LE CORPS D'OFFICIERS
cette difficulté en plus que la proximité d’une armée bourbonienne entretenait les rancunes et les défiances ; Joseph signale «beaucoup d’aigreur (1) » entre les officiers ayant servi en France et en Italie et ceux de l’ancienne armée. Si l’on ajoute la diversité d’origine, Napolitains, Siciliens, étrangers, on conçoit qu’un pareil corps d'officiers ait manqué d’unité (2).
Il faut se défier des jugements collectifs, dictés parfois par une prévention très répandue contre les Napolitains ; cependant il est sûr que le manque de zèle et même simplement de probité et de dignité était assez fréquent. Un des Français qui ont le plus pratiqué cette armée, le colonel Bigarré, reconnaît aux officiers en général de Pesprit et de l’instruction : « Ils sont aptes à faire d’excellents militaires, car ils sont naturellement braves et bien constitués. Je n’ai jamais eu à me plaindre d’eux dans le service... Personne ne porte mieux l’épée et l'uniforme que les officiers napo- Hitains. » Mais il signale leur conception différente du point d’honneur, leur tendance à « exploiter leurs compagnies »et à«rançonner leurs soldats », à frauder sur la comptabilité jusqu’à dissimuler les désertions (3). La bravoure prend chez plusieurs un caractère d’héroïsme chevaleresque (4), que ne peut gâter leur promptitude à mettre le fer en main pour punir un propos blessant l’orgueil national. Leur jactance ne les distingue pas de beaucoup d'officiers français et ce n’est pas encore sous Joseph qu’on peut leur reprocher leur luxe et leur insolence. Mais on surprend déjà, à l’égard des Français, cette affectation d'indépendance dédaigneuse, dont se plaint par exemple le bienveillant Partouneaux. Quand on lui laissera libre cours, on tombera dans l'intrigue, dans les généraux politiciens et conspirateurs, chez lesquels les soldats ne senti-
(1) Un décret impérial, 26 février 1806, accordait la préférence et un traitement d’activité aux officiers sortis du service de France ou d'Italie. On fixa l’ordre suivant : service de France, d'Italie, de Naples (et le grade de ces derniers ne comptait qu’à partir de leur nouvelle nomination).
(2) Rapport de la division du personnel, février-août 1806 (A. Naples, Guerra, 1049); Mémoires d’un ancien capitaine italien, p. 26.
(3) BIGARRÉ, Mémoires, p. 207-208.
(4) Ainsi Florestano Pepe, qu’une ancienne blessure obligeait à porter à la poitrine un tube par où s’écoulait par moments « le sang et la matière », et qui ne reculait pourtant devant aucune fatigue; ainsi le duc de Roccaromana qui, par point d'honneur, escortera en Russie le traîneau impérial, à cheval, sans vouloir recouvrir d’un manteau son costume de hussard ; ainsi Filangieri, chargeant les Autrichiens au pont d’Occhiobello avec une poignée de lanciers.
ront plus l’union, la subordination, la volonté de vaincre. Pour avoir voulu trop vite devenir toute napolitaine, armée cessera d’être.
L’affluence excessive d'officiers permettait un triage assez sévère. La commission napolitaine chargée d'examiner les titres était nettement patriote : le général Parisi, vieil officier de l’ancienne armée (mais que l’on disait influencé par Colletta), le général Caracciolo, arrivé de l’armée d'Italie, le colonel Amato. Elle se montra modérée : les choix, dans l’ensemble, furent aussi bons que possible et l’on trouve dans cet embryon d’armée presque tous les chefs marquants des guerres napoléoniennes et des débuts du Risorgimento.
Les meilleurs certainement étaient ceux qui avaient servi en Italie ou en France, plusieurs dans les services spéciaux ou dans la garde italienne. Il est inexact qu’on ne les ait pas préférés aux autres en principe et c’est exceptionnellement que des officiers « mauvais sujets » ou des «intrigants (1) » avaient pu se glisser; mais l’empereur était sévère pour les officiers de l’ancienne armée : « Faites l’armée patriote (2)! »
Pour stimuler le zèle et aussi pour maintenir la fidélité à l’empire, la présence de Francais était nécessaire : sauf dans la Garde, il y en eut sans doute moins que d’étrangers dans l’armée bourbonienne. Napoléon avait de bonne heure autorisé les officiers à prendre du service à Naples : ils perdaient leur place de France, mais avaient promesse de la reprendre s'ils quittaient le service napolitain « par des raisons majeures (3) ». Déjà pourtant cette nécessité d'opter crée des difficultés, ouvre la voie à la faveur, puisque le roi, bien que général en chef de l’armée française, ne peut pas ne pas savoir gré à ceux qui s’attachent davantage à lui : « J’ai voulu rester Français », écrira à mots couverts un officier très bien en cour, pour expliquer qu’il n’ait pas suivi le roi en Espagne (4).
(1) Napoléon à Eugène, 6 juillet et 31 juillet 1807; à Joseph, 31 juillet. Corr., t. XV, n° 12866, 12967, 12968. Afan de Rivera, qu’il incrimine, était un officier sérieux. Par contre, nous voyons signaler un Orticoni, que le ministre apprend avec surprise avoir été effectivement employé comme adjudant commandant et même décoré de la Légion d’honneur, ou un capitaine Costantini (1®r léger), « accusé d’avoir vendu des armes aux brigands, de leur avoir conseillé de ne point se rendre parce qu’ils seraient fusillés et enfin d’exactions dans le pays ».
(2) Napoléon à Joseph, 30 juillet 1806. Corr., t. XIII, n° 10573.
(3) Décision impériale, 8 août 1806.
(4) Lamarque à sa mère, 29 juin 1808. Arch. Lamarque.
Sous Joseph, on voit ainsi passer au service de Naples, outre le ministre Dumas et, en fait, le maréchal Jourdan, deux excellents divisionnaires, Salligny et Maurice Mathieu, Dedon, qui le devint, et plusieurs généraux de brigade (1) et colonels. Plus naturellement s’offrirent des officiers de grade inférieur, séduits par l'avancement plus rapide, ou privés par l’âge, les blessures ou la fatigue, de l'espoir d’en gagner dans l’armée française (2).
Il était de toute impossibilité de fournir des emplois à tous les Napolitains : au 1* janvier 1807 il y avait encore en non-activité douze cents officiers. Le haut état-major, avant les nominations de mai 1808, ne comprit qu’un divisionnaire et sept brigadiers napolitains, de Gambs et Vintimille (mort fin 1806) étant comptés pour tels (3); faute de fonds, chaque général n'avait droit qu’à un aide de camp. Le roi, Dumas, des généraux français s'étaient attaché quelques officiers distingués. Soit civisme, soit détresse, d’autres avaient accepté un grade inférieur. Comme au temps de l'exil, on proposa de former un bataillon d'officiers (4). Et cependant on avait constitué des cadres sans avoir de quoi les remplir et l’empereur se plaignait qu’on lui envoyât des compagnies de quarante à soixante hommes : « Ce ne sont pas des régiments d'officiers qu’il me faut (5). »
Les cadres de sous-officiers, malgré l’adjonction d’un certain nombre d'étrangers, Corses notamment, sont loin d'offrir le même
(1) De ces généraux, à vrai dire, Compère, amputé d’un bras et malade d’une jambe, et Pinon, qu’on nomma au commandement de la province de Bari, n'auraient plus été en activité. Devinrent généraux : Bigarré, Gentile, Montserrat et Stroz.
(2) Joseph insiste pour en pouvoir garder de ce genre, qui feront de bons <commandants de place (Dumas à GC. Berthier, 30 janvier 1807. A. G., Naples).
(3) De Gambs, divisionnaire, Francesco Pignatelli-Strongoli, Agostino Colonna- Stigliano, commandèrent des provinces. Les autres, dont quelques-uns cumulèrent des commandements de corps et de province, furent Parisi, Caracciolo, de Gambs fils, Amato.
(4) Décret, 31 octobre 1807 (non au Bullettino). Aucun motif ne serait admis « pour refus de se rendre au poste d'honneur qui leur est assigné ». Beaucoup avaient marché spontanément contre les insurgés (C. R. de Dumas au roi, 1% janvier 14807. A. N., AF. 1V, 1685).
(5) Napoléon à Joseph, 18 octobre 1807 (Corresp., t. XVI, n° 13271).
excès. On voit au contraire que, pour former un nouveau corps, il faut puiser dans un autre. Joseph avait songé à enrôler, pour y être instruits, de ses sujets dans des régiments français (1). Pour les soldats le recrutement est des plus difficiles. Si les prisonniers avaient accepté assez facilement du service (2), ceux qui s’étaient débandés. avaient préféré retourner chez eux ou même se faire brigands. On ouvrait cependant les portes toutes grandes aux déserteurs qui voulaient rentrer, de même que l’on tenait peu de compte de la nationalité ou de lorigine. Les chefs des nouveaux corps cherchaient à provoquer la désertion dans les autres (3). Le vice-roi, dont les troupes étaient plus particulièrement menacées, se voyait obligé d'intervenir (4). On avait réglé le recrutement par engagement volontaire, mais sans succès : parmi les hommes peu nombreux qui se présentaient, beaucoup ne le faisaient que pour recevoir la prime et les effets, qu’ils vendaient (5). On fut ramené au système honni de recruter dans les prisons, où, à vrai dire, on trouvait à présent plutôt des insurgés que des criminels de droit commun, mais Napoléon ne constatait pas de différence :« Le dépôt de Mantoue est un ramas de brigands qui commettent toute espèce de désordres ; on fait des soldats avec de bons paysans et non pas avec des brigands (6) .»
C’est, en effet, dans la haute Italie, à Mantoue, à Vérone, qu’on établit les dépôts de plusieurs des régiments et il faut suivre, dans les récits d’officiers chargés de les escorter (7), les étapes acciden-
(1) L’expérience, autorisée, après plusieurs refus, dans l’un d’eux, ne paraît. pas avoir été tentée. De même, sans doute, l’essai, restreint à quelques jeunes montagnards de choix, destinés à devenir instructeurs, recommandé par Joseph à Reynier (24 juin 1807. Mémoires, t. IT). Par contre, la légion corse, dans laquelle Napoléon avait interdit d’incorporer des Napolitains, dut se recruter parmi eux, une fois passée au service royal, et Hugo, son chef, assure qu’ils valaient bientôt les Corses (Mémoires, t. Ier, p. 184).
