‹ Naples: Sous Joseph Bonaparte 1806-1808Chapitre 77 sur 164 · L'ENTRÉE À NAPLES · texte numérisé non relu

L'ENTRÉE À NAPLES

confié sa cause désespérée, une remarque curieuse s'impose. Sauf Canosa et Naselli (encore restèrent-ils à Naples), tous firent leur soumission au nouveau gouvernement. Le marquis de Gallo, depuis longtemps odieux à la reine, Campochiaro, Cianciulli accepteront des ministères; San Teodoro, que la reine aurait invectivé en plein conseil au retour de sa dernière mission et chassé de sa présence (1), recevra une grande charge de cour ; Malaspina même, ancien aide de camp de Ruffo, administrera quelque temps le domaine royal de Persano. Le cardinal Ruffo, que l’on avait rappelé au dernier moment d’une demi-disgrâce, se retirera à Rome et finalement reconnaîtra le nouveau roi. La reine pourra crier à la trahison : l'attitude de ces hommes est la condamnation d’une politique mesquine, incertaine, sans dignité ni bonne foi, prompte à rejeter sur ceux qu’elle emploie les fautes qui lui sont propres, et qui s’était aliéné, par esprit de réaction et de défiance, les classes les plus éclairées de la nation.

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L'armée de Naples, dont la formation fut ordonnée le 9 décembre, avait d’abord été confiée à Gouvion-Saint-Cyr, que désignaient un séjour de plus de deux ans dans le royaume et une attitude remarquablement correcte en des circonstances difficiles. Subitement, celui-ci se voyait substituer Masséna, soit que le renom plus grand du maréchal et la crainte qu'il inspirait en Italie parussent plus efficaces pour ôter aux Napolitains toute velléité de résistance, soit que l’empereur voulût rehausser davantage le prestige de son frère. Très irrité d’une « marque aussi éclatante du peu de confiance de Sa Majesté (2), » le général se rendit à Paris, où il fut mal reçu (3) et renvoyé à son poste. Mais Masséna, à son tour, fut désagréablement surpris de voir attribuer ce commandement, qu’on venait à peine de lui donner, à

(1) A en croire l’auteur des Memorie segrete, p. 172. (2) À Masséna, 9 janvier 1806, Mémoires de GouvIoN-SAINT-CYR, t. II,

p. 437. 2 s | (3) Cf. Raspaiz, Mes Souvenirs sur! Napoléon, p. 251.

Joseph Bonaparte lui-même, tout exprès promu général de division et paré, en outre, du titre sans précédent de « lieutenant de Pempereur (1) ». Mal préparé à ce rôle par un stage au camp de Boulogne, comme colonel du 4e de ligne, placé par ces avancements à l’ancienne mode dans une situation délicate vis-à-vis des généraux sous ses ordres, Joseph eut le bon sens de suivre les conseils de Masséna; cependant c’est lui qui donne les ordres (2) et le maréchal ne commande directement que son corps d’armée, moins de 16000 hommes. On comprend que lillustre chef ait été mal satisfait, d'autant qu’il avait d’autres motifs d'humeur.

La marche sur Naples (3) n’exigeait pas un grand effort de stratégie. Les troupes napolitaines s’étaient retirées en Calabre. Les masses, au renom si farouche, ne parurent point ; la menace en avait constamment plané, un édit de réorganisation avait été signé le 8 janvier 1806 et le même jour les chefs furent désignés pour diriger la formation dans les diverses provinces. Mais, par crainte de briser les négociations que Joseph eut l’adresse de ne pas décourager tout à fait, par hésitation aussi, sans doute, à tourner contre soi les classes aisées, l’appel ne fut lancé qu’après qu’on se vit réduit à défendre la Calabre (4) : il était trop tard (5). A Naples même les lazzaroni ne bougèrent pas (6).

(1) Décret du 3 janvier 1806. Conformément à l’ordre de partir sous quarantehuit heures et dans le plus grand secret, Joseph quitta Paris dans la nuit du 8 au 9 janvier, n'emmenant que deux intimes, attachés à sa maison, le marquis de Jaucourt et le comte de Girardin, tous deux officiers de l’ancien régime.

(2) Son cachet de « général en chef » fait partie de la collection napoléonienne de M. Paul Marmottan.

(3) Cf. Du CASsE, Mémoires du roi Joseph, t. II, liv. Ir; Kocx, Mémoires de Masséna, t. V, p. 160 et suiv.; M. Dumas, Précis, t. VI: Précis historique des opérations de l’armée française depuis son entrée dans le royaume de Naples jusqu'au 30 septembre 1806 (A. N., F4 88310); Registre des lettres (de Joseph) aux généraux (ibid., AFIv 1714 B); Rapports sur la marche de l’armée (au ministre de la Guerre, septembre 1806), A. G., Naples.

(4) 27 février 1806.

(5) Alquier (à Talleyrand, 16 janvier 1806, AuRIOL, t. II, p. 794) et Gomez, le chargé d’affaires espagnol (à Alquier, 24 janvier, A. G., Naples, 1806) prévoyaient la nullité d’une résistance des masses, à moins que l’armée régulière n’arrêtât les Français. Cependant, la crainte qu'éprouvaient ceux-ci apparaît dans l’injonction réitérée de Napoléon de ne pas disséminer les troupes et d’avancer rapidement, dans la hâte à négocier la reddition des forts, dans les questions de Masséna aux envoyés de la régence, dans l’empressement à mettre la main sur les « chefs de masse ».

(6) On prêtait à la reine l'intention de les soulever : craintes de l’auteur du Diario, bruit rapporté par le Giornale Italiano du 15 février 1806; ce même

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