ÉTABLISSEMENTS SCIENTIFIQUES
paru et qu’elles souffrissent de la contrainte générale des esprits. L'institution était tellement dans les mœurs que Championnet avait pris le temps de décréter un «Institut national». Les académies étaient indépendantes de l'Etat (1). Un gouvernement qui comptait trois membres ou futurs membres de l’Institut de France devait avoir une autre conception. Une Académie d'histoire et d'antiquité, résurrection de l’Académie d’Herculanum, fut instituée «pour réveiller sur cette terre classique, par tous les moyens possibles, le goût des sciences, des lettres et des arts (2) », et le roi nomma, avec un éclectisme éclairé, les vingt premiers membres : à la fin du règne, l’Académie fut incorporée dans une Société royale, comprenant « trois académies » (histoire et belles-lettres, sciences, beaux-arts), en tout cinquante-quatre membres, outre des membres étrangers et un ou deux « correspondants » par province ; le roi nomma les premiers titulaires et les élections subséquentes devaient être approuvées par lui; il devait désigner les trois secrétaires perpétuels, non le président. La dotation, celle qu'avait eue lPAcadémie d’Herculanum, permettrait d’allouer des jetons de présence et, pour chaque classe, deux prix annuels (les sujets de concours devaient être approuvés) (3). L’uniforme académique, bleu clair à broderies vertes, eut entrée à la cour (4).
C’est encore une académie, sanctionnée par le roi et en correspondance suivie avec le ministre de lIntérieur et les intendants, que la Société royale d'encouragement pour les sciences naturelles et
(1) Sauf celle d’'Herculanum, disparue en 1799, et une Académie des sciences et belles-lettres, créée par Ferdinand et qui ne dura que neuf ans.
(2) Décret, 17 mars 1807. La Société d'encouragement possède un règlement de l’Académie, mss., en 98 articles ; elle siégeait aux Studi, où, comme aujourd’hui, étaient réunis le Musée, la bibliothèque publique, l'office des papyrus, en outre l'Académie du dessin. Sur l'historique de l’Académie d’Herculanum, Gius. Cas- TALDI, Della regale Accademia ercolanese…, Naples, 1840.
(3) Le premier concours de ce genre, ouvert en juillet 1807 par l’Académie d'histoire, eut pour sujet : la prospérité réelle de la grande Grèce et ses causes.
(4) C. Manrert Riccio, dans son Cenno Storico des académies de Naples et de province, montre qu’en dehorside l’Académie officielle d’autres subsistèrent, avec autorisation, et même se fondèrent : Académie Fortunato, qui se tint en 1807 et au commencement de 1808 chez Giustino Fortunato (président du conseil sous Ferdinand Il) : elle s’occupait d’érudition et, parmi ses quinze membres, comptait des militaires et fonctionnaires du nouvau régime et l’illustre Monti; Académie Furiati, qui s’ouvrit en 1807 chez le célèbre jurisconsulte de ce nom (controverse légale); la célèbre Società Pontaniana date de 1808. Plusieurs académies provinciales recevront, sous Murat, une sanction officielle ; sous Joseph,
nous voyons Vinc. De Ritis, de Chieti, 20 mai 1806, demander à tenir avec quelques amis des réunions académiques (A: Naples, Int., 52, n° 1).
économiques (1), fondée par le colonel Augusto Ricci et qui compta quarante membres, dont plusieurs Français, nommés à l'élection sauf approbation ministérielle. Joseph lui accorda le matériel de la défunte Académie des sciences et belles-lettres et le monopole qu’elle avait de la teriaca (médicament très usité) ; il stimulait son zèle, lui soumettait des questions, des projets de loi. De caractère essentiellement pratique, limitée aux objets « qui ont un rapport direct avec la prospérité publique », la société étudiait, proposait des sujets, sous forme de concours ; elle cherchait à répandre l’esprit d'observation et de meilleurs procédés techniques, s’assurant en province des correspondants, et bientôt des filiales, dites sociétés économiques, ou parfois patriotiques (2). Ses archives attestent une sérieuse activité et un concours réel des autorités. Les fouilles archéologiques, les musées et bibliothèques ont partout sincèrement intéressé les Bonaparte. Il y avait eu une telle dispersion d’objets antiques qu’un règlement s’imposait ; il fallut désormais, pour fouiller, un permis du ministre de l'Intérieur, qui désignait un surveillant bénévole, chargé de signaler à l’Académie ce qui pouvait « contribuer à l’instruction et au prestige national » et d’en demander l’acquisition ou du moins la conservation dans le royaume (3). L'Etat se réservait d'acquérir les terrains recouvrant Pompeï. Il est probable que ce règlement fut loin d’arrêter Pexportation des antiquités : nous connaissons plusieurs collectionneurs éclairés, Joseph tout le premier (4), Miot, qui s'était
(1) Elle se divisa bientôt en cinq classes : mathématiques, physique et chimie, histoire naturelle, médecine et chirurgie, économie civile et rurale. Parmi les nombreux membres honoraires, tous les ministres, la plupart des intendants, nombre de généraux, de grands seigneurs.
(2) Première séance, © juillet 1806, au ministère de l'Intérieur; MINIER: Riccio, ouvr. cité; Annuario del R. Istituto d'Incoraggiamento. Nous avons dépouillé avec profit les archives de cet institut (aujourd’hui au palais de Tarsia, alors successivement au couvent de S. Francesco di Paola et du Gesû Nuovo). notamment les procès-verbaux des séances. Des mémoires intéressants furent publiés dans son Giornale di economia rurale, qui n’avait encore que trois numéros à la fin de 1808, lenteur que blâme Miot (lettre, 7 juillet 14808. Arch. Istituto). Parmi les sujets étudiés, citons celui d’un Code rural (D. Rocco), l'irrigation et l’écoulement des eaux, la navigation fluviale, la conservation des forêts (R. Pepe), la préparation du chanvre (V. Ramondini).
Le premier président fut l’illustre médecin Cotugno, qui céda presque aussitôt la place au ministre Miot, que remplaça Melchiorre Delfico.
(3) Décret, 15 février 1808, précédé de celui du 7 avril 1807, suspendant provisoirement toutes les fouilles, publiques ou privées.
(4) I lui arriva de collectionner. jusque dans le musée! Dumas reconnaît en