PROTECTION OFFICIELLE
qu’un monument serait élevé à Tasse devant sa maison, où l’on réunirait ses manuscrits originaux et les éditions et traductions diverses de ses œuvres, sous la garde d’un de ses descendants. Parmi les pensions accordées, on en trouve une à la veuve de Filangieri et les fils du grand juriste furent, l’un auditeur au conseil d'Etat, l’autre aide de camp du roi.
D’autres effets du nouveau régime furent de rapprocher les divers foyers intellectuels d'Italie et de renforcer l'influence française en face de l’invasion, très menaçante à la veille de la révolution, notamment dans le fief de Marie-Caroline et des Hamilton, de Pesprit germanique ou anglo-saxon. Français et Napolitains apprirent à se mieux connaître et cela était bien nécessaire pour trop de Français, le royaume de Naples, c'était le cadavre de la Grande Grèce, rongé par une vermine monastique et populacière ; de son côté, l’orgueil napolitain était prompt à mépriser les étrangers.
La réaction qui suivit 1799 avait fait fuir vers la France et Pltalie nombre de Napolitains et des plus éclairés. Rentrés pour la plupart (1) à la suite des Français, ils gardèrent des relations sympathiques avec les pays qui les avaient recueillis. Melchiorre Delfico, qui s'était réfugié à Milan, resta en correspondance amicale avec le baron Custodi et léditeur Cancrini, de cette ville, avec Fr. Reina, membre du corps législatif d'Italie, qui « aimait fort les vifs génies des Siciles (2) »; il proposait à la société d’encouragement, comme membres étrangers, l’abbé Amoretti, de Milan, le docteur Ranaldi, de Saint-Marin (3). D’Italie aussi revevaient l'historien philosophe V. Cuoco, Pagronome G. Gagliardi et l’on envoyait se perfectionner à Padoue le nouveau titulaire de Ja
(1) Pas tous : ainsi le Basilicatais Francesco Lomonaco, qui avait été ministre de la Parthénopéenne, resta à l'Ecole militaire de Pavie, où il enseigna jusqu’à sa mort (G. NaTALr, F. Lomonaco a Pavia, Boll. Soc. St. Pavese, 1907); le Calabrais Francesco Salfi, également membre de l’ancien gouvernement républicain, garda sa chaire d’histoire à la Brera de Milan (le Giorn. enciclop. de Naples publie une de ses leçons) et mourra à Paris; Matteo Galdi, de Salerne, officier, puis professeur de droit à la Brera, employé dans la diplomatie italienne, ne reviendra qu’en 1809; le Sicilien Saverio Scrofani reste à Paris et beaucoup d'artistes continuent à parcourir l'Europe.
(2) L'expression est dans une lettre de Reina. Bibl. nat., Mss. it., 1551.
(3) Cette même société recevait des mémoires étrangers et faisait échange de publications (ainsi avec le directeur de la Monnaie de Florence, Fabbroni, la Société d'encouragement de Milan, A. Istit. Incor.).
chaire de langues orientales. De France arrivaient l’entomologiste San Giovanni, chaudement recommandé par Cuvier et qui fut nommé professeur à l’Université, en attendant la direction d’un cabinet d’histoire naturelle (1), les jurisconsultes C. Della Marra et N. Corona, le médecin T. Civita, protégé de la reine Julie, le miniaturiste Zuccarelli. De ces rapports intellectuels avec le dehors, les plus brillantes manifestations furent le séjour de Monti et le court passage de Canova (octobre 1807). Le roi qui avait dû insister pour faire venir le célèbre sculpteur, le combla d’attentions, l’Académie plaça son buste dans la salle de ses séances (2) et Wicar, son vieil ami de Rome, organisa aux Studi un banquet, rehaussé de musique et de poésie, auquel prirent part l'élite des artistes et des dilettanti napolitains et le grand poète milanais; cet hommage collectif de représentants estimés du Nord et du Sud, du plus illustre écrivain de la nation, de ces artistes français à demi romains, au sculpteur qui venait d’achever, pour le tombeau d’Alferi, une [Italie grandiose, c’est déjà le salut Rare à « Canova italien! »
C’est bien en effet l’union intellectuelle de l’Italie qui s’opère en dépit de frontières politiques, prudemment maintenues par Napoléon. À Naples, nulle tentative n’est faite, sous un prince à demi italien, pour franciser les mœurs et le langage (3). L'influence française profite surtout de ce que les imprimés peuvent pénétrer plus librement : trop même au gré de certains, qui déplorent de voir circuler « les livres les plus scandaleux et les plus criminels
(1) Trois lettres, très honorables pour ce savant, de Miot à Cuvier. A. Institut, . Fds Cuvier.
(2) Le Giorn. encicloped. de cette année-là reproduit en partie la notice des Rômische Studien de FERNOW. Sur le voyage de Canova, MissrRINt, Della vita du Ant. Canova libri quattro, Prato, 1824, p. 202. Les ‘notices de L. CIcOGNARA, Biogr. di A. C. (Venise, 1823) et les Nozizie int. alla vita di A. C. (Venise, 1822) ne donnent aucun détail à ce sujet.
