CHAPITRE VII
I. Naples militaire. — Il. Le corps d'officiers. — III. Les soldats. — IV. Revue des différents corps : infanterie et cavalerie: leur emploi au dehors; armes spéciales ; garde royale ; écoles et autres établissements militaires — V. Forces de police : gendarmerie ; gendarmerie auxiliaire ; compagnies franches ; gardes provinciales. — VI. La marine.
On ne pouvait faire figure de gouvernement national sans une armée napolitaine. Les circonstances en rendaient d’ailleurs la formation indispensable. La débâcle des troupes de Ferdinand avait Haissé dans le royaume une foule de militaires : « Les soldats qui demandent du pain, écrivait Joseph, si je ne leur en donne pas, en iront chercher en Sicile ou feront des brigands (1). » D’autre part accouraient d'Italie, avec l’ardeur d’exilés qui peuvent rentrer en vainqueurs, de nombreux officiers, auxquels on devait accorder, comme aux autres, demi-solde en attendant un emploi. En outre, les désordres intérieurs, où l’armée s’usait, réclamaient le concours de forces nationales, mieux appropriées au pays et aux mœurs.
Naples militaire semble s’incarner dans Murat. C’est pourtant Joseph qui a posé les bases de presque toute l’organisation, et, si le successeur a multiplié les effectifs et inspiré un nouvel esprit, il a aussi laissé l’armée s’exalter au détriment du pouvoir civil et s’écarter de la fidélité au Grand Empire, de qui seul elle pouvait espérer sa complète régénération.
Comme sur bien d’autres points, on constate de la divergence entre les idées de Joseph et celles de Napoléon et, dans celles-ci,
(1) A Napoléon, 21 avril 1806. Mémoires, t. II.
quelque contradiction. L’empereur recommande, dès le début, de former une « légion napolitaine » et d'employer tous les officiers envoyés d'Italie ; puis il juge que former des corps indigènes est une dépense vaine ou même dangereuse. Lui qui ne voulut reconnaître que tardivement avoir « tiré quelques avantages » des Italiens du Nord, n’attend rien de ceux du Sud : « Vous sentez bien que pour moi ces troupes ou rien c’est la même chose (1) », et avec son éloquence si spontanée : « Un seul cri: hors d'Italie les barbares! vous arrachera toute votre armée. » Joseph, du moins, tout en convenant qu’il ne peut avoir vraiment une armée nationale avant la paix, donne une place d'honneur à l’état militaire, qu’il proclame « le plus honorable et le plus respectable » à ses yeux (2). Les libéraux l’entretiennent dans ces sentiments d’estime pour la valeur militaire de ses sujets et y opposent le mépris exprimé par les Anglais (3). Il n’est pas douteux que l’influence du roi n’ait beaucoup fait pour déterminer cette nouveauté significative : des aînés de erande famille se tournant vers la carrière des armes.
C’est en remontant bien loin dans le passé que les Napolitains pouvaient se réclamer d’exploits le plus souvent individuels. Quand lès ministres de Ferdinand, à partir de 1784, entreprirent d’organiser une armée napolitaine, il n’y avait, en dehors des troupes étrangères, que des corps recrutés dans la lie du peuple, qu’on expédiait au loin sous le drapeau espagnol ou autrichien : « Le nom de soldat. était pour Naples un sujet de douleur ou d’exécration (4). » La réforme mit sur pied, outre la maison militaire, une trentaine de mille hommes, que devait renforcer, comme réserve, des régiments de milice. Les étrangers admiraient la « tenue superbe (5) » des troupes et l’un des organisateurs vantait « leur exactitude dans le service, leur rigoureuse fidélité à leurs devoirs, leur endurance (6) ». Mise à l'épreuve du feu en 1798, cette belle armée fondit. La révolution et la répression achevèrent sa ruine et
(1) A Joseph, 16 août 1807. Corr., t. XV, n° 13038. Appréciations conformes de Mack, battu à leur tête (THIÉBAULT, Mémoires, t. II, p. 363), de la reine Marie-Caroline (HELFERT, Fabrizio Ruffo, p. 15, note).
(2) Monitore, 16 mai 1806.
. (3) Monitore, 25 mars 1806, 17 avril 1806 (un article très fier signé de Colletta), 28 avril 1807.
(4) COLLETTA, Storia, livre IT, $ 45.
(5) D’ESPINCHAL; A. CHUQUET, le Général Dugommier, p. 52.
(6) R. LoGeror (Soc. Hist. Nap.; mss.).