PROTECTION OFFICIELLE S
Les « conservatoires », en apprenant un métier aux enfants qui leur étaient confiés, pouvaientpasser pour des établissements d'enseignement professionnel; mais pour élargir ces limites étroites, l'intervention de l'Etat était nécessaire. A Nola, dans le couvent supprimé des Verginiani, une école d’arts et métiers fut destinée à former des ouvriers et des maîtres; elle donnait à la fois une instruction élémentaire et technique; l’organisation en était presque militaire. L'Etat s’engageait à employer de préférence dans les travaux à son compte les anciens élèves brevetés.
L'école des sourds-muets fut rétablie.
En même temps que s’édifiait cette belle œuvre, Joseph exerçait un mécénat intelligent. Ses ministres, ses entours l’imitaient. Les grands travaux publics, l'aménagement des palais officiels et privés, les fêtes, les cérémonies, multipliaient les commandes et stimulaient l’ingéniosité.
Des bénéficiaires de cette faveur, les plus marquants, c’est un fait, sont des étrangers. Parmi les artistes, l’attention est attirée par Wicar, à qui le roi achète son tableau du Concordat (1) et demande plusieurs fois son portrait (2), et qui peint aussi ceux de Masséna (3) et de Saliceti (4); par Simon Denis, d'Anvers, que Joseph fait venir de Rome et nomme son premier peintre : paysagiste surtout, il s’attacha à Naples, où il mourut, c'était un protecteur des artistes (5); par les paysagistes Bertin, Dunouy, Fontainieu (6), Turpin de Crissé, qui déjà peut-être réunit la matière
(1) Wicar à Miot, 4 mars 1807. A. Naples, Int., 51, n° 9.
(2) Cf. Bibliogr.
(3) Après le départ du maréchal, sur la commande du roi.
(4) V. p. 24. On paya finalement Wicar avec des terres (décret, 11 mai 1808).
(5) Bont, Biogr. degli artisti, p. 282. Joseph, à Pointe-Breeze, avait dans sa chambre à coucher des vues de Naples par Denis (G. BERTIN, Joseph Bonaparte en Amérique)."#|. "
(6) Prosper de Barrigue de Fontainieu, Marseillais, enseigne de vaisseau sous d'Estaing, trouva à Naples sa vocation, sous l’influence de Denis. Le musée de Marseille possède de lui des vues du royaume. V. la notice par BOUILLON-LANDAIS (Sociétés des beaux-arts des départements, t. XXIX, p. 478-482). Dunouy (Alex.- Hyacinthe) et Bertin (Jean-Victor) étaient de Paris.
de ses Souvenirs du golje de Naples; par le Toscan Nicolani, qui restaure les salles du Fondo et du S. Carlo ; par Schweiïkle et Berger, professeurs à l'académie du dessin, et surtout, bien qu’il n'ait fait que paraitre à Naples, par l «€ immortel » Canova. Joseph lui avait commandé, pour orner la belle place en hémicyele à former devant le Palais Royal, une statue équestre de l’empereur : le cheval de bronze sera dressé pendant le règne de Murat, et c’est finalement Charles IT que l’on hissera dessus (1).
Au-dessus des littérateurs méridionaux de même vient planer
un autre génie du Nord, le Milanais Vincenzo Monti (2). Invité au palais à ces réunions intimes du soir, dont Girardin vante le charme, il y lit des vers ; il compose à Naples une œuvre vigoureuse, plutôt cantate que drame (3), les Pythagoriciens, avec musique de Paisiello : Denys le Tyran persécuteur et soutenu par d'inique torme di feroci ladroniet par la perfida Cartago, l’allusion était transparente; les Napolitains purent oublier que Pauteur n'était pas des leurs, quand ils entendirent au gala du San-Carlo, le 19 inmars 1808, pour la fête du roi, la vibrante glorification des martyrs libéraux (4). Quelques écrivains français bénéficiaient encore, de loin, de la bienveillance royale ; ainsi le vieil abbé Movellet, nommé officiellement € chargé des affaires littéraires » à Paris (5).
Ces étrangers étaient des exemples proposés aux Napolitains, et de ceux-ci Pon sollicitait les talents par des concours, des commandes, des hommages rendus aux gloires nationales. Avant de pouvoir penser qu'il régnerait à Naples, Joseph avait un culte pour Tasse : avec la Jérusalem délivrée les héros de son roman paciliste Aoina oubliaient, dans le souterrain où les avait ensevelis avalanche, les dangers et le monde. Roi, il décida que la route de Sorrente serait rendue carrossable, aux frais du Trésor,
(0 Une lettre de Canova se rapportant à cette commande à 6t6 publiée par
QUATREMÈRE DE QUINCY, Vie de Canova; Joseph avait aussi commandé sa propre image : nous ne la trouvons signalée nulle part; Canova lui avait offert le buste de l'empereur.
(2)Arrivé le 4 septembre 1807, parti le 2 mai 1808. A son départ, Joseph lui donna une boîte d'or ornée de brillants et lui assigna une pension annuelle.
(3) Z Pittagorier, Milan, 1808. Cf. Mazzont, l'Ottocento, p. 199.
(4) Une autre œuvre de Monti fut publiée à Naples : la Spada di Federico II (ode), 1807.
(5) La correspondance qui lui était demandée paraît être celle qui est conservée dans Ds papiers Rœderer ; elle n'offre aucun intérêt historique.