LES ÉTATS NAPOLÉONIENS D'ITALIE
je vois qu’il ne restera plus d’autre affaire à terminer sur le continent que celle de Sainte-Sophie (1) ». Puis ce sont des passages de troupes : le nouveau gouverneur, Beer, se montre obligeant, mais trouve le fait un peu fréquent ; des officiers du royaume agissent en maîtres, mettent en liberté des prisonniers ou en arrêtent eux-mêmes. Talleyrand ne doute pas qu’il n’y ait un système destiné à le dégoûter (2). En décembre 1807, on l’invite à s’arranger avec Joseph (3); l'avènement de Murat arrêta la négociation, sans améliorer les relations.
Nul doute que le roi de Naples n’ait exagéré à dessein les inconvénients d’une enclave où, si l'administration était analogue, il y avait moins d'impôts et pas de conscription, ce qui était d’un fâcheux exemple, où les insurgés, les brigands, pouvaient se réfugier, comme de tout temps, malgré la présence d’une « belle et nombreuse garde nationale (4) », qui coopéra d’ailleurs de bonne volonté avec les Napolitains. Il est du moins à observer que, tout à fait comme à Rome, l’occupation française ne trancha point les difficultés, que Napoléon avait données pour prétexte (5).
Ponte-Corvo, médiocre domaine de moins de 6 000 âmes, ratta ché au royaume pour l’ecclésiastique, et dont le revenu dut être complété par empereur, portait peu d’ombrage : il n’en est guère ‘question que pour des opérations de police à combiner.
Les autres princes italiens sont, à partir de décembre 1807, tous des napoléoniens. A cette date disparait en eflet le royaume d’Etrurie, état bourbonien, par l'intermédiaire duquel Naples essaya parfois de communiquer avec les Bourbons de Sicile (6). L’affection qui unit les Bonaparte entre eux, sinon toujours avec
(1) 18 octobre 1806, de Mayence (A. G., Naples), entièrement autographe, de même que la lettre du 28 août (#b:d.), où il se recommandait pour « le petit territoire » et les biens en dépendant.
(2) Déjà, disait-il à Champagny, 22 avril 1810 (A. E., Naples, 135), en se plaignant des procédés de Murat, « le roi Joseph en a regardé la possession comme nécessaire, et ce fut sur sa demande que vous eûtes la bonté de m'adresser l’autorisation nécessaire pour traiter de la cession de Bénévent. »
(3) Napoléon à Champagny, 6 décembre 1807 (Venise). Corr., t. XI, n° 13376.
(4) HuGo, Souvenirs, t. Ier, p. 139.
(5) Nous laissons de côté l’administration des principautés, déjà traitée d’ailleurs, pour Bénévent du moins, par J.-P. Martin, Demaria, de Nouvion. Quelques mots sur Ponte-Corvo dans L. PINGAUD, Bernadotte, Napoléon, et les Bourbons, chap. v.
(6) P. MARMOTTAN, Documents sur le royaume d’'Etrurie (Paris, 1900), à propos de prisonniers à échanger.
l’empereur, met de la cordialité dans les relations, d’ailleurs plutôt privées que publiques, entre Joseph et Elisa. Avec l'Italie (1), les rapports sont étroits, car c’est par là qu’arrivent les conscrits, et une partie des fournitures militaires, là que sont les dépôts de l’armée de Naples et ceux de plusieurs régiments napolitains, là que l’on déporte les forçats encombrants ; enfin une bonne partie de l’armée italienne est à Naples. Malgré la respectueuse déférence que témoigne le prince Eugène pour son « oncle », on soupçonne quelque rivalité, déjà de tradition entre le Nord et le Sud. Les Italiens se plaignent qu’on désorganise leurs troupes à Naples, que lon y excite même la désertion au profit des nouveaux corps napolitains ; si on les accuse, par contre, de retenir des conscrits destinés au royaume méridional, ils répondent non sans hauteur que lon se méprend fort sur l’armée d’Italie, si l’on s’imagine qu’elle se soucie de quelques recrues de plus. Cependant beaucoup de Napolitains avaient trouvé bon accueil dans l’armée, l'administration ou l’enseignement en Italie, et certains préfèrent y rester.
Grâce à l’uniformité administrative, à la coopération militaire et politique, aux rapports intimes entre les divers Etats et leurs souverains, la fédération napoléonienne préparait le rapprochement des peuples italiens. Déjà l’avaient compris, lors du rétablissement d’un royaume d’Italie, ceux qui, se sentant « beaucoup plus de PItalie que de Naples », y avaient vu «la base d’un système italien (2) ».
(1) Un certain nombre de lettres d’Eugène à Joseph, presque exclusivement militaires, sont à A. N., AF 1v, 1714 8.
(2) Opinion exprimée par le chevalier De Medici (lettre d’Alquier, Naples,
25 octobre 1804. AuRIOZ, t. IT, p. 49). Alquier en concluait que Medici avait « de l'avenir dans lesprit ».