En somme, dans l’industrie manufacturière et minière, il y eut un progrès indéniable, surprenant même pour tout ce qui touchait à l’armée.
Les travaux publics les plus urgents étaient les communications, encore maintenant très insuflisantes, réduites alors aux quelques routes qui conduisaient de Naples à Rome (par Terraeine et par Ceprano, toutes deux fort belles) (1), en Calabre (celle-ci cessait d’être carrossable à Lagonegro), en Pouille (par Bénévent et Bovino, route en restauration), à Brindisi. Quelques autres aboutissaient à des domaines royaux. En dehors de cela des chemins horribles, presque impraticables à certaines époques (2). Les taxes foncières, établies au bénéfice des routes, avaient été détournées de leur objet (3).
Ne fût-ce que par nécessité stratégique ou centralisation administrative plus grande, le nouveau régime, qui n’était pas maitre de la mer, devait améliorer les chemins. Tout de suite il s’en occupa, et avec un zèle qui est loué même par des écrivains bourboniens (4) : reprise des travaux sur l’antique via Egnazia, avec le concours de la principauté de Bénévent, sur les routes de Poggioreale et d'Ottajano (5); continuation de la route de Calabre jusqu'à la Rotonda (6). En pleine Calabre, on ouvrit, surtout pour
(1) Ziinerario italiano, p. 258.
(2) Ainsi route de Teramo à l'Aquila et route de Tarente à Bari par Gioja (Partouneaux, 17 août et 31 décembre 1807. A. Naples, Guerra, 1048). De Castellamare à Massa (la corniche de Sorrente), on ne peut aller qu’à cheval con sommo timore, dit le marquis de Turris. De Naples à Portici, en 1809 encore, la route est donnée comme absolument défoncée (La Feuillade à Champagny, 5 août. À. E., Naples, 133).
(3) Là encore, l'ancien régime avait eu des velléités d’agir : l’illustre abbé Galiani avait été chargé d’un rapport sur les voies romaines et une junte spéciale avait été créée (mss. Logerot, chap. v, Soc. Hist. Naples). CEVA GRIMALDI (Della Cinà di Napo'i, chap. xtv) affirme que, de 1799 à 1805, plus d’un million de ducats furent affectés aux travaux publics.
(4) Ainsi Ceva Grimadi.
(5) Arrôtés, 22 et 29 mars 1806.
(6) Au moment où est prise la détermination du 8 avril 14806 (à la Rotonda même) le travail était commencé aux deux extrémités de la route.