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LA MARINE

‘<ontributions, imposent des amendes et, en somme, fassent tout pour fomenter le brigandage au lieu de le réprimer (1) ». Non seulement des chefs trafiquent des exemptions de service, mais il en est qui font arrêter arbitrairement des gens pour leur vendre la liberté (2).

Ces allures ne sont pas toujours compensées par la valeur mili- ‘taire, car l’opinion unanime des généraux semble être queles gardes civiques ne peuvent fournir de longtemps un appui solide, « vu leur inexpérience et leur manque total de fermeté, quand elles ne sont pas soutenues par de la troupe française (3) ». Toutefois, au moins dans les provinces les plus troublées, une foule de “citoyens payèrent de leur personne; spécialement visés par les brigands, haïs parfois par le peuple même de leur cité, ils pourraient remplir tout un martyrologe. Plus que les sociétés secrètes, qui s’efforcèrent de l’envahir, cette association au grand jour était apte à éveiller un peu d’esprit militaire dans la nation, à grouper les classes les moins arriérées, à constituer fortement le parti libéral (4).

Plus qu'aucun autre Etat italien, Naples avait besoin de la sécurité maritime. La marine y était populaire, ne fût-ce que par la peur des Barbaresques. Sans négliger ce point de vue, Napoléon réclamait pour ses grands projets le concours napolitain. Trafalgar ne lui avait pas fait abandonner la partie : « Dans dix ans, j'aurai une marine. » En attendant, avec l’aide de ses alliés, Espagne, Italie, Naples (5), il pouvait encore contester la suprématie

(1) À Dumas, 6 janvier 1807; à Saliceti, 12 juin. A. Naples, Guerra, 1163.

(2) Partouneaux, Chieti, 15 février et 21 avril 1807. Zb:d., 1048.

(3) C’est le témoignage d’un Napolitain, le général Agostino Colonna, commandant le Principato Ultra (octobre 1806). En 1809 encore, Partouneaux, Ottavi, etc., sont nettement défavorables, et suspectent soit leur courage, soit leurs intentions. Plus équitable, sans doute, Lamarque, le règne finissant (rapport 11-31 mars 1808. A. G., Naples), constatait : « Les gardes civiques commencent à montrer du zèle. »

(4) Approbation enthousiaste de PIGNATELLI-STRONGOLI (Memorie, p. 29); RivAROL (Souvenirs, p. 85), le premier au point de vue patriote, le second au point de vue de l’ordre.

(5) À cette époque, les chantiers de Gênes construisaient deux vaisseaux,

anglaise dans la Méditerranée. Dès son établissement, Joseph eut ordre de se former une marine.

Là encore, tout était à créer, car la belle flotte, d’ailleurs disproportionnée et par suite en partie inutilisée, pour laquelle Acton dépensa tant, avait été brûlée en 1798, et les navires survivants étaient en Sicile, sauf deux (frégate Cerere et corvette Fama), ramenés par la tempête. Les arsenaux, très négligés d’ailleurs, avaient été vidés avec un soin particulier, une partie des ouvriers emmenés : la sûreté de la Sicile dépendait de l’impuissance maritime de Naples. Ce qui manquait le moins, c’était, comme dans l’armée, les officiers. La plupart avaient servi la République. On les conserva et même on en réintégra plusieurs, mettant à demi-solde ceux qui ne purent être tout de suite employés (1). Ce corps jouissait d’un prestige que les Français jugeaient mérité par d’heureuses dispositions plutôt que par des talents réels : de fait, il manquait d'expérience. La présence de quelques Français était nécessaire. Le capitaine de vaisseau Jacob, le futur amiral et ministre, actif, énergique, mais supportant mal l’autorité d’un chef napolitain, fut remplacé (2) par de Lostanges, un familier de Joseph, dont l’empereur faisait beaucoup moins de cas que son frère. Le consul général de France, Blanc, homme de mérite et désintéressé (3), accepta la direction provisoire de l'administration. Mais Joseph, malgré les avis de son frère, et sous la pression doucereuse du ministre Pignatelli- Cerchiara (4), ne voulut point d’autres Français. Ceux même qui furent envoyés en mission temporaire eurent à se plaindre, parfois gravement, de l’exclusivisme des Napolitains.

A ce personnel les décrets pouvaient bien procurer des emplois, dans la réorganisation complète qui fut faite du corps de la marine : état-major, administration, inspection, génie, artillerie, Académie

deux frégates, deux bricks, ceux de Venise trois vaisseaux. Le décret du 24 juillet 1806 fixait la part de l'Italie seule à huit vaisseaux et huit frégates. Naples n’était pas encore taxée de façon précise, comme sous Murat.

(1) La liste des uns et des autres, dressée le 12 mars 1806, en comprenait 90.

(2) Dès juin 1806.

(3) François-Etienne, négociant de Marseille, ordonnateur en chef des lazarets de l'armée d'Egypte consul général à Naples depuis le 13 avril 1801. Marmont (Mémotres, t. II, p. 37 et suiv.), La Feuillade (A. E. Naples, 132, fo 333), le ministre Pignatelli (certificat délivré le 15 août 1807, sbid., 133, fo 26), font le plus grand éloge de ses capacités, de sa probité, de son zèle dans des fonctions supplémentaires non rétribuées. Son seul défaut était un caractère « épineux, ombrageux ». (4) Notices sur le royaume de Naples. A. E. Naples, 132.

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de marine (1). Il était beaucoup plus difficile de trouver des bateaux et des hommes.