(2) Des soldats pris en Calabre et amenés à Capoue, 20 avril 1806, 1105 furent enrôlés volontairement : 128 (et 53 officiers), ayant refusé, furent con. duits en France.
(3) Dumas à C. Berthier, 15 juin 1806. Cavaignac à Dumas, 13 avril 1807. Dumas à Lamarque, 16 mai 1807, ete. A. Naples, Guerra, 1461.
(4) A Joseph, 13 août 1806. A. N., AF 1v, 1714 B.
(5) Dumas à Berthier, 24 décembre 1806. A. Naples, Guerra, 1046. Règlement, dans les deux langues, 1®7 janvier 1807 (prime de 6 à 10 ducats).
(6) Napoléon à Joseph, 26 septembre 1807. Du CASSE, Supplément.
(7) BIGARRÉ, p. 216; NOEL, p. 52. Colonel de Gambs à Dumas, Spoleto, 23 février 1807 (A. Naples, Guerra, 1048), lui rend compte que, s’il n’a eu entre Naples et Rome que 15 déserteurs (d’ailleurs 116 malades), au delà la désertion est deve--
tées de ces étranges recrues, attachées comme une chaîne de galériens, parfois même faisant route avec de vrais forçats. Au gîte, on les enferme ; les gardes ont ordre de tirer sur ceux qui tenteront de fuir. Malgré tout, c’est par centaines qu’on en sème, beaucoup dans les hôpitaux, plus encore par la désertion. Le spectacle est d'autant plus scandaleux que les recrues partent, d’ordinaire, équipées : on juge combien il pouvait aider au relèvement d’une institution dépréciée.
Malgré tout, les cadres restaient presque vides (1). Il fallut bien en venir au seul système admissible, la conscription (2). On ne voulut point toutefois l’imposer brutalement et la levée d’un homme par millier d’âmes, prescrite par le décret du 29 mars 1807 (3), fut présentée comme une atténuation des levées de 1798 et 1805 qui demandaient huit pour mille. Celles-ci avaient été on ne peut plus mal accueillies et, pour ne parler que de la dernière, sur 32000 recrues, 6 000 seulement purent être réunies ; le remplacement avait atteint des prix « incroyables » et l’on avait vu des « cas horribles de mutilation » en dépit de la menace de marquer au front les coupables (4). Malgré toutes les atténuations, notamment l’amnistie accordée aux hommes non incorporés des précédentes levées, lexemption des hommes mariés antérieurement au décret, des veufs chargés de famille, des fils uniques, des frères de soldats, de certaines professions ; malgré l’autorisation aux communes dese dispenser du tirageen procurant des volontaires, mode que les journaux affirmaient être presque en tous lieux adopté, cette conscription mal déguisée ne pouvait qu'être très impopulaire (5). « Combien de pré-
nue « extraordinaire » (en une seule nuit, près de 60), avec la complicité des habitants.
(1) C. R. au roi, 1€f janvier 1807 (A. N., AF 1v, 1685).
(2) Notre ambassadeur proposait pour l'avenir une source singulière de recrutement : les enfants trouvés si nombreux dans les hospices (Notices sur le royaume de Naples).
(3) Daté de Barletta. Complété par une longue instruction (Monutore, 8, 15, 19 mai 1807). Le tirage portait sur les jeunes gens de seize à vingt-cinq ans; le remplacé répondait de sa personne contre le risque de désertion. Les gardes civiques n’étaient pas exemptées. Les communes étaient responsables de leur contingent jusqu’à son arrivée et remplaçaient déserteurs et réformés. A telle province était affecté le recrutement de tel régiment. La durée du service serait de quatre ans.
(4) Diario, t. I, p. 179.
(5) D’autant plus que les syndics se seraient souvent arrangés pour ne faire porter le tirage que sur les pauvres (DESVERNOIS, p. 339). Lamarque rapportait comme exemple expressif de la « répugnance pour la discipline militaire » que
jugés, écrira un intendant napolitain, ne faut-il pas dissiper 1c1 pour ranimer l'esprit militaire (1)! » On avait supprimé, « comme injuste et peu honorable pour elle », l'antique privilège de la capitale (2); le peu desatisfaction qu’elle en ressentit se manifesta dans les efforts des délégués pour échapper à la corvée compromettante d'organiser la bussola (tirage au sort). Celle-ci put s’exécuter avec des listes dressées par les commissaires de police (d’après les registres paroissiaux, sans vérifier si les gens n’étaient toujours présents); mais il fut beaucoup moins aisé, fût-ce pour les faire participer aux fêtes du 15 août, de retrouver les conscrits : on dut les enfermer par précaution à l’Albergo de’ Poveri. Sur 4 365 recrues attendues, pour le royaume entier, les corps n’en avaient reçu en janvier suivant que 2800 (3).
Reynier, devenu ministre de Murat, vantait les résultats de la conscription, qu'il s’agissait alors de rendre régulière : elle «réunit en peu de mois... une jeunesse active, sobre et courageuse, qui, à peine instruite des premières leçons de la discipline et de l’art militaire, s’est fait remarquer en Espagne par sa patience à supporter les fatigues de la guerre et sa valeur dans les combats (4) ». Mais déjà on avait dû faire de nouveaux appels aux prisons.
Sans pouvoir faire la part de ces deux modes de recrutement si différents, on constatera en effet des preuves de valeur militaire, mais que gâtaient des vices très graves, unanimement déplorés : une désertion invincible, une propension habituelle au gaspillage et au vol des effets. Si les soldats désertaient à l’intérieur, combien
quarante conscrits de Basilicate avaient tous déserté et passé aux brigands (rapport, mars 1808. A. G., Naples). D’autres fuyaient en Sicile. Les Anglais avaient soin d’exciter le mécontentement (Gazzetta Britannica, 5 novembre 1808).
(1) De Thomasis à Murat, Monteleone, 6 février 1809. A. G., Naples.
(2) Décret, 11 avril 1807. On pouvait se dispenser du tirage par une prestation volontaire. Sur les opérations de la levée, à Naples, Arch. municipales, Naples (Deliber, I, et Proc.-verb., 1807); on y signale la mauvaise volonté des curés.
(3) Rapport au roi, 25 janvier 1808.
(4) Reynier au roi, mars 1809. A. G., Naples.
(5) Nozz raconte (p. 56) que les recrues d’un convoi qu’il escortait trouvèrent moyen de vendre en route leurs effets, certains n’ayant plus, à l’arrivée, que la chemise sous la capote. Sur la place d’exercice, les Napolitains volaient les montres et l'argent des autres recrues. Un détachement, placé à la garde de batteries, emportait les ferrures des affûts. Dans les arsenaux, la « multiplicité des vols commis par les canonniers napolitains » était telle, encouragée par le « peu de zèle » des sous-officiers, que le général Dedon décidait que tout objet volé serait payé collectivement par les uns et les autres (ordre du jour, 31 octobre 1806. A. Naples, Guerra, 1046). A Naples, les recrues du général Caracciolo « com-
plus volontiers quand ils se virent dirigés au dehors. C'était un problème que d'emmener un régiment hors du royaume, plus encore hors d'Italie (1) et de déserteur à brigand, comme de brigand à soldat, facile était la transmutation. Des insurgés pris à grand’peine trouvaient dans l’enrôlement l’occasion de s’échapper : « Voilà done, s’écriait Partouneaux, le fruit de tant de travaux et de tant de soins détruit en un moment (2)!»
À ces instincts dissolvants il fallait opposer une discipline de fer; de là, malgré l’adoption du Code et des règlements français (3), la persistance de procédés qui étaient de règle auparavant (4), mais peu d’accord avec les principes de régénération : le «nerf de bœuf » ou la « savate (5) ». Quant à la fidélité, que pouvait-on espérer d’insurgés, decondamnés, même de paysans désespérés d’être tombés au sort? Aussi voit-on bientôt Joseph demander lui-même à expédier au loin ces troupes nationales; ses dépôts du Nord sont, de son aveu, des succursales du bagne; ïl est presque aussi pressé de faire partir les corps formés dans le royaume. Assurément il s’agit de les envoyer à l’écoie, ce dont ils ont grand besoin, mais aussi de se débarrasser d’éléments peu sûrs. Ce sont des régiments d’exportation, on pourrait dire de
déportation.
mettent les plus grands désordres et ont souvent des rixes avec la garnison française et les habitants » (Franceschi, 30 mars 1806. Zbid.).
(1) Bigarré se fait suivre de gendarmes jusqu’au delà des Alpes. Les régiments napolitains alimentaient le brigandage d'Italie : des Napolitains auraient ainsi poussé l’audace jusqu’à détrousser l’illustre Méot (rapport du général Despinois, 27 juillet 1808. A. N., F40, 88289). Dans le royaume on voyait, une bande de 50 déserteurs du 2° de ligne terroriser la province de Teramo (Partouneaux 25 avril 1807).
(2) Partouneaux à Lamarque, Chieti, 23 février 1807. A. Naples, Guerra, 1048.
(3) Codice dei delitti e delle pene per le truppe, 9 mai 1807. Décret sur les logements de troupes en marche et en garnison (254 articles), 7 mai 1807.
(4) Un jugement du conseil de guerre de Palerme condamnait un déserteur « à subir la peine de quinze tours de baguette par 200 hommes et à servir huit ans en plus de son temps » (15 janvier 1806).
(5) Bigarré recommandait « une discipline extraordinairement sévère » en marche et, comme indication, alliage singulier d’indulgence et de brutalité : « Punissez les voleurs et assassins avec la dernière rigueur. Profitez d’un moment de halte pour leur faire donner la savate en présence de tout le régiment. » Au commandant d’Ambrosio, Novare, 13 novembre 1807 (Collection Lumbroso).
