LA MARINE
coûtèrent aux Napolitains que huit morts et douze blessés : le lieutenant de vaisseau Giuseppe Correale, qui eut la chance d’être parmi ces derniers, fut promu de deux grades et fait commandeur des Deux-Siciles. Malheureusement, d’après Pambassadeur, peutêtre influencé par les officiers de marine français, injustement oubliés, d’après aussi le général Lanchantin, qui gardait le rivage, il faudrait en rabattre : « Quelques équipages ont voulu se jeter à la mer et gagner la côte, ou s’étaient précipités à fond de cale; mais les troupes qui étaient sur la côte ont tiré sur les fuyards. » Ce qui est plus fort, Correale, blessé légèrement (une «écorchure au doigt ») tout au début, se serait fait porter aussitôt à terre et y serait resté «pendant ce temps, en toute sûreté, occupé à faire son rapport » Un autre officier, Cicco, aurait débarqué tout de suite aussi et gagné la montagne : par contre, pour prévenir les accusations de son lieutenant, l’enseigne Carrusson, il l’avait fait arrêter sous lPinculpation d’être revenu à terre chercher des munitions et, comme celui-ci était Français, le ministre avait décidé qu’il passerait en conseil de guerre (1). :
Cette jalousie enversles Français estlatente dans tous les services. La marine, où onluilaissa libre cours, n’en alla pas mieux, tants’en faut. Quelques très bons chefs, Francesco de Simone (2), Giovanni Caracciolo, Giovanni, Bausan (3), le héros dela marine muratienne, d’autres au moins hardis comme Barbara (4), ne peuvent que susciter des accès de zèle momentanés : cette flottille de coques de noix
(1) Récit officiel au Monutore, 7 juin 1808, avec l’ « ordre du jour », qui semble effectivement inspiré par Correale, dont le nom paraît à satiété, tandis qu’il n’est pas soufflé mot de son collègue français, l’enseigne Sanson : ce document loue beaucoup Correale d’avoir repris le soir même son commandement (ce qui prouve qu’il n’était pas bien malade). Récits de La Feuillade, à Champagny, 5 juin, 8 juillet, 3 août 1808 (A. E., Naples, 132, f° 106,138, 200), à Decrès, 30 juin (Marine, BB#, 309, fo 33). Le rapport de Sanson, qui commandait l’une des deux divisions de canonnières, et dont le ton est simple et modeste, affirme, sans commentaires, que Correale blessé se retira, une demi-heure après le début de l’action, et lui céda son commandement. Lanchantin attribue expressément le succès à Sanson (13 juin. A. E., Naples, 132, f° 141). Sanson avait été blessé au combat du 4 juillet. Il se fera prendre l’année suivante, en essayant de rallier sa flottille (La Feuillade, 18 juin 1809. A. E., Naples, 133).
(2) Proscrit, accompagna Ganteaume en Egypte. C’est lui que Joseph désigna en février 1808 pour aller exposer à Napoléon l’état de la marine.
(3) Né à Gaëte, 1757. Noble, fils d’un lieutenant général, fit un stage de cinq ans sur la flotte anglaise. Capitaine de frégate en 1798, exilé pour avoir participé à la République. Voir sa vie dans D'AYALA, Vite.
!4) Monitore, 23 décembre 1806 (à Policastro, aurait repoussé une frégate). C’est lui, Maltais, ex-corsaire, qu’on accusera d’avoir trahi Murat devant le Pizzo.
non seulement laisse Capri intangible et impunie l’audace des corsaires et des croisières, mais ne peut garder la côte. C’est un fait de guerre que de passer de Castellamare à Salerne (1); de « petites barques » empêchent le commerce aux abords de Gaëte (2), où il y a une division de canonnières, et un bâtiment de six canons est enlevé à la pointe du Pausilippe (3)!
(1) Monitore, 16 octobre 1807.
(2) Pignatelli à Lostanges, 23 mars 1807. Pizzofalcone, Marina Napoli.
(3) Diario, t. IT (17 mars 1808). Une canonnière s’étant rendue sans coup
férir, Napoléon réclamait le” procès, du capitaine (à Joseph, 21 mai 1808. Du Casse, Supplément).