Pour les navires, Joseph demandait des constructeurs (2) et des subsides : il fallait tout acheter et au dehors, Naples dépendant de l’étranger pour le cuivre, le chanvre, et même, vu les difficultés d'exploiter les forêts des Calabres, le bois et le goudron. A la fin du règne, pas un des bâtiments réclamés par l’empereur n’était en chantier ; bien plus, la frégate et la corvette avaient été désarmées. On s’était rabattu sur une flottille de chaloupes, armées chacune d’un canon de fort calibre : à la fin, il y en avait une cinquantaine (3), qui rendaient grand service pour les transports en Calabre et la protection immédiate des côtes, mais qui, faute de gros bâtiments pour les soutenir, couraient des risques continuels. Seuls, deux bricks impériaux avaient pu gagner Naples : l’Endymion, dont l’apparition devant Gaëte fut saluée d’acclamations, et VA beille ; ils furent d’un précieux secours et d’un heureux exemple. L’arsenal ne put être sorti de son état de « misère » et de «chaos (4) », ni l’administration du désordre (5).

C’est avec cette flottille que les descendants des Grecs et des marins de Roger étaient invités à se rendre dignes de leurs aïeux. Ils y mirent peu d’empressement. La loi du 2 mars 1808, instituant l’inscription maritime, ne reçut, avant Murat, aucune exécution (6) : Les matelots étaient réquisitionnés, sinon « pressés (7) ». Aussi déser-

(1) A la fois pour les aspirants et les « élèves matelots ». On en jugeait les études trop élémentaires, l'accès trop aisé, les maîtres trop nombreux, la dépense excessive.

(2) On envoya l’ingénieur La Fosse.

(3) Exactement 28 canonnières proprement dites et 23 felouques ou parancelles armées en guerre. Et pour cela, à ne parler que de la marine proprement dite, 4 272 personnes employées, dont un brigadier, 8 capitaines de vaisseau, 17 capitaines de frégate (rapport, 31 juillet 1808. A. N., AF 1v, 1714 À).

(4) Blanc à Decrès, 18 mai 1808. Marine, BB, 309, fo 35. Dénûment confirmé par Villon,commandant l’Aberlle (27 mai 1808. Zbid., BB", 272, f° 113) et le capitaine de vaisseau Ramatuelli (1 février 1809. A. E., Mém., Naples, 1, fo 351- 357). Une seule cale de construction à Naples, deux à Castellamare, où l’arsenal était si mal gardé que les voisins y volaient le bois. Notons l’insistance à réclamer toutes les fournitures faites aux bricks français, encore que de mauvaise qualité. s

(5) Rapport à Murat, décembre 1810. A. G., Naples.

(6) Cependant la municipalité de Naples fut invitée à dresser des rôles, divulguer les avantages promis (Miot, 28 avril; Pignatelli, 2 mai; Munic. Naples, Disp., 1808). La municipalité répondit (8 juillet) que le nombre des inscrits pour Naples n’était encore que de deux!

(7) Lostanges, répondant à l'ambassadeur, montrait le danger de la presse,

taient-ils en masse : l'équipage de la frégate et de la corvette s’enfuyaient en apprenant qu’on voulait les faire sortir ; le patron d’une felouque affrétée l’abandonnait au seul bruit qu’on pouvait l’employer contre l’ennemi. Moins aisément encore eût-on pu réunir les 2000 matelots, que Napoléon prétendait recevoir pour sa flotte de Toulon : cette seule nouvelle, assurait l'ambassadeur, eût provoqué un exode. Adroits etlaborieux, au jugement des Français, ces marins manquaient de courage, disons de zèle. Les premières canonnières furent montées avec des Ligures, des Corses, des Français, « car, disait Jacob, il n’est pas possible de compter sur les marins du pays (1) ». «Le matelot napolitain est actif et travailleur, lorsqu'il est surveillé, mais il n’aime pas à se battre et l’on serait exposé avec lui à toutes sortes de dangers (2). »

Toutefois, avant la grande entreprise de Murat contre la Sicile, cette marine rudimentaire fut mise à l'épreuve. Durant le siège de Gaëte, douze canonnières contribuèrent efficacement à protéger les flancs du corps de siège : c’était jouer le rôle de batteries flottantes, avec succès, en tout cas, puisqu'elles repoussèrent vingt-six canonnières ennemies qui les attaquèrent le 4 juillet. Giovanni Bausan, leur chef, reçut des éloges publics pour ce premier succès (3). L’Endymion réussissait à entraîner les quatre canonnières de Gaëte contre une frégate et à la faire reculer : la population en exprima naïivement sa surprise (4). Giuseppe di Cosa, escortant un convoi, parvint à doubler de nuit le cap de la Licosa, au prix d’un combat de quatre heures contre deux bricks ennemis (5). Le plus notable fait d’armes du règne fut, le 2 juin 1808, la défense d’Ischia, que toute une escadre sicilienne menaçait, par vingt-six canonnières envoyées de Naples : deux canonnières coulées, une frégate et trois autres bâtiments endommagés, telle fut la perte infligée à l'ennemi, suivant la relation officielle, après cinq heures de combat, qui ne

comme si l’on n’y avait point encore recouru (La Feuillade, 14 juin 1808. À. E. Naples, 132, fo 119).

(1) À Decrès, 10 avril 1806. Marine, BB, 267, fo 335 : « Je puis vous assurer que Naples n’aura jamais une marine ; le peu d’activité des Napolitains sera un obstacle insurmontable. » (Zbid., fo 332.)

(12) Notices sur le royaume de Naples.

(3) Monitore, 8 juillet 1806.

(4) Lieutenant de vaisseau Ferrin, commandant lEndymion, et vice-consul Framery, mai 1808 (Marine, BB4, 272, fo 139.142).

(5) Monitore, 29 janvier 1808.

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