Aux prises avec ce fâcheux esprit, entravé par le manque de ressources (1) et la nécessité de se servir de l'instrument à peine ébauché, ce qui le déformait immédiatement (2), le nouveau régime n’en mit pas moins sur pied toute une petite armée et les. principaux établissements correspondants : deux régiments d’infanterie légère, deux de ligne, deux de chasseurs à cheval, vingt compagnies d'artillerie à pied et une d’artillerie à cheval, auxquelles. il faut en ajouter douze « d’artilleurs littoraux », six compagnies de sapeurs et un corps d’ingénieurs, une légion de gendarmerie, un bataillon du train, toute une Garde royale; rappelons que deux corps étrangers, Royal-Corse et Royal-Africain, passent au service de Naples (3). L’administration est confiée à des intendants militaires, réunissant les fonctions des inspecteurs aux revues et commissaires des guerres français, le contrôle à une direction générale des revues, de la solde et des masses. Pour les vieux soldats, on réorganise les compagnies de vétérans et on crée la maison des. Invalides; pour l’instruction des officiers, deux écoles militaires. Des insurgés qui se soumettent sont formés en corps francs spéciaux. Enfin la nécessité de rétablir l’ordre à l’intérieur suscita une institution, dont la portée était grande, les gardes provinciales.
L’effectif, d’ailleurs, ne justifiait pas les critiques de Napoléon,
(1) L'ancienne cour avait, là encore, systématiquement emporté ou détruit (compte rendu de Dumas, 1°r janvier 1807). Capoue et Gaëte fournirent de précieux appoints. La France dut compléter l'armement des régiments envoyés en Espagne. L’arriéré de solde, en janvier 1807, était déjà de quatre mois.
(2) Le 1€ léger, envoyé en Calabre, bien qu’à peine en voie de formation, est ainsi décrit à son retour par le commandant de la province de Salerne : « La plupart des soldats sont sans culotte, sans gilet, sans chapeau, sans bufileterie, toutes leurs armes en mauvais état et sans baïonnette, les sous-officiers, les grenadiers et les voltigeurs sans sabre. » (Général Franceschi, 28 décembre 1806. A. Naples, Guerra, 1046.) Après Maida, on avait même fait partir, dans la colonne Vintimille, les cadres des deux régiments de ligne, et les 50 officiers qui en étaient revinrent « la plupart en état de maladie et tous dans le plus grand dénûment ». (Dumas à C. Berthier, 4 août 1806. Zbid.)
(3) On avait négocié aussi le passage du 1° suisse ; on songea à enrôler un régiment hessois, un régiment polonais, et, ce qui eût été suivre une tradition, un régiment albanais (commandant BoPre, le Régiment albanais, 1807-1814).
puisque l’armée proprement dite, y compris la Garde (composée en majorité d'étrangers), les Corses, les noirs, ne dépassa peut-être guère onze mille hommes (1). Une rapide revue des corps ainsi formés renseignera plus utilement que tant d’appréciations superficielles ou déclamatoires.
Injanterie. — Les deux régiments d'infanterie légère furent constitués avec d’anciens éléments : soldats des garnisons de Naples ou Capoue (même non Napolitains) (2); les officiers aussi furent pris dans l’armée bourbonienne. L'organisation du 1°" léger fut confiée d’abord au colonel Vincenzo Pignatelli-Strongoli, puis à son cousin, le colonel Andrea Pignatelli, marquis di Cerchiara, frère du ministre de la Marine : grand seigneur rallié (3), qui paraît avoir manqué d'énergie. Quand le régiment quitta les Abruzzes. pour se rendre à Capoue, le général Merlin faisait le plus triste tableau de son administration et de son corps d’officiers, la plupart «misérables pillards comme leurs soldats (4) ». Pour affirmer le cas qu'il faisait de ce régiment de 1.400 hommes, il ne demandait pour le remplacer qu’un bataillon français ou corse. Merlin n’était pas tendre aux Napolitains, mais Partouneaux, son supérieur, se montrait dans l’espèce tout aussi sévère : le corps est « mauvais », officiers et soldats, les sous-officiers exploitant les conscrits, le colonel «parlant toujours de l’honneur de son régiment», mais laissant faire «toutes les sottises imaginables ». Tandis que par ses excès cette troupe accroît le nombre des ennemis du gouvernement, sa lâcheté «inconcevable » en fait la risée des brigands, qui pénètrent dans la province par un passage dont elle a abandonné la garde (5). Le
(1) Le rapport général de Miot disait 21 000. L’ambassadeur de France nie formellement ce chiffre et donne celui de 11 000 (20 juin 1808. A. E., Naples, 132, f° 128); c’est aussi celui (11 707) qui résulte du rapport général au roi, du 25 janvier 1808 (B. N., Mss. it., 1126). Les cadres formés eussent dû contenir 10 397 hommes de plus. Joseph avait déclaré qu’une armée nationale de 30 000 à 40 000 hommes suffirait : Murat la porta à 80 000 officiellement (l’armée d’expédition de 1815 en compta du moins 52 000).
(2) Décret, 16 février 1806 (premier). Décret, 27 mai 1806 (deuxième). (3) Veir Lettres inédites, p. 84.
(4) Merlin à Lamarque, 17 et 24 novembre 1807 (A. Naples, Guerra, 1048). « Tout le monde y vole et tout le monde se plaint », « le major est plus mauvais encore que le colonel ». Le lieutenant-colonel Delfico et le commandant de la Nougarède (peut-être l’ex-Vendéen) étaient exceptés avec éloge.
(5) Partouneaux à Lamarque, Chieti, 21 juillet 1807 (autres du 1% août, 18 septembre). A. Naples, Guerra, 1048. Cf. l'appréciation sévère d’un correspondant de l’auteur du Diario (t. I, p. 372).
dénûment où depuis longtemps on laissait les soldats (1), employés avant d’être équipés, expliquerait à lui seul leur dégoût et leur désertion.
Le 2e léger était surtout un corps de police, chargé d’assurer le service des prisons et tribunaux : ce fut d’abord simplement le bataillon de « chasseurs de la Cité », créé par le duc d’Ascoli (2). Il était commandé par le colonel napolitain Vairo et placé sous lautorité supérieure de inspecteur de la gendarmerie (3).
Les deux régiments de ligne (4) furent recrutés tout d’abord d’éléments moins sûrs, sinon beaucoup moins bons : déserteurs de Gaëte, surtout prisonniers, insurgés, dont on a vu les pitoyables convois s’égrener sur les chemins d’Italie. Les cadres, en revanche, sortis en majorité del’armécitalienne, paraissaient vraiment solides. Le colonel français Bigarré, chargé d’organiser successivement les deux corps, se loua beaucoup du concours prêté à la formation du premier par le major Pégot (5) et par les chefs de bataillon d’Ambrosio et d’Aquino, tous deux futurs généraux de Murat et des meilleurs (6). Bigarré lui-même, débrouillard, plein d’entrain, visiblement amusé par ses soldats et bien vite à l’unisson de ses officiers, auxquels il prêchait le bon accord et parlait sur un ton de
(4) De la Nougarède expose que les conscrits n’ont « pas un sareau de toile à mettre sur le corps » (à Partouneaux, Sulmona, 22 juillet 1807. A. Naples, Guerra, 1048). Or, déjà en octobre 1806, quand il s’agit de faire rejoindre 300 hommes du dépôt, C. Berthier répondait au roi qu’ils n’avaient, «ni paire de souliers, ni sacs, et les armes sont de différents modèles et généralement mal tenues » (A. N., F0, 88314).
(2) Peut-être avait-il gardé l'uniforme jaune et noir de ce corps : on les appelait « les jaunes ».
(3) La ville payait un supplément de solde des deux tiers. C’est en octobre 1806 qu’on créa un second bataillon (commandant Costa; le régiment a alors 850 hommes), en 1809 qu’il fut porté ‘à trois bataillons, assimilation qui paraît avoir eu pour effet d’y accroître la désertion : « Faites fusiller, à la tête du régiment, écrira Murat au colonel, tous ceux qui seront arrêtés. »
(4) Décret, 13 juin 1806. On avait tenté d’en former un troisième (colonel de Gambs).
(5) Français, qui était commandant, attaché à l’état-major.
(6) Angelo d’Ambrosio, de Reggio (Calabre), avait servi dans l’ancienne armée (cadet au siège de Toulon et prisonnier jusqu’en 1797). Après la République, pour laquelle il combattit, il avait, choix étrange, pris du service dans l'armée autrichienne. Ce n’est pas sans hésitation qu’il accepta de rentrer dans l’armée, comme aide de camp de Mathieu Dumas, qui dit de lui dans ses Souvenirs (t. III, p. 296) : « Il joignait à beaucoup d'esprit et de connaissances une grande activité. » Luigi d’Aquino, républicain, participa à la défense de Gênes. Sur d’Ambrosio et d’Aquino, cf. D'AYALA. Vite... et FERRARELII, 1l gener. d’ Ambrosio, dans Memorie militari. *
camaraderie cordiale, ferme d’ailleurs et disciplinaire, put se vanter d’être arrivé en deux mois à présenter au roi, pour sa fête, un régiment de 1800 hommes, complètement équipé, ayant bonne mine dans son uniforme blanc à revers bleu céleste, et que Napoléon, ayant croisé au mont Cenis, daigna passer en revue : « Messieurs les Napolitains, je suis très content de vous (2)! »
Par précaution, c’est à Mantoue que l’on avait établi le dépôt de ce régiment et c’est là que le 2e de ligne, dont les uhlans polonais escortèrent le premier noyau (3), fut réellement organisé. Bigarré est très satisfait « de l’empressement que mes officiers, dit-il, mettent à venir au-devant de ce qui peut m'être agréable » et spécialement de ses « trois excellents chefs de bataillon, qui nous aident du meilleur de leur cœur (4) », surtout du major, désigné à sa demande, Carrascosa : « Je ne pense pas, dira-t-il plus tard, que le roi de ce pays ait un officier plus instruit, plus probe, plus dévoué à sa patrie (5). » Ses lettres confirment cette opinion : «Le 2e de ligne, mon cher d’Ambrosio, ne laisse presque plus rien à désirer : grâce à Carrascosa, sa comptabilité et son instruction vont chaque jour de mieux en mieux.Carrascosa est vraiment mon idole; je suis ravi de ses services. » Vers la fin de juin, le colonel contemplait son œuvre avec satisfaction : « Je ne crains pas de vous annoncer que le régiment que je commande ne laisse plus rien à désirer (6).»1Il
(1) Il eut tout à faire : avant lui le général Debelle, auquel on envoyait ce qui existait du corps, écrivait : « Les hommes font peur, ils n’ont qu’une chemise, sont en bonnet de police, les officiers sont en bourgeois. » (A. N., Guerra, 1046.)
