‹ Naples: Sous Joseph Bonaparte 1806-1808Chapitre 128 sur 164 · ENSEIGNEMENT · texte numérisé non relu

ENSEIGNEMENT

maîtres et élèves, pensionnés au palais Farnèse et à la Farnésine, et qu'il réunissait dans cette splendide villa.

Il fallait pourvoir à l’enseignement secondaire qui, en majeure partie congréganiste (1), eût été ruiné par la réforme des couvents. Les questions pédagogiques étaient d’ailleurs en honneur à Naples (2). Il fut convenu que les religieux aptes à enseigner

. , L « e. LA seraient employés dans les nouveaux collèges, fournis également par les maisons supprimées de locaux, livres, matériel. Mais si le personnel était peu changé, l'esprit l'était davantage, par la sécularisation des maîtres, par le rajeunissement des programmes et de la discipline (pas d’autre châtiment corporel que la détention). Dans les collèges, un par province (deux pour celle de Naples), les autorités laïques assistaient avec l’évêque aux examens de fin d’année ; des bourses ou demi-bourses étaient accordées par le roi, les meilleurs élèves étaient ensuite placés par lui, à leur choix, dans les séminaires, les écoles militaires ou des beaux-arts, ou à PUniversité. Chaque province devait aussi avoir une « maison que P

d'éducation » pour les filles, et l’on fonda à Aversa une maison modèle sous le patronage direct de la reine (3).

Pour la classe populaire, dont l’ignorance semblait au roi, on peut en être sûr, la raison principale de sa résistance, Joseph n'était pas d’avis qu’elle n’avait pas besoin de penser (4): en pleine insurrection, il fut prescrit à « toutes les cités, terres, villes et tous lieux habités » d'entretenir à leurs frais un maître, pour enseigner « les premiers éléments et la doctrine chrétienne » aux garçons, et une maîtresse, pour apprendre aux filles les arts néces-

(1) Après l’expulsion des jésuites, Tanucci avait fait instituer des « écoles normales » et « écoles supérieures » laïques, qui paraissent avoir peu réussi. Les jésuites, revenus, avaient tout de suite retrouvé leur vogue. Les Scolopr (Lazaristes), les Somaschi et d’autres ordres florissaient également dans l’enseignement. Les séminaires aussi jouaient le rôle de collèges.

(2) Principalement parmi les disciples de Vico et de Genovesi, de Filangieri aussi (dont G. Nisro, Rivista d'Italia, t. VII, 1904, soutient l'influence sur les pédagogues de notre Révolution). Sous Joseph, citons Melch. Delfico, qui présenta un plan d'organisation, le chevalier A.-M. Ricci, qui publia dans le Giornale enciclopedico, 1807 (p. 42-65), un Essai d'éducation scientifique, en attendant les Pensieri sulla pubblica istruzione de Matteo GaLptr, 1809, et, la même année, le beau rapport de Vinc. Cuoco sur le projet de loi per l’ordinamento della pubblica istruzione.

(3) Lois, 30 mai 1807 (collèges) et 11 août 1807 (établissements de filles).

(4) Melzi lui écrivait à cette époque, en le félicitant de son avènement au

trône de ce pays : « L’instruction seule sera capable d’y faire une grande et heureuse révolution... » (10 mars 1806, Memorie e documenti, Milan 1865, t. II, p. 459.)

saires. C’est toujours sur le clergé que lon comptait et à Naples les trente écoles publiques gratuites successivement créées se tinrent dans des couvents, dont les supérieurs proposaient les maîtres. De même pour les onze écoles, également gratuites et à la charge de la ville, instituées à Naples pour les filles (1).

Pour la première fois, on voyait un plan d’enseignement coordonné et contrôlé, et, à ce point de vue, on peut admettre ce témoignage napolitain que « dans ces deux années, si fécondes en autres progrès civils, furent jetées les bases de l’instruction primaire et secondaire (2) ». Malheureusement les circonstances ne permirent pas d’aller aussi loin que les décrets : on voit un des collèges de Naples fonctionner au Gesù Vecchio dès janvier 1807 (3), de hauts fonctionnaires donner l’exemple d’y envoyer leur enfants, le roi l’honorer d’une visite inopinée, la distribution des prix se célébrer avec un éclat propre à séduire les familles : le cardinal Firrao, plusieurs ministres et conseillers d'Etat, l’Université, l’Académie, l’illustre Monti même y assistèrent. Les écoles primaires de Naples paraissent avoir pleinement réussi (4). En province, il n’est parlé que des collèges de Lecce, Sulmona, Lucera; la maison d’Aversa fut dotée (5), non ouverte, et les autres établissements officiels, malgré la sollicitude du roi, ne purent «recevoir d’existence faute de fonds (6) ». Mais le ministre affirmait que « déjà plus de 1 500 communes avaient exécuté le décret du 45 août (7) ». L’impulsion était donnée et, sans la Restauration, l’enseignement populaire ne serait sans doute pas dans l’état lamentable où il croupit.

(1) Décrets, 15 août et 31 octobre 1806, 16 octobre 1807, 9 février 1808; 12 janvier 1808 (filles); circulaire de Miot (résumée dans le Monitore, 7 juillet 1806).

(2) G. Nrsro, Della istruzione… in Napoli, p. 9.

(3) Le collège des nobles y fut réuni. Le recteur et le vice-recteur étaient deux célestins ; parmi les professeurs, au moins deux autres Pères.

(£) Considérants du décret du 16 octobre 1807; 2 000 élèves à cette date et c’est à la demande des familles qu’on crée d’autres écoles.

(5) Vingt-quatre mille ducats provenant de couvents supprimés, du mont des veuves, d’une redevance de la capitale au Monte Borbonico (décret, 13 octobre 1807).

(6) Rapport de Miot, 15 mai 1808.

(7) Décret, 7 novembre 1806. Outre les boursiers, on était admis en payant; tous les élèves avaient part au produit de la vente des objets fabriqués par eux, 11 était question aussi, en 1807, d’une école de filature à établir à Portici, sous la

protection directe du roi et la direction de Mme Isouard. A. Naples, Int., 5057. Murat créera des « écoles nautiques », également gratuites.

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