LES DIVERSES CLASSES
une vie plus active, ou des membres de la petite noblesse, qui, volontiers portée vers les carrières militaire, administrative ou même juridique, doit plutôt être regardée comme l'élément le plus solide de la classe moyenne (1).
Le clergé napolitain, fut, au siècle de la philosophie, criblé par es écrivains : classe oisive, souvent immorale, «la plus ignorante qui existe au monde (2) ». Disons que, recruté à tous les degrés de la société, il en était simplement l’expression. Chaque famille souhaitait de posséder un ecclésiastique, la carrière tentait par son caractère paisible, sinon souvent lucratif, par l'influence relative qu’elle donnait. Aussi la différence ne pouvait-elle être grande entre le peuple ignorant et superstitieux et ceux qui en sortaient : de là ces «clercs sauvages », faisant tous les métiers, y compris celui de contrebandiers, dont on parle au dix-huitième siècle (3), et ceux que lon vit au temps du sanfédisme et qu’on voyait, de nouveau, associés aux brigands. D'autre part, les cadets de grande famille étaient, par le droit d’ainesse, dirigés en partie vers les bénéfices ecclésiastiques : autre élément fréquemment médiocre. Mais le clergé abondait aussi, plus que toute autre classe, dit Galanti, un avocat peu suspect (4), en hommes instruits et épris du bien public, érudits, économistes, agronomes préoccupés de l’amélioration des campagnes (5), philanthropes consacrant leur revenus à des œuvres de bienfaisance. Un nombre très notable d’ecclésiastiques avait même suivi très loin le courant des idées nouvelles : plusieurs payèrent de leur vie leur adhésion à la République (6). L'époque française nous montre beaucoup de prélats appliqués
(1) Beaucoup de titres de noblesse ne reposaient plus sur aucun domaine et l’on voyait « des ducs et des princes, ou mendiant leur subsistance, ou attachés aux empiois les moins considérés » (rapport de Mosbourg au roi Murat, 30 novembre 1810. A. N., AF1v, 1714 A). |
(2) GORANI, Mémoires, t. Ier, p. 83. DuPpATY, Lettres sur l'Italie, passim.
(3) Mgr DUCHESNE, le Clergé de Calabre et l’industrie de la soie au dix-huitième siècle (Journal des Débats, 28 décembre 1909, d’après une étude du chanoine Minasi).
(4) GALANTI, Descrizione, t. Ir, p. 382, note, |
(5) L’archevêque de Tarente, Capecelatro, avait fondé la chaire d’agriculture utilement occupée par l’abbé Gagliardo. On a cité ailleurs (chap. x1v) d’autres ecclésiastiques agronomes; ajoutons l’archiprêtre Cagnazzi, d’Altamura, le vicaire capitulaire de Lecce, G.-M. Giovene. Le Giornale Jtaliano (2 novembre 1805) rend hommage au clergé italien, en particulier napolitain, de ses efforts dans ce sens,
(6) Plus de trente évêques adhtrèrent. Joseph réintégra dans leurs sièges deux évêques bannis : Della Torre, de Lettere, Forges Davanzati, de Canosa.
malgré le danger à leur rôle de conciliateurs, des pasteurs modestes et « respectables par leurs vertus évangéliques (1) ».
L’énorme proportion des ecclésiastiques (près de cent mille, soit un par cinquante personnes) en faisait une lourde charge pour le pays et une entrave réelle à son développement économique. Ce nombre seul explique bien des défauts reprochés au clergé.
Les revenus du clergé étaient évalués à 9 millions de ducats, dont la plus forte part, 5011300, pour le clergé régulier, 3388090 pour le clergé séculier, le reste pour des chapitres et des « lieux pieux ». Sur cette masse, quelques prélats grands seigneurs étaient largement dotés (Naples 16 000 ducats de rente, Capoue 15000), mais, dans le nombre extraordinaire de prélats (129, plus 36 abbés ayant juridiction épiscopale et 3 évêques étrangers), combien végétaient, comme l’évêque de Lavello, qui ne percevait, pour deux mille diocésains environ, que 300 ducats par an, ou celui de Civita Ducale qui n’en avait que 137 (2)? A côté du Mont-Cassin, dont l’abbé était seigneur de vingt-deux fiefs, et portait la crosse et la mitre, beaucoup de couvents languissaient. Les chanoines de Saint-Janvier, à Naples, étaient fameux par leurs costumes presque cardinalices et leurs belles prébendes, mais, en Calabre par exemple, « presque toutes les villes ont des chapitres nombreux, dont les chanoines ne partagent pas la valeur de cent francs par an (3) ». Les bénéfices étaient l’exception, la grande majorité du clergé n’avait que des revenus modiques, souvent insuffisants : « Le clergé, remarquait le roi Joseph (3), est si nombreux (en Calabre) que, quoiqu’ils possèdent en masse beaucoup de biens, les ecclésiastiques y sont très misérables. » Ce qui est essentiel à noter, c’est que des
(1) DESVERNOIS, Mémoires, p. 337. Les études régionales font apparaître mainte noble figure : l’évêque de Teramo, Nanni, qui s’entremet entre les assiégés et les assiégeants de Civitella (cf. Palma), l’évêque de Montepeloso, Lupoli (cf. Janora), l'archevêque de Salerne, Miccù, très francophile (cf. Desvernois), l'archevêque de Cosenza et l’évêque de Lauria, en butte aux représailles de la guerre calabraise.
(2) GALANTI, Descrizione, t. I, p. 388. Cavaignac, dans un rapport au roi sur la propriété ecclésiastique, 14 juin 1806 (Arch. Cavaignac), montre l'inégalité des revenus et la prédominance des diocèses pauvres : « Sur 130 évêques et archevêques, 8 ont plus de 3 000 ducats, 27 ont 2 000 ducats et au delà, quittes de charges : de ce nombre 8 sont vacants ; parmi les autres, plus de 60 ont au-dessous de 1 000 ducats et plusieurs de ceux-ci n’en ont pas 500. »
(3) Joseph à Napoléon, 16 avril 1806. Mémorres, t. II. Nous avons consacré au clergé une étude spéciale, l’Eglise de Naples sous Napoléon.