(2) BIGARRÉ, Mémoires, p. 204-205 et 217-218. Les lettres de Bigarré, possédées par le baron A. Lumbroso, confirment ses mémoires. A d’Ambrosio, il écrit : «Mantoue est un triste séjour où les femmes sont laides ; quand Carrascosa sera arrivé, je le logerai chez la plus belle.» « Mandez-moi tout ce qui se passe de bien dans votre corps (alors en Espagne) et rien de ce qui pourrait aller mal, car cela me causerait du chagrin.» Mais aussi : « J’ai appris avec peine que vous aviez beaucoup de monde en arrière. Les officiers qui ont été d’arrière-garde depuis Bergame seront mis aux arrêts de rigueur jusqu’à Turin et le plus coupable d’entre eux jusqu’à Suse. » Les soldats consignés jusqu’à ce qu’ils soient « propres et bien rasés ». Tout le monde doit marcher.
(3) De Gambs à Dumas, 23 février 1807. A. Naples, Guerra, 1048. Il n’y avait plus que 700 hommes à l’arrivée, qui servirent surtout à compléter le 1*' régiment. Toute une bande s’était formée dans les Abruzzes avec des déserteurs de ce corps.
(4) Bigarré à d’Ambrosio, Mantoue, 17 mai 1808 (Coll. Lumbroso). Un de ces commandants était Français, de Merval, chef d’escadrons que Joseph avait fait « commandant du quartier général ». Deux autres Français, H.-G. Sales et N.-C. Roucy, étaient capitaines.
(5) Mémoires, p. 220.
(6) Bigarré à d’Ambrosio, Mantoue, 2 et 19 juin 1808 (Coll. Lumbroso). Eloge des deux régiments de ligne dans le rapport au roi, 25 janvier 1808.
fallait toutefois, à la mêmé’date, faire appel à la générosité de la France pour les masses, non encore organisées, pour armement «dans le plus mauvais état; on ne pourrait point s’en servir pour faire la guerre. Les fusils sont de tous les modèles et de tous les pays (1) ». C’est la France déjà qui avait fini par armer les premiers régiments envoyés en Espagne.
Cavalerie. — La cavalerie napolitaine jouissait d’une réelle réputation : Napoléon lui-même avait montré faire cas des quatre régiments envoyés en 1796 à l’armée autrichienne d’Italie (2). L'organisation des deux régiments de chasseurs à cheval (3) fut confiée à Giambattista Caracciolo, colonel du 1+ régiment de chasseurs italiens, d’une famille puissante et éprouvée, et qui ne ménagea pas sa peine (4). Mais les difficultés du recrutement et plus encore de la remonte firent qu’au bout d’un an, sur un total de 800 hommes, à peine pouvait-on mettre à cheval un escadron et Frégeville assurait préférer à toute cette brigade deux pelotons de cavaliers français; il accusait le colonel du premier, Pignatelli- Strongoli (5), d’avoir tout désorganisé, excusait celui du deuxième, Zenardi, sur ce qu’il manquait de tout et reconnaissait que « le général Caracciolo s’est donné et se donne beaucoup de peine, mais une puissance humaine ne peut pas faire de miracle (6) ». Six mois après, Napoléon se plaignait vivement de l’état du 2e chasseurs à Mantoue : des hommes qui sont des brigands, point de chevaux (7). Le premier, dont un escadron avait figuré en uniforme vert à revers rouges (8) dans une revue de Chiaïa, paraît avoir été dans un état plus satisfaisant.
(1) Bigarré à Clarke, Mantoue, 30 juin 1808. A. G., Naples. r (2) Mior, Mémoires, t. Ier, p. 85.
(3) Edit, 18 février 1806.
(4) Général de brigade (15 mai 1806). Envoyé à la Grande Armée (mai 1807). (5) Vincenzo, le même qui avait d’abord été au 1® léger. Sur lui et Zenardi, v. Leitres inédites, p. 86 et 121.
(6) Frégeville à Lamarque, Barletta, 10 mars 1807. A. Naples, Guerra, 1048. Pour les chevaux, dont on n’avait trouvé que fort peu, on essaya de la réquisition, en acompte sur les contributions arriérées. Finalement !la France dut monter l’escadron qu’on lui envoya.
(7) A Joseph, 26 septembre 1807. Du Casse, Supplément. Du moins les chefs semblent bons (Joseph à Napoléon, 18 juillet 1807, Mémoires, t. III). Un des chefs d’escadrons est Français, Lebrun, « ancien et excellent officier du 4° de chasseurs », et un des capitaines, Jacques Miot.
(8) Sans doute l’uniforme décrit par LIeNHART et HUMBERT, les Uniformes, t. V, pour le règne de Murat (la culotte rouge, les bottes à la hussarde, shako).
Leur emploi au dehors. — Dépaysés, ayant moins de facilité à déserter, ces troupes pouvaient acquérir les qualités militaires qui compléteraient leurs qualités naturelles, force de résistance, agilité, sobriété. L’empereur daigna en appeler à la Grande Armée. Mais, avant qu’elles fussent prêtes, la paix survint, et c’est en Espagne que leur fut donnée l’occasion de se: former à la dure école napoléonienne. Quand Joseph passa sur le trône de ce pays, il ne restait plus de troupes napolitaines dans le royaume que le 2° léger et les détachements d’armes spéciales; tous les autres corps étaient à Rome, à Mantoue, ou déjà en Catalogne (1). Duhesme, de qui ces derniers dépendaient, se louait tout d’abord de leur conduite (il est vrai que c’était en écrivant à Joseph), encore qu'il y eût à signaler des rixes avec les soldats espagnols (2). On apprit ensuite qu’ils avaient donné satisfaction dans les premiers engagements et il n’est pas douteux que l’on n’eût obtenu davantage ensuite, avec plus d’habileté et de tact que n’en eurent Pignatelli-Strongoli, qui succéda à Lechi, et Macdonald, qui faisait profession de mépriser les Napolitains (3). Reynier, ministre de la Guerre, faisait hautement leur éloge (4). Ensuite les rapports notèrent surtout la désertion etla maraude (5), et c’était payer bien cher un pareil résultat que d’envoyer, pour tenir les corps à peu près au complet des milliers de conscrits, dont la majeure partie ne revint point (6)! ‘
Armes spéciales. — Les armes, qui demandaient surtout intelligence et adresse, devaient trouver, semble-t-il, à Naples, des
(1) En Catalogne, le 1€r de ligne. Puis vinrent le 2€ de ligne et le 17 chasseurs.
(2) Voir la lettre de Joseph à Duhesme, 26 février 1808. Lettres inédites, p. 198. Bagarre à Barcelone (Vacant, t. Ier, p. 351).
(3) Sur les Napolitains en Espagne VAcANI, MARULLI, PEPE (Mémoires, t. Ier); DESvERNOIS insiste sur les fautes de ces deux généraux, vante le courage et le bon esprit des Napolitains bien commandés. Sur le 4€7 chasseurs, qu’il avait dirigé en Tyrol, puis en Catalogne, voir aussi les éloges contenus dans son rapport, publié par Ben. CROCE, 11 primo reggimento dei cacciatori napoletanti nelle guerre del Tirolo e di Catalogna, 1809-1810. Reoue napoléonienne, 1902, p. 52-58. Murat se plaint à Napoléon qu’on ne parle jamais de ses troupes, dont cependant les généraux lui font des « rapports avantageux » (18 décembre 1808, A. N., AF1v, 1714 À). Le Tableau, dressé par A. MARTINIEN (et Supplément), indique bon nombre d’officiers napolitains blessés ou tués dans les affaires de juin-septembre 1808.
(4) À Murat, Naples, mars 1809 (A. G., Naples).
(5) P. CONARD, la Captivité de Barcelone, p. 85 et suiv.
(6) Déjà, au commencement d’avril 1808, un millier. La solde était à la charge de Naples.
recrues précieuses. L’instruction des officiers de cette catégorie y était assez soignée; le prince Eugène regrettait ceux qui avaient servi sous ses ordres.
A la réorganisation du génie présida le général Parisi, ancien directeur de l’Académie militaire et que son confrère et adjoint provisoire, Campredon, présentait comme «un des premiers et peutêtre le premier ingénieur militaire de l'Italie (1) ». Dans l'artillerie, Dedon, la bête noire de Courier, entra au service de Naples comme divisionnaire : le général napolitain Fonseca (2)lui était subordonné.
Joseph oppose la bienveillance de Campredon pour les ingénieurs napolitains à la sévérité de Dedon, « grand dépréciateur des artilleurs de Naples (3) ». Lui-même penche naturellement pour le premier, et l’on sera tenté de l’imiter en voyant le nombre d'officiers sérieux, instruits, que le nouveau régime, qui ne laissa guère chômer ces deux armes, utilisa avec profit : ainsi, dans le génie, le colonel Costanzo, qui prit part au siège de Gaëte, les lieutenants-colonels Macdonald, « officier d’un très rare mérite et généralement estimé sous tous les rapports (4) », et Domenico Montemajor, qui servirent en Calabre. C’est comme lieutenant dans cette arme que débuta l’historien Colletta. Parmiles artilleurs, Alfonso de Paolo et Pasquale Viola, l’un et l’autre chefs de bataillon au siège de Gaëte; Afan de Rivera, qui se rendit utile à Gaëte et à l'Ecole militaire (c’est lui que Napoléon avait fait arrêter, comme étant d’un mauvais esprit). Il semble toutefois que cette arme ait donné beaucoup moins de satisfaction que le génie, tant au point de vue des officiers qu’à celui des soldats (5).
(1) À Dumas, 5 avril 4806. A. Naples, Guerra, 1045. Giuseppe Parisi, né à Naples, avait soixante ans en 1806. Divisionnaire (20 mai 1808).
(2) Giuseppe Fonseca-Chaves, destitué sous Ferdinand et l’un de ceux qui avaient contenu la plèbe avant l’entrée des Français.
(3) A Napoléon, 10 août 1807. Mémoires, t. III.
(4) Etat nominatif des officiers du génie napolitain envoyés à l’armée d'Italie, au mois de mai 1807 (par Campredon, 11 août 1807.) A. G., Naples. Outre Macdonald (qui ne partit pas), nous voyons citer avec grands éloges les capitaines G.-B. Vinci (patriote ayant servi dans le génie italien), « homme d’honneur, d’une conduite irréprochable... », Melch. Sella, « très honnête homme, zélé, intelligent et très appliqué à ses devoirs », Gius. Brochetti (capitaine sous la République), « bien né, bien élevé, jouit de la réputation d’un brave et loyal militaire », Raff. de Giudice, « instruction, qualités militaires, ardeur à bien remplir ses devoirs ». A Cotrone se distinguèrent les capitaines Sebe et Romei; le capitaine Lanzetta fut pris sous Gaëte.