(3) Ge fait contraste avec les tentatives signalées, dans les régions annexées, par P. HAZARD, La Révol. fr. et les lettres ital., p. 192 et suiv. L’auteur montre bien la condition différente des Etats autonomes : nous croyons pouvoir être plus affirmatif encore. Par contre, la manie des gallicismes, reprochée aux écrivains italiens du dix-huitième siècle, ne pouvait que s’aggraver en présence des réformes administratives et des fonctionnaires étrangers : notons, sans dire que ces termes ne soient pas apparus plus tôt, buro, funzionario, blù, budget, autorizzazione, comune (d’abord du féminin; employé sous la République), inspettore, percettore, etc. P. Hazard cite (p. 329 sv.), un elenco de gallicismes dressé par un fonctionnaire du royaume d’Italie : à en juger par ses citations, la langue était moins envahie à Naples.
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qui se soient jamais vus (1) ». Les traductions aussi, en grand honneur au siècle précédent, s’exercent plus nettement dans le sens français (2). Mais l’appui officiel se borne à peu près à l’organisation d’un théâtre français, dont Joseph entendait faire le second du monde.
Le succès d’uñe troupe comique, pourtant médiocre, qui jouait au Fondo (depuis février 1807) l’avait décidé à faire mieux. La nouvelle « compagnie », qui reprit les meilleurs éléments de la précédente et jouait comme elle au Fondo ou à la cour, débuta avec éclat le 12 juillet 1807, au San Carlo, dans un gala en l’honneur de Friedland. Pour la diriger, Joseph avait d’abord songé au célèbre Fleury, puis il décida le non moins célèbre Larive, élève de Lekain, déjà retiré de la Comédie-Française après fortune faite, et qui retrouva à Naples les accents qui touchaïent le roi : il était, comme il convient, en conflit avec l’impresario, certain Verteuil, et avec Antoine Rœderer, chambellan, commissaire du Théâtre- Français : cette petite guerre, à laquelle Rœderer père se mêla, occupa le roi plus qu’il ne convenait au moment de l’expédition de Reggio. Le choix des actrices, Miles Barrière, Ribou, Saint- Léon, laissait, paraît-il, à désirer, surtout sous le rapport de la beauté : la reine s’en était chargée. Les hommes sont encore moins connus, éclipsés d’ailleurs par Larive qui joue presque tous les grands rôles. En somme, un petit nombre de sujets et assez modestes avaient été appelés de France et la salle, restaurée, pourvue par le roi, qui payait en outre la location de vingt loges, d’un lustre, d’un rideau, de décors, avait acquis une réputation d'élégance « à peu de frais ». La dépense n’était pas excessive pour le profit qu’en pouvait retirer l’influence française, car ce sont nos chefs-d’œuvre classiques, hautement préférés par le roi aux comédies contemporaines, qui tiennent l’affiche. Ainsi Joseph espère changer les mœurs, « donner le goût de Ia langue française et faire sentir à ces peuples notre supériorité sur les Anglais, les Russes et les autres peuples qu'ils ont connus (3) ».
(1) Diario Napol., t. II, p. 885. Il cite la Guerre des dieux.
(2) Une entreprise de traduction de romans étrangers débute par Paul et Virginie. à
(3) Joseph à Napoléon (de Gaëte), 7 juin 1806. Mémoires, t. II. Cf. F. Massox, Napoléon et sa famille, t. IV, p.65, et les comptes rendus des journaux de Naples (le Monitore, après la première représentation de la nouvelle troupe, engage la
La même idée avait fait ordonner par l’empereur la tournée de Mile Raucourt en Italie (1806).
Est-ce dans le même esprit éducateur, pour relever un art que les étrangers s’accordaient à juger faiblement représenté à Naples (1), que Joseph chargea Cellerier, architecte de Opéra, de lui trouver quelques danseurs et danseuses : « Le roi verrait avec plaisir Mile Chevigny » (une des étoiles de l'Opéra de Paris !); plus un maïtre de ballet : «Il s’agit de monter iei une école de danse »; plus «quatre jeunes élèves de la danse de l’Opéra, de bonne école, et de jolie tournure, et deux de chaque sexe ; 1l faudrait que ce fussent des talents assez avancés pour être agréables et pas assez pour avoir d’insatiables prétentions. Il faudrait que ces quatre jeunes gens ne coûtassent ensemble que 16000 ou 18000 francs, le voyage payé, y compris une ou deux mères pour conduire les jeunes filles. Ces jeunes gens resteraient à Naples; on les avancerait avec le temps et suivant leurs progrès. (2). » Mais l’empereur fut très mécontent de voir « débaucher » ses artistes : pour la danse, Joseph baissa ses prétentions (3) et, pour le chant, se contenta des ressources indigènes.
Arts. — Si l’art, sous toutes ses formes, avait très souvent puisé une sève vigoureuse dans le sol napolitain, la souche des Salvatore Rosa et des Bernin ne portait plus que de maigres rameaux. La musique seule et quelques industries d’art (porcelaine, pierres gravées, majolique) restaient florissantes. Dès le temps de Charles de Bourbon, ce sont des étrangers qui exécutent
troupe italienne des Fiorentint à y aller prendre des leçons); de nombreuses lettres aux Œuvres de Ræderer, t. IV (ainsi la reine au roi, lui rendant compte de sa négociation avec Larive, 14 avril 1807, p. 12; conflit Rœderer-Larive, janvier 1808, p. 14 et suiv.); d’autres lettres dans les papiers d'Antoine Rœderer, vol. 1.
(1) Pourtant Salv. Vigand, qui acquérait alors un renom européen comme organisateur de ballets, était Napolitain.
(2) Note au duc de Noja, chambellan du roi et commissaire du S. Carlo, sans date (appartenant au marquis di Gregorio).
(3) Nous trouvons cités comme danseurs français Henry, Giraudet, Mlle Queriau.
les principaux travaux artistiques; il en est de même sous Joseph. |
La tradition musicale est continuée avec éclat par Giovanni Paisiello, de Tarente, que Joseph a nommé son maître de chapêlle (1). Il compose beaucoup : pour le théâtre, pour les cérémonies. Ses œuvres sont le plus fréquemment reprises (avec celles d’une autre victime de la contre-révolution, Cimarosa, mort depuis trois ans); à côté de son nom, de ceux de Zingarelli, qui reste à Rome, bien que compris dans l’Académie napolitaine (2), de Finaroli (oratorios), « respecté comme le plus savant compositeur de nos jours (3) », les autres sont bien effacés. Comme intervention officielle, outre la fusion des conservatoires, notons les efforts pour ramener. au San Carlo, qu’on se plaignait de voir déserter depuis un certain temps (4), le succès que méritait son admirable salle : le roi ne put réaliser son vœu de le faire « refondre » par Cellerier (5); mais il le restaura soigneusement et enrichit du lustre central; de nombreux galas auxquels le roi assistait, les éloges décernés dans les journaux à un trio de bons chanteurs (Velluti, Crivelli, la Correa), proclamés « ce que l’on pouvait avoir de mieux en ce genre dans toute l’Europe », commencèrent à ramener l’affluence (6). Il y avait encore deux scènes officielles : le Teatro Nuovo et les Fiorentint, où la comédie et le drame alternaient avec des œuvres musicales ; influence française n’y pénétrait que par le moyen de traductions. Les théâtres furent Pobjet d’un règlement général, les plaçant sous Pautorité du ministre de la Police « pour tout ce qui intéresse les mœurs et la
(1) Disgracié par Ferdinand pour avoir, en 1799, composé la musique d’hymnes républicains, il était rentré à la cour. V. Un autografo di Giov. Paisiello (Arch. St. Nap., 1884). Parmi les notices qui lui sont consacrées, celle de Mazzarella da Gereto, dans les Biografie de Gærvasi, t. I. Aux exemples cités des rapports intellectuels entre Etats italiens, on peut ajouter la dédicace d'œuvres de Paisiello à Elisa Bonaparte, précisément à l’époque qui nous occupe (Paul MARMOTTAN, les Arts en Toscane, Paris, 1901, p. 159).
(2) Il compose, en l'honneur de Joseph, son Trionfo di Davide (Naples, 1808).
(3) NAPOLI-SIGNORELLI, Vicende, t. VIII, p. 78. * (4) Monitore, 17 mai 1808; Corriere, 6 juillet 1807, et déjà Ducros (Voyase en Italie, Paris, 1767). La subvention accordée sous le Decennio aurait été de 97 000 ducats par an, suivant Bianchini.
(5) Note Noja, citée plus haut.
(6) Il araît que la cour, en fuyant, avait pensé à faire embarquer même les
glaces des sept rangs de loges (Perir-RaDez, t. III, p. 68). Sous Murat, le Milanais Barbaglia, chargé de l’entreprise du $. Carlo, augmentera l'attrait par la
création d’une roulette.
tranquillité », du ministre de l’Intérieur au point de vue « de l’art et de l'instruction publique » et nommant des commissaires, pris parmi les chambellans, pour surveiller acteurs et impresart et approuver les pièces (1).
Sans caractère officiel, au Largo del Castello, dans une écurie des ducs de Frisia, la Fenice relevait le,genre comique dialectal que le San Carlino, son voisin, laissait tomber (2). Là s'était réfugié Pulcinella, banni des scènes sérieuses depuis la mort du grand Petito; et il attirait toujours un public nombreux, de toute classe, y compris la classe ecclésiastique. On le retrouvait aussi dans la rue, rapetissé au rang de marionnette et disputant les auditeurs plébéiens aux prédicateurs de carrefour. On peut être sûr qu’il était surveillé, car le roi de Pulcinella ne pouvait être que Vasone (3).
Dans les arts plastiques, quelques noms se distinguent, mais, il faut en convenir, généralement après ceux des étrangers cités plus haut : on doit faire exception pour le graveur Raffaele Morghen (4), mais s’il est né à Naples, il est fils d’un Toscan employé au musée de Portici, il est l’élève et le gendre du Romain Volpato, et c’est à Florence qu'a commencé sa fortune, sous la protection d’Elisa. Son talent est aussi remarquable par sa finesse que par sa fécondité. Son frère Guglielmo, également graveur, enseignait à l’académie du dessin. Graveur aussi Giacomo Milani, qui ornait de ruines romantiques, à la façon de Piranesi, des paysages napolitains.
L'architecte le plus souvent cité est Maresca, d’une ingéniosité et surtout d’une célérité frappante dans le genre, assurément factice, des fêtes et décorations officielles, où les Français se reconnaissaient surpassés. Giuseppe Cammarano, qui décorait à fresques
(1) Ils pouvaient infliger de la prison! Aucun théâtre ne devait s’ouvrir sans autorisation royale (décret, 29 août 1807). C’est Antoine Rœderer qui fut préposé aux deux théâtres français.
(2) DEL Pozzo, Cronaca, 28 juillet 1806; S. Dr GraAcoMO, Cronaca del teatro S. Carlino, 1738-1884 (Naples, 1895). Le directeur fut Gaet. De Felice. V. aussi * B. CROCE, Pulcinella e il personaggio del Napoletano in Commedia, Arch. St. Nap., 1898, p. 603-668, 702-742 ; et Perir-RADEL, t. III, p. 69.
(3) Alquier, en 1802 (AURIOL, t. Ier, p. 39), s’indignait qu'entre autres « goûts ignobles », le prince héritier affectionnât « les farces ordurières de polichinelle ».
(4) Une note intéressante sur lui, dans Paul MARMOTTAN, les Arts en Tos-
cane, p. 149. « Homme doux, modeste, et tout entier absorbé par Part. » Il est enseveli à Santa-Croce de Florence.
les palais, Angelo De Viva, qui sculptait pour les églises avec correction, morbidezza et brio (1), le dessinateur Paolino Girgenti, le graveur en pierres dures et médailles Filippo Rega, étaient tous quatre professeurs à l’académie de Wicar (2). Schmidt, auteur d’une Sapho alors célèbre, allait se signaler comme peintre militaire (3).
Lettres. — Les écrivains suivaient mieux que les artistes les traditions glorieuses d’un pays qui, à toutes les époques, présenta, au-dessus de la masse ignorante, quelques-uns des esprits les plus puissants de l'Italie.
La littérature proprement dite, on l’a souvent remarqué, n'avait guère ressenti l’impulsion révolutionnaire : elle avait été grandiloquente plus que forte et la domination napoléonienne lPavait ramenée à un académisme assez froid (4). Nous trouvons, à Naples aussi, tout d’abord cette inévitable littérature de circonstance, à l'ordinaire prolixe et fade : hymnes, odes ou sonnets, vers italiens ou latins, pour cérémonies officielles ou banquets de la garde civique, œuvres de fonctionnaires, de professeurs, d’ecclésiastiques {en grand nombre), destinées à attester leur « attachement résolu au meilleur des souverains ». Encore faut-il dire qu’en ce genre les Napolitains excellaient, que lPépoque était favorable à Pinspiration, et que ces poètes ne sont pas tous disposés, comme Monti, à porter leur encens à n'importe qui. L’un des meilleurs, Gabriele Rossetti, de Vasto dans les Abruzzes, le père de Dante-Gabriele, sacrifiant au goût régnant, montre assez singulièrement les nymphes de Gaëte appelant Masséna de leurs bouches rosées ou Cassivellaun s’effarant de voir sur les bords de la Seine César ressuscité; mais c'était un patriote convaincu, bientôt carbonaro et violent pamphlétaire (5). Gargiulli indique à Joseph, dans des vers
(1) NaAPoLI-SIGNORELL, Vicende, t. VII, p. 263.
(2) Rebora (celui des réverbères) et Michele Arnaud (celui de la bascule à peser) étaient aussi des graveurs, qui avaient travaillé avec succès à la dernière fmonnaie bourbonienne.
(3) En 1810, Murat observant l'attaque de Capri depuis la pointe de Campanella (possédé par M. Paul Marmottan). Gius. Errante, Sicilien, très pue par Napoli-Signorelli, n'était pas rentré.
(4) Le livre capital de P. Hazard, la Révolution française et les Poe italiennes, a paru alors que celui-ci était sous presse. D'une façon générale, l’auteur prend de préférence ses exemples dans le Nord. Du moins citeronsnous sa belle étude sur Cuoco.
(5) Ode la Presa di Gaeta et sonnet 1! Fato. I] publia tout un recueil de
assez vigoureux, la voi? tracée par les Normands : la Sicile, Corfou, l'Afrique (1). Plus pauvres assurément sont les œuvres dramatiques du temps, qui paraissent totalement dépourvues d'intérêt : c’est dans la comédie dialectale que Cammarano, le peintre, continue le personnage de Grancola, le dernier bon Pulcinella du San Carlino (2). i
Une tendance nouvelle très significative, le culte de Dante, réveillé avec éclat par Monti, trouve des adeptes à Naples : signalons dès lors parmi eux les patriotes Gabriele Rossetti et Giuseppe De Cesare (premier ministre en 1848) (3).
Ce n’est pas dans la littérature qu’il faut chercher alors le génie napolitain. Ce n’est pas non plus, malgré ses dispositions pour ce genre, malgré la cohorte d’humanistes et d’archéologues distingués que présidait le vénérable Francesco Daniele, dans l’étude des antiquités, à laquelle le nouveau prince ne demandait. point, comme tant d’autres maîtres de l’Italie, de servir de dériva-
Poesie varie pel glorioso monarca di Napoli e di Sicilia Giuseppe Napoleone. Sur Gabriele ROSSETTT, des Votizie biogr.e bibliogr. de Zulia BENELLI (Florence, 1898), et une étude de Colomba-luisa ADAMT, G. Rossetti e 1 lirict patriotticr (Brescia, 1898). CARDUcCI avait publié de ce poète des Poesie scelte (Florence, 1861). Né en 1783, il fit d’abord des /ibretti pour le $. Carlo (ainsi Grulio Sabino, en 1806}. En 1807, il reçut un emploi de conservateur au musée.
(1) Dans l'Oracolo Cumano; Onofrio Gargiulli était helléniste, membre de l'Académie. C’est de même l’ombre des Normands, des Angevins qu’Angelo-Maria Ricci, chevalier de Malte, qui devint bibliothécaire de Murat, évoque avec mieux q e de la simple flatterie (ainsi les Vittorie di Napoleone il Grande, hymne) : on a publié récemment des Poestescelte de ce poète (Città di Castello, 1909, par A. Sacchetti-Sassetti). La gloire de Napoléon inspire encore d’autres poètes (ainsi Giov. Buccarelli). Gennaro Rivieccio, prêtre, consacre des odes latines à Joseph pour son avènement et pour l’arrivée de la reine. De la collection de poèmes en l'honneur de Joseph, réunis à la Bibl. nat. de Naples, Fogli voli 21, quelquesuns pourraient encore être retenus. Notons seulement les noms du chevalier Sanseverino di Marcellinara, qui célèbre l'avènement de Joseph en une canzone de 27 pages avec notes savantes, et d’Aless. Vitale, duc de Tortora, qui pleure son départ en une élégie.
S’ode esclamar dovunque : abbiam perduto Il Re, l’Amico, il Cittadino, il Padre.
* Un des rapprochements préférés (il montre du moins que l’on avait reconnu les intentions du roi) est celui de Joseph et Titus. Parmi les poètes fonctionnaires se signale le commissaire de police Giuseppe Castaldi (d’'Afragola), également archéologue.
(2) MARTORANA, Scrittori Napolet. dialettali; Di GrAcOMo, p. 405. Un autre peintre, Dom. Piccini, se distingue dans le même genre beaucoup aus que dans son art.
(3) Il publie alors son Esame della Divina Commedia di Dante. G. del Giudice, après B. Capasso (celui-ci en 1856), lui a consacré une notice dans les Atte del l’Accademia Pontariana (1901, t. VI de la deuxième série).
tif aux sentiments nationaux, mais au contraire d’être un encouragement pour l’avenir (1). L'histoire proprement dite compte alors quelques brillants représentants; mais surtout, d’ordinaire mêlés à elle, la philosophie, le droit, l’économie politique, qui trouvêrent à Naples au dix-huitième siècle une de leurs citadelles, et y suscitèrent une admirable école de penseurs et d’observateurs, dont plusieurs furent des martyrs. La réaction faucha nombre de ces nobles têtes; le nouveau régime renoua la tradition. On vit paraître aussitôt une série d’œuvres, inspirées par les réformes, ou sorties de quelque tiroir secret, ou posthumes, comme les Principt del Codice penale de Mario Pagano, le malheureux président du Directoire napolitain. On réimprima son œuvre avec une biographie, et celle de Cirillo, auquel la Faculté de médecine décida d'élever un monument par souscription.
C’est à cette époque que. Vincenzo Cuoco, « une des plus belles et:des plus nobles intelligences d'Italie », au jugement de Settembrini, publie la seconde édition, revisée, de son fameux Saggio storico sulla rivoluzione di Napoli qui, bien que commencé sur le navire qui l’emmenait en exil, mérite, par la sobriété du récit, l'effacement des individus, observation aiguë, mais portée également sur les divers partis, l'effort pour comprimer les sentiments du patriote, d’être regardé comme une œuvre historique très élevée. Il vient de faire paraître le dernier volume de son roman, Platone in Italia, où, célébrant l’antique civilisation italienne, il revendique pour son pays l'indépendance, même l'unité (2). Historien aussi, et vraiment critique, en même temps qu'homme d'action, Melchiorre Delfico étudie alors, avec un scepticisme
(1) Sur Fr. Daniele, le secrétaire de l’Académie, rédacteur ordinaire des inscriptions latines officielles, cf. NaAporr-SIGNORELLI, Vicende, t. VIII, p. 19-28, et G. CASTALDI, Vita di F. Daniele. Naples, 1812 (historiographe de Ferdinand, Daniele avait été destitué pour avoir parlé en faveur de ses amis persécutés en 1799). Après lui, évêque Carlo Rosini et Nic. Ciampitti, déchiffreurs de papyrus d’Herculanum; Fr. Carelli, le marquis Berio et G.-A. Cassitto, numismates; DE ATTELLIS, marquis de Sant’Angelo, publie alors ses Principt della civilizzazione de’ Selvaggt d'Italia; Michele ARDITI (27 Porto di Miseno) et le général PARISI (Archeologia militare); l'abbé Dom. Romanelli a commencé à publier les Antichiüà dell Abruzzo Citeriore et prépare sa Topografia antique de Naples. Napoli-Signorelli et Galanti plaisantent volontiers le commun des « antiquaires ».
(2) SETTEMBRINI, Storia della letter. ital., t. III, p.280 et 285 ; MAZZzONT, Ottocento, p. 106; Gaet. Coo, Vince. Cuoco (Naples, 1909); N. RUG&IERI, même titre (Rocca San Casciano, 1903); P. HAZARD, op. eit., p. 218-259,
avisé, l’histoire primitive de Rome : on a montré en lui le représentant le plus fidèle en Italie de l’esprit français au dix-huitième siècle (1). Un autre grand érudit, enthousiaste de la gloire nationale et lui aussi patriote réfugié à l’étranger, Pietro Napoli- Signorelli, auteur d’histoires, restées classiques, de la civilisation: napolitaine, et des théâtres, est revenu de Bologne, où il enseignait avec éclat la diplomatique (2).
Un des patriarches de l’économie politique, Giuseppe-Maria Galanti, dont l’admirable Descrizione delle Sicilie fut visiblement le livre de chevet des nouveaux gouvernants, et qui, suivant les traces de Genovesi et de Galiani, indiqua nombre de réformes essentielles, mourut en 1806, au moment d’en voir entreprendre plusieurs des plus grandes (3); mais nombreux restaient ses émules ou ses élèves, nobles libéraux épris de progrès agricole, ou patriotes obligés à la retraite par la contre-révolution : le régime encourageait de son mieux ces tendances, notamment par le canal de la Société d'encouragement. Nommons au moins le duc de Monteiasi, Tupputi (4), Liberatore, Azzariti-Stella (5), l'abbé G.-B. Gagliardo (6), Giampaolo (7), Fr. Rosati (8), Fil. Carrillo (9), Moschettini, le P. Nic. Onorati.
Les travaux juridiques n’avaient jamais chômé dans le pays des: Paglietti. Alors s’achevait la grande collection des pragmatiques, mais l’annonce des Codes français suscitait déjà une série de tra-. ductions, de commentaires, de propositions (10).
(1) G. GENTILE, Dal Genovesi al Galluppi, Naples, 1904. Sur Delfico, v. encore Mazzont, Ottocento, p. 108; NAPOLI-SIGNORELLI, t. VII, p. 121; G. PANNELLA, Episodi più notevoli della vita di M. D., Teramo, 1908 ; P. HAZARD, op. cit., p. 300.
(2) I1 y avait commencé, en 1805, la publication d’un grand travail, Elementi di critica diplomatica; en 1807, il donne un Ragionamento del gusto del bello.
(3) Son Testamento Forenze, qui parut alors (Naples, 1806, 2 vol.), avait été écrit en exil. Parmi les notices consacrées à l’auteur, v. celle du Corriere, 13 octobre 1806. ORLOFF, t. V, p. 20.
(4) V. ces noms à la Bibliogr.
(5) AzZzARITI publie en 1806 Der mali e rimedi politici et LIBERATORE des Pen- Sierc civili economici sul miglioramento della provincia di Chieti.
(6) En 1805, sa Biblioteca di campagna; en 1807, nouvelle édition de son Catechismo agrario; peu après sa Descrizione di Taranto et son Vocabolario agronomico. Il fut fait « directeur général de l’agriculture des biens de la couronne ».
(7) Catechismo di agricoltura, 1808. C’est le conseiller d'Etat.
(8) Dell agricoltura e dell’ industria della Puglia, 1808.
(9) Z vantaggi del dazio diretto sull indiretto, 1806.
(10) Le Napolitain Raffaeli participe au Progetto di Codice di procedura de’ giudizi penali del regno d'Italia, imprimé à Vaples, 1807.
Sans sortir des limites étroites du sujet, on a pu voir que l’avènement des rois français eut pour conséquence d’activer vigoureusement le mouvement des esprits, que les Napolitains contribuërent aux réformes, et que le Risorgimento intellectuel, qui devait précéder lautre, était déjà commencé à Naples.
Sciences. — Les sciences pouvaient bénéficier du contact avec des hommes de valeur, comme les médecins militaires Mangin et Chavassieu d’Audebert, le chirurgien du roi Paroisse, le naturaliste Reynier, des artilleurs et ingénieurs réputés. L’armement du pays, la lutte contre le blocus maritime, stimulaient, comme dans la France révolutionnaire, le travail et l’ingéniosité. Toutefois l'influence exercée est difficilement appréciable. La tendance dominante était aux sciences naturelles et à la médecine. Malgré l'enseignement oral et très irrégulier des écoles de Naples et de Salerne (celle-ci « confinée dans une chétive maison qui se sent de la misère (1) ») et l’excessive facilité des examens, la nation était renommée pour ses médecins : à cette époque, Cotugno, savant illustre, recteur de l'Université, A. Miglietta, directeur de la vaccination, qui avait lutté vaillamment pour la répandre, tous deux inquiétés après 1799; les bons chirurgiens, comme Amantea, étaient beaucoup plus rares. L’appréciation d’un médecin français sur l'hôpital des Incurables, le premier de Naples, où lon appliquait des traitements d’un autre âge et où les étudiants apprenaient la pratique en « charpentant lespèce napolitaine », illustre le jugement Galanti (2). Une noble tradition entretenait dans le corps médical des cœurs généreux comme Cotugno qui Jaissa sa fortune aux Incurables, Amantea, auquel une chapelle sera élevée par souscription populaire. Les épidémies militaires, très mal soignées au début, déterminèérént une collaboration active des médecins du pays et d’intéressantes études.
Si l’on se risquait à juger le mouvement scientifique d’après les lueurs entrevues en passant, on oserait y reconnaître l’originalité, lingéniosité et l’assurance, facilement présomptueuse, que Pon a vues se manifester ailleurs. On peut noter avec éloge des observa-
(1) Perr-RADEL, t, III, p. 58-62 et 251.
(2) Zbid., t. IX, p. 51-53, et GALANTI, Descriz., t. Ier, p. 486. Les bons mécecins eux-mêmes étaient rares en province (GRECO, Anna, t, Ir, p. 193 et suiv., insiste sur Lupo, qui introduisit en Calabre l’usage du quinquina).
tions nombreuses sur les tremblements de terre et sur l'astronomie, faites un peu partout, par des ecclésiastiques, des nobles ; nommons Gabriele Pepe, le futur général (sur le sisme: de 1805). Le géologue Savaresi n’a peut-être pas grand mérite à démontrer l’antique attache de la Sicile et de la Calabre; l’archidiacre Cagnazzi en a davantage à reconnaître l’ancien débouché de l’Adriatique dans le golfe de Tarente par la Daunia et l’indépendance des Murgie par rapport à l’Apennin. L’agronome Tupputi s’attire les sarcasmes de savants français par des observations sur le bétail et l'expérience lui a donné raison sur quelquesunes (1). À côté de cela, nous trouvons parfois des théories singulières et des propositions excessives (2).
Presse. — Dans un rapport sur le timbre, le ministre des Finances propose de ne pas frapper les gazettes, car cette institution « tout à fait neuve en ce pays ne se soutient qu'avec les subsides du gouvernement » et on a vu les communes obligées de s’abonner à l’un des deux principaux journaux. Nous sommes ainsi renseignés sur le degré d’indépendance de cette presse (3); il n’en était pas moins fort bon d’encourager un organe indispensable pour créer un esprit public dans le pays, combattre l’ignorance, même encourager les vertus civiques en publiant « tout acte bienfaisant ou généreux (4) »
Le journalisme napolitain avait un glorieux fondateur, le Monitore napoletano, qui, avec deux ou trois autres feuilles, avait tenté de populariser la République napolitaine, mais il avait péri avec sa noble rédactrice, Eleonora Fonseca-Pimentel. La réaction avait été fatale à la presse, comme à bien d’autres tentatives libérales ; elle n’avait laissé paraître qu’une maigre Gazzetta napolitana, dont le nouveau Monitorë se chargea de faire l’oraison funèbre (5).
(1) Cette polémique figure au Moniteur, 1807, 17, 5, 6, 10 août.
(2) NAPOLI-SIGNORELLIT, Vicende, t. V, p. 47, explique le tremblement de terre par le fluide.électrique et C.-A. Lippi, académicien, rappelle à notre ambassadeur, dans un mémoire sur les mines du royaume, qu’il a prouvé que les volcans étaient dus à la combustion de couches de houille. Plus tard, c’est à l’empereur lui-même qu'il s'adresse pour faire imprimer, en six langues, sa grande découverte que Pompéi n’a pas été recouverte par les cendres, mais par des afluvions.
(3) La loi sur la juridiction de police punissait « tous écrits dictés par l’intention de répandre le mécontentement contre le gouverneinent..…. les bruits alarmants.. » (Art. 66).
(4) Corriere di Napoli, n° 1.
(5) Dans son premier numéro : un gouvernement raisonnable, dit-il, ne saurañt
L'époque française suscita au contraire plusieurs périodiques qui, s'ils n’expriment point une pensée libre, communiquent les actes officiels, donnent des nouvelles de France, de l'étranger (d’après les feuilles du dehors) et des provinces, où ils ont des correspondants. Ils renseignent aussi sur-les cours du change, l’arrivée des bâtiments, les théâtres, publient des annonces. Une opinion pouvait du moins s'exprimer assez librement: celle des « patriotes », ce qui n’était pas synonyme d’opinion officielle ; le Monitore passait pour être rédigé par une « plume patriote des plus chaudes (1) ».
Napoléon ne pouvait laisser des journaux à Naples sans les contrôler : ils ne devaient point parler de la politique impériale autrement que d’après le Moniteur (2) ; qui plus est, le Journal de Paris (dont Rœderer est l’un des propriétaires) est invité à ne pas s’occuper du royaume ! Les feuilles napolitaines, dit l’empereur, «ne contiennent que de petits détails d’assassinats et de meurtres », incidents qu’il faut au contraire amoindrir : « La qualité constante de vos ministres est de faire claquer leur fouet (3). » Cette remarque parait avoir été écoutée; car les deux grands journaux, à partir du dernier trimestre de 1806, sont moins fournis de détails sur les affaires du royaume et les bulletins de la Grande Armée, les négociations y tiennent une place excessive (plusieurs numéros ne parlent point de Naples); il est vrai que l’occasion était belle pour frapper l’opinion défiante. Il faut bien, au contraire, la ménager quand il s’agit du royaume même, sans pourtant que ce « Moniteur plein de bourdes (4) » réussisse à égaler souffrir que « l’on cachât ou déguisät aussi vilement la vérité aux yeux de la
nation, pour servir une politique faible, soupçonneuse et inconséquente ».
(1) Diario Napoletano, t. II, p. 239.
(2) Ainsi Champagny à Gallo, 23 mai et 11 novembre 1807. A. E , Naples, 131.
(3) Napoléon à Joseph, 12 novembre 1806 (Berlin)et 12 janvier 1807 (Kœnigsb>rg). Bien d’autres lettres touchent à ce point. Il est à noter que Joseph se plaint aussi du Journal de Paris.
+ (4) Lu munitore chine de pastocchie, comme le nomme un sonnet satirique en dialecte napolitain /mss. Soc. stor. Nap.). Aux moments de crise, es journaux de Naples procèdent plutôt par prétérition : ainsi dans l2 Monwtore, la perte de Capri est omise au milieu du récit de l’entrée triomphate de Joseph et ja résistance d’Amantea n’est indiquée que lorsqu'elle touche à sa fin; la retraite de Reynier se change en un mouvement de concentration destiné à réprimer l’insurrection provoquée par le débarquement de quelques Anglais, qui, d’ailleurs, n’osent pas quitter le rivage. A voir l’énormité des fausses nouvelles hostiles accueillies par le peuple, on tirera cette conséquence morale que le gouvernement eût été bien souvent plus habile en laissant dire la vérité.
« limpudente fausseté » de la presse sicilienne. On insiste, bien entendu, sur les matières inoffensives : faits divers, température, la comète de 1807, comptes rendus dramatiques ou bibliographiques, « variétés » historiques ou littéraires. Notons encore une prédilection pour les pays lointains ou neutres (pourtant les nouvelles intérieures d'Angleterre tiennent une grande place).
Le Monitore napolitano, héritier du nom et de la ferveur «patriote » du journal républicain, apparaît le premier avec l’épigraphe virgilienne Magnus ab integro sæclorum nascitur ordo (successivement remplacée par d’autres). Bien qu’il ne soit publié que deux fois par semaine, alors que le Corriere paraît trois fois, il est le plus marquant; c’est lui qu’on voit le plus souvent cité, que lit la reine Caroline à Palerme; il compte parmises plus actifs rédacteurs l’illustre Colletta (1) avec qui sont associés Eatalani, Mariani, Azzia, ces deux derniers hauts fonctionnaires de la police ; Cuoco, l'historien, un des fondateurs du Giornale italiano, semble y avoir aussi collaboré. 3
Le Corriere di Napoli, qui succède dès le 16 août 1806 au Moderatore, dont le titre, évidente allusion à la politique de conciliation prônée par Joseph, fut estimée sans doute alors trop peu conforme aux circonstances, et dont la conception était trop ambitieuse, alterne avec le Monitore et le complète dans une certaine mesure (2). La rédaction paraît avoir une allure moins personnelle.
Le Journal de l’Empire, plus tard Journal français, composé ‘en français, au ‘ministère de la Police, avec les feuilles apportées par l’estafette, est quelquefois, par suite, le premier à donner des nouvelles sensationnelles, mais, il n’offre aucune originalité. Un essai de journaux provinciaux, destinés surtout à la correspondance entre les intendants .et leurs administrés, fut suspendu «jusqu’à des temps plus heureux »;-le seul qui eût déjà paru, à notre connaissance, était celui de l’Abruzze Citérieure, créé par l’intendant Briot : le gouvernement y avait trouvé des inconvénients (3). me |
(1) V. pour son zèle à chercher des correspondants et abonnés ses lettres au colonel Micheletti, d’Aquil : (COLLETTA, Opere inedite; t. II, p. 291-294).
(2) Disposition analogue dés He me) ; roaumes empire, étranger, à la fin variétés, comptes rendus ou avis.
(3) Saliceti à Miot, à Briot, et vie à ne décerne 1806. A.: Naples, Int., 2194. tie
Le Giornale enciclopedico, dont le père Emmanuele Taddei (1), puis le docteur Tenore dirigèrent la publication, n’a plus rien de politique, mais se consacre uniquement à la littérature et aux sciences et comme, outre les articles originaux, souvent écrits sous. forme de lettres, il donne de nombreux comptes rendus ou extraits. d'ouvrages, il peut passer pour « un important répertoire de tout. le mouvement scientifique de quinze années très actives (2) ».
C’est un Napolitain qui porte ce jugement que la prétendue: occupation militaire « non seulement donna d’excellentes garanties sociales et une salutaire organisation politique et civile, mais. encore favorisa l’art (3) ». Sur ce point, du moins, on-n’a pas contesté l’action personnelle de Joseph et elle n’était pas intempestive, l'éducation sous toutes ses formes étant le seul moyen de: préparer efficacement le relèvement de l’Italie méridionale.
(1) Les Memorie segrete en disent un mot (p. 176) : rédacteur au Monitore,. il fit plus tard l’oraison funèbre de Marie-Caroline.
(2) Lega del Bene, avril 1890. Le Monitore du 16 mai 1806 donne un compte rendu de son premier fascicule. Deux volumes en 1806, puis, après une inter-ruption, devenu mensuel, quatre pour chacune des années suivantes. Citons encore une Corrispondenza generale relativa alla letteratura, alle scienze, alle: arti, alla economia politica, alla storia ed agli andamenti del commercio (hebdomadaire ; elle parut au moins en 1807, chez l’éditeur G. De Turris), un Corriere delle Dame (mode et littérature), un Giornale numismatico, les Atti des Sociétés.
savantes.
(3) BoRZELLI, l’Accademia del disegno, p. 22.