(5) Le compte rendu au roi du 1€f janvier 1807 constate l'insuffisance des gradés
Plus encore que les autres, les corps spéciaux tendaient à n’être que des cadres. On avait pu, au début, avec les épaves de l’ancienne armée, former quatre compagnies de canonniers (1) mais, en septembre 1806, on avait bien du mal, alors qu’il y avait dans le « régiment d'artillerie » dix-huit compagnies constituées en officiers, à en compléter deux à trente ou quarante hommes (2)! Quant aux premiers incorporés, une compagnie envoyée devant Gaëte, on les avait éloignés précipitamment, parce qu’ils volaient jusqu’au fer des affûts et parlaient, assurait-on, de tuer leurs officiers et « ceux qui avaient les cheveux taillés (3) ». La création d’une compagnie d’artillerie à cheval de la Garde, recrutée parmi les artilleurs (et les chasseurs) déjà rassemblés, ne facilita point Porganisation. Au risque de mécontenter Joseph, Dedon et Lamarque affirmaient leur défiance envers les artilleurs napolitains (4). Du moins les artilleurs littoraux (5), sorte de garde nationale, semblent-ils avoir rendu des services. De même le génie, borné toutefois à cinq compagnies de sapeurs et mineurs. Un bataillon du train (artillerie et équipages) devait soulager les communes, sur qui retombait en fait le service confié à l’entreprise (6).
Le monopole des poudres et salpêtres, attribué au ministère de la Guerré, nécessita toute une administration nouvelle, pour diriger les fabriques et dépôts et surveiller les marchands commissionnés (7). Les fabriques de poudre et d’armes de Torre dell Annunziata, les fonderies de canons de Naples, les forges de
de l'artillerie : « Le mal qui est fait à cet égard sera très difficile à réparer.» -
(4) Joseph à C. Berthier, 15 février 1806 (A. N., AF 1v, 1714 B); édit, 3 mars.
(2) Dulauloy à C. Berthier, 9 septembre 1806. A. Naples, Guerra, 1046.
(3) Dulauloy à C. Berthier, 10 mai 1806. Zbid., 1045. Rapport du colonel Fonseca, chargé de l’enquête. (Zbid., 1046.) L'affaire avait peut-être été exagérée par Lacour, car trois canonniers seulement furent traduits en jugement et leur colonel demanda commutation de peine.
(4) Cf. Lettres inédites, p. 187. Le rapport du 25 janvier 1808 constate que c’est le corps où il y a le plus de désertion et l’attribue à« l’insouciance des chefs ».
(5) Douze compagnies, réparties entre les quatre directions d’artillerie (Naples, Tarente, Calabre, Pescara). Officiers pris parmi les officiers retraités ou parmi ceux des gardes provinciales et pouvant passer de là dans l'artillerie ; canonniers désignés par les communes voisines, de préférence parmi les métiers du fer : on leur donnait un uniforme et une solde (décret, 18 août 1807). Ces compagnies furent conservées par Murat et complétées avec des gardes provinciales.
(6) Décret, 25 juin 4807. Rapport, 25 janvier 1808.
(7) Décret, 2 novembre 1807 (se suit dans cinq numéros du Monitore).
la Mongiana, également cédées à l’armée, les mines de plomb, de fer, reprirent vie (1).
Les temps, n’était la question financière, étaient propices aux travaux de l'artillerie et du génie : sièges, routes, défenses. L’immense étendue des côtes, le soin qu’avaient mis Ferdinand et les Anglais à les désarmer (2), furent un souci capital pour Joseph, mal rassuré par les théories de l’empereur sur l’art de garder beaucoup de territoire avec peu de troupes. On ne pouvait traverser sans danger de Naples à Portici (3); Jourdan, se rendant par terre au lac Fusaro, manquait d’être pris par les Anglais (mai 1806). Le transport des pièces était un problème, surtout en Calabre. Le . personnel de l’artillerie, infiniment trop faible, dut être complété par une compagnie de chaque régiment d’infanterie et par des dragons, outre les artilleurs sédentaires. Pour parer au danger d’attaques simultanées, on établit à Campana un camp de plusieurs milliers d'hommes, à même de se porter de là sur les points menacés (4). Pour permettre à l’armée de Naples, au cas où elle serait coupée de l'Italie, de résister en attendant qu’on fût victorieux dans le Nord, Napoléon fit étudier un projet grandiose : une immense place, «un des plus formidables camps retranchés qu’il y eût au monde », de l’avis de Campredon, serait organisée dans la presqu’ile de Castellamare, où, le cas échéant, l’armée et la flotte auraient pu tenir un an (5). En attendant que lasituation financière se prêtât à une telle entreprise, d’utiles travaux de défense furent faits à Tarente (ile Saint-Paul), à Cotrone, à Brindisi, aux îles du
(1) L’arsenal fondit 81 pièces ; la fabrique d'armes fournit en un mois (janvier 1808) 250 armes blanches et 450 fusils.
(2) Rapport Dulauloy à A. Berthier, 21 juin 1806 (A. G., Naples) : « Pas un affût en état.…, pas une batterie disposée pour la défense des côtes à partir du golfe de Naples jusqu’à Reggio. »
(3) Encore en 1809 (La Feuillade, 18 juillet. A. E., Naples, 133). Pour éviter une surprise nocturne, le roi ordonnait qu’une chaîne de bois fût tendue le soir, du Môle à l’Immacolatella (15 mai 1806, Pizzofalcone, Napoli Marina).
(4) On en étudiait un autre près d’Eboli (Lamarque à Clarke, 17 janvier 1808. A. G., Naples).
(5) Très nombreux passages dans la correspondance (surtout mars-août 1807). Nombreux rapports à A. G., Naples, 1806 et 1807, notamment un gros rapport de Campredon (décembre 1807), nettement en faveur de la presqu'île de Castellamare. Joseph avait conseillé Capoue, mais l’empereur voulait un port, qui pût être secouru de Toulon. En dehors de cette grande place, Napoléon ne voyait à fortifier que Pescara et surtout Scilla, mais la première ne valait rien et la seconde fut conquise trop tard. Il songeait déjà à celle qu’on créerait en Sicile.
‘Golfe, et des batteries établies un peu partout (1). Les fortins et «tours » du rivage, depuis Charles-Quint éléments si pittoresques du paysage napolitain, ne servaient plus qu’à abriter quelques postes douaniers et la plupart tombaient en ruines (2).
La Garde royale. — La Garde a été reprochée à Joseph comme une création intempestive, qui épuisait des ressources plus utiles ailleurs et désorganisait les corps de troupes. Peu de souverains, reconnaissons-le,eurentautant besoin d’être gardés, au milieu d'une plèbe hostile, en face d’un adversaire qu’on disait capable de tout. L'empereur recommandait à son frère d’être prudent jusque dans ‘son appartement et l’avait engagé à s’entourer d’un corps choisi de troupes françaises. Le roi, désireux de s’assurer une réserve de ‘bons soldats et sans doute aussi un corps d'officiers à lui, abusa largement de la permission. Si certains colonels se prêtèrent à la mesure, par espoir d'avancement, d’autres se lamentaient à bon droit, comme celui du 25° chasseurs, qui dénonçait directement à Clarke l’état de son « malheureux régiment », auquel plus de 160 hommes avaient été pris pour la Garde et pour la gendarmerie (3).
Ainsi furent réunis, sous le commandement de deux colonels généraux, Salligny et Maurice Mathieu, neveux du roi (4),3000 hommes d’élite (5) : un régiment de grenadiers (Montserrat, colonel du 102-)
(1) Le rapport de janvier 1808 comptait 1 217 pièces en batterie dans les places.
(2) « Cahier de reconnaissances faites par M. le général Digonet, commandant la province de Calabre ultérieure » (7 juin 1806. A. Naples, Guerra, 1153). Tout le matériel d’artillerie et du génie, comme celui des hôpitaux et casernements, relevait de l’armée napolitaine.
(3) Colonel Christophe à Clarke, Bari, 12 janvier 1808. A. G., Naples. On enlevait d’un coup une compagnie entière à huit régiments d’infanterie (197 août 1806). Il n’est pas vrai qu’il n’ait pas été ordonné formellement de prélèvements dans les compagnies d'élite (le roi, fixant le nombre de voltigeurs à lui fournir, dit : « Ces hommes doivent être pris dans les compagnies de voltigeurs et choisis parmi les chevrons et les meilleurs sujets. » (Circulaire, 197 août 1806. A. N., F40, 88314.) Les chefs résistèrent d’ordinaire de leur mieux : le 13 août 1806, Maurice Mathieu se plaignait qu'aucun des régiments visés par les circulaires royales des 20 juillet et 1° août 1806 n’eût encore envoyé son contingent, à lexception des 28°et 24€ dragons, qui avaient d’ailleurs choisi les leurs fort mal (des hommes sans chevaux ni armes et « presque nus »}. A. Naples, Guerra, 1046. Un assez grand nombre d'officiers français entrèrent dans la Garde : en 1806 nous én relevons 56. Le décret impérial du 30 août 1806 autorisait d’ailleurs à prendre pour elle 1 100 Français.
(4) C’est Napoléon qui avait conseillé ce partage du commandement. L’intendant de la Garde fut Bernard de Saint-Affrique, frère de Maurice Mathieu.
(5) La Garde de Ferdinand ne comptait que 1 700 hommes, outre les gardes du corps (non soldés).
et un de voltigeurs (Donat, major du 62°), ayant l’uniforme de la Garde impériale et moitié de sa solde, un régiment de chevaulégers (Strolz, major du 19 chasseurs). Un « corps de vélites à cheval » (Jamin, chef d’escadrons de cuirassiers), dont le noyau fut la compagnie de dragons de la garde civique de Naples (1), était destiné, par l’attrait du privilège, par celui d’un uniforme élégant (bleu de roi avec parements jaunes, épaulettes rouges à pattes d’or), à attirer vers le métier militaire des jeunes gens de familles aisées et. distinguées pour en faire des officiers. Il fut même question d’en envoyer à la Grande Armée, l’école par excellence : ce qui n’était pas pour activer le succès d’une institution qui, bien qu’offrant cet avantage de rapprocher la bourgeoisie riche de l'aristocratie, la noblesse de province dela cour, paraît avoir médiocrement réussi. Il y eut encore une compagnie de marins, une de vétérans, une du train, et l’empereur avait fourni de sa garde italienne, pour le service intérieur du Palais, quinze gendarmes qui devaient être le nerf d’une compagnie de gendarmes de la Garde : Radet promit que « cette élite d’une troupe d'élite (2) » serait quelque chose d’excellent, mais n’envoya personne (3).
On put du moins rendre à cette Garde la justice qu’elle ne fut pas un corps de parade et participa aux expéditions Les plus rudes. Mais elle fut plus régulièrement payée et mieux entretenue que l’armée, encore que l’on ne soit pas arrivé à lui donner le « grand uniforme (4) ».
Ecoles et autres établissements militaires. — Bien que pour le moment on n’eût que trop d’officiers, on s’occupa de restaurer l’Académie militaire (5) (à la fois artillerie, génie, ponts et chaussées), un établissement réputé, dont l’ancien personnel offrit le concours. | (1) La compagnie de chasseurs de cette même Garde fut versée dans les voles de Dumas et Radet, décembre 1806. A. Naples, Guerra, 1094. Une compagnie de hallebardiers, désirée par Joseph pour imiter son prédécesseur, ne semble pas avoir été formée sous ce roi.
(3) Une compagnie de chevau-légers volontaires devait être organisée par le capitaine Tascher de la Pagerie, avec des jeunes gens très choisis: le petit nombre qui fut réuni dut être versé dans les vélites. A chacune des trois Abruzzes om demanda une compagnie de chasseurs à cheval volontaires, qui seraient soldés,. mais devraient s’équiper et se monter : le galant uniforme prescrit (dolman blanc et culotte écarlate) ne tenta personne.
(2) À son passage en France, se rendant en Espagne, le Journal de l'Empire:
signale sa « magnifique tenue » (16 octobre 1808). (5) Très déchue dans la crise de 1799, elle avait été abolie en 1805.
le plus zélé et le plus désintéressé (1). L'Ecole Polytechnique militaire, comme elle fut nommée, transférée à l’Annunziatella, enrichie de livres et de collections provenant des couvents, reprit vie le 16 septembre 1806 : les programmes avaient été rapprochés du système français. Les demandes d'admission très nombreuses, le chiffre de 250 élèves au {+ janvier 1807, bien que l'Etat n’eût pu accorder aucune bourse, attestaient le succès de l'institution et peut-être l'efficacité des efforts pour stimuler l'esprit militaire. Le ministre français de la Guerre faisait le plus grand éloge d’une œuvre dont le mérite revenait essentiellement à des Napolitains : « L’instruction est bien dirigée par M. le général Parisi. Les professeurs sont des hommes distingués par leurs talentset leur moralité. Les classes de mathématiques sont très fortes. Les élèves pour Partllerie et le génie subissent les mêmes examens qu’en France (2). »
Une Ecole d’artillerie à Capoue, commandée provisoirement par le colonel du régiment d’artillerie et pourvue du règlement français du 1* avril 1792, devait perfectionner la pratique tant chez les officiers que chez les soldats (3). ù
En même temps étaient rouvertes les écoles préparatoires à l’Académie, sorte de prytanées recevant des élèves à partir de dix ans (4); des cours devaient être faits aux sous-officiers de la Garde.
À l’Annunziatella fut établi encore le dépôt topographique de la Guerre, organisé sur le modèle français (5). On essaya de créer un corps médical sérieux, par l’établissement d’un conseil de santé,
(1) Rapport général, 127 octobre 1806 (A. Naples, Guerra, 1049 bis); un rapport suivant (24 octobre) donne la liste d’anciens officiers de l’Académie, offrant de reprendre leur service sans autre traitement que leur solde de nonactivité, et d’anciens professeurs, offrant même de se passer provisoirement de tout subside. Il fallut ce désintéressement pour triompher des hésitations résultant de la médiocrité des crédits. Programme (manuscrit) proposé par Vito Caravelli (14 août 1806) : sciences, dessin, langues italienne, française, anglaise, campagnes d’instruction, etc. Dumas demandait en France les règlements en usage, que le général Beccarini, directeur des « études » à Fontainebleau, lui adressait avec ses propres ouvrages. Pièces relatives à l’école. A. Naples, Guerra, 966. L’uniforme, représenté dans une jolie aquarelle, comportait l’habit bleu outremer, doublure rouge, plastron et retroussis noirs à liséré rouge, culotte blanche, bottes à revers jaunes, bicorne à panache rouge, cocarde française, épée.
(2) Compte rendu, 1% janvier 1807. A. N., AF 1v, 1685.
(3) Décret, 22 octobre 1807.
(4) Tel le collège de Gaëte, fondé en 1796 et tenu par des religieux. Parmi les demandes d'admission, notons celle du major Hugo (1% avril 1807) pour ses deux fils, Abel et Eugène : tous deux étaient trop jeunes, on admit l’ainé.
(5) Juillet 1807. Directeur Winspeare. Rapport du général Parisi, 9 juillet 1808. A. Naples, Guerra, 1072.
capable de résister aux prétentions injustifiées des candidats (1). . Pour les vieux soldats, on conserva, avec son uniforme gris, le: «corps des Invalides », auquel on affecta la plus splendide demeure, extérieurement du moins, qu’il y eût à Naples, la Chartreuse de San Martino; on avait reversé les plus valides dans les seize compagnies de vétérans qui, après vingt-quatre ans de service, s’acquittaient encore, dans leur habit bleu très militaire, du service des. places en Terre de Labour, de la garde du Musée ou des fouilles. Avec les retraités, officiers réformés, veuves pensionnées ou orphe-
lins (2), de lourdes charges pesaient, on le voit, sur cette armée encore si modeste.
- Gendarmerie. — La création d’une gendarmerie semblait s’imposer plus encore que celle d’une garde. A cet effet arriva de France, pénétré de son importance, nourrissant des projets disproportionnés avec les ressources du pays et qu’il exprimait en un style emphatique des plus divertissants, l’illustre général Radet. Son zèle indiscret et loquace prodigua arrêtés et règlements, empiéta sur la haute police, et effaroucha tout le monde, à commencer par Joseph (3).
La gendarmerie, «cette magistrature armée », comme l’appelait Radet, devait escorter les courriers, diligences, fonds du Trésor, et veiller à la sûreté des campagnes (4). Comme à l’ordinaire, les officiers se trouvèrent plus facilement que les soldats (5). Pour ceux-ci,
(1) Décret, 4 avril 1808. Sur cette nécessité : Mangin, chirurgien en chef, à Dumas, 28 août 1806 (A. Naples, Guerra, 1046) et rapport sur la division du personnel, février-août 1806 (Zbid., 1049).
(2) Retraites et pensions rattachées aux Finances, au lieu des établissements particuliers (Mont des Veuves, Fondo de’ Lucri, quartier de Capoue, ete.) : « De toutes les parties de l'administration de la Gruerre, celle-ci était la plus en désordre. » Compte rendu, 1% janvier 1807 (on devait encore 100 000 ducats à cette date), et décret, 23 novembre 1807, fixant les revenus qui restaient à l’administration militaire.
(3) Protestation de Dumas au roi (14 avril 1807. A. Naples, Guerra, 1091).
(4) Loi, 24 juillet 1806 (xxI titres).
‘ (5) Vincenzo Gentile, un Corse, que Joseph connaissait et qu’il nomma général: pour remplacer Radet (appelé en avril 1808 à porter ses talents en Toscane);.
après avoir demandé aux régiments, déjà écrémés par la Garde et qui se récusaient, des hommes d’élite, après avoir sollicité l’envoi de gendarmes français tout formés, « l'inspecteur général » dut se contenter de ce qu’il put trouver, des Polonais, surtout des Napolitains, et beaucoup restreindre le plan primitif. Les trois légions qui, à l’entendre, étaient en bonne voie, furent, pour raison d’économie, réduites à une (1). Encore y rencontrait-on jusqu’à des sous-officiers ne sachant ni lire ni écrire, ignorant la langue du pays, des hommes qu’on dut reverser dans la ligne, de vieux soldats qui voyaient là une retraite. En janvier 1808, l’effectif était tombé à 827 hommes (71 brigades à cheval et 66 à pied).
Radet se faisait les plus grandes illusions sur son œuvre, sur sa pratique du « creuset de l’épuration », sur l’efficacité de prescriptions aussi nouvelles que celles qui obligeaient les habitants à prêter man-forte à la gendarmerie, ou invitaient le clergé, au nom de l’analogie de leurs fonctions, à la seconder (2) : « Le général Radet, qui fait toujours plus de bruit que de besogne, écrivait Saliceti (à qui on avait refusé une escorte), gardera sa gendarmerie, qui en vérité ne rend pas à beaucoup près autant de services qu’elle coûte (3). » Ce corps était trop peu nombreux et trop dispersé pour être vraiment utile. On l’accusait même d’avoir peur des brigands (4)! Il n’obtenait pas d’être respecté par les autres armes, jalouses ou impatientes d’un contrôle ; des conflits d’autorité résultaient nécessairement de cette réorganisation simultanée, mais pas toujours coordonnée, de la police intérieure. A Salerne, ce sont les soldats du {+ léger napolitain qui cherchent noise aux gendarmes et les provoquent en duel; à [tri, le poste est insulté et battu par des hommes du 2: léger (on sait la composition de ces régiments) ; plusieurs autres Français, commandants Dubief, Seigneuret, Angelo Bonelli, capitaine La Fache, généralement vieux officiers. Parmi les nationaux, le plus distingué de beaucoup fut le colonel Luigi Amato, d’Amantea. Après avoir contribué à la reddition de cette place, il devint commandant de province, puis général. Le général Cavaignac disait de lui (à Murat, 27 novembre 1809. A. G. Naples) : « Très brave homme, entièrement dévoué à Votre Majesté, il ne peut, je crois, pécher en aucun cas que par trop de zèle et par désir du bien. » On eut même des nobles, le duc Natale, le comte dell’ Uva, le duc de Vacri.
(1) Saliceti au roi, 30 mai 1807. A. Naples, Guerra, 1091. On gardait provisoirement les cadres. Dans son rapport du 9 avril (rbid.), Radet disait avoir 4 351 hommes et 120 chevaux.
(2) Sans parler de ce qu’il s’attribue dans ses Mémoires.
(3) A Lamarque, 30 juin 1807. A. Naples, Guerra, 1048. (4) Dumas à C. Berthier, 11 décembre 1806. Zb:d., 1046.
à Foggia, ce sont des chasseurs napolitains qui malmènent et blessent des gendarmes. D’autre part, les commandants de place prétendent souvent employer les gendarmes comme des soldats ordinaires : celui de Sulmona, après en avoir laissé emprisonner deux par la garnison, fait arrêter leur lieutenant, qui s’est plaint sans passer par lui. A la suite de mauvais traitements infligés à un autre lieutenant par un colonel français, le ministre en est réduit à rappeler aux militaires l'utilité de la gendarmerie. Les gardes provinciales aussi, qui prétendent rétablir l’ordre à leur profit, « méconnaissent cette arme magistrale (1) »!
Gendarmerie auxiliaire. — Le général Lamarque expliquait fort bien qu'avant le nouveau régime l’ordre relatif des campagnes était maintenu par toute une « armée des propriétaires », sbires et armigert des barons, guardiani communaux, torrieri et cavallari du rivage, « soldats de campagne » des tribunaux, peut-être un ensemble de 40 000 hommes (2). On comprit la nécessité de ne pas laisser sans emploi, exposées aux sollicitations des insurgés, ces antiques « escadres » et « escadrilles »: tout en les rattachant au ministère de la Police, on les laissa à la charge des communes, provisoirement, était-il dit, et en déduction des contributions (3), mais on chercha à régulariser cette police multiforme. Après avoir essayé d’en faire des compagnies de « chasseurs », sur le modèle des voltigeurs français, et qu’on avait attachées aux légions provinciales ou à des bataillons de ligne (4), on se borna à former des compagnies de « gendarmes auxiliaires », à pied ou à cheval, une par province, aux ordres des intendants et dépendant, pour Padministration, de la gendarmerie (5). Ces armigeri royaux, recrutés dans le pays, sans contrôle, par des officiers également indigènes, se mêlaient nécessairement aux querelles locales : ils
M (1) Presque toutes ces plaintes émanent de Radet. A. Naples, 1046, et 1091 surtout. À Arpino, le capitaine des gardes provinciales, interpellé par un gendarme (un Français), répond par des injures et le fait rouer de coups par le poste de garde.
(2) Rapport, 1er-20 octobre 1807. A. N., AF 1v, 1106.
(3) Décret, 29 décembre 1806. Circulaire de G.-B. Ricciardi, intendant de Bari, aux syndics.
(4) Décret, 14 août 1806.
(5) Décret, 23 novembre 1807 (inspiré par des remarques de Reynier). Solde et armement fournis par l'Etat, uniforme (gris à parements noirs, chapeau rond à panache noir, fusil, pistolets, cangiarro) et chevaux aux frais des gendarmes.
«servent et attisent, dit un rapport, les haines particulières des habitants entre eux... Ce sont des mouchards (1) ».
Corps francs. — Les compagnies franches sont une tentative pour utiliser ou du moins dériver une partie des forces de l’insurrection. Reynier, le premier, dans l’intention de recueillir spécialement les soldats dispersés, avait entrepris la formation d’un « bataillon de chasseurs calabrais (2) », auquel succédèrent, lors de la répression, des « compagnies franches de guides » des Calabres, et aussi des Abruzzes (3) et de Terre de Labour (4). Masséna s’y employa, avec l’aide de patriotes, Gugl. Pepe dans la Calabre citérieure, Arcovito dans l’autre (5). Quand, à la fin de 1806, les capimassa Piccioli et Raff. Ricciardi dans les Abruzzes, Sciarpa dans le Cilento, eurent fait soumission, les deux premiers, nommés capitaines, furent chargés d’organiser, sous les ordres de Partouneaux, qui proposerait les officiers, trois « compagnies franches de voltigeurs abruzzais (6) ». On attribuait à leurs hommes la solde des voltigeurs français, dont ils avaient l’équipement sur un uniforme gris à parements et collet jaune ou vert (chapeau rond à panache). Ces loups devenus bergers devaient « arrêter tous les perturbateurs et vagabonds et maintenir un ordre parfait dans les Abruzzes ». Quant à « M. le chef de bataillon Sciarpa », il recevait de la confiance royale le commandement de huit compagnies de « chasseurs de montagnes de Principato Ultra {7) ».
Sciarpa, dont le commandant de la province louait la bonne foi et la « grande influence dans le pays » et qu’il chargeait de dresser la liste des brigands rentrés, gouverna, de façon plus satisfaisante qu’on n’aurait pu le croire, une troupe, d’ailleurs en partie recrutée
- (1) Desvernois, rapport au roi (avril 1808), dans ses Mémoires, p. 341.
(2) Reynier à Joseph, Reggio, 17 avril 1806. A. G., Naples.
(3) Décret, 29 septembre 1806 (pas au Bullettino). Uniforme prescrit : en drap noir du pays, avec liséré rouge, chapeau rond. Commandées par Sciabolone.
(4) Décret, 4 octobre 1806. Dans sa lettre à Napoléon, 5 septembre 1806, Joseph parle aussi de compagnies franches levées dans le Cilento et soldées.
(5) Dumas à Reynier, 9 janvier 1807. A. Naples, Guerra, 1048. Per, Mémoires, t. Ier, p. 301, reproche à Dumas d’avoir laissé tomber cette organisation après le départ de Masséna : il est bon de noter qu’alors (janvier 1807) Arcovito n’avait encore que 250 hommes.
(6) Décret, 148 décembre 1806.
(7) Décret, 26 janvier 1807. Parmi les capitaines, des noms connus : Rocco Stoduti, Tormmasini, deux Guariglia. Le capitaine De Rosa sera arrêté, comme prévenu d’avoir participé à l’assassinat d’un employé des équipages militaires (septembre 1807).
parmi les gens du pays (1),sans pouvoir toutefois empêcher des excès multiples (2). Mais dans les Abruzzes les « voltigeurs », encore vêtus en paysans et sans doute aussi mal soldés que les troupes, se mutinérent : l’insurrection fut d’abord partielle, — et Partouneaux déclarait préférable de « voir les brigands se prononcer que de rester sans confiance sur leur compte et même dans la crainte », — puis, trois mois après, générale. Du moins louait-on la bonne attitude de Piccioli, qui s’était fait blesser, et de ses officiers, « braves gens », qu’on eût aimé voir plutôt dans un régiment (3). Le ministre devait renoncer à voir ces ex-brigands, «contenus par une discipline sévère, former de très bons soldats (4) ».
Gardes provinciales. — De toutes les nouvelles formations, celle qui avait le plus de portée et qui pouvait devenir la vraie armée nationale, fut celle des gardes civiques provinciales, force territoriale mise à la disposition des autorités civiles. Elle était née spontanément et de la milice volontaire, improvisée par la classe aisée de la capitale au début de l’invasion, et des gardes d’honneur, organisées dans les villes que visita Joseph (5), et de la nécessité, quand le nouveau gouvernement eut ordonné le désarmement, de faire exception pour ses partisans, pour les propriétaires, autrement. livrés à toutes les violences. Ainsi le besoin de gardes nationales s'était manifesté : étant donné l’état de l’esprit public, il fallait que les décrets intervinssent pour les développer et les régulariser. Celui du 13 mai 1806 fut rédigé au retour du voyage de Calabre (6), simplifié et rapproché du système français (qui précisément s’organisait) par celui du 21 novembre.
Ces gardes «ne pouvant être employées qu’à la défense de la pro-
(1) GIRARDIN, Mémoires, t. II, p. 47, qui les vit au cours d’un voyage à Persano (janvier 1808), dit : « Ils sont bien habillés et ont l’air très militaire.» Appréciation également favorable de Desvernois (Mémoires, p. 342) et Franceschi, 10 décembre 1806. A. Naples, Guerra, 1046.
(2) Général Lanchantin à Lamarque, Campagna, 15 mai 1807. Zb:d., 1048.
(3) Partouneaux à chef d'état-major, 17 et 24 mars, 1®r et 21 juin 1807. A. Naples, Guerra, 1048.
(4) Compte rendu, 1% janvier 1807. Le chef de bataillon Thomas, partisan de cette utilisation, complétée par celle des prisonniers, demandait du moins à ce que l’organisation fût faite hors du royaume (long rapport. A. Naples, Guerra, 1048).
(5) Le premier noyau fut la compagnie de gardes d’honneur à cheval de Cosenza (13 avril 1806).
(6) C’est le premier décret signé de Joseph roi. Circulaire aux trois chefs de corps d'armée, 19 mai 1806. Autre du 197 avril 1807.
priété et au maintien de l’ordre public », on prit pour principe d'admission la propriété : « Ce sont les propriétaires, ce sont ceux qui ont intérêt à défendre leurs biens qu’il faut appeler essentiellement à cette formation (1). » Il fallait être inscrit au rôle de la contribution, ou être fils de propriétaire, ou exercer une profession, un métier (les fonctionnaires étaient astreints à ce service) (2), et on ne pouvait se faire remplacer. C'était presque le principe contraire qui avait présidé à l’organisation des «masses » et même des « régiments de milice », qui d’ailleurs n’existèrent que par une portion de leurs cadres (3).
L'organisation nouvelle fut sérieuse : une légion par province, d’un nombre variable de compagnies (par commune), dont deux d'élite (au chef-lieu) «toujours prêtes à marcher (4) ». Les gardes, qui n'étaient point soldés, n’étaient pas tenus à l’uniforme (5) et s’équipaient à leurs frais, les dépenses d’entretien étaient à la charge des communes. De même pour la garde civique de Naples, née de la crise qui suivit Maïda et que le décret constituait à dix régiments de douze compagnies, avec admission des anciens militaires (6). Le port d’armes était réservé à ceux qui étaient inscrits comme gardes, ce qui eût à la fois réalisé le désarmement et la création d’une force publique de 50 000 hommes.
Le choix des colonels des légions importait fort, car ce sont
(1) Dumas au général Verdier, 17 juin 1806. A. Naples, Guerra, 1163.
(2) Le roi s’était même montré mécontent d’avoir vu, durant son voyage des Abruzzes, des armes aux mains de simples bracciali. Circulaire, 3 avril 1807, reproduite au Moniteur universel, 23 avril 1807. Il fallut toutefois se montrer accommodant : les organisateurs exposèrent que l’abstention fréquente des propriétaires obligeait à recourir à d’autres, que beaucoup de braves gens auraient été exclus, que nombre de pâtres et travailleurs agricoles demandaient, à bon droit, à rester armés. Ainsi les officiers de Montalto au roi (juillet 1807), le colonel S. Severina (octobre 1806, avril 1807). A. Naples, Guerra, 1163. Pendant les troubles, surtout en Calabre, on avait accueilli toutes les bonnes volontés (Reynier à Dumas, 15 avril 1807 (A. Naples, Guerra, 1153).
(3) Sur ces institutions, voir la pragmatique De re militari, 47 (édit. 12 juillet 1800), Giustiniani, t. XIII, p. 287 et suiv. Pas de condition de propriété, au besoin tirage au sort, avec faculté de remplacement, équipement fourni par les communes.
(4) Une de dragons, une de chasseurs à pied. Le premier décret en ajoutait une de canonniers et accordait aux trois une solde et des rations, quand elles marcheraient. Le service d’officier y comptait pour passer dans l’armée.
(5) L’uniforme, très militaire, était, suivant les provinces, à fond noir, brun ou bleu (à Naples, bleu), avec des parements d’autre sorte et le nom de la province sur les boutons. D’Hauteroche donne d’un officier une description qui
prouverait que la fantaisie régnait.
(6) Décret, 15 juillet 1806.
eux, sauf à Naples, où le roi nommait sur désignation du gouverneur, qui proposaient les autres officiers (sauf les lieutenantscolonels, désignés comme les colonels par le gouvernement) et choisissaient les sous-officiers. Tous les colonels et lieutenantscolonels furent des personnages considérables, la plupart grands seigneurs, offrant d’ailleurs des garanties de libéralisme (1), mais qui avaient tendance à donner à leur grade un caractère honorifique (2). Parmi les majors et adjudants-majors, seuls soldés et d'ordinaire les véritables chefs, on voit d'anciens officiers, des hommes éprouvés (3). Pepe déplore qu’on n’eût pas introduit l'élection, évidemment parce que les patriotes, plus actifs, plus ardents, eussent inspiré leur esprit à cette force, qui pouvait devenir redoutable. Pour la même raison, sans doute, outre que le précédent de 1799 avait donné de médiocres résultats, le gouvernement s’en était gardé : c’eût été livrer le pays à un parti, avec d’autant plus d’inconvénients que cette force armée exerçait sous l’autorité des intendants, et souvent aussi s’arrogeait des fonctions dangereuses de police. Même au point de vue politique, la prudence était de mise. C’est elle qui dissuada d'étendre aux provinces l’organisation napolitaine (en régiments et plus largement ouverte) (4), qui engagea Reynier, qui avait pourtant fait un usage très militaire des gardes civiques, à demander le passage dans les troupes réglées des deux majors de Calabre, Guglielmo Pepe, le futur généralissime des carbonari napolitains, et Diego Falcone (5); c’est elle qui dictait à l’empereur des avis pessimistes : « Prenez
(1) A Naples, le général prince Colonna di Stigliano, dont un fils, chef de légion de la garde civique républicaine, avait péri sur l’échafaud, et dont un frère était général sous Joseph.
(2) Le colonel de Calabre citérieure est signalé comme absent de son poste depuis quinze mois; un autre n’y a jamais paru. On doit prescrire à ces chefs d’aller inspecter leur corps deux fois par an. Quelques-uns d’ailleurs sont loués pour leur zèle, comme le duc d’Accadia (Principato Ultra), le duc de Laviano (Principato Citra).
(3) En Calabre ultérieure, Guglielmo Pepe, major, son frère Ferdinand, quartier-maiître, et, pour adjudant-major, Raffaele Bordini, au service depuis 1792, capitaine sous la République, et dont Pepe (Mémoires, t. Ier, p. 292) et Reynier louent les qualités militaires : blessé d’un coup de fusil, dit un certificat de Dumas (3 novembre 1806), « il a continué à poursuivre l’ennemi, jusqu’à ce que son cheval fût tué sous lui ». En Abruzze citérieure, le frère de Pepe, Florestano, un héros ; en Calabre citérieure, Diego Falcone, cadet dès 1780, capitaine sous la République, puis dans la légion italique.
(4) Dumas à Masséna, 8 octobre 1806. A. Naples, Guerra, 1153.
(5) À Dumas, 6 juin 1807 (ibid., 1153). x tè7
(pour Naples) des pères de famille bien lâches et bien vieux, qui soient bons pour la garde de la maison quand on crie au voleur! Faire autre chose, c’est vous préparer de grands malheurs (1). »
-Nécessairement, d’ailleurs, la garde provinciale devait être surtout patriote. La masse des gens aisés répugnait à un service qui pouvait n'être qu’un acheminement à la conscription (idée exprimée par Joseph) (2), et qui les exposait davantage aux fureurs des insurgés, en attendant peut-être que, comme en 1799, les rôles nominatifs ne devinssent des listes de proscription. Peur et mollesse. furent la pierre d’achoppement de bien des réformes.
A Naples, au moment de la grande crise, il semble y avoir eu un véritable élan (3) : on autorisa ensuite les habitants, même inscrits, à se faire dispenser moyennant une taxe, ce qui risquait d’avilir lPinstitution. En Calabre, le danger personnel devait stimuler fréquemment l’énergie (4). Ailleurs le zèle était visiblement moins grand. Beaucoup même de ceux qui s’étaient enrôlés demandaient à être exemptés, ou, ne pouvant pas se faire remplacer, achetaient du moins la dispense du service actif. De tous côtés, on incriminait l’inertie de la classe aisée, même quand l'attrait des grades l’avait attirée (5) : «MM. les benestanti, écrivait le commissaire du roi en Calabre, aiment beaucoup mieux porter l'uniforme et les décorations militaires qu’en faire le service (6). » « Parmiles propriétaires, disait le général Digonet, il n’y a que les officiers qui marchent (7). » Et le ministre expliquait la lenteur de l’organisation par « l’indolence
(1) A Joseph, 9 août 1806. Corr., t. XIIT, n° 10629 : « Vos 50 000 hommes seront ennemis des Français. »
(2) A Napoléon, 19 août 1806. Mémoures, t. III. Cette crainte est signalée notamment par le général Ottavi, commandant la province de Lecce, et le chevalier Medici, major des gardes de cette province (juillet-août 1806. A. Naples, Guerra, 1160).
(3) Joseph affirmait que pour 6 000 gardes que l’on demandait on eut 15 000 inscrits, ce qui n’a rien d’extraordinaire quand on songe à la crainte des excès populaires. Des gens éminemment paisibles prirent l’uniforme, 34 avocats demandèrent à le porter à l'audience (Diario, t. II, p. 310).
(4) Encore voyons-nous le prince de $. Severina, colonel de la légion de Calabre citérieure, se plaindre que beaucoup de propriétaires refusent de s'inscrire (à Dumas, 31 octobre 1806. A. Naples, Guerra, 1163). Reynier menace d'amende ceux qui ne prennent pas personnellement la garde (instructions aux commandants de circonscriptions et de gardes provinciales, janvier 1807. Zbid.).
(5) Le général Pinon (province de Trani) assurait que beaucoup offraient de l’argent pour avoir des brevets et proposait de les vendre (août 1806). Zbzd.
(6) L. Reynier à Saliceti, 19 juillet 1807. Zbid.
(7) A Lamarque, 11 octobre 1807. A. Naples, Guerra, 1461. PEPE, Mémorres,
naturelle des habitants, leur peu de goût pour le métier des armes (1) ». Dans ces conditions, ceux qui donnaient le ton étaient les patriotes, partisans des réformes, les plus menacés, malheureusement aussi les plus portés aux représailles.
La valeur des gardes provinciales dépendait des chefs, dont plusieurs étaient fort bons, et des communes. D’abord régnait une indécision extrême, que l’incertitude des événements expliquait assez; il y eut même des défaillances graves : ainsi le commandant Michel, à Scilla, fut indignement abandonné et des gardes tirèrent sur ses soldats (Aubrée, à Reggio, assure, au contraire, que beaucoup de patriotes auraient voulu s’enfermer avec lui dans le fort); Pepe, qui venait de passer en revue les civiques de Scigliano, fut assiégé en pleine ville par une bande et personne ne bougea. A la poursuite de Fra Diavolo, un commandant n’exécuta pas le mouvement prescrit, parce qu’il pleuvait trop fort (2). Certaines compagnies étaient si peu organisées que des brigands purent se faire passer pour gardes. Bien plus, en quelques endroits, c’est le parti hostile qui a présidé à l’organisation (3).
Les civiques se laissent aller trop facilement aux excès, tandis que certains officiers trafiquent de leur autorité et que les comptes communaux s’obscurcissent encore davantage (4). La force qu’on confie à ces particuliers devient aisément un instrument de vengeance privée. Déçus dans leur espoir d’être soumis à une Jjuridietion particulière (privilège envié sous l’ancien régime), ils affectent souvent l’indépendance à l’égard des autorités civiles : en Calabre citérieure, où la guerre civile les avait surexcités, l’intendant se plaint que bien des capitaines commettent des extorsions et autres méfaits, « fassent l'office de juges, d'agents de police, lèvent des
(1) Février 1807. A. Naples, Guerra, 1048.
(2) HuGo, Mémoires, t. I, p. 136. Une patrouille de la civique de $. Omero voit Sciabolone entrer de nuit dans sa maison : elle n2 songe qu’à se cacher et fait son rapport après que le chef est parti (Dombrowski à C. Berthier, Chieti, 26 août 1806). :
(3) Ainsi à Pedace, à en croire la supplique d’habitants réfugiés à Cosenza, juillet 1807 (A. Naples, Guerra, 1163); à Roccasecca, où l’adjudant commandant Chavardès assure que la civique est commandée par d’anciens chefs de masse « et presque tous les soldats des gens sans aveu, attendu que les propriétaires en sont exclus » (Arpino, 18 décembre 1806. Zbid., 1046).
(&) Sur ce dernier point, Blanc de Pommard à Rœderer, fin 1807. Arch. Rœde- TER AOL MO